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les caractéristiques du son




Si l'on arrive parfaitement à "accrocher" sur un son, il n'en est pas moins délicat d'arriver à le reproduire. Beaucoup de paramètres sont à prendre en compte, et, c'est souvent le cas, beaucoup sont inconnus ou faussés. Enfin, même si l'on arrive à réunir l'ensemble exact des composantes du son, il va falloir faire preuve d'un don d'imitation du toucher du guitariste original (si ce n'est pas vous) pour parvenir à la reproduction sonore...

Dans un premier cas, le cas le plus "simple", c'est lorsque le son provient de "soi" : ses doigts, son matos, ... c'est rare, surtout lorsqu'on débute, de "tomber" hasardeusement sur un ensemble de réglage qui satisfasse complètement. En règle générale, on "accroche" plus aux sons des autres, plus particulièrement à ceux ultra travaillés des guitar-heroes.

Cependant, dans ce cas-là (et seulement celui-là) on a quelques chances de noter rapidement les "ingrédients" (médiator, réglages de la guitare et de l'ampli, les effets utilisés, les branchements, ...) pour éventuellement essayer de le reproduire une nouvelle fois. Et déjà, la tâche est ardue, même en étant très minutieux dans le listage des ingrédients, rien à faire, il arrive assez souvent ne plus pouvoir retrouver la bonne recette.

Essayez de collecter un maximum d'éléments qui rentreraient comme composantes d'un son qui vous soit familier de reproduire, et vous verrez la complexité des relevés. La liste non exhaustive ci-dessous va au-delà des simples notations de type Drive à 6, Tone au trois quart et volume "à donf". Chaque paramètre a son importance :

Tous ces éléments doivent être notés de manière précise, y compris si leur incidence sur le résultat final n'est qu'infime. Car pour reproduire un son accrocheur, il s'agit non seulement de tout reprendre, mais aussi d'adapter chacun des paramètres à son set, à son style, à son jeu. Et ce n'est pas chose facile !

Car bien souvent, on se retrouve dans un cas plus complexe qu'il n'y parait : on ne maîtrise pas tous les paramètres d'un son. En effet, dans l'absolu, les guitaristes pros minimisent ce type d'exercice, car leur son, peut-être celui pour lequel vous accrochez, leur appartient. Ils ont inconsciemment la maîtrise des paramètres, disposent du matos adéquat et ne se posent pas tant de questions sinon sur les réglages les plus directs.

De plus, ces gens-là, assistés par leur guitar-tech, ne se préoccupent que de jouer, et tendent vers le fait de minimiser ces paramètres, leur caractère sonore s'affirmant généralement avec le temps. A ce stade, il est bon d'observer deux phénomènes sur lequel un guitariste qui débute aura certaines interrogations :

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Le phénomène 1 fait état d'une évidence : le toucher, la patte du guitariste est unique. Pire, je pense qu'avec une guitare jouet et un ampli de supermarché à l'approche de Noël, un type comme Knopfler va sonner de manière unique même si ce n'est pas son matos. Son set de scène ne lui permet que de magnifier ce que ses mains sont capables de faire avec n'importe quel matériel venu, même du très bas de gamme.

Ça jette un froid sur les modèles signatures, qui, s'ils permettent au plus grand de toucher un max de thunes vis-à-vis des marques et de l'endorsement, semblent par ailleurs ne pas avoir une grande incidence sur le résultat final. Si le même Mark Knopfler jouait une strat standard aux caractéristiques assez proches de son modèle signature, je pense qu'un bon peu de mes congénères n'y verraient que du feu. Tout est dans les doigts !

Alors à quoi bon ces modèles signatures ? ça fait vendre, certes, ça apporte aussi un contrôle de fabrication selon un cahier des charges rigoureux mis en place avec l'artiste, ce qui garantit à peu près le même rendu final pour chaque instrument. C'est peut-être vrai pour un matériel numérique, un peu moins vrai pour de l'analogique (deux distorsions qui seraient sorties d'usine dans une même série et chaîne de production sonneraient peut-être de manière assez similaire), mais est-ce possible pour deux guitares en vrai bois d'arbre ?

