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théorie et pratique




C'est souvent perçu comme un vrai réel débat mais là, ce n'en est pas un, réellement ! La technique s'acquiert en pratiquant. La pratique d'éléments théoriques est indispensable.

Comment savoir identifier et reproduire un morceau sans qualificatifs techniques que sont les règles harmoniques, le rythme, l'interprétation, ... ? Autant d'éléments qui sont très subjectifs, mais qui fondent un jugement, qui ont un sens, une interprétation.

On va me sortir le cas du petit violoniste tzigane qui, dans le métro, joue "à l'instinct" alors que les bases théoriques font bien plus souvent partie de son patrimoine culturel auditif que les prémices de la méthode de lecture syllabique. Ce petit doué qui a été bercé dans un univers musical imprégné d'improvisations, de culture, et qui sait poser ses doigts et tirer une note avant de lui donner un nom.

Son patrimoine théorique est au moins, sinon plus riche qu'un même enfant de son âge qui est allé au conservatoire, mais il ne s'exprime pas avec des notations standards et des repères abscons. Un la 440, une portée en clé de fa, une mesure, ça n'a pas de sens pour lui. Par contre, adoucir l'attaque sur un passage, il a immédiatement su en saisir le sens et le traduire de manière cognitive sur le manche usé de son vieux violon hérité de son grand-père.

En contrepartie, c'est le côté fastidieux, rébarbatif, de l'enseignement classique des bases théoriques qui nous amène à penser qu'il existe une réelle injustice : ce petit tzigane n'a pas eu à "se farcir" des heures de solfège, et il arrive à jouer comme je le pourrai peut-être un jour au bout de 40 ans de pratique !

Je ne parle pas de l'acharnement dont doit faire preuve tout bon guitariste ; la conception de l'effort est d'une autre époque, le Moyen-Âge, mais seul le travail permet d'obtenir les bons automatismes et sa régularité est la seule vraie valeur payante dans cet ouvrage maintes foir remis sur le métier... Pratiquer la guitare, c'est 45 minutes tous les jours (minimum) et pas 3 heures par-ci, par là ! Sinon, on ne progresse pas. Sinon la gamme n'est plus un réflexe. Sinon, vous ne développerez que de mauvais gestes, et de mauvais résultats.

Il s'agit juste de savoir ce qui est important ou non dans son apprentissage. D'autant que pour la majorité des lecteurs, personne ne va être jugé gravement pour ne pas connaître la structure de la gamme hispano andalouse. Le petit tzigane est lui allé à l'essentiel, en faisant de graves impasses sur les éléments importants.

Souvent, les bases théoriques sont nécessaires pour dialoguer avec d'autres musiciens. Savoir qu'il est utilisé une gamme pentatonique de si mineur pour le solo d'Hotel California, ça c'est important, mais ce n'est pas essentiel ! Si le groupe joue un demi-ton en dessous du disque, il faudra transposer, mais après... l'essentiel, c'est bien de savoir improviser sur le thème dans toutes les tonalités...

C'est là que la technique est un outil qui sert à désigner les choses (c'est utile dans un dialogue) à gagner du temps, mais dans les faits, personne ne doit savoir tout ça à moins de vouloir devenir musicologue (je n'en connais pas beaucoup !). L'essentiel, c'est d'entendre l'ensemble des notes, son placement, les attaques, les émotions à transmettre, juste avant de le jouer.

C'est plus facile à dire qu'à faire. D'autant que les moins doués ne "comprennent" pas nécessairement ce que cela signifie. Et dans le propos, je reprends bien "moins doués", car les musiciens sont intransigeants : un bon interprète n'est pas un bon musicien. Je connais des pseudo guitaristes qui "passent" des partitions ultra complexes de Steve Vai comme ils passent un niveau de jeu vidéo (de "je" vidéo). Peu importe la manière, ils ont exécuté toutes les notes dans le tempo.

C'est effectivement assez stérile, peut-être même "démonstratif", ça peut plaire aux non initiés, et intimider les plus impressionnables... Mais d'un point de vue musical, un robot afficherait la même sensibilité ! Attention, les reprises bien senties ne sont pas si conformes à l'original : le débat compositeur / interprète n'est pas le propos de cette section, on verra plus loin.

En termes de sensibilité, refaire une imitation d'un morceau original, c'est pas mal pour rendre hommage, mais d'un point de vue artistique, si l'exercice est parfois très difficile, il n'en est pas moins improductif, et il n'apporte pas grand-chose au débat.

En découlera tout une déferlante de "reprises" à la mode rap, disco ou pop, de standards rock, classiques ou jazz... sous la forme d'un clin d'œil, d'une dédicace souvent oubliée (comme son interprète) quelques années après.

