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gros son... dans son salon




Le "gros son", c'est un peu comme les "gros seins" : tout le monde les cherche (je généralise, seulement une grande quantité d'hommes hétéros et, très certainement, quelques lesbiennes). Mais dans cette quête, on trouve finalement peu de jolis seins naturels et beaucoup de seins artificiels.

Les gros sons ont muté avec les années, sombrant dans une facilité d'accès déroutante : la modélisation. C'est principalement le seul moyen d'obtenir un gros son à faible coût et à faible volume aujourd'hui, dans la mesure des moyens financiers et après de gros efforts de relativisme.

Mais comme pour la pose d'implants mammaires, un risque subsiste, celui de ne plus savoir juger qualitativement ce qu'est un gros son, à force de ne plus entendre que ça... On constate par ailleurs des mécanismes inflationnistes en matière de course au gros son : le phénomène "toujours plus" ou "toujours mieux" qui font que les sujets atteints demandent toujours le meilleur matériel qui simule le mieux le plus gros des sons.

Mais au fait, un gros son, qu'est-ce que c'est. Chacun voit midi à sa porte : un son clair Fendérien légèrement coloré d'un overdrive TubeScreamer à la SRV, un bon gros overdrive Marshallien à la ACDC, une distorsion limite indus et au gain ultime typée Métal à la White Zombie, une son brut Gibson et ampli UK à la Gary Moore,... autant d'interprétation qui sont toutes représentatives d'un "gros son".

Et bien sûr, le gros son des uns ne sera pas le gros son des autres. Dans chacun des cas, on est face à des guitaristes qui jouent très fort. D'ailleurs, il n'est pas possible d'obtenir certains sons sans cette notion de volume. Exemple caractéristique, le "brown sound" de Van Halen qui reste un modèle de perfection pour ma part, et que je doute voir reproduit sur un autre matériel que celui utilisé par le Maestro.

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La pédale de distortion Pinnacle de Wampler reproduit (soi-disant) le "Brown Sound" de Eddie Van Halen. C'est pas loin... en effet !

Pourquoi courir après ? Si la course après ce son n'est pas effrénée, elle constitue un objectif que de s'approcher du son de son idole. C'est humain, c'est un très bon objectif pour progresser, et cela fait intégralement partie de l'apprentissage. Ceux qui n'ont jamais cherché à retrouver ou approcher le son d'un groupe ou d'un guitariste connu peuvent me jeter la première pierre.

La case "interprétation" est l'objectif de beaucoup qui ne se jettent pas corps et âme dans les méandres de la composition et cherchant leur identité sonore dès le démarrage de leur apprentissage. Tout le monde, même les personnalités les plus fortes, jouent par analogie, rendent hommage, tirent des plans, s'inspire de quelques modèles guitaristiques.

Cette copie n'est pas forcément extrême. Elle peut être sur la technique, sur le son, sur l'équipement, la tenue vestimentaire, les références (on peut aimer un artiste et les artistes auxquels il fait référence dans ses influences, Hendrix et Vaughan, par exemple). Toute ces références qui bâtissent une base culturelle musicale inspirée existe chez chacun des musiciens.

Tous les guitaristes qui ont franchi le cap consistant à acquérir les premières bases techniques (connaissance du manche, passage des premiers barrés, pratique de quelques gammes, ...) ont naturellement pris l'initiative de ... s'écouter. En effet, avant ce premier cap, le débutant ne s'écoute pas vraiment, qu'il soit sur guitare sèche ou électrique, il se préoccupe peu de son propre reflet sonore, obnubilé par la partie technique de son apprentissage.

Et en s'écoutant, le guitariste tente perpétuellement d'améliorer le rendu de sa production sonore, en corrigeant techniquement son jeu, mais surtout, en agrémentant le son de plusieurs éléments et artifices qui bien souvent se traduisent par des investissements dans du matériel. Et c'est peut-être là que le guitariste manque de mesure et/ou de méthode...

C'est dans la complète démesure que le "problème" se présente à lui : le guitariste voudrait dans son salon (dans sa chambre) avoir facilement, rapidement et pour pas cher le même son que celui son modèle. Or, le son de ce modèle est bien souvent :

Autant d'incohérences qui ne sautent pas à l'esprit du débutant qui ne voit qu'une seule chose : la pauvreté du signal qu'il arrive à obtenir avec son matériel de base (normal, il débute). Il élude rapidement deux de arguments contraignants : le travail du mixage et le niveau technique.