Dans tous les cas, on aurait en bout de course un souci de finition, de sélection des matériaux qui ne sauraient remettre en cause la responsabilité ou la crédibilité du guitariste qui appose son nom dessus. Ce qui fait qu'on retrouve pour les plus populaires, des signatures de ce qui constitue leur identité sonore. Guitare, disto, ampli, wha, ...

Si deux individus génétiquement distincts (on ne clone que les brebis...) ont forcément un toucher différent, les similitudes sur le son final sont quand même plus nombreuses si le matériel utilisé est le même, et sans la rigueur numérique d'un clonage possible, tout ce qui sera analogique ou en matériaux organiques (bois des guitares) ajoutera ce côté non reproductible, inimitable.

Ça c'était le phénomène 1, mais le phénomène 2 est tout aussi intéressant : on ne trouve rien d'exotique dans les sets de matériel des plus grands ! C'est édifiant, alors qu'ils customisent pas mal leur matériel, de trouver des effets si peu originaux, des amplis si classiques, dans leur set matériel.

Certes, on retrouve du vintage mais du sûr. Et les customisations sont plus pour ajouter un true bypass, renforcer une isolation sur l'alimentation secteur, que pour changer réellement un composant dans une TubeScreamer, sinon selon un schéma classique. Les Guitar Tech disposent de matériel assez standard, le but est de trouver ça assez facilement au cours de la tournée, et si l'on part à l'international, c'est pire encore, à moins de prévoir de coûteux stocks de rechange.

Pour la petite histoire, la TS9 modifiée Keeley du pedalboard sera plus simplement remplacée par des TS-808 avec un circuit original, voire l'acquisition de modèles non retouchés, mais de 1980. C'est avant tout une relation de confiance qui s'établit entre le musicien et son matériel, et le fait de chercher un son original ou caractéristique n'est pas synonyme de matériel particulier.

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Tout l'art réside dans l'utilisation, la combinaison et principalement pour les meilleurs, le toucher. Les plus connus des guitar heroes ont construit leur réputation sur des TS9 et des DS1, des amplificateurs Marshall fiables et des matériels certes de prix, mais tout à fait conventionnels. Les premiers et meilleurs disques ont été établis avec ça. C'est par la suite que les marques se sont intéressées à eux.

Des distorsions signatures sortent bien pour Vai chez Ibanez ou Satriani chez Vox, alors qu'ils ont bâti leur carrière avec des modèles plus standard. De plus, apposer son nom sur une pédale ne signifie pas "série limitée" mais c'est plutôt un gage marketing permettant parfois de produire plus que pour le modèle original.

... quand en fait il n'existe pas de modèle original : la Satchurator n'a pas de petite sœur plus économique chez Vox, du moins pour le moment. Ce sera le modèle II qui un jour renouvellera la série avec une ou deux fonctionnalités non présentes sur le modèle I. De même, les Ibanez de la série RG et celle signatures Jem ne sont pas si éloignées (sinon pour les micros ?).

Donc les séries standards et les productions signatures sont généralement utilisés par les plus grands guitaristes, mais ce qui se produit plus intimement... C'est le coup de poker : la guitare de Matthew Bellamy de Muse est une guitare de luthier, Manson, qui produit aujourd'hui, sous le coup du succès, des guitares en série. Fini le côté intimiste.

Mais ce cas est très rare, beaucoup sont partis d'un modèle auquel ils ont modifié les micros, changé quelques pièces dans l'accastillage puis personnalisé l'instrument, pour rester globalement assez proches de leur modèle original. Le modèle signature ne fait que reprendre, la plupart du temps, les évolutions apportées par un artiste sur son modèle de base.

Peu de guitaristes comme Vai ou Van Halen, partent d'un accord original avec le constructeur, en créant une guitare depuis un cahier des charges bien établi. Et encore, Vai a construit ses Jem sur la série RG d'Ibanez, Paul Gilbert aussi pour ses PGM, et Satriani a retenu les formes arrondies des prototypes des premières guitares Sabre ou S de la même marque avant de proposer son modèle signature au profil arrondi (on dirait un coussin ???).

