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le marché de la guitare électrique




Le marché

Un loisir, ça coûte cher : le matériel, les inscriptions aux clubs de pratique, parfois la licence, l'accès aux terrains, et plus le niveau d'exigence est élevé, plus c'est cher. Par exemple, la chasse nécessite un équipement bien adapté, assez coûteux, mais elle passionne encore près de 2 millions de pratiquants en France tous les ans malgré la baisse du pouvoir d'achat, la fermeture des zones et le combat écologique,... même si ça devrait logiquement baisser avec le phénomène de crise, pour la chasse, on trouve encore presque partout des équipements de chasse (dans les grandes surfaces, les magasins de sport comme Decathlon, et quelques boutiques spécialisées en ville comme un bon nombre en ligne. Les chasseurs sont chanceux (c'est plus facile à écrire qu'à dire !).

Je continue de déveloper, pour une meilleure compréhension, en évoquant des parallèles dans le domaine sportif, par exemple le golf, qui coûte relativement cher en accessoires et accès à des terrains (des greens, pour faire cultivé), comparé à la course à pied ou la natation. Le golf compte, de fait, beaucoup moins de licenciés et pratiquants occasionnels (environ 600 000 en France contre 2 millions pour la chasse) pour un budget moyen annuel atteignant plus du double de celui de la chasse.

La pratique de la guitare est un loisir difficilement mesurable, car il n'y a pas de permis ou de club, et il est difficile de se fier aux statistiques de vente des instruments qui fluctuent énormément en fonction des cours du dollar, du pouvoir d'achat et des phénomènes de mode. On approche du nombre possible de guitaristes par des approximations et des données relatives, comme le fait que l'on dénombre très certainement plus de guitaristes que de batteurs, par exemple, les conditions de jeu intimistes de l'instrument à 6 cordes permettant de le mettre en avant.

Si près d'un quart des français pratiquent ou ont pratiqué un instrument, il faut encore s'en remettre aux statistiques et ratios et ne considérer que seulement 12 à 15 % de ces 15 millions sont réellement musiciens amateurs (et récurrents) et que la pratique régulière de la guitare constitue une proportion ne regroupant "que" 800 000 personnes en France au total. On relativise beaucoup ce nombre pour la guitare, dans la mesure où il existe beaucoup d'anciens instruments dans les familles, qu'on recycle pas mal la guitare du grand frère pour commencer, et qu'une quantité de 6 cordes fait l'objet de transactions sur le marché de l'occasion, les sites d'annonce (leboncoin, ebay) comme les vides-greniers ou les dépôt-ventes ou magasins de Cash.

Si la guitare concerne environ 800 000 personnes, on peut aussi expliquer qu'elle se maintienne à ce bon niveau parce qu'un phénomène de mode a fait exploser les ventes dansles années 1980 et qu'il a laissé une "traine", comme la queue après le passage d'une comète. C'est l'effet "tache d'huile" qui réduit lentement aprés 30 ou 40 ans, le marketing a connu ça avec d'autres produits, comme le Rummick's cube (on en a tous eu un chez nous). Il faut ajouter à cela qu'aucun "sursaut" musical n'a vraiment réveillé le guitariste depuis la mort de Curt Cobain, ce qui n'arrange pas notre affaire... Quand en plus il faut ne considérer que la portion congrue qui nous intéresse ici, la guitare électrique (on sort le classique, le folk, la basse, ...), on "tombe" vite autour des 200 000 individus, ce qui d'un point de vue des études de marché est relativement PEU.

Quelques tendances (modes) plus récentes permettent de freiner quelque peu la courbe décroissante du nombre de guitaristes, et d'expliquer le maintien constant (stable) de ce nombre de 200 000 au cours des 10 dernières années :

Parmi ces 200 000 pratiquants, donc, on peut estimer une fluctuation assez importante au fil des générations et autres effets de mode qui conduit à estimer à un peu moins de 50 000 le nombre de guitaristes électriques (les guitares acoustiques et électro-acoustiques faussent un peu la tendance) qui débutent ou viennent de le faire, et donc peuvent être intéressés par Battle's guitar... de personnes potentiellement intéressées par mes conseils, si peu qu'elles débutent ou attendent d'un tiers, d'être conseillé... J'écris ça à l'attention d'annonceurs éventuels qui jugeraient que les 200 000 visites annuelles moyennes sur mon site (tout de même !) constatées sur les 5 dernières années puissent constituer un réel potentiel publicitaire : la guitare électrique ne "pèse" RIEN !

