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la motivation du guitariste




La capacité à apprendre est innée, car dans la nature du cerveau, le "savoir apprendre", qui favorise la réussite et mène à une véritable autonomie, est une compétence complexe qui nécessite d'acquérir une méthodologie d'apprentissage, et d'accepter de modifier ses représentations sur l'apprentissage, et parfois même ses représentations de soi.

Tout apprentissage est donc une transformation profonde, il faut changer pour apprendre et on change en apprenant. Le fait de souhaiter apprendre la guitare engendre déjà une notion complémentaire de motivation qui insuffle inévitablement un changement (notamment dans le comportement, le modèle vestimentaire, ...).

Contrairement aux idées reçues, apprendre ne consiste pas simplement à accumuler des connaissances pour les ressortir plus ou moins telles quelles à l'examen. C'est une activité complexe, qui nécessite un accompagnement humain et technique favorable pour se développer en compétence au sens plein du terme.

À la lumière des travaux de la psychologie cognitive et des neurosciences, s'est dégagée une nouvelle conception de l'apprentissage, centrée sur l'apprenant, et basée sur les théories de l'activité, où l'action, la réflexion, et la collaboration avec autrui, sont les conditions essentielles à l'efficacité de l'apprentissage.

Cette conception s'appuie sur notre fonctionnement biologique, cognitif, affectif, et notre nature essentiellement sociale, tout en respectant les multiples différences individuelles. Dans le cadre scolaire, mettant au premier plan le rôle actif de l'apprenant et le contrôle qui doit lui être laissé sur sa formation, son efficacité a été montrée pour réduire les écarts entre les étudiants efficaces et les autres, mais aussi pour aider les élèves en difficulté.

Cependant, dans le cadre d'un loisir, comme c'est bien le cas pour pas mal d'entre nous, l'apprentissage de la guitare est bien souvent relégué à tort, à un apprentissage "de seconde zone". L'investissement est relativement important, en tout cas plus complexe que d'apprendre les règles d'un sport d'équipe, et les besoins de passage de la théorie à la pratique des plus exigeants et chronophages (consommateurs de temps).

C'est pourquoi on privilégie généralement le temps d'apprentissage à son ambition scolaire (du moins dans notre culture occidentale) ou à son métier pour lesquels on dénote une forme de "rentabilité" à apprendre : apprendre à l'école ou se former dans sa profession se traduit beaucoup plus directement en termes d'évolution et de promotion.

Paradoxalement, c'est aussi l'occasion de constater qu'il est aussi bon ton d'apprendre dans le cadre de ses loisirs et que l'investissement, s'il est lourd ingrat et coûteux, n'en est pas moins un sérieux facteur d'équilibre social. Il s'avère bien quelques cas d'irresponsables souhaitant laisser tomber les études pour vivre de la musique, mais ces doués ou inconscients sortent du scope. Le propos traité consiste à expliquer la manière de trouver la motivation pour s'investir dans l'apprentissage de la guitare en tant que loisir et non en tant que lubie.

Et l'on se rend compte, comme dans le scolaire ou le sportif, qu'un dispositif d'enseignants, des méthodes et autres structures de cours, des masterclasses, des stages, ... sont à disposition moyennant finances. De même une forte proportion de guitaristes amateurs s'est forgée en autodidacte. Tout seul pour progresser à son rythme, pour évoluer au rythme du plaisir et de ses motivations.

Car l'apprentissage ne peut, de toute façon, être efficace que si l'apprenant s'y engage activement, cette nouvelle conception de l'apprentissage bouleverse donc les rôles de chacun, apprenants comme enseignants. Il importe de prendre conscience que dans une démarche d'apprentissage, on est acteur, coresponsable et co-constructeur de son apprentissage, quelque soit la manière retenue : suivre des cours ou mener la quête en autodidacte.

Deux notions donc : autonomie et motivation, qui seront indépendantes des médias utilisés en tant que matière concrète de la progression. Une notion sous jacente d'objectif et de gestion de cet objectif est un élément important, souvent difficile à apprécier, mesurer ou même fixer, mais qui complète cette trilogie du savoir.