Parfois, le contrat d'endorsement cesse, on le voit avec Music Man et successivement Peavey et tous les modèles conçus pour Van Halen avant qu'il ne passe chez EVH (Fender en fin de compte). La forme est restée, le modèle a peu évolué depuis ces divers passages de témoin, mais du modèle Wolfgan à AX, il n'y a qu'un pas.

D'autres par contre jouent plus finement l'évolution d'une marque à l'autre. Les luxueux amplis Carvin Legacy de Vai ou le Peavey JS de Satriani sont proches d'un Marshall JCM, et pourtant, la firme anglaise qui se refusait à proposer un modèle signature à l'époque, n'en a pas moins perdu en crédibilité. L'original reste prisé, et la mode du vintage n'a pas non plus été étrangère à ça.

Parce qu'il y a plusieurs types de musiciens :

Il y a aussi :

Souvent dans le dernier cas, les débutants qui voudraient bien un ampli aux sonorités Fender, se satisferaient du son d'un Marshall donné ou prêté pour l'occasion. Et les repères donnés par les modèles signatures sont alors pour eux des matériels de rêves ou des matériels vers lesquels ils n'iraient vraiment pas s'ils avaient l'argent.

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Car souvent on construit son patrimoine sonore par rapport à ce qui en est fait. La disto de Vai, la Jemini, ou celle de Satriani, la Satchurator, ne sont pas imaginées une seule minute dans un set de blues. Et pourtant, à bien creuser le dossier, la Jemini est composée des circuits analogiques des TS9, mais montés afin de correspondre à des registres un peu différents, et la TS9 est bien un modèle prisé par les bluesmen.

Ce paradoxe sur les idées reçues et arrêtées, on le rencontre assez souvent. Et c'est bien là le problème de la construction du son. Soit on passe par des modules d'émulation avec les déconvenues du numérique qui sont énoncées ci-dessus, soit on ose essayer un matériel sur toute sa palette sonore en le combinant avec d'autres équipements, afin de l'imaginer précisément utile dans un certain contexte plutôt qu'un autre.

C'est l'équation à plusieurs inconnues, l'opération à trous. Ce qui rend difficile la découverte de quelque chose de "subjectif" comme la beauté d'un son. En effet, s'il est simple d'identifier une guitare acoustique d'une électrique, déterminer à la simple oreille le modèle d'un ampli, d'une guitare ou d'un effet n'est pas donné au premier venu.

Evidemment, avec le temps, la pratique, l'oreille se modèle : quel guitariste amateur un peu expérimenté n'a pas "joué" à identifier le set d'un comparse professionnel dont le dernier solo passe à la radio. Et pour le solo, encore, vous allez me dire, c'est plus simple que pour le son d'une rythmique.

Comment font-ils donc, ces musiciens pour dire : juste à l'oreille, c'est une Tele dans un Bassman ? Comment, à l'oreille toujours, identifient-ils si précisément la DS1 plutôt que la MT2, toutes deux de Boss ? Pourquoi tu dis qu'il joue sur Marshall plutôt que Fender ? Les Paul ou Stato ? Numérique ou analogique ?

Rassurez-vous, ça ne s'explique pas, sinon en ayant pratiqué, essayé et entendu de très nombreuses combinaisons. Comme pour tout, des repères assez caractéristiques sont à établir : souvent les sons des plus grands, si caractéristiques qu'ils n'en sont pas systématiquement une bonne illustration.

Car le son Strat/Marshall de Hendrix et celui de Malmsteen sont assez proches mais aussi assez éloignés. Le son Gibson/Marshall de feu Gary Moore et celui de Slash aussi d'ailleurs. Et ils sont aussi assez loin de celui d'AC/DC (Angus Young) et de Jimmy Page. Et c'est encore pire en fonction des équipements intermédiaires, le son Strat/Fender de SRV (avec des TS9, des Leslie) et de Ritchie Sambora (compression, chorus et delays, ...) sont aux antipodes.