Les forums et autres formes d'échanges sur les produits hi-tech, les téléphones mobiles ou les ordinateurs personnels sont réellement plus fréquentés et concernent une cible potentielle bien plus ... "juteuse" que le marché de la guitare électrique, bien pauvre en références qui font rêver, bien loin d'un produit beau ou design. Je ne comprends toujours pas comment un média Internet comme Guitariste.com ou Audiofanzine peut "pompeusement" avoir les chevilles qui enflent en regard de la population de 200 000 intéressés (ou "intéressables"). C'est tout juste le public d'un concert des Rolling Stones, de la population totale des villes comme Perpignan, Pau, Caen ou Brest (ça fait pas bander, hein ? pardon aux riverains, mais bon...).

Toutefois, positivons ! Les données de l'Ircam suite à une analyse des marchés lors d'un salon de la musique en France, ont laissé entendre que le marché de la guitare électrique était probablement le mieux portant en France parmi les marchés des instruments de musique, avec une croissance assez forte des importations de matériel (25 %).

Battle's guitar

Il faut aussi noter la particularité du marché des instruments de musiques comme donnée essentielle dans l'interprétation de ces valeurs : les instruments de musique ne seront jamais de vrais produits de grande consommation. Proposer des batteries à 200 € ne multipliera pas par 10 le nombre de batteurs. Cependant, le marché est loin d'être saturé, la pratique musicale est toujours importante chez les jeunes, ce qui assure un renouvellement permanent des ventes.

De plus, il y a aujourd'hui une offre de matériel d'entrée de gamme de bonne qualité qui permet à tout le monde de démarrer convenablement la musique pour un budget modeste, y compris des étudiants dont le pouvoir d'achat n'est pas le plus élevé en France. Ce qui est renforcé par le phénomène d'importation de matériel asiatique très bien distribué et de plus en plus fiable.

À défaut de donner une progression, ces tendances conduisent à la stabilisation, et les données de la guitare ne chutent pas comme les flûtes traversières (la flûte à bec reste populaire au collège) ou le piano à queue. L'instrument le plus pratiqué dans le monde reste l'accordéon, mais là encore, il faut considérer que culturellement, en Europe du moins, il va en régression auprès des jeunes...

La distribution

La distribution semble par contre prendre un sacré coup depuis quelques années, les entreprises commerciales et artisanales gravitant autour de l'instrument de musique doivent impérativement se remettre en cause. Les "gros" sont arrivés, permettant des commandes massives de matériels plus ciblés dans un jeu bien plus restreint et moins variés, mais à des prix qui permettent de faire partiellement face aux sites de vente en ligne. Oui, il y a encore quelques contextes d'achat pour lesquels attendre 1 semaine pour le délai de livraison et payer le port n'est pas acceptable.

Ces "gros" ont évidemment "bouffé les petits" qui offraient plus de variété et de caractére, du service aussi (la guitare repartait réglée ou un jeu de corde était offert). Aujourd'hui, le simple fait qu'un commerce soit mal situé (problème pour se garer, loin d'une rame de métro ou d'un accès en bus) contribue à voir s'effondrer son chiffre d'affaire. On constate encore (mais malheureusement plus beaucoup, ils ont presque tous coulés) que des commerçants qui tiennent pourtant bon dans les chiffres, sont quand même tenus soit de de plier boutique (pour éviter la faillite), soit de s'exporter, quand c'est possible, dans une de ces zones périphériques des grandes villes.

À l'exception de quartiers qui brassent une population importante de musiciens (entre autres) comme Pigalle à Paris, il n'existe plus trop que l'alternative de la Z.A.C. des grandes villes pour trouver un endroit pour essayer des guitares. Les petits qui géraient leur affaire comme une pharmacie, il faut bien le reconnaître, sont contraints de ne plus commander les mêmes choses qu'avant auprès d'un très grand nombre de distributeurs avec qui ils s'entendaient bien, parce que les distributeurs aussi ont fusionné, sont devenus de "plus gros" requins pour bouffer les "petits poissons".

