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numérique contre analogique




C'est effectivement un choix draconien que nombreux ont eu le loisir (la douleur) de tester, et qui reste bien souvent un sujet d'actualité. En effet, il faut bien réaliser que les contraintes de production font que les constructeurs vont privilégier les technologies numériques (micro-processeurs, informatique, mémoires, ...) moins chères et plus stables, aux vieilles méthodes de construction qui prônent le vintage et l'assemblage de composants électroniques "à l'ancienne" (lampes, condensateurs, transistors, ...).

Un débutant va logiquement et sainement hésiter, faute d'expériences et de connaissances. Il va aussi être influencé par les commerçants et les boutiques favorables à la vente des systèmes les plus populaires (et qu'ils ont en stock, ou qu'ils approvisionnent facilement). Enfin, il va suivre "l'air du temps", envisager ses achats sur la base de principes avérés, sages, comme "qui peut le plus peut le moins" au détriment de la qualité sonore.

Mais il arrive même qu'un guitariste plus expérimenté (un ou deux ans de pratique) sombre dans le même problème car il oublie trop vite la finalité de son achat, ou bien se trouve confronté à des critères financiers trop importants. Les combinatoires guitare - ampli sont assez facilement prévisibles. Mais dès qu'on rajoute de l'émulation d'ampli et/ou des effets au milieu, ... plus rien ne semble aussi simple. Les rendus hasardeux de très bonnes guitares dans des modules numériques donnent des résultats très décevants : une strat vintage dans un POD par exemple...

Enfin, même les plus aguerris risquent parfois d'être sensible aux arguments marketings et publicitaires de certains constructeurs/distributeurs, ou encore sont confrontés à des problématiques financières qui vont les conduire à renouveler d'importantes parties de leur set ainsi qu'à une mauvaise orientation. Si eux on une idée du son qu'ils souhaitent obtenir et savent préciser leur besoin, ils sont aussi capables de décisions infondées de se débarrasser de leur pedalboard complet et de leur stack à lampes pour un module tout-en-un qui se connecte à l'ordinateur pour des fonctionnalités home-studio.

Souvenez-vous des avantages et inconvénients des solutions :

ANALOGIQUE

NUMERIQUE

Avantages

  • qualité du son
  • directement commutable au pied (pédales)
  • facilement paramétrable
  • ordre de chaînage modulable
  • transparent vis à vis de la guitare et de l'ampli - enrichit le signal de base

Avantages

  • plusieurs sons enregistrables
  • pas de bruit de fond lié aux câblages
  • alimentation simplifiée
  • utilisable au casque
  • faible encombrement au sol
  • le prix du module complet

Inconvénients

  • câblage complexe (multiples patches engendrant des bruits de fond)
  • pas d'enregistrement des presets
  • souffle et parasites
  • alimentation compliquée (plusieurs adaptateurs / gourmand en piles)
  • pas utilisable au casque
  • transport compliqué de plusieurs modules et alimentations
  • occupe beaucoup d'espace au sol
  • le prix du set d'effets complet

Inconvénients

  • qualité du son
  • parfois piloté par un pédalier externe
  • compliqué à programmer et paramétrer
  • pas de transparence sonore, dénature les caractéristiques de la guitare et de l'ampli - transforme le signal de base

Tout prédispose au développement des effets numériques, et le marché va dans ce sens... Cependant, les principes sur lesquels établir les choix reposent sur des idées assez simples, des argumentaires logiques, mais surtout du bon sens qu'il est parfois difficile de trouver dans ses achats, ses choix. Les arguments doivent être pesés qualitativement et non quantitativement :

  1. pour prendre un raccourci, la qualité sonore :
  2. se recentrer sur son besoin (ne pas succomber à la tentation) :
  3. garder un œil sur le porte-monnaie :
  4. tester (si possible) avant d'acheter :
  5. revenir aux basiques :
  6. minimiser le traitement : on est efficace avec
  7. regarder la simplicité de paramétrage :
  8. anticiper fortement les contraintes techniques :

En dehors de ces principes, et au-delà des considérations budgétaires c'est avant tout les qualités sonores qu'il faut prendre en compte. Le facteur coût prend assez facilement le dessus par rapport au facteur besoin, les tentations sont grandes et font tourner les têtes, le marché va dans ce sens.

Loin d'éluder trop rapidement la problématique du choix technologique, je préfère encore une fois argumenter constructivement. En synthèse de la mini-réflexion que nous venons d'avoir, je peux retenir qu'il faut conserver une homogénéité dans la construction de son set matériel, et mélanger intelligemment les technologies selon les principes simples suivants (hors problématiques de coûts et techniques de raccordement, d'alimentation, de transports ou d'occupation de l'espace au sol) :

Il est souvent, par ailleurs, souhaitable de disposer d'un accordeur complémentaire aux modules d'accordages numériques : même si de nombreux multi-effets proposent cette fonctionnalité, des écarts assez conséquents d'utilisation, voire de justesse, peuvent être constatés. Un bon accordeur reste un module dédié. C'est d'ailleurs assez étrange que cette fonctionnalité pourtant numérique soit si compliquée à développer de manière fiable. Il faut évidemment y mettre le prix.