C'est pourtant évident, il sera difficile, en tout cas dans un futur proche, d'avoir le même niveau technique que son modèle. Mais le travail ne fait pas peur à ces jeunes effrontés. C'est d'ailleurs impressionnant comme avant 16 ans (voire bien souvent longtemps après), le guitariste surestime inconsciemment ses capacités...

C'est un peu le même sort que l'on réserve au fait que le son de son idole soit travaillé et mixé avant d'être diffusé : d'un revers de la main, on surévalue les capacités du vieil ordinateur portable en imaginant qu'il fera toujours mieux qu'un vieux studio d'enregistrement des années 70.

Nota : il existe aussi un énorme paradoxe anachronique : les "gros sons" sont souvent les sons de guitaristes références des années 1970 à 1990... Il y a là un décalage amusant avec la vitesse à laquelle l'évolution technologique a frappé le monde de la facture d'instruments, en particulier la guitare électrique, et le fait qu'on en revienne systématiquement à des références "préhistoriques" (Hendrix, Page, Beck, Calpton, Deep Purple, Van Halen...).

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Pete Townshend du Groupe The Who avec son système d'amplification Sun ! Un "mur du son" vintage au must de la puissance à l'époque (1967).

Donc, dans le meilleur des cas, l'argumentaire est rabaissé à deux choses : combien a pu coûter ce matos (à l'époque), et à quel volume joue-t-il ? Et miraculeusement, on trouve la machine qui va révolutionner la vie, composée d'une bonne dizaine de sons d'amplis très chers et très vieux pour lesquels la science a permis de modéliser les caractéristiques.

Dans un modèle mathématique sont interprétées toutes les caractéristiques d'un son de guitare que des oreilles normales doivent percevoir. Ce modèle retravaillé par des algorithmes spécifiques va entraîner ("dégueuler") la reproduction plus ou moins approximative (ou fidèle, selon le point de vue indéfendable que l'on puisse retenir).

Grâce à la modélisation, le son d'un Marshall JTM45 de 1962 poussé à bloc peut être distillé dans vos oreilles au travers de votre ampli d'étude de 10 ou 15 watts sur un haut-parleur de 8 pouces pour la modique somme de 200 € et surtout sans que cela ne surprenne qui que ce soit !

Certains (beaucoup ?) s'en satisferont, "l'à peu près" a toujours eu des adeptes attirés par la facilité. C'est vrai que se brancher dans un module qui vous projette immédiatement dans les circonstances de rendu sonore d'un Angus Young, d'un Jimi Hendrix dans un stade devant 20 000 personnes, c'est tentant. Quand on sait qu'on ne sort pas même le petit orteil de devant son canapé, c'est encore mieux.

Pour des générations habituées au virtuel, jonglant entre compte Facebook et réalité augmentée sur leur recherche d'itinéraire Google Maps, je ne dirais qu'une seule chose, c'est qu'il s'agit d'une simple continuité. Pourquoi ne pas vivre avec son temps... Aller au plus pressé, et jouer de la guitare entre deux tweets, ou deux posts.

Pour des guitaristes plus exigeants, cette émulation devient vite un mauvais plagiat, une parodie de son. On ne retrouve pas la compression ni la dynamique du son original (si tant est que l'on ait déjà joué sur un tel engin). Même si le grain est proche, on regrette de ne pas retrouver de nuances analogues en jouant sur l'égalisation, le volume de sortie, ...

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Le Peavey Vypyr 15 watts, un des best-sellers de la modélisation des années 2010...

Car les émulations, depuis quelques années maintenant, n'ont rien donné de très satisfaisant qualitativement. Elles satisferont les moins exigeants qui succomberont aux add-ons technologiques impressionnants (enregistrement des paramètres, looper, boîte à rythmes, interface audio, séquenceur, ...).

Même si les effets complémentaires sont de mieux en mieux faits et que leur set très complet permet de donner du corps à son signal, les distorsions restent peu convaincantes, notamment en son clair comme en overdrive. Seules les grosses saturations compressées des styles métal semblent tirer leur épingle du jeu sur ces modules préamplificateurs à modélisation.

Certains jurent qu'avec une strat et un ampli sans master volume, tous les sons peuvent être obtenus. Cette versatilité ne se concrétise rarement que chez ceux qui vivent à la campagne avec des animaux pour seuls voisins. Pousser dans ses retranchements un JTM 45 pour en extraire la substantifique moelle, c'est nécessairement avoir des ennuis avec son voisin de pallier, même s'il retire son sonotone...