En lieu et place de trouver des produits rares, importés, et accessibles mème en faible quantité, les petites échoppes ont dû restreindre leur gamme et mettre une croix sur leur diversité. Elles travaillent, comme les gros, sur de plus faibles volumes de vente, mais sur des prix formattés et des produits identiques. En fait, on ne gagne juste que dans le sourire persistant du commerçant, sa compétence et sa sympathie.

Ces artifices permettent aux gros comme aux petits, de "tenir" face aux parts de marché grandissantes de la vente par correspondance boosté par Internet. Les marges, les taux de TVA sont difficiles à gérer et beaucoup n'achètent plus de matériel neuf qu'en Allemagne (Thomann, Musik Produktiv), au travers de catalogues en ligne. En fait, les distributeurs ont eux aussi rencontré la difficulté de faire face à l'énorme engouement de vente par Internet. Ils ont "noyauté" la situation en devenant plus gros et en ayant la main mise sur les marques, l'unicité des prix et la logistique de distribution. Tout le monde fait le "prix catalogue" et dispose des mêmes produits, ce qui est tant un avantage qu'un inconvénient.

L'alternative à ce catalogue, elle est difficile à trouver : soit on veut du neuf, et on commande en Angleterre, au Japon ou aux States, parce que les distributeurs ne sont pas les mêmes et que dans tous les cas, les gammes de produits changent pour une même marque. Il faut dire que la France, l'Italie et l'Espagne et l'Allemagne composent un même secteur géographique pour le distributeur d'une marque et que c'est ce distributeur unique et exclusif qui va s'occuper de cette marque pour l'ensemble de ces pays. Un partenariat (que dis-je, un contrat) de type "vérrou" souscrit entre contructeur et distributeur. L'Europe du Sud est donc une des "régions" du périmètre de distribution.

Le Royaume Uni sort un peu du cadre, culturellement comme économiquement, l'UK sort de la zone Euro et se distingue par une forte identité musicale et une réelle présence sur la fabrication (Vox, Marshall sont fabriqués en Asie mais proviennent historiquement et culturellement de l'Angleterre), et de fait, les anglais restent différents, leurs matériels nous semblent méme originaux. Mais le particularisme de l'United Kingdom ne constitue pas vraiment une alternative en France, les prix ramenés aux taux de changes et les contraintes de port s'affichent comme peu intéressants. Il faut juste prévoir un petit voyage à Londres pour faire son shopping, c'est parfois contraignant, plutoôt l'occasion de faire de bonnes affaires, et souvent un périple très enrichissant leurs boutiques étant particulièrement bien achalandées !

De plus, l'Europe (UK mis à part), ces dernières années, semble avoir été l'oubliée du développement culturel musical. Si les USA restent les premiers consommateurs, l'Asie et l'Océanie gagnent en pouvoir d'achat et constituent des cibles privilégiées pour les distributeurs. D'autant qu'en Asie, l'engouement pour les marques importées est tel qu'ils n'iront pas systématiquement se servir chez Yamaha ou Ibanez, mais plutôt chez Fender, Gibson et Marshall...

La France, depuis quelques décennies, reste en retrait, comme l'Espagne ou l'Italie qui furent pourtant incontournables dans la richesse musicale de leur culture, mais, pour les distributeurs, restent attachées à des bases classiques et historiques. Le pouvoir d'achat des européens du sud n'a pas non plus aidé à attirer les distributeurs qui nous considèrent comme des laissés pour compte.

Dans les années 1980, on disait d'un magasin peu pourvu que "c'était la Russie", moqueurs fûmes-nous de certaines boutiques artisanales qui avaient un étalage peu avantageux et fourni. Aujourd'hui, en Russie, on doit probablement dire "c'est la France", lorsqu'ils trouvent une telle boutique dans leur pays où le pouvoir d'achat et l'essor économique a fait un bond réel depuis la tombée du mur...