Comment apprendre à apprendre ? Y a-t-il une façon d'étudier plus efficace que d'autres ? S'il y avait une recette miracle, valable pour tout le monde, ça se saurait ! Chacun a sa façon d'apprendre, son propre fonctionnement cognitif. L'important est de découvrir votre propre façon d'apprendre, celle qui vous convient le mieux, et apprendre à la faire évoluer si elle ne mène pas au résultat souhaité.

D'autant que la motivation, le choix d'apprendre la guitare repose souvent et principalement sur très peu : un copain influent, un effet de mode, un environnement musical. Il advient même que ceux baignant le plus dans un milieu soient les premiers écoeurés ou les premiers motivés. De là provient le hasard de l'héritage, Dweezil pour Franck Zappa, en est un contre-exemple éloquent. Reste encore les appartenances "d'emprunt", comme la reconnaissance de ses Maîtres, le fait de se sentir le "fils spirituel"...

Dans un premier temps, afin de vous éclairer sur le processus d'apprentissage en général, et sur vous-même en tant qu'apprenant, il importe de se connaître pour engager l'action, et pouvoir s'améliorer ensuite.

Vous avez découvert ou bien vous découvrirez combien il importe d'être attentif à son propre fonctionnement psychologique, car il influence sur votre apprentissage à divers niveaux (perceptions émotives, représentations, confiance et estime de soi), et conduit à interroger votre motivation, primordiale dans l'apprentissage en ce qu'elle détermine les actions que vous engagerez.

Par la suite, on fera un zoom sur le principe d'acquisition, sous entendu, d'acquisition des stratégies cognitives et métacognitives adéquates à la pratique ou au jeu de guitare, qui font la différence entre les apprenants efficaces et les autres.

Comme on n'apprend jamais vraiment seul (on peut mener la démarche et mesurer seul sa progression, mais toujours en s'appuyant sur des influences, des médias extérieurs, ...), vous comprendrez pourquoi les interactions avec les différents acteurs de l'environnement d'apprentissage sont indispensables, comment l'émulation avec un copain aide à progresser, comment faire partie d'un groupe propulse votre engagement, ...

Cependant, il faut aussi considérer l'autonomie, même dans une démarche d'apprentissage collectif, qui recouvre son importance dans le développement de la compétence à apprendre, et qui demande toujours plus de compétence, de recul et d'adaptation.

Donc motivation, et autonomie. Rien de très passif, on pressent l'investissement personnel nécessaire et contrairement à une démarche scolaire, l'apprentissage de la guitare est bien souvent le fruit d'un moteur difficile à conduire, mais qui avance pourtant. Et c'est peut-être la clé de la réussite de l'apprentissage que de fixer correctement ses objectifs. Plus il sera élevé, plus il faudra de la motivation.

Ceux qui vous décourageront de suivre de manière ambitieuse des objectifs trop élevés seront rapidement écartés de votre chemin, notamment si vous-même n'avez pas conscience de la hauteur de l'objectif. A contrario, quelqu'un qui a atteint un bon niveau risque de "perdre" pratiquement cette aptitude s'il ne pratique pas assez ou s'il se fixe des objectifs trop raisonnables.

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C'est un équilibre entre motivation et objectif qu'il faudra trouver pour continuer à progresser. Apprendre, c'est progresser. Et l'on apprend toujours, on progresse toujours. Vous le rencontrez chez les plus expérimentés, souvent leur niveau technique était meilleur auparavant, mais leur interprétation n'était qualitativement peut-être pas aussi élaborée de manière personnelle que récemment. Le toucher vient avec l'âge.

Par la suite, on ne pourra déplorer que l'autonomie s'acquiert plus ou moins bien en fonction de chacun, que certains sont très tôt autonomes et peu influençables et par ailleurs que d'autres seront à jamais dépendants d'un modèle, d'une marque, d'un dirigeant ou d'un conducteur. Ça n'en fait pas moins de piètres musiciens, tout dépend ce taux d'initiatives qui sera plus élevé pour les autonomes et probablement moins pour les autres.

C'est une faculté innée, comme un don : un musicien qui a l'oreille musicale ou le sens du rythme progressera différemment, mais pas forcément mieux qu'un musicien qui ne l'a pas. Cependant, si l'improvisation, la retranscription seront plus intuitifs pour certains, d'autres auront "compensé" leur lacune en interprétation, technique et autres théories.