Alors imaginez : lorsque ces configurations sont connues, c'est compliqué de différentier les sonorités. Comment peut-on faire lorsque l'on sait que Prince joue dans une guitare de luthier, qu'il utilise des pédales Boss et qu'on n'a jamais vu son ampli... comment reproduire le son de Prince simplement ? Quelle configuration de modulation retenir sur son multi effets ? Là encore, ce n'est pas si simple !

On a bien tenté de repérer les caractéristiques sonores de quelques sons standard, déjà au travers des "colorations" spécifiques des amplis US et UK. De cette distinction, on a surenchérit de qualificatifs modernes ou vintages (anciens) avec des différences notables entre le Modern US plutôt Soldano ou Mesa Boogie et le Old US (Tweed, vieux amplis Fender).

Ensuite, il est facile de repérer le type de musique et les caractéristiques de l'égalisation. Les sons clean Funk aux excès rythmiques assez hi-medium, le type rock, assez low-medium, le métal avec le "creux" dans le middle et les basses et aigus en avant. De même, sans rentrer dans les possibilités des amplificateurs, on peut identifier certaines prédilections dans certains styles.

Le type de manche devient assez subtil, mais l'attaque caractéristiquement retranscrite par un manche vissé maple (touche en érable) reste un repère sûr, bien que l'on puisse déplorer bon nombre de guitaristes ayant un penchant pour le "mœlleux" d'un manche avec touche palissandre.

Enfin, au travers de kits de micros de base ou de série, on était en mesure de distinguer le son fluet d'un Tele, le son riche d'une Strat, l'épaisseur d'un humbucker, la chaleur d'une demi-caisse et le mordant d'un P90. Mais aujourd'hui, la combinatoire avec les équipements numériques permet tant de variations qu'il devient impossible de ne pas penser être bluffé par un double signal de simples bobinages pour grossir le son (comme un humbucker).

Vient ensuite un élément capable de faire la différence : essayez une Tele dans un multi numérique de bonne facture et vous comprendrez que le traitement du signal entraîne une perte de repères, car parfois, elle sonne "demi-caisse avec humbucker à l'avant". Une perte totale de repère, un grain d'ail au milieu d'un container rempli de schnouf.

C'est sûr, pour pallier aux déficiences de fabrication des guitares low-cost, les effets numériques, il n'y a pas mieux. Vous disposez de sons tous prêts à l'emploi de près d'une dizaine de guitares différentes sans avoir à changer la votre, le modèle low-cost aux micros sans personnalité.

La compression et l'égalisation numériques font des ravages sur le signal de base, tant est qu'on ne distingue plus l'instrument originel ! Tout est masqué, retraité, en entrée, en sortie, au milieu entre les deux... Les limites sont repoussées, les frontières abolies, la LesPaul sonne Strat et inversement. Mais en sortie, c'est pareil, le Mesa sonne Hiwatt, le Vox sonne Fender, pour le plus grand bonheur de tous.

C'est sûr, l'imperfection et la construction d'effets analogiques conduisent à des effets de bords qui me semblent pourtant uniques et agréables à l'oreille. Par exemple, le drive interagit sur le volume et le tone sur la moindre pédale de disto. En poussant le volume, on peut réduire le drive pour conserver un grind équivalent... On ne retrouve bien sûr pas ces subtilités en numérique, où tout est compartimenté et rien n'interagit avec rien.

Ces subtilités sont des facteurs sur lesquels les guitaristes de renom savent "jouer". Il devient même un peu snob de disposer des deux mêmes modules pré-réglés à des niveaux différents, pour avoir à portée de pied deux sons complémentaires subtilement différents...

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De la même manière, une marque qui développe et propose sur le marché un effet fait généralement face au dilemme suivant : copie ou développement original. Si l'effet doit sortir d'usine, c'est qu'il est :

L'idée la plus noble serait de penser que les constructeurs se complètent bien dans le sens où chacun propose un produit capable de couvrir une partie bien précise du spectre sonore et que globalement les autres produits de la gamme viennent "combler" les lacunes. Ainsi les multitudes de couples overdrive / distorsion, qui couvent un large spectre difficile à traiter de manière efficace avec une seule et même pédale. Retenir le couple dans une même marque ou une même série, c'est avoir la garantie (avec la même guitare et le même ampli réglé constamment) d'assurer une continuité sonore dans la gestion des distorsions du crunch au hard-rock des deux modules.