D'autres reprises mieux senties, le Hey Joe de Hendrix par exemple, sont souvent très loin de l'original, et c'est justement cette distance qui en fait la plus grande différence. L'élément théorique, c'est donc de savoir qu'il existe un original. L'élément pratique, c'est d'en préférer une autre version, différente à jouer.

C'est aussi cette distance qui permet de mesurer combien le musicien est loin de l'interprète. Hendrix n'est pas venu greffer un voicing de guitare sur un sample, ça n'existait pas certes à l'époque, mais je ne sais pas s'il se serait risqué à l'exercice aussi facile (qui fait le bonheur des DJ et groupes de pilleurs à la mode).

Ce que l'on apprécie, c'est surtout la manière dont le virtuose a mis en pratique une partition de référence sans réellement se soucier de théorie. Par contre, il a respecté ou souhaité chambouler une séquence d'accords, une tonalité, un rythme, ... certains aspects que seule la théorie permet de définir, mais qui caractérisent le morceau original, comme celui repris (et non plagié).

Battle's guitar

L'originalité a du bon ... qui mais ne conduit pas toujours à avancer !

Cette différence tient essentiellement dans l'interprétation : je n'imagine pas Hendrix avoir donné des instructions de "dosages" si caractéristiques pour constituer un "tube" (on en est loin chez Hendrix, mais on doit approcher la méthode pour beaucoup de hits des dancefloors de la planète). J'imagine plutôt un Hendrix ayant demandé un son, une énergie, un tempo particulier. Au bout de 20 prises, c'était dans la boîte !

Toute la nuance n'est que ... musicale. Le solo improvisé reprenait alors une suite de notes, de bends, d'attaques qui lui étaient chères sur l'instant, c'est aussi ce qui fait la magie de la musique. Pourquoi le même artiste a-t-il osé le thème de Strangers In The Night sur le voicing de Wild Thing ? Le thème ne lui appartenait pas, mais il a joué sur ce décalage avec la force et la violence du morceau et le thème ultra connu qui a des airs de ritournelle tranquille, pour un passage que l'on pourrait nommer "le repos de la bête sauvage".

Maintenant qu'on a vu la vraie mise en application de cette différence entre théorie et pratique, il reste réellement à savoir identifier ce qui semble nécessaire de développer pour "atteindre" ce niveau de musicalité. Attention, ce n'est pas la méthode "Comment devenir Hendrix", mais plutôt savoir ce qui est développé dans un cas et pas dans l'autre.

Le grand écart entre théorie et pratique, c'est "ce que l'on en fait" : si jouer un morceau, c'est remplir des cases, transcrire sur un manche une partition (une tablature), alors l'objectif sera relativement facile à atteindre. Certains auront du mal à jouer en rythme. D'autres ne se rendront pas compte qu'ils jouent une guitare désaccordée. Parmi tous ceux-là, il faut espérer qu'ils prendront leur pied en exécutant des grilles tout le long de leurs vies, et qu'ils pourront épater des filles jusqu'à ce qu'ils cassent une corde...

Effectivement, sans un minimum d'oreille musicale ni un petit sens du rythme (les deux se travaillent, vous savez), vous aurez déjà pas mal de difficultés à devenir un musicien accompli, tout juste un bon rat de conservatoire bon pour interpréter en famille la truite de Schubert au piano pour Thanksgiving ou Pâques.

Je suis volontairement sélecte, mais c'est surtout pour préparer une chute assez spectaculaire (de plusieurs étages) annoncée avant la phrase suivante : malheureusement, les ficelles de l'industrie musicale nous ont montré maintes fois qu'il s'agissait d'être beau ou de savoir danser (boys bands) pour avoir plus de succès qu'un vrai musicien.

Si vous vous demandez ce qu'il vous faut pour devenir un bon musicien, la réponse est "tout !" (et jetez-vous de plusieurs étages comme les autres...). Par contre, si vous pensez qu'il y a en vous des facultés qu'il vous faudrait travailler pour améliorer votre jeu de guitare, donner plus de personnalité à vos phrasés, syncoper vos rythmiques différemment, alors continuez la lecture.

En effet, c'est en travaillant ses points faibles qu'on s'améliore, mais en développant ses points forts que l'on excelle. J'ai croisé des musiciens qui jouaient à l'oreille, disposaient d'une technique énorme et de quelques bases théoriques (peu en fait étaient ignares sur ce point). Tous lisent la musique. Tous savent écouter la musique. Tous savent rejouer le thème principal sur un instrument (piano ou guitare, indépendamment) après la première écoute.

On ne va pas écrémer encore, mais si vous ne faites pas partie de ceux-là, préparez-vous à sauter ou bien à beaucoup bosser ! Enfin, il y a cette caractéristique intrinsèque des bons musiciens : la proprioception. Un bon musicien, en plus d'une oreille (mieux qu'une ouïe) et d'un toucher particulier, a su développer ce 6ième sens qu'est ce compromis entre la sensibilité et cette traduction introspective de l'univers musical qui le transperce.