La vente

La conséquence, c'est dans les magasins qu'on la retrouve : les petites échoppes où le crémier avait dégotté un effet introuvable et permettait de l'essayer avant de l'acheter, ça n'existe plus depuis les années 1990 ! Aujourd'hui, lorsqu'on entre dans une boutique (c'est encore 30 à 40 % des achats, mais en nette régression face à la vente par Internet), on est assailli par les posters et enseignes publicitaires déposées par les distributeurs, et d'un endroit à l'autre, on retrouve les mêmes produits, les mêmes marques, ... le même accueil.

En règle générale, le magasin a proposé une jolie place aux DJing et autres instruments tribaux comme les percus et djembés, et le rayon guitare s'est refermé sur quelques packs, deux ou trois guitares premier prix et quelques milieux de gamme. Côté amplis, de la modélisation et les 3 amplis à lampes qui disparaîtront peut-être dans le trimestre, et une inviolable vitrine d'effets à émulation, gardés sous clés (à quoi bon essayer, de toute façon, ils font tous les mêmes "bruits").

Lorsqu'on souhaite éventuellement faire un essai, c'est accompagné d'un souffle et d'un signe de raz le bol qu'un jeunot d'une vingtaine d'années va lâcher son ordinateur depuis lequel il rend des comptes à la maison mère, passe commande et se renseigne sur les forums afin de recueillir l'avis de ses congénères (il n'est pas bon musicien, mais avant tout bon vendeur). Ensuite, c'est souvent lui qui s'empare de l'instrument : pas question d'aller "salir" un modèle qui n'est pas vendu.

Deux fois l'an, le magasin organise son trocathlon, permettant de faire un dépôt-vente dans le magasin durant un mois, et dont les bénéfices ne pourront se transformer avantageusement (et encore) qu'en bon d'achat dans ce même magasin où les prix sont prohibitifs. Les conseils sont souvent mauvais, les gestes commerciaux difficiles à négocier, et on regrette souvent le temps de trajet consacré à rejoindre la Zone Artisanale Commerciale où s'est implantée l'enseigne depuis quelques années, entre Kiabi et l'Hyper O Chaussures...

Non, la véritable alternative en France, on la rencontre surtout sur le marché de l'occasion qui regorge de matériels qui ont été acquis avant le Big Bang des réseaux de distribution, et parmi lesquels on "chine" encore quelques raretés intéressantes. Les affaires, mais aussi les risques sont là, au travers de sites d'annonces de particuliers et de quelques professionnels qui bradent (eBay, leboncoin, ...) où les transactions se comptent par centaines de milliers tous les ans. Bien sûr, on prend un risque, on ne peut pas toujours essayer, il y a des "plans" assez louches et des arnaques pour lesquelles on n'a que peu de recours. Mais pour une pédale ou un effet, c'est vraiment parfait.

Battle's guitar

Le problème ou le peu d'intérêt est bien, là : le marché est bien présent, mais en baisse, de manière suffisamment conséquente pour que les distributeurs s'y intéressent. Ce sont d'autres petits métiers satellites qui, par effet de bord, ont du mal à suivre : l'artisanat local (lutherie) ne sait plus vraiment comment survivre à cette situation. Il devient plus simple de s'équiper dans le sport pourtant extrême (Snowboard, Kitesurf, ...) que de trouver une bonne pédale de disto analogique !

On peut par contre trouver des "plans" intéressant dans le numérique : les anciennes réverbérations à tout faire, Alesis ou même Roland, sont bradées dans les dépôt vente et autres CashConverters, et peuvent tout à fait compléter les équipements des débutants pour des prix attractifs. Je recommande d'ailleurs d'investir dans des pédales analogiques de distorsion, et de poser ce type de module (en rack, complexe à manipuler, mais aux presets si exploitables) dans une boucle d'effets.

C'est bien le signe qu'un marché a existé il y a 10 ou 15 ans pour les fous de clavier ou de scène, mais qu'il n'est plus possible non plus pour eux, comme pour les guitaristes, d'envisager la moindre production. Et du très bon matériel se retrouve d'occasion sur des bouts de trottoirs dans les vides greniers ou les boutiques de cash.