Mais les constructeurs pratiquent des copies, exportent les chaînes de production et jouent un jeu concurrentiel qui est inavouable. Si Maxon sort un delay, Boss ne peut s'empêcher de proposer un équivalent légèrement différent !

De même, un chorus construit sur les mêmes préceptes qu'un écho ou delay aura vocation à se marier de manière harmonieuse. Si les deux effets sont d'une même série (lignes de retard, connectique, alimentation) voire de se compléter de manière sonore (les deux utilisés en arpège et son clair). C'est alors que je trouve un avantage à marier deux effets d'une même marque, d'une mème série, car il existe aussi pas mal de chances pour que l'un soit testé en interaction avec l'autre.

Pourtant, il est rare de rencontrer un pedalboard d'effets d'une même marque, sinon sur un salon de musique, au stand du même importateur ! en effet, dans les sets des guitar-heros, souvent les mêmes références sont révélées, mais les combinaisons sont justement plus "travaillées".

Enfin, il y a le phénomène de nouveauté qui fait heureusement bouger les tendances. Même si la guitare solo saturée est souvent associée au culte que constitue la pédale SD1 de Boss (avant 1987), beaucoup ont détourné cette référence pour persister à l'inclure dans leur set, mais sous la forme d'une copie ou d'un modèle équivalent chez une autre marque.

Heureusement, le panachage de marques a conduit à disposer d'une uniformité des blocs d'alimentation, des moyens de raccordement (patch cables) et une relative complémentarité sonore dans les registres abordés. En plus, il faut avouer qu'esthétiquement côte à côte, les deux modules d'un même constructeur (souvent deux ergonomies identiques mais une couleur différente) apportent un certain cachet.

Et puis enfin, on l'abordait aussi ailleurs sur cette page, s'il y avait deux sons bien polyvalents à "avoir sous le pied" en plus du son clair de l'ampli, ce sont bien ces deux sons caractéristiques de la guitare électrique (les effets numériques, c'est pour la boucle de l'ampli). Optez donc pour un duo de pédales gagnant, dans une même série.

Alors il reste un point en suspend concernant les sons issus de pédales : pourquoi les professionnels n'utilisent-ils pas d'effets sur mesure, non pas home made ou DIY, mais plutôt "boutique" ? Ces modules créés en faible quantité dans des ateliers s'inspirent de manière très évidente de modules existants produits en série, en proposant une ergonomie, un format, et surtout des améliorations des modèles de bases, tant sur les fréquences que le spectre couvert, la qualité des composants que le rendu sonore toujours plus poussé.

On pourrait donc s'attendre à ce que les effets "boutique" dépassent les effets standard dans le cœur des pros. Il faut pourtant préciser que cette customisation des effets standard, ils l'ont très souvent déjà pratiquée, ayant demandé des modifications à leur guitar-tech. Ensuite, il manque à ces modules relativement récents (même si le principe est "vieux comme la mer") un certain retour d'expérience, gage de leur fiabilité et leur utilisation intensive lors d'une tournée.

Mais les pédales "boutique", c'est aussi une son qui "ne paie pas" : quel atelier de conception/fabrication pourrait s'aligner sur une grande marque en termes de contrat financier pour ce type d'endorsement ? Ils restent des effets alternatifs, dans un système probablement plus riche d'un point de vue sonore, mais encore trop intimiste. Il faut pour le son de Muse un FuzzFactory de Zvex pour populariser la marque qui continue pourtant de produire des modules câblés à la main. Il y a par contre probablement des boîtiers de pédales Boss remplies d'une électronique custom de type "boutique", mais cette forme de tromperie est tout de même difficile à identifier. On ne peut pourtant pas rester dans le faux, la supercherie existe forcément, mais elle ne ferait pas vendre si elle était révélée au grand jour.