Pour les plus modérés, l'émulation remplira pleinement son office. La majorité y trouvera son compte et progressera dans son apprentissage jusqu'à la prochaine étape. Complété d'effets réalistes, et bien souvent adossés à un système d'amplification, le procédé séduira pour environ 200 € (Line6 Spider, Vox Valvetronix, Peavey Vypyr, Fender Mustang ou Roland Micro Cube).

D'autres, enfin, construiront leur set autour d'un module numérique à émulation. Ils se doteront d'une bonne guitare (garantissant le confort d'une bonne lutherie) en se privant des apports de bons micros dans le rendu sonore, et d'un ampli à lampes haut de gamme (qui ne fera qu'amplifier les sons du module numérique, dommage !).

Certains poussent la connerie assez loin pour espérer retrouver le son de leur idole en stackant une pédale de disto analogique devant l'émulation de l'ampli de légende, comme si ce stack apportait un plus... Que de déconvenues !

Plusieurs choses me heurtent :

Evidemment, son comportement face à ce type de remarques ne peut être neutre. Il y aura forcément une remise en cause de son module numérique, soit parce qu'on le trouvera tôt ou tard plus aussi bien que ça, soit dans d'autres (pires cas) pour le remplacer par la version 2.5...

Les guitaristes les plus expérimentés sont passés par ces modules avant de revenir aux sempiternels sons qui les ont convaincus auparavant. Bien souvent, un guitariste qui aura touché aux lampes, à la dynamique du jeu, à la compression naturelle, à cette légère distorsion des tubes poussés dans leur retranchement, aux mouvements des haut-parleurs, à cette musicalité caractéristique, ... ce guitariste là reviendra vers la lampe, peut-être avec un 5 ou un 15 watts.

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L'amplificateur Blackstar HT 5 délivre 5 watts tout lampes, polyvalence (sons US et UK) et gestion d'un volume convenable pour le travail en studio ou en appart.

Ceux là prennent avec le temps conscience qu'un ampli ne donne ce frisson que s'il est à lampes et qu'il est poussé. Ils ont bien intégré qu'il peut y avoir l'adjonction d'une pédale d'overdrive ou de disto, et qu'il sera probablement plus économique de revenir à ces "valeurs sûres" et considérations old-school, plutôt que de chercher indéfiniment quelque chose qu'on ne trouvera jamais.

Mais ceux-là savent aussi qu'ils n'obtiendront jamais de "gros son" dans leur salon, quelque soit les modules insérés entre la guitare et l'ampli, et surtout s'ils ne s'améliorent pas qualitativement. Ces résignés sont généralement passés par plusieurs configurations de jeu, avant d'en revenir à des basiques qui marchent...

Imaginez-vous en train d'apprendre la guitare électrique dans les années 80, avec les tout premiers amplificateurs d'étude à transistor qui délivrent une puissance de 20 watts plus qu'honorable en son clair. Rappelons qu'à l'époque, les amplificateurs étaient construits pour les musiciens, donc pour la scène, et que dans la course effrénée aux watts, les amplificateurs de puissance tiennent le haut du pavé, et que ceux d'étude n'ont même pas été imaginés...

Les premiers amplificateurs d'étude apparaissent alors au milieu de la décennie avec des marques connues qui "dégradent" leurs gammes toutes à lampes en proposant des modèles accessibles au grand public, de plus faible puissance et à transistors. L'obtention d'un "gros son" n'est même plus envisagée sur ce type d'équipement, la solution consiste à obtenir de la saturation sans le fort volume requis par les lampes. La solution, c'est la pédale.

Il a fallu plus de 10 ans pour que la pédale née en fin des années 60 s'industrialise et arrive chez le guitariste moyen pour augmenter le niveau de volume sur des stacks 2 corps ou permettre de jouer en saturé à faible volume. Cette double utilisation popularise les modèles conçus dans les pays qui tiennent le haut du pavé en électronique. Les pédales Boss envahissent le marché dès les années 1980 et s'installent au milieu de la décennie chez les guitaristes domestiques (ceux qui jouent à bas volume à la maison).

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Les pédales Boss sont commercialisées depuis la fin des années 70 !

Le seul moyen d'obtenir un "gros son" dans son salon fut pendant longtemps l'utilisation d'une pédale avant l'ampli. Il n'y avait alors aucune confusion, celui qui voulait un gros son passait inévitablement par un stack à lampes avec ou sans pédale, et les autres utilisaient des modules complémentaires pour sonner mieux sur les petits amplificateurs pourris à transistors.