La promotion

Elle est elle aussi assez contrôlée. Plus aucune enseigne n'aide un groupe lors de ses débuts comme ça se faisait dans les annés 1980, principalement parce qu'avoir "Marcel Musique" sur la grosse caisse et une banderole sur un côté de la scène ne constitue pas un vecteur publicitaire efficace. La musique de musiciens ne séduit plus personne et les petites (les grandes aussi) salles où se déroulaient jadis de petits concerts ne se remplissent plus en accueillant les petits groupes du coin mais en proposant des soirées musicales où la musique est celle des radios et les boissons vendues de manière plus que déraisonnable. Les prix des entrées sont trop élevés sauf de rares organisations artisanales, et seules les grandes stars appellent aux déplacements des foules.

Les scènes locales se raréfient, malgré l'émergence de quelques tremplins, les groupes amateurs n'ont plus à leur portée la quantité des représentations à laquelle un groupe de même niveau pouvait prétendre dans les années 1990 ! Les scènes ne sont plus que des fêtes de village, entre musette et discomobile. Les petites formations n'intéressent plus les bars ou les caves (à part dans quelques grandes villes) et l'affluence a fui en boîte de nuit, en bar à boire et autres happy hours, mais où il n'y a plus de musique live (et donc de guitare).

Il faudrait que Lady Gaga et Rihanna fassent un album complet de guitares électriques avec leurs (trop rares !) culottes sur la tête pour envisager un tel retour de la guitare au premier plan des instruments faisant frissonner les jeunes de ce monde. Je ne sais par quel vecteur il serait possible que cet instrument pourtant facile à apprendre et passionnant à approfondir, suscite l'engouement qu'il a connu auparavant. On dit que les modes sont cycliques, mais je crois que ce n'est que pour réconforter les passionnés largués...

Dans la guitare électrique, il n'y a pas eu de fort mouvement musical depuis le début des années 1990 (Nirvana, ...) en tout cas pas suffisamment de "vagues" pour pousser les jeunes à s'y mettre. Et économiquement, si l'ordinateur et les nouveautés sur le marché comme l'émulation ont permis de rendre populaire la pratique de la guitare, le nombre de pratiquant n'a pas réellement connu une hausse spectaculaire. Les abandons sont aussi légions.

Dans les années 1970 le rock pénétrait de manière plus libre encore dans les foyers, et dix ans après, combien de copains de collège osaient afficher sur leur blouson (en jean sans manche, porté par-dessus un perfecto cuir noir) les écussons des groupes de hard rock mondialement connus dans les années 1980 : Iron Maiden, AC/DC et même par la suite Metallica. Le style musical véhiculait beaucoup d'idoles, de guitaristes célèbres, mais conditionnait aussi une mode vestimentaire et capillaire, un état d'esprit, une attitude. La musique est encore vecteur pour certains courants, le rap et les "cailleras" débordants de vulgarité dans leurs pantalons Lacoste et leurs BMW aux coffres remplis de substances illicites. Mais la révolution musicale n'implique surtout pas d'instrument et encore moins de guitare...

Ce n'est pas qu'il n'y ait pas de place à la promotion, mais plutôt que la promotion est inutile. Promouvoir quoi ? Pour qui ? Si le vecteur publicitaire ciblé est bien présent, ce sont des sites marchands Internet qui envoient en boucle leur bandeau sur les principaux sites d'échange (Guitariste.com est le partenaire éternel de Woodbrass). Combien de fenêtres pop-up refermez-vous lors de votre navigation sur ce site ? Il y a bien foison publicitaire, mais c'est inefficace, ça ne décolle pas !