Puis, rendons nous à l'évidence, le contexte de crise financière n'augure rien de bon pour les petits producteurs qui n'ont aucune certitude de prolonger leur production après un gros coup dur... vous imaginez le tsunami commercial si l'une de ces boîtes colorées ne pouvait plus être produite alors qu'un guitar-heroe s'affichait avec dans tous les encarts publicitaires du web et des magazines.

Guitare Custom Shop tuné par un Guitar Tech, ampli vintage de 1969, câblé sur mesure, pédale de disto boutique... un discours assez difficile à comprendre lorsque l'on aborde le sujet matos avec un passionné. Pourtant, il n'y a rien de mystérieux à tout ça.

Les instruments et matériel de série semblent ne jamais apporter satisfaction, à l'écoute de certains. Pourtant, la majorité des gens que j'ai pu croiser n'ont réalisé que très peu de modifications de leur matériel original, tout au plus changé les micros de la guitare et les lampes de l'ampli...

S'il vous arrive de changer les cordes, toucher à l'électronique de la guitare est devenu une opération relativement courante sur un instrument, et vous y avez peut-être déjà eu recours. Par contre, à moins qu'elles ne cassent, vous n'envisagez peut-être pas de changer de mécaniques ou de défoncer la table pour y placer un nouveau bloc de vibrato !

Idem, rares sont ceux qui ont réalisé des modifications sur leur ampli, sinon celle coûteuse de changer les lampes. Pourtant, la mode vient bouleverser ces tendances, car en plus de la customisation des instruments, des améliorations en atelier des amplis (changement de HP, modification du dispositif d'accueil de nouvelles lampes de puissance) il existe aussi un marché alternatif dédié aux effets analogiques, les pédales "boutique"...

Rien de neuf, pourtant, les "Mods" de ces équipements sont légions sur Internet depuis pas mal d'années, et si les améliorations sont assez convaincantes lorsque l'opération est bien faite, beaucoup pensent que miser sur ce type de matériel fait main est un gage de qualité du son. C'est vrai que les modèles pour un peu plus cher que l'original, améliorent le rendement, en proposant, au début, des modifications assez intéressantes.

Au début, c'était essentiellement pour ajouter un buffer et changer le switch afin d'obtenir un "true bypass" : la pédale désactivée laisse passer un son neutre de l'instrument, là où beaucoup de modèles d'usine réalisent des économies sur les composants et proposent, de série, des pédales qui colorent un peu le son dès qu'elles sont insérées dans la chaîne, et ce, sans même être activées.

A présent, ce sont des déclinaisons de modèles existant, avec en plus un remplacement de certains composants par une électronique de meilleure qualité (composants sélectionnées, vieux stocks) généralement plus chers. La conséquence est d'élargir le spectre sonore d'une stomp-box, de modifier légèrement le grain du drive (grind) ou la plage de fréquence du tone, voire d'éliminer un petit souffle résiduel, en remplaçant l'alimentation.

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On arrive à une popularisation de ces ateliers, une ouverture aux amateurs qui attendent parfois 2 ans leur commande pour disposer d'un modèle modifié, "comme les professionnels". Enfin, ce qu'ils en pensent, car si les pros misent sur la fiabilité de leur pedalboard qui doit tenir toute une tournée, ils n'ont peut-être pas intérêt à utiliser des pédales modifiées qui n'ont pas une marque très connue, au risque de passer à côté d'un endorsement !

On va dire que la mode qui s'est développée dans les années 1990 pour la customisation des guitares par les ateliers spécialisés (direct constructeur, comme le très célèbre Fender Custom Shop) ou auprès de luthier, cette mode s'est transposée aux matériels électroniques (amplis et pédales) avec des développement non plus de luthier mais d'électroniciens spécialisés qui réalisent des modifications et proposent leur propres réalisations "boutique".

