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à quoi sert la musique




J'ai lu aux détours des kiosques et de pages web, des essais, des pamphlets, des tweets et autres blogs, que la musique est perçue différemment par les gens. Sans entrer dans un débat de classes sociales, je me suis souvent demandé ce que les gens pouvaient ressentir, dans la mesure où ma perception était assez biaisée par le phénomène de la passion.

Pour aller à l'essentiel, il est peut-être plus simple de résumer rapidement ma perception, puis d'ouvrir ensuite le débat : j'apprécie, depuis mon tout jeune âge, la musique pour ce que je crois être sa beauté. Jeune auditeur de classique, puis de rock, j'ai par contre privilégié bien tôt la note au mot, particulièrement au mot compréhensible.

Très tôt, j'ai eu la chance de distinguer l'instrumental du chanté, puis assez peu après, le sacré du profane... Amateurs de classique, mes parents écoutaient cette musique sacrée de manière assez noble, sans discuter "par-dessus" en savourant l'instant comme une bonne glace ou un bon vin. Mais jeunes dans les années 70, ils écoutaient du bon rock, du blues et du jazz avec un autre comportement, comme si cette musique le tolérait, en dansant, criant, discutant en soirée...

Ma perception est donc celle d'un individu d'un autre siècle qui distingue (de par son patrimoine culturel) deux musiques, l'une inspirant le respect et l'autre suscitant le mouvement ou l'amusement. Si je demande aujourd'hui aux enfants de mon univers ce qu'est, pour eux, la musique, je n'aurais qu'une réponse.

Et je constate cette "perte" culturelle parce que je n'ai pu reproduire les mêmes écoutes que celles dont j'ai pu bénéficier, me heurtant à d'autres critères culturels du type "c'est chiant !" ou "il chante jamais le monsieur ?", voire dans de nombreux cas "c'est nul !"... si tant est que l'argumentaire sur la nullité puisse réellement être fondé, je lui reproche de ne pas être plus étoffé.

Mais force est de constater l'évolution de la signification du mot "musique" depuis sa médiatisation qui ne démarrait que dans les années 80. Pour expliquer, avant 1981, les radios libres n'existaient pas et diffusaient principalement des informations, la variété nationale (Sheila, Adamo, Claude François, Johnny, ...), parfois The Beatles et Elvis Presley, ... et très peu de classique sur France Culture ou France Inter. Depuis, c'est la variété qui a été privilégiée au point que leur programmation puisse même être savamment travaillée, avec des listes adaptées à la conduite (sur Radio Trafic), d'autres destinées aux écoutes sur le lieux de travail, avec des ambiances actuelles, d'autres programmées par les chaînes de magasins ayant la vocation d'inciter à acheter.

Pour être franc, les radios culturelles subsistent difficilement (financées par l'état) mais n'ont pas la possibilité d'afficher les taux d'écoute records des radios "non culturelles" ou abêtissantes que sont les Fun, NRJ ou consorts. Le classique, d'ailleurs, ne semble être écouté que par une élite, souvent des "vieux" ou de sages élèves de conservatoire. On est surpris de constater que jamais autant de bagnoles ou de plats cuisinés n'ont suscité les vertus consommatrices de cette musique, mais quand on en parle aux générations futures, le classique, c'est joué par des orchestre en perruque et queue de pie, et ce n'est plus entendu que lors des stressantes attentes téléphoniques ainsi que dans les publicités...

Pire, si dans la bagnole, vous n'avez pas une radio comme NRJ, vous passez pour un ringard ou une espèce de marginal qui écoute probablement en dehors des sentiers battus. Quel intérêt ? Impossible à dire, mais le son (et probablement bientôt le clip, avec la vidéo) viendront remplacer les radios d'information (ou des journaux télévisés) qui restent encore les radios les plus écoutées de France, mais pas pour la musique, évidemment. Elles se sont même adaptées aux tranches d'âge, Nostalgie pour les anciens, RTL2 ou Virgin Radio pour les quadragénaires et F.I.P et son jazz pour quelques bobos nantis qui pètent plus haut que leur c...

Comment des chaînes, des stations, des sites Internet peuvent-ils tenir le haut du pavé en matière d'audience, en ne diffusant en boucle nuit et jour les 30 morceaux à la mode... Ce matraquage médiatique a-t-il eu un impact sur notre environnement culturel depuis toutes ces années, au point de nous faire perdre l'essence même de la musique ? Comment les gens ne se détachent-ils pas de l'intérêt porté aux instruments. Sans crainte de faire "vieux con", j'affirme que dans les années 80, tous les ados voulaient une guitare ou un synthé, et là encore, cet engouement est envolé !

Donc, il semble ne subsister, dans la mémoire collective, que les chansons formatées, celles dont les rythmes, les harmonies, les interprètes se ressemblent en tout point. Comme si se fut un besoin attendu par la collectivité. Je ne vais pas faire mon paragraphe "1984", mais il semblerait que d'être conditionnées, pour se tortiller en boîte de nuit, à la boum du collège, en bagnole, le matin au réveil à la télé, ces "musiques" aient pris une importance primordiale dans les médias (télé, radio, Internet) et dans nos vies... une intro, un couplet, un refrain, un beau mec ou une belle nana, de la danse, de la pseudo émotion, de la sensibilité à l'emporte pièce. Une musique sans nuance, sans goût ni originalité. On serait rassuré par si peu de changement ?