À la télé, un gamin ridicule utilise une whammy à l'envers pour vendre des brioches Doo Wap, et la guitare n'est qu'un objet de décoration. On le voit bien dans les séries françaises ou les emission, même Cauet en a une suspendue dans son décors d'émission, mais il y a bien longtemps qu'elle n'a ni été branchée ni accordée ! C'est pas le blues de Dr House qui va propulser la guitare dans le haut du raffinement musical... car ce n'est là que pour faire "mouiller" la ménagère... Il n'y a pas de guitariste populaire, sinon Gad Elmaleh dans ses sketches, qui a dû remplir le Zenith et faire des centaines de milliers de vues sur Youtube avec une guitare folk dans les mains. Donc, la petite lucarne ça ne passe pas, quant au grand écran non plus, le dernier Guitar Heroe du cinéma, c'est peut-être Wayne's World qui l'a affiché...

Dans la presse spécialisée c'est encore plus flagrant, les publicités, en anglais, ornent une page sur deux des magazines Guitar Part. Notez que les marques ne traduisent même plus les pubs, les distributeurs rajoutent leur logo et adresse web en pied de page, et basta ! Signe qu'il n'y a pas de force commerciale adaptée au contexte. Mais l'effet publicitaire reste limité aux quelques mêmes annonceurs, aux mêmes produits ou leurs produits concurrent-directs sur le marché. Typiquement, c'est le cas du gars qui s'achète la pédale Behringer parce qu'il ne peut pas se payer la Boss qu'il a vu sur la pub ou dans le banc d'essai du magazine.

Et puis il faut des stars endorsées pour arriver à vendre ! Vox n'aurait probablement pas sorti le modèle de disto analogique de Joe Satriani, la Satchurator, si Ibanez n'avait pas sorti quelques mois plus tôt, la Jemini de Steve Vai. Pour dire, deux rares "copains" guitaristes sont même mis en compétition pour espérer vendre une disto analogique. Si les deux produits ne sont pas si mal, on tombe dans le travers des argumentaires de vente que l'on a l'habitude de rencontrer pour vanter les mérites des lessives... Si un constructeur ne fait pas un contre face à son concurrent, il n'existe plus. On assiste à des joutes marketing qui ne poussent probablement pas à consommer mais à conforter tour à tour, leur place de pemier à des grands qui jouent au hit-parade sur le marché (dans hit-parade, il y a "parade", ne l'oublions pas !).

La promotion concerne donc l'affichage des marques les unes contre les autres, et non un moyen de susciter les ventes. Au fond, on finit par penser que toutes les distorsions se valent, puisqu'il n'y a pas de grande nouveauté qui ne soit contrée par la mise en concurrence immédiate, ce qui est une indication peu positive sur l'innovation et les évolutions technologiques que l'on peut rencontrer sur le marché. Il n'y a plus de brevet, même si la dernière grosse invention pour le guitariste doit rester l'introduction des émulations dans les multi-effets ou les accordeurs pinces, il n'y a pas de renouveau super "bandant" depuis des décennies, preuve que les services Recherches et Développements des grandes marques travaillent, mais que le marché n'est pas si captif puisque d'aucun ne protège plus son innovation et que les copies, souvent très dynamiques et provenant d'Asie, déboulent instantanément.

Vous avez vu des publicités Behringer ? Non ou peu. Même celles de Cort ne figurent plus dans nos magazines... Les copieurs vivent bien sans promouvoir quoique ce soit, les grandes marques se battent et eux récoltent les ventes par une politique de prix imbattable, tout simplement. Leur unique crédo, c'est d'être à l'écoute, non pas des consommateurs, mais des constructeurs. Cette attitude tue la promotion, et bien qu'elle permette au marché de stagner, ne fait pas vraiment rêver les guitaristes : qui va fanfaronner de s'être payé une Tokaï plutôt qu'une Gibson, sinon celui satisfait d'un super instrument beaucoup moins cher et tout aussi efficace que l'original. Qui va faire de la pub pour une marque alors qu'il regrette intérieurement de ne pas avoir pu acheter l'instrument de ses rêves ?

Et comme le bouche à oreille ne fonctionne pas vraiment comme un outil de promotion dans le domaine (ça marche pour une crème de protection de la peau, mais pas pour un ampli !), les seuls vecteurs promotionnels qui pourraient être objectifs, ce sont les bancs d'essai, les avis d'utilisateurs et les échanges libres sur les forums. Attention, les bancs d'essai des magazines sont faussés, on le sait tous, par des contrats publicitaires : ils encensent le dernier multi Line6 parce que la marque a fait un gros chèque pour se payer 2 encarts publicitaires hors de prix ce mois-ci ! Mais les bancs d'essai des particuliers donne des avis souvent très (ou trop) tranchés, et on arrive souvent en en perdre l'objectivité : soit 0 soit 5 étoiles et jamais 3. Pas un seul (ou très peu) avis constructif permettant de comparer deux pédales de delay, par exemple. Du moins en français...