Il faut donc considérer chacun sur un pied d'égalité sur ces points-là, mais retenir que l'apprentissage de la guitare sera d'autant plus simple pour quelqu'un qui naturellement regroupera à la fois oreille musicale, sens du rythme, et forte autonomie.

Par la suite, les facteurs environnementaux et cognitifs qui construisent et entretiennent la motivation n'auront d'impact que sur l'investissement personnel de l'individu. Restera enfin un autre problème à régler, qu'est l'investissement matériel, financier, aussi bloquant (sinon plus) que le facteur de la motivation qui ne suffit pas à vaincre les montagnes !

Les multiples périodes de progression suivies de "passages à vide" sont rencontrées au cours de l'apprentissage comme dans toute sa vie de guitariste. En effet, dans la mesure où ce n'est pas son activité principale, la pratique de la guitare peut se matérialiser, au fil des années, par une succession cyclique de hauts et de bas.

Là encore, des règles aussi connues sont à évoquer, comme le fait de ne plus pouvoir descendre lorsque l'on touche le fond. Je souhaite que la symbolique soit forte, mais une interruption de seulement quelques deux mois de pratique après plusieurs années d'assiduité et de régularité constitue pour nombre d'entre nous une sorte de "descente aux enfers" : on ne se souvent plus de la position des accords, les gammes sonnent étrangement, les minimums théoriques se sont volatilisés, et le geste est bien lourd. Revenir à un niveau respectable (pour soi) est alors un effort assez conséquent, un challenge, mais un aussi un "bon objectif".

Mais il faut aussi considérer que la pratique régulière d'un même plan de travail peut conduire à "tourner en rond" s'il n'y a pas d'objectif complémentaire comme jouer une rythmique ou un solo en particulier par exemple... Et l'erreur serait de ne pas considérer être descendu aux enfers dans ce cas, alors qu'on ne progresse pas (ou plus). Vivre de ses acquis, c'est aussi stérile que de stopper complètement son activité.

Retrouver la motivation, pour venir aux guitaristes en mal de théorie : c'est un challenge de motivation par lequel tous sont passés, comme si la fin d'un ouvrage d'harmonie engendrait un état de dépression post mortem, qui conduit le guitariste à se demander s'il va encore évoluer. Avoir à digérer un ouvrage (conséquent, technique) de théorie musicale est un objectif honorable. Un bon objectif, même, mais après ?

Le fossé entre pratique et théorie est un obstacle engendrant beaucoup de frustration. Comme un conducteur qui aurait appris à "piloter" sa voiture sur les routes d'un département désertique, qui aurait son examen en poche depuis quelques temps et qui soit directement confronté au trafic de véhicule d'une grande ville. Un idiot à Paris ?

Si le cocasse de la situation et du parallèle est malgré tout assez déroutant (hoho !), il n'en reste pas moins qu'on a parfois l'impression, après avoir franchi un palier, de se demander : "qu'est-ce que je fais après ?". Et pour éviter de tomber dans l'immobilisme, il s'agit bien souvent de conduire deux objectifs en parallèle et à ce moment de mettre ses forces sur cet autre objectif. Autrement, il faut changer de média, de méthode ou d'environnement.

Quelqu'un qui a pratiqué seul jusqu'à un bon niveau de développement de son jeu doit rapidement s'orienter vers un objectif différent, différent en tout cas que de celui de passer à un autre niveau de jeu, contrairement aux séquences rencontrées dans les livres (tome II après le tome I) ou dans les jeux vidéos.

En musique, notamment dans la pratique de la guitare, l'aboutissement d'une étape théorique ou technique peut facilement trouver une alternance, et elle est souvent perçue, cette alternance, du fait d'un changement d'environnement. L'arrivée d'un ordinateur permet d'enregistrer et fixer des objectifs sur cet environnement, la recherche d'un autre musicien peut laisser entrevoir une collaboration tout aussi enrichissante (à quoi bon maîtriser théoriquement et pratiquement toute une méthode si l'on n'est pas capable de mettre en pratique ce savoir avec un autre musicien !).

Ces alternatives sont variées, elles peuvent aussi être inspirées par le fait de pratiquer un autre instrument, d'investir dans un élément complémentaire dans son set (un multi effets, une boîte à rythmes, ...) ou de collaborer avec un autre instrumentiste (ou chanteur). L'idée, c'est de fixer rapidement un nouvel objectif afin de ne pas rester sur un acquis, souvent complexe à mettre en pratique.