Reste une catégorie de musique qui a été splittée en deux groupes opposés. Le premier groupe regroupe la musique de fond sonore que l'on entend dans les ascenseurs, les stations de métro, parfois les galeries commerciales ou les halls d'aéroport ou de gare. De l'instrumental, plutôt jazz, voire ethnique ou "musique du monde", qui apaise ou booste l'ambiance, selon le besoin. L'autre groupe, instrumental lui aussi, est associé au mouvement. On retrouve un instrumental plus ou moins rythmé en fonction du besoin : des nappes synthétiques écoutées en séances de relaxation ou dans les salles d'attente, jusqu'aux répétitions hypnotiques endiablées par une rythmique assez soutenue sonorisant les salles de sport ou les terrains vagues des soirées techno.

Dans les deux cas, l'instrumental n'est plus considéré comme une musique, mais comme un fond sonore, un fond d'écran, un fond de l'âme.

Mais si le classique disparaît progressivement des références culturelles de nos chères têtes blondes (on apprend Lady Gaga ou Madonna en musique au Collège !), et si les musiques d'ambiances ne sont pas écoutées mais entendues en fond (et donc jamais retenues), à quoi correspond la musique au sens premier pour le commun des mortels ? Ce qui était un Art, qui s'interprétait dans certaines occasions ou célébrations il y a encore quelques siècle, c'est devenu un produit de consommation, un kleenex, un carré de PQ !

Aujourd'hui, le chanteur donneur de leçon, ou celui qui s'étale sur ses amours et tente de nous dépeindre la profonde émotion ressentie, celui-là me gonfle autant que celui qui râle sur son impossibilité de trouver un métier à cause de sa couleur de peau ou de celui qui gueule la haine qui l'entoure dans son quartier. D'une structure harmonique "fisher price", les maisons d'édition ont fait du fric avec des "poèmes" dénués de sens (le discours ne tiendrait pas 2 minutes s'il était dit sans musique). Desproges disait "Vous avez entendu chanter Francis Lalanne ?", mais c'est pareil depuis des décennies avec Sardou, Goldmann, Obispo ou Mat Pokora...

J'ai personnellement une approche assez psychédélique des paroles de chanson, et si l'absurde, l'improbable ou le comique de certaines situations attire inévitablement l'oreille, c'est plutôt rare que j'apprécie les mots. Dans une langue étrangère, c'est parfois plus acceptable, comme je ne comprends pas toujours, mais aux indications harmoniques, on finit toujours par se douter du type de romance qui nous arrive aux tympans. Sans enterrer la chanson à textes, je trouve bien souvent la chanson mièvre ou inintéressante.

Et si dans de rares cas (Brassens, ...) le texte est plutôt bien écrit et mérite attention, en règle générale les vocalises et onomatopées qui passent en boucle sur NRJ ou Skyrock (qui n'a rien à voir, ni avec le ciel, ni avec le rock), n'ont pas la qualité des textes oubliés de Brel ou de Ferré. Alors de cette "musique" R&B, Soul ou Variété qui, je le concède, ne peut servir qu'à danser, je suis plutôt surpris par les gens qui avouent être touchés par les textes des interprètes. Je me dis que si M Pokora a pu susciter l'émotion chez ces midinettes, c'est qu'on risque bien d'être déçu si elles doivent argumenter autour de leurs passions ou sur leurs espoirs dans la vie.

On ne va pas lancer de polémique, mais les "bruits" radiophoniques, la majorité des téléchargements et des ventes (même en baisse) regroupent une "musique" formatée, qui n'évolue plus d'une décennie à l'autre, qui n'a plus l'ampleur du vecteur de révolte ou de communication qui a été celui qu'elle avait dans les années 60 ou 70. Le plus énervé des rappeurs semble un enfant de chœur à côté d'un Dylan ou d'un John Lennon qui ont influencé les politiques pour arrêter le massacre de milliers d'innocents ou de soldats au Viêt-Nam...

Que faire face à ça ? Je vais sûrement continuer de vieillir, et probablement disparaître un jour avec en tête quelques mesures de Tchaïkovski, quelques bons Led Zepplin et je n'aurai toujours rien pu changer. Si j'en discute avec ceux qui me révoltent, ils me rétorquent, impertinents et insolents : "t'es musicien, t'as qu'à faire mieux". Faire mieux ? Facile ! Mais ce serait donner de la confiture aux cochons ! Non, ma seule envie, parfois, c'est de faire "pareil" pour m'en mettre plein les poches et continuer égoïstement de les prendre pour des cons. Mais, je ne suis pas comme ça ! Ce serait criminel, et si certains n'ont aucun scrupule, ma propre conscience le réprouverait vraiment. Ah, ces cas de conscience !

J'ai trouvé un résumé de Doudou sur Yahoo Answers qui répond parfaitement à la définition de la musique en répondant à cette question : "A quoi sert la musique dans notre vie actuelle ?" :

À plein de choses chouettes, dont le poids social n'est plus à prouver qu'aux ignorants, mais aussi aux pires manoeuvres :

Aimer la musique est devenu le fait d'aimer personnellement la manière de l'apprécier, sans pouvoir échanger avec personne. Si Zygel fait des émissions de télé ou de radio qui me plaisent, si un reportage, tard dans la nuit sur Arte arrive aussi à me passionner, je dois bien être l'un des derniers survivants sur la région. Comment ce qui fut un Art n'est plus qu'un produit aux yeux de tous ? Gainsbourg avait jeté Guy Béart (seulement connu pour la plastique de sa fille de nos jours) dans une séquence télévisée en lui rappelant que Van Gogh ou Vivaldi, c'est de l'art majeur, mais que le fait qu'ils soient considérés comme des musiciens n'est qu'une infime contribution à un art mineur. Il avait bien raison, le bougre...