On ne va pas rentrer dans un débat new age où chakras et forces s'opposent à une forme de pensée et sérénité assez linéaires. Il n'y a pas de ying et de yang pollués par des dons et des perceptions particulières : un musicien développe une sensibilité unique qui lui permet de ressentir plus profondément un morceau (autrement que par des notes, des partitions, des lignes, des chiffres ou des symboles).

Cette sensibilité unique lui permet d'entendre intérieurement une note avant de la jouer (de la poser sur une corde, de l'attaquer, de la faire précéder ou suivre d'appogiatures, de nuancer pour mieux retransmettre, chaque découpe de temps, tronçon énergétique du phrasé)... On est loin de notions théoriques, ce qu'il perçoit, anticipe et interprète ne s'exprime pas avec les termes de la retranscription mais ceux de l'émotion.

Cette capacité lui permet d'improviser, de composer, d'échanger avec ses pairs, en contribuant à la construction d'un édifice musical souvent mal apprécié du public. C'est ça la musicalité, cette perception particulière d'un rythme, d'un air, cette sensibilité à interpréter un morceau, ou à retranscrire quelque chose d'intérieur, de le composer. Le résultat final est souvent lié à l'instant (qui n'a jamais été porté par une ambiance particulière lors d'un concert, puis déçu à l'écoute de la retranscription télévisuelle du moment). Ce côté éphémère contribue à la "magie".

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Tous des génies ! Comme Mozart ou De Vinci

C'est cette sensibilité, cette perception ou ce feeling qui va faire la grandeur du musicien. À ça, il faut ajouter des artifices synergiques : bien accompagné, un piètre guitariste restera un piètre guitariste, mais même accompagné de façon très neutre, un bon guitariste sortira du lot et suscitera l'intérêt.

On est bien loin des méthodes qui indiquent qu'il faut développer cette proprioception en s'écoutant dans le noir : oui, en fermant les yeux, on aiguise l'oreille. Les 5 sens cognitifs se compensent en permanence pour que l'addition des 5 compose un tout (100%) ; si les yeux sont fermés, les 4 autres sens actifs doivent occuper les 100 %, et comme le goût ou l'odorat sont laissés (généralement) de côté aussi, l'ouïe et le toucher doivent occuper à eux deux les 100 % qui restent.

Mais un gars qui a la grippe, dont l'odorat et le goût sont faiblement actifs, ne sera pas pour autant un meilleur musicien, son 6ième sens proprioceptif compte aussi dans la balance, et même s'il a une oreille absolue, il devra au minimum être développé et actif (pas si simple pendant une bonne grippe) pour permettre de faire des étincelles. Alors oui, si votre écoute est meilleure dans le noir total, développez-là dans ces conditions, mais restez aussi un bon musicien en environnement éclairé...

Le but est de développer ce qui est déjà au top, donc le toucher (par la pratique, éventuellement dans le noir pour utiliser d'autres repères que le simple repère visuel) et l'ouïe en écoutant et écoutant encore, en jouant à l'éponge qui absorbe et restitue (même dans le noir, allez parler à votre éponge, vous verrez bien !).

Pourquoi un sportif qui monte à 6 mètres avec sa perche sait exactement à quelle hauteur il a sauté, même en fermant les yeux. Une perception supplémentaire de sa position dans l'espace s'est développée par la pratique de son sport, au point d'apparaître comme un don, aux yeux du commun des mortels. Il n'en est rien. Je connais peu de sauteurs à la perche aveugles, mais je pense que tous avaient un bon patrimoine d'agilité, de musculature et d'équilibre, ainsi qu'une solide oreille interne surdéveloppée, avant de devenir un champion.

Et bien c'est pareil pour un guitariste qui doit se repérer dans l'espace musical dans lequel il s'exprime, sans avoir à se demander s'il respecte un schéma de pentatonique où s'il copie le thème de Strangers In The Night. Spontanément, son repère n'est plus culturel ni théorique, mais sensitif : il doit anticiper le fait que ça sonne en fin de jeu, et laisser libre court à son expression artistique, son improvisation plus ou moins bien sentie (de la simple interprétation ou reproduction jusqu'au coup de génie et autre envolée lyrique constituant le point d'orgue d'un solo).

Pas de partition pour la chance, tout doit rester sous contrôle ! Un espace de liberté dans un cadre maîtrisé. C'est là toute l'essence de cet art. Ce qui fait la différence. Ce qui engendre l'émotion, ... et donne à d'autres l'envie de la comprendre, la ressentir, la surpasser, la sublimer encore et encore, pour le plaisir des amateurs d'émotions et non des écouteurs neurasthéniques qui empilent théorie et pratique dans une laconique étagère "loisir & divertissement" de leur rayonnage culturel flagrant de pauvreté intellectuelle et désert de toute sensibilité artistique.