C'est le sort de tous, que, une fois ce premier palier théorique et technique franchi, une sérieuse remise en question frappe le guitariste d'un mal dépressif alors qu'il sort victorieux d'une épreuve inatteignable deux ans auparavant. C'est souvent que des gars se sont mis à grattouiller dans ne chambre, ont investi dans un peu de matos et une méthode avec leur premiers revenus et se retrouvent deux ans après (c'est une durée moyenne constatée) à se demander où tout ça va bien les mener.

Les étudiants dans une dynamique de groupe montent rapidement des premières initiatives grégaires de duos, trios ou groupes musicaux. Les actifs, plus isolés, disposant de moins de temps (à cause du boulot) et de plus de contraintes (on se met sérieusement en couple) restent souvent au bord de la route, les bras ballants et la larme à l'œil en geignant "tout ça pour ça !" à qui veut bien l'entendre.

Difficile la remise en cause. D'autant qu'à ce moment-là, les parents ou la copine (le copain) ne sont pas les mieux placés pour donner du poids au changement : on leur a cassé les c... depuis des mois à jouer des gammes et des accords, et là qu'ils ressentent un relâchement (notre aboutissement est obscur pour ces individus), ils en profitent pour vous solliciter d'avantage, prendre du temps avec eux... comme si vous étiez à nouveau redevenus sociables... Aïe ! Ça fait mal de penser ça de soi !

Rien en tout cas pour encourager à repartir tout motivé dans une autre direction. Et c'est pourtant ce qu'il faut faire, ne passe laisser submerger par cet accomplissement personnel et rapidement rebondir pour ne pas sombrer dans une déprime guitaristique douloureuse et marécageuse. C'est probablement là que le fait de partager sa passion avec un autre reste la meilleure solution de s'en sortir pour se désembourber.

Non seulement ça permettra de redevenir social (la gamme tue par certains côtés), mais surtout, le partage, l'altruisme va permettre de fixer de nouveaux objectifs. Ça peut être avec un prof, comme avec un collègue, un gars trouvé sur annonces, un ancien copain d'école... il faut passer par l'échange pour bien comprendre comment se diversifier.

On peut alors, dans le cas d'un pro et/ou de deux guitaristes, échanger sur sa compréhension, et de très bonnes surprises vont probablement voir le jour : vous avez jusqu'alors vécu avec des œillères, ne l'oubliez pas. On trouve toujours plus fort que soi... Ou alors vous vous trouverez des facultés didactiques et servirez à faire progresser votre nouveau copain, pourquoi pas, c'est également un très bon objectif.

Et si par bonheur, vous rencontrez alors un autre instrumentiste, vous risquez rapidement de projeter autre chose que la "simple" atteinte du niveau théorique qui permettait selon votre analyse autodidacte, d'atteindre le niveau honorable et respectable de jeu. Quand je dis autre instrumentiste, il se peut qu'il soit aussi guitariste, mais rythmique quand vous jouez le solo, ou inversement, le principal n'étant pas de savoir qui est dessus et qui est dessous, mais qu'il y ait échange dans un but de représentation d'enregistrement, ...

Généralement, ces phases d'échange sont riches d'enseignements et ouvrent nécessairement des perspectives jusqu'alors jamais envisagées. Vous passerez inévitablement par des phases de "reniflage de c...", puis progressivement vous saurez si ça ira ou pas, si vous sentez pouvoir être amenés à collaborer ou non. Et cette simple décision permet souvent de fixer un nouvel objectif : si l'on voit que ça ne passe pas entre vous, la remise en cause fera l'effet d'un bon coup de pied au c... et votre prise de décision alternative n'en sera que plus réfléchie et plus rapide.

Ne "manquez" pas vos remises en cause : MOTIVATION et AUTONOMIE sont les nerf de la guerre de cette évolution dans l'apprentissage. Fixez des OBJECTIFS réalistes, atteignables et conservez surtout la tête sur les épaules... privilégiez votre boulot, votre environnement social, votre famille sans perdre de vue que la guitare n'est pas quelque chose de secondaire mais quelque chose qui avance à un rythme différent.