Cette guerre battit son plein jusqu'au milieu des années 2000 où les premiers amplificateurs à lampes aux niveaux de sortie plus raisonnables envahirent le marché en même temps que les procédés à modélisations. Certains misaient sur une continuité technologie en réduisant les coûts de production et proposant des modèles en 15 watts puis 5 watts puis maintenant 1 watt à lampes produits en Asie (main d'œuvre pas chère, composants low cost voire discount).

D'autres misèrent sur l'avènement du virtuel, une meilleure maîtrise de l'outil informatique et un coût de production dérisoire des microprocesseurs pour développer les technologies de l'émulation d'amplificateurs et d'effets. C'est le cas de Korg ou de Line6.

D'autres, encore, ont profité de ce monde en guerre pour produire de très bons amplis à lampes en Asie, en copiant des modèles d'anthologie (ceux qui produisaient les "gros sons" de référence) sur la base de composants pas cher et d'une main d'œuvre discount, et au détriment d'une fiabilité qui traversera les âges. C'est le cas de Bugera.

Après une première guerre entre les transistors (étude) contre les lampes (scène), une deuxième guerre s'est déclenchée, l'analogique (électronique traditionnelle) contre le numérique (émulation et modélisation), sur un fond d'une troisième guerre moins mise en avant dans le marketing, mais toute aussi importante d'un point de vue économique : le récent contre le vintage (l'ancien).

Les compromis et tiraillements issus de ces 3 guerres conduisent à des constats navrants (toujours en temps de guerre) qui ne font guerre avancer l'issue, sinon par la mort d'un ou de deux acteurs...

En effet, d'aucun ne jure que par le vieux matériel, seul équipement capable de donner un son de qualité, tel qu'on le recherche souvent encore aujourd'hui. En effet, les styles, les genres n'ont guerre évolué, les innovations déçoivent et le vintage gagne en qualité. Pourtant, jouer un vieil amplificateur, une vieille pédale ou une vieille guitare apporte quelques risques : la fiabilité, le son parasité, ...

Mais beaucoup se sont accoutumé des craquements des potentiomètres et des manches difficiles à régler. Les sons principaux sont restés dans les mémoires, quelques soient les évolutions et nouveautés. En partie, il faut reconnaître que ce qui a payé il fut un temps ne peut décevoir réellement. Le côté rare des instruments vintage ajoute un charme certain qui ne justifie pourtant pas les cours de vente élevés des certaines vieilles pédales, très vielles guitares et quelques vieux amplis...

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Un ampli Fender Deluxe Tweed de 1953 se négocie près de 1600 € sur eBay, soit 5 fois le prix du modèle Reissue neuf...

Ces musiciens élitistes ne sont heureusement pas légions sur ce site, beaucoup passent leur chemin, Internet ne constitue souvent pour eux qu'un moyen d'échange autour des cotes à l'argus. Ils sont d'autant moins nombreux qu'ils sont généralement des chevronnés, pour lesquels la cause est acquise quelque en soi l'argumentaire. On ne s'étendra plus sur cette population.

D'autres n'ont tiré que le meilleur de ces guerres technologiques en fuyant prudemment les nouveautés, en conservant un fonctionnement "à l'ancienne" du type : une guitare - une pédale - un petit ampli à lampes : j'ai mon son, dans mon salon, je me suis facilement approprié le tout, et je n'en bougerai jamais. Ceux-là n'ont rien (ou très peu) perdu au change, même si leur son n'est pas aussi gros que celui de...

Dans la philosophie, c'est vraiment le meilleur de l'amplification (technologie à lampes) qui croise la conception d'origine la plus simple de la pédale analogique insérée juste après la guitare :

Ceux-là se passent pourtant de technologies assez avancées dont les résultats sont loin d'être contestables, comme l'enregistrement des paramètres de réglage, la fonction de looper, la sortie mixée (destinée au casque ou enregistrement sur PC), les delays et réverbérations numériques (qui respectent parfaitement le signal), ...

La dernière population fait confiance à la démarche scientifique, et jure que l'émulation progresse, intégrant tous les jours de nouveaux paramètres donnant des résultats de plus en plus convaincants pour des coûts moindres. Ceux-là, par contre, font l'impasse sur les nuances techniques de jeu, la dynamique, la compression du son. Conscients que leurs "gros sons" ne fonctionnent pas aussi bien que les autres, ils se satisfont d'une qualité moindre, laissant une plus grande place au rêve.