De même, la réverbération est souvent intégrée à l'ampli, mais elle semble compliquée à trouver dans un module séparé, en analogique (les amplis disposent de reverbs à ressorts ou plaques dans la plupart des cas, donc des modules intégrés pourtant analogiques). Misez sur des modules séparés numériques (comme pour le delay, le digital se prête bien à cet effet) que vous insèrerez dans la FX Loop (si possible) ou en postproduction. Notez le coût général constaté plus élevé pour l'accordeur, la reverb ou le delay comparé aux autres modules numériques ou analogiques d'une même gamme de produits...

Aujourd'hui, les choix ne sont malheureusement plus qualitatifs, les nouveautés créent des concentrations (reviews, posts sur les forums, ...) qui nourrissent les fortes politiques marketings des constructeurs et distributeurs, et qui fabriquent des utilisateurs "geeks", ce qui autoalimente le marché de manière sournoise. Des constructeurs tiennent compte des arguments des utilisateurs : Zoom ou Vox (Korg) insèrent une lampe dans leurs modules multi-effets pour combler (partiellement) le manque de réalisme des simulations d'amplis et des modélisations, mais le résultat n'en est pas moins satisfaisant, pour un coût plus élevé, celà va de soit ! Et l'on oublie que pour jouer des vieux trucs à la Hendrix ou Rolling Stones, il faut aussi des choses simples.

Tout n'est évidemment pas à jeter avec la modélisation et les émulations d'ampli ou d'effets. Bon, qu'on se rassure, je suis fermement arrêté sur le slogan de TC Electronic qui dit "Don't emulate, inovate !". Par contre, je reste prudent sur les produits qu'ils proposent et ne juge en aucun cas la marque danoise aux réverbérations, delays et échos numériques surprenants et d'excellente qualité.

Battle's guitar

Le TC Electronic Nova System intègre un module de distorsion analogique combiné à un set complet d'effets numériques (modulations, delays, reverbs, compression, boost, ...). Le meilleur des deux mondes !

Dans la mesure où l'on ne prête pas attention aux appellations fallacieuses des amplis de légende, car le Marshall émulé, souvent appelé "British" ou "UK" ressemble d'assez loin au vrai Marshall (en tout cas, mes oreilles ne me donnent vraiment pas la même impression), les modules de distorsions numérique ne sont pas systématiquement à jeter :

Cependant, on leur reproche, en plus du manque de réalisme et d'authenticité :

Tout est lié à la sensation du toucher, à cette vérité du couple guitare-ampli qui ne peut manquer qu'à ceux qui l'ont connue... car depuis près d'une décennie (et ça va aller en empirant) des générations de guitaristes qui n'ont connu que ça, ne jurent que par la dernière version des modules d'émulation. Pourtant, cette sensation de "retour" dans le manche de la guitare qui n'est procurée que par les amplificateurs à tubes, cette impression d'avoir la maîtrise de ce son puissant, dévastateur, là, à fleur de cordes, juste sous les doigts...

Ces distorsions analogiques chargées de gain, qui sifflaient avant chaque stop de cordes lors des répétitions, qui donnaient du larsen au moindre pivotement vers le baffle, qui aboyait par-dessus la batterie, lorsque le boost s'enclenchait avec un son que l'on passait des heures à creuser à quatre pattes, le nez dans les potentiomètres qui crachotent, à tourner d'un quart de poil pour faire ressortir encore plus ce... je ne sais quoi dans le son personnel d'approche de tel morceau.

C'est le progrès technologique, au même titre que la qualité des sons, les paramètres de réglages qui ont "tué" l'analogique. Parce qu'il est tellement plus simple, à l'ère des communications numériques, que de développer autour des 28% de gain et du volume à 7/15 que de demander de tourner le tone à 11h30 pour éviter le regain de feedback. Ces paramètres exportables, communicables et recopiables ont accentué la tendance au formatage sonore.

Les "geeks" du son se sont développés, collectionnant les presets comme les images Pokémon quelques années plus tôt, sans pour autant créer son propre réglage, sans dessiner le moindre manga, sans développer quoique ce soit de personnel. Et de manière tragique, l'authenticité sonore s'en est allée, comme perdue, engloutie par les eaux, oubliée. Un "bon gratteux" d'aujourd'hui est devenu celui qui sait bien "jouer comme", et dans tous les styles. Erreur ! Ce qui a fait les choux-gras des magazines et autres pédagogues de l'extrême qui enseignent encore "Knock on Heaven's Door" et "Another Brick in the Wall" au moins 40 ans après...