Dans d'autres cultures, principalement en Amérique du Nord, il est assez fréquent de rencontrer un bon comparatif. C'est dans les us et coutumes que de confronter deux produits objectivement, les publicités comparatives viennent de là, d'ailleurs. Et si c'est la seule langue intelligible (je ne lis pas le japonais) que je pratique, je constate réguliérement que les matériels sont essayés avec sérieux, supports vidéos à l'appui, et qu'ils donnent fréquemment toutes les infos, des prix à une liste de produits en concurrence. Comme si la liberté de ton permettait de gagner en objectivité et aille au-delà du sentiment de joie que peut éprouver un journaliste en recevant le chèque de Line6 (par exemple).

On a même coutume de trouver de très gros constructeurs, comme Line6 ou Fender, qui financent un supplément au magazine pour vanter les mérites de leurs produits. Eux passent en direct avec les grands groupes de distrib, et garantissent logistique et S.A.V. avec le même sérieux. C'est un gage de fiabilité que le consommateur paie (on retrouve un bout de promo et de distribution dans le prix du matériel), ... ou pas, puisque le consommateur se dirigera plus d'une fois sur deux vers la copie (de fait ce sont les marques les plus copiées). La Boîte Noire peut engager l'excellent Judge Fredd, on n'a pas vraiment les mêmes budgets en face pour susciter l'achat, inciter à acheter.

Car pour les endorsments, c'est pareil, les stars nous semblent si loin... Bon Jovi ne fait plus recette en France depuis des décennies ; qui va acheter une Takamine parce que le beau John Bon Jovi pose en photo avec ? Faudrait-il y mettre Christophe Maé ? Le dernier gagnant de la Star Ac' ou d'un autre "t'es-laid-crochet" ? L'Icône française de la musique est moribonde en France, semble-t-il, et culturellement, ce ne doit être quiconque d'autre que l'éternel Johnny Halliday (qui ne peut techniquement pas à cause d'un contrat d'exclusivité promotionnelle avec un fabricant lunettier, Optic 2000). On est vraiment dans une approche culturelle étrange ! En plus, son photographe officiel turbine pour Voici et non Guitar Part, alors c'est pas gagné ! Il n'y a pas (plus ?) de place pour un autre Heroe, en France, et c'est bien là, aussi, le problème.

Le consommateur-type

Aujourd'hui, le cheveu court et le jean moins collant, les guitar heroes ne sont plus qu'une légende ancienne revisitée au travers d'un jeu vidéo, support d'actualité ultime, s'il en est, parmi le hi-tech du multi-media domestique : le jeu vidéo Guitar Heroe ne fait référence qu'à des guitaristes et groupes d'années révolues... sur des morceaux d'anthologie, mais oubliés par bien plus que la moitié de la population et découverts ou re-découverts au travers d'une manette Wii, Xbox ou PlayStation ! L'attrait du genre est le même que celui pour les Dinosaures au moment de la sortie en salles de Jurassic Park ! T'en as connu, toi, papy, des guitar heroes ?

Battle's guitar

La pratique de la guitare, électrique de surcroît, n'est plus une pratique populaire. Elle est même un phénomène de marginalisation. On associe encore fortement la pratique du rock aux milieux de la drogue ou de la débauche, et l'image du guitariste virtuose n'habite plus que quelques jeunes chômeurs chevelus qui ne savent que frotter leurs accords et emmerder les voisins d'abord en faisant du bruit avec leur ampli (pollution sonore) et surtout politiquement, en profitant des minima sociaux depuis 30 ans dans leurs deux pièces HLM. Sur les 200 000 pratiquants, c'est une petite poignée, tout au plus quelques centaines qui brillent par leur appartenance à cette caste la plus haute de la classification ethnologique du guitariste...