Le constat est qu'il n'existe pas de solution miracle. Le gros son est perçu par chacun de manière différente, les attentes, les finalités et surtout les moyens mis pour l'obtenir étant divergents. Même s'il ne semble pouvoir s'obtenir qu'avec un gros ampli poussé dans les extrêmes, tout le monde finit par reconnaître que le gros son n'existe pas dans un salon ou une chambre.

La puissance et le mixage font du son ce qu'il est, la guitare, l'ampli, les modules de traitement ne sont que des composantes parmi tant d'autres (le toucher, la personnalité, l'ingéniosité, la technique du guitariste, par exemple).

Si le problème de puissance est un problème majeur de l'obtention du "gros son", réduire la puissance de l'ampli, en conservant la même philosophie, contraint à pousser un 5 watts tout lampes, souvent disposant d'une excellente conception de Classe A (encore meilleure, à mon avis, que la technologie A/B constituant les "gros sons" de l'histoire), mais dans un ampli disposant d'un seul petit haut-parleur...

Au final, être certain que si le résultat obtenu est issu de la réunion de beaucoup de paramètre, il s'agit bien d'un "son", mais qui n'a plus rien de "gros". Il devrait cependant satisfaire ceux pour qui pousser 100 watts dans un salon est rédhibitoire, donc une majorité de guitaristes amateurs qui veulent trouver du plaisir à jouer sans se rendre sourd ni se fâcher avec sa famille et tout son quartier.

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Ha la gueule des voisins !!!

Mais réduire la puissance de 100 à 5 watts, c'est aussi se heurter à des comportements de combinatoires équivalents à ceux rencontrés avec les gros amplis à lampes : toutes les pédales analogiques ne "fonctionnent" pas avec des amplificateurs à lampes ! Des couples hasardeux donnent des résultats aussi décevants qu'improbables, ce qui est loin de satisfaire les utilisateurs qui recherchent un mieux en passant du transistor à la lampe sans changer son set de pédales.

En effet, le transistor est plus souple en termes de préamplificateur que les étages de lampes ECC83 et 12AX7 que l'on trouve communément sur les combos à tubes. Ces doubles triodes donnent un rendu assez particulier, pouvant être jugé "chaleureux" lorsque la guitare est directe, mais ne vibrant pas vraiment lorsque la pédale apporte un grain trop marqué. Il faut leur laisser transformer un peu du signal pour qu'il soit meilleur.

C'est pourquoi je crois qu'une bonne pédale analogique ne doit pas être testés avec le premier ampli à lampes : une Boss DS-1 dans un Vox AC30 donne même un résultat désastreux pour le style hard-rock supposé. La section de pré-amplification de l'ampli ne doit pas être squeezée au détriment d'une perte considérable dans le signal. Il faut que la pédale booste ou apporte un léger grain et que le préampli fasse le reste.

C'est par contre assez différent lorsque l'on poste un préampli à lampes avant un amplificateur à transistors. Les surprises sont bien meilleures (gain en chaleur, en dynamique, ...). On retrouve d'ailleurs des amplificateurs de conception hybride qui donnent entière satisfaction, surtout à bas volume. En contrepartie, je ne suis pas convaincu de l'utilité de la lampe dans un module numérique à modélisation...

Les gros sons ne sont pas non plus atteints par la combinaison de multi effets et d'ampli à lampes. En effet, le module numérique a tendance à produire un son traitable directement, l'ampli à lampes (même de 5 ou de 15 watts) perd de sa superbe lorsqu'il suit un module numérique car le signal de l'instrument est tellement traité qu'il atterrit tout compressé dans la section d'amplification sans la moindre "vie".

Si brancher un module numérique à l'entrée de la boucle d'effet est (pour moi) un schisme, c'est aussi une hérésie que de précéder un module numérique d'un module analogique, à lampes qui plus est... Le stack Boss-DS1 dans une émulation de Marshall JCM 800 ne donne ra rien de bon ! Celui d'une Blackstar HT Dual dans une émulation de Fender BlackFace de 65 non plus...

Des constructeurs ajoutent parfois une lampe inutile (Zoom, Vox) à leurs traitements numériques d'émulation d'amplificateurs. C'est pour traiter un signal déjà compressé en entrée (la lampe n'est en plus utilisée que pour "réchauffer" les sons saturés) pour lequel il n'y a plus rien à faire, notamment avec une double triode poussée à 100 volts par une alim continue de 9 volts... Inutile.