Ok, pour beaucoup, le monde du rock n'a rien apporté de nouveau sous le soleil depuis 30 ans, et pour ce qui est de développer la créativité, le toucher, l'originalité, ça laisse un peu sur sa faim. Non pas que le style soit mauvais, mais qu'on ne peut avancer en regardant perpétuellement vers le passé !

D'autant que les modules à émulation numérique apportent une flopée de fonctionnalités qui les conforte dans le fait de "vivre avec son temps" : la connectique directe USB, les samples, le direct-to-mp3, ... des logiciels, des prix qui permet leur démocratisation, de la programmation, ... tout pour donner l'impression d'avoir affaire à un matériel indispensable (sauf d'un point de vue de la qualité du son rendu).

Evidemment, c'est plus difficile d'innover ("Don't emulate, inovate !") que de reprendre ce qui a existé. Mais si encore les guitaristes se satisfaisaient de bons arrangements : non ! C'est du note à note, copie exacte du son et parfois des attitudes de leur idole, du plagiat à la limite du procès pour bafouage des droits d'auteur et reproduction interdite...

Et plus qu'un état d'esprit, c'est la seule manière d'exister des constructeur, des éditeurs, des musiciens, des magazines et des magasins... l'émulation et la modélisation ont "démoli" le business, l'industrie de l'instrument de musique, celle de la musique et du disque, la créativité, ... Comme un DJ fait des sons avec du réchauffé, comme les stars de la R'nB ne sait pas faire mieux que de reprendre les titres de Madonna ou Michael Jackson. De toute façon, les gogos téléchargent à fond et ne dansent que sur ces rythmes là !

...

Bon, je m'emporte un peu, mais c'est par passion et enthousiasme ! Je ne cherche pas à tout dénigrer façon "vieux con" (j'y arrive très bien semble-t-il ?), mais je regrette que la guitare électrique ait pu être portée au pinacle dans les années 1980 et qu'il se soit vécu un tel déclin à présent... On pourrait prendre l'option facile, à mon sens : qu'est-ce que t'as fait, toi, depuis pour elle ?

J'ai écrit, j'ai joué, j'ai essayé, et ... je ne suis pas arrivé à faire de la guitare électrique l'instrument qui mérite sa place. Beaucoup l'ont découverte avec d'heureuses alternatives en tête : elle a bien été déclinée dans de nombreux cas, instrument de composition multi-style par excellence, la guitare électrique a bien évolué dans de nombreux concepts différents que de celui d'en faire un instrument roi où le soliste n'arrive aujourd'hui qu'à en ébahir quelques minorités.

Pourtant, j'ai le sentiment de ne pas m'être planté : si d'autres tendances mettant en avant les sons vintage, les sonorités authentiques du rock où l'énergie, l'ensemble du groupe qui ont un poids aussi important que le toucher ou le son, la guitare n'a plus atteint les sommets de virtuosité que l'on rencontrait à une (belle) époque. Pourquoi est-ce que ça n'a pas perduré ?

Quelques techniciens ont bien fait après des albums insipides, techniques et relativement "plats", comme par nostalgie de l'époque, comme s'ils se destinaient à ceux qui, comme moi, croient encore au retour possible du "guitar heroe"... Mais je pense sincèrement que le désintérêt pour la guitare électrique, phénomène cyclique de la fluctuation des humeurs et de la mode, identique au phénomène météorologique, donnera peu de chance à la guitare de revenir au devant des tendances musicales et vestimentaires...

Si le trop-plein de synthétiseur et ce goût pour la révolte ont amené la guitare au plus haut dans les années 80, c'est qu'une envie contestataire de créer et d'être entendu était sous-jacente. On est loin du compte aujourd'hui où tout le monde copie tout le monde, le moindre intérêt est porté à celui qui reprend et non à celui qui crée. Pire, les guitaristes en vue jouent des instruments des années 70, des raretés vintages aux prix exorbitants, et brillent d'avantage par leurs frasques (problèmes de drogue, d'abus ou de violence, ...) dans les magazines people que par la qualité des rares compositions originales.

Encore pire, ce sont bien souvent les reformations des groupes rock qui remplissent les stades en tant que valeurs sûres, au même titre que les 10 plus gros vendeurs de disques de la planète... (en tout cas, ceux dont le nom est le plus google-isé à des fins de téléchargements illicites). Comment peut-on reprocher à un pauvre gars qui débute la guitare de choisir des modules qui reproduisent facilement tous les sets de matériel des stars intemporelles de la guitare pour quelques dizaines d'euros ? "Don't emulate, inovate !", c'est pas si simple !