Une autre population, majoritaire celle là, c'est celle qui se partage entre des ados élèves le jour et musiciens la nuit, et des salariés adulescents qui ont du plaisir à jouer, mais sans intention de révolutionner le genre. C'est en tout cas rien qui ne fasse rêver un distributeur ni qui le pousse à investir le marché de la guitare électrique en France. Des guitar geeks sans un rond, des gosses qui sautent sur les forums, et une poignée de bourgeois bohèmes ou de bobo dreads assez cleans quand même mais rock dans l'âme... Vous investiriez là-dessus, vous ? ça fait pas envie, hein ?

Alors qu'à côté de ça, les seules castes sociales intéressées par la musique (et surtout pas la guitare électrique), ce sont des caillras (on en parlait juste avant) rappeurs ou des fashion-victims qui mettent en avant le R'n B, des techno-travellers qui sont tout "numériques" et adulent David Guetta, et les rasta smokers avec leur djembé et leur ukulele ! Pas la moindre propension à développer la moindre attirance pour la guitare amplifié d'ici plusieurs générations ! Quelles perspectives ! Que de mélomanes ! La musique va-t-elle en creuver ? On est en droit de se poser la question lorsqu'on est musicien, non ? ... et ces cons répondront avec un méga smiley sur le visage : "La tienne ? ... Ouai !"

Quelle image ! Ça ne fait évidemment pas rêver, mais je crois ne pas être si loin des réalités. Laisseriez-vous sans crainte votre fille à un de ces éternels ados ? pour paraphraser la question publicitaire qui a fait exploser les Rolling Stones en Angleterre à la fin des années 1960. Voudriez-vous confier votre innocente fille à un guitariste électrique ? Innocent, innocente... à 16 ans, elle a vu le loup, elle peut avoir un copain qui se taille en changeant ses cordes ! Là encore, votre réponse favorise l'exclusion, ou plutôt, non, l'isolement, la concentration dans des microcosmes guitaristiques virtuels qui se sont dernièrement développés pour regrouper ou parquer (comme les indiens) ces sortes de geeks du multi-effets jugés (à juste titre) incapables de tenir un propos cohérent et sans faute d'orthographe.

Si je me mets 5 secondes dans la peau d'un constructeur ou distributeur de matériel de musique, précisément de guitares électriques, d'amplis ou d'accessoires pour ce type de population, je me dis que je suis loin d'avoir trouvé une manne et qu'il restera quand même pas mal de temps avant que la tendance ne s'inverse... si elle s'inverse un jour. Je me dis qu'il faut attendre sagement, qu'il est urgent d'attendre ! Alors je vous vois, je vous imagine, vous passionnés comme moi par ce fabuleux instrument, à chercher un conseil parmi les 1000 pages d'un site imbuvable de considérations mises bout à bout, sans réelle pagination, sans artifice qui facilite la navigation ou la recherche. Je vous vois cliquant sur un improbable back-link de Battle's guitar, lancer une page qui met longtemps à s'ouvrir et 3 ans à se lire...

Vous qui galérez pour regrouper l'argent suffisant pour remplacer vos cordes dont le prix a juste doublé ces 10 dernières années, vous avez probablement besoin d'aller à l'essentiel, au plus pressé, et vous ne vous attarderez probablement pas sur un seul avis mais sur plusieurs, parce que dans les forums il y a toujours le pour et le contre... Vous qui avez oublié que lire de la manière dont on lit scolairement, ça peut être rébarbatif comme fantastique.

Vous, ... je vous plains, mais aussi, je vous admire, parce que vous pratiquez, comme moi, un loisir complexe, cher, décrié et difficile à faire valoir. Vous évoluez, peut-être depuis des années, dans ce monde d'une ingratitude tenace constitué de professeurs requins, de vendeurs lâches, de musiciens vertigineux, de forumeurs débiles et de magazines aux contenus principalement publicitaires. Incompris, vous vénérez des idoles qui ne le sont que pour une population très restreinte de guitaristes honteux de leur statut. Pour ces raisons, je me sens solidaire et compréhensif.