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Le multi effets à lampe de préamplification 12AX7, Zoom G7 1UT donne dans le "gros son", ... au casque !

Par contre, le rendu au casque étant souvent bien meilleur avec un module numérique, l'utilisation d'un ampli à des fins de transformation du signal est souvent abandonnée au profit d'une connexion directe à une source d'amplification neutre (ampli de sono, chaîne hi-fi, ...). C'est un paradoxe, mais le module d'imitation des sons devient le cœur même du système... et c'est bien là sa meilleure utilisation (toutes proportions gardées).

Là où le couple guitare/ampli prédomine dans les sons de références, les "gros sons" qu'on a dans sa tête (combinatoires heureuses de Fender Strat et Vox, Fender Strat et Marshall, Gibson LesPaul et Marshall, ...), les équipements "d'extrémité" (la guitare et l'ampli) semblent ne plus avoir d'incidence sur le signal. Pire, tout provient de la boîte du milieu !

Faites un essai en raccordant deux guitares rigoureusement opposées dans un même module numérique à émulation d'amplis calé sur un même preset (une Fender haut de gamme et une pâle copie Cort par exemple). Les nuances apportées par chacun des instruments disparaissent, tout est "lissé" en entrée pour simplifier le traitement des microprocesseurs. On finit par sonner avec le pire des instruments.

Et c'est bien là un autre avantage de l'émulation et de la modélisation : en n'achetant que le boîtier, on fait sonner aussi bien (tout est relatif) toutes les guitares qu'elles soient de bonne qualité comme les moins bonnes, et quelque soit l'ampli qui figure derrière à condition de rester très neutre (comme celui d'une sono de répétition ou d'un petit ampli d'étude à transistors). C'est économiquement inespéré, mais de vous à moi inacceptable !

Mais comment ne pas séduire une certaine population qui dispose de peu de moyen, ne peut envisager de se fâcher avec son voisinage et entourage direct, et saura se contenter d'un "gros son" jugé correct à quelques approximations près ?

On est vraiment face à plusieurs populations qui voient chacune midi à sa porte. Dans une certaine mesure, ces solutions répondent à tous les besoins. Dans une autre mesure, le marché s'en trouve considérablement déstabilisé, les prix s'enflamment pour ce qui est des bonnes guitares et des gros amplificateurs. En dernier lieu, et c'est selon moi le plus grave, les guitaristes ne font plus la nuance entre un bon et un mauvais son...

Enfin, et c'est la conscience collective qui, avec le temps, revient à la raison, l'utilisateur finit heureusement par se lasser des sons trop formatés des boîtiers à émulation... C'est au bout de quelques années de pratique qu'il opte, enfin, pour un matériel plus classique, une bonne guitare, un petit combo à lampes et quelques pédales ou effets intermédiaires.

Si pour lui le plaisir de jouer est toujours aussi présent, il ne pourra pas se faire plaisir indéfiniment avec un son qui ne retranscrit pas ses qualités de musiciens, un son impersonnel et une identité sonore réduite à sa plus simple expression. Puis il voudra tourner des boutons, retrouver le fun d'interpréter à sa manière, de sublimer ses attaques et faire ressortir la dynamique de son jeu. S'enregistrer passera en second plan, et jouer deviendra vraiment une finalité.

Dans les rares cas d'irréductibles de la modélisation, je pense qu'ils resteront attachés à Guitar Heroe le reste de leur existence virtuelle, et c'est bien dommage... En acceptant les plus de ce type de matériel, il faut aussi évoquer les avantages et inconvénients, alerter sur le ressenti général en évoquant le fait de faire la part des choses... avec discernement.

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Il n'existe pas vraiment de solution ultime pour trouver le "gros son" à la maison. À chacun son compromis !

Le pendant de l'émulation, ce serait de modifier le comportement humain de la perception d'un son. Au lieu de traiter, modéliser, numériser les comportements des amplificateurs et des traitements des effets, il aurait peut-être mieux valu développer des appareils auditifs qui traitent de ces ressentis de modification.

Vous êtes sur votre pack guitare + ampli acheté dans un kit débutant, et votre oreille, elle, perçoit une combinatoire de luxe, un gros Mesa Boogie servi par la Gibson de vos rêves... n'oubliez pas de débrancher l'appareil lorsqu'on vous demandera de passer à table !