Attention, ça ne casse pas trois patte à un canard, et pour l'amateur que je suis, les reproches que je peux formuler à mon matériel ne pourraient avoir pour remède un simple "lifting" chez un luthier ou en "boutique". Mes besoins sont, de plus, assez éloignés de ceux des professionnels du son, et pourtant, ma quête est probablement assez proche en matière d'exigence, sans pour autant sombrer dans le phénomène de mode...

Et puis Hendrix ou Page faisaient construire et modifier leurs effets par Roger Mayer... C'est pas si récent tout ça ! Ok, avant, il y avait moins de constructeurs et moins de richesse et de choix dans les matériels. Il fallait donc passer par ces ateliers pour disposer d'un son à sa convenance.

Le phénomène de mode, s'il en est, c'est celui qui affiche le fait de jouer sur un matériel standard en affichant la suprématie de qualité sur le modèle original. Ce n'est pas déconnant dans la mesure où les constructeurs ont délocalisé leur production depuis les années 1990, et qu'il en a découlé des gains à tous les niveaux, des économies sur la main d'œuvre mais aussi sur les composants avec un impact direct sur la qualité de production, la fiabilité et surtout le rendu sonore.

Par contre, l'exigence si particulière d'un amateur sur le fait de disposer de la même pédale modifiée par Robert Keeley que untel, ou encore d'avoir trouvé sur eBay une FuzzFace d'époque à 400 $, je trouve ça abusé, pour avoir un son de fuzz original (peut-être). Surtout lorsque l'utilisateur ne sait même pas exprimer ses attentes en matière de son.

Il faut apprendre à relativiser, écouter et rester assez pragmatique : les constructeurs proposent des modèles de plus en plus aboutis (le true bypass devient plus démocratique) sur un marché assez restreint car le numérique inonde tout. Il reste peu de marges à faire sur des modules réalisés en usine en faible quantité. Les prix sont certes élevés, mais une marque garantit une forme de qualité sonore.

On a de bonnes surprises dans les clones, comme la TO800 de Behringer qui est vraiment de bonne facture pour moins du quart du prix de la TS9 d'Ibanez. Mais on a aussi un risque à ne pas prendre une marque reconnue comme Maxon, Boss, Electro Harmonics ou Digitech. Les effets boutique sont même repris en ce moment, lorsque leur schémas sont publics, par ces mêmes constructeurs des matériels d'origine, pour modifier les versions des modèles produits.

Pour enrayer le phénomène de modification des dernières TS9 "reissue" sorties d'usine avec quelques composants légèrement moins chers que ceux de la TS9 d'origine, Ibanez a modifié sa production en proposant la TS808 reprenant les schémas et les composants d'origine de sa TS9, pour un prix plus élevé, mais intégrant aussi des modifications réalisées par les boutiques. Plusieurs déclinaisons, dont la TS9DX ont vu le jour jusqu'alors, avec des succès commerciaux systématiques.

Et si les boutiques étaient des ateliers de Recherche et Développement des grandes marques, et ce sans frais supplémentaires ? D'autant que les produits proposés par les boutiques sont un peu plus chers que les modèles copiés originaux, évidemment. D'ici que ces ateliers se "cassent la gueule" car ils ne touchent que très peu de public en fin de compte...

Pourtant, faites le calcul, pour une pédale de disto, vous devez compter :

Il y a quelque chose qui cloche dans le domaine commercial pour cette même disto : certains sont prêts à payer 3 fois moins pour un son légèrement dégradé, certains à payer trois fois plus pour un son légèrement amélioré, mais tout le monde a en tête le son de la pédale originale... Quand on sait que le toucher du guitariste permet une modification bien plus importante du son !

Pour conclure avec les caractéristiques du son, et la croyance qu'elles sont améliorées avec la customisation, le vintage et les effets boutique, la construction d'un son est souvent artisanale. On trouve de tout dans ce bas monde. Le savoir-faire des concepteurs peut tout autant servir à préparer un modèle inspiré (copié) d'un modèle produit en série (standard) en respect de contraintes et exigences particulières. Ça fait gonfler la note, là encore, pour avoir du sur-mesure dans un environnement où, on vous l'explique, le son ne vient pas du module mais du guitariste !