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histoire de la guitare électrique




Au commencement

Battle's guitar

L'histoire de la guitare s'étend sur quelques milliers d'années, dans la mesure où l'on trouve des illustrations qui représentent des instruments s'en rapprochant de près ou de loin : bien que le phénomène de vibration de corde tendue soit identifié, la notion de manche et de frette n'est présente que vers 1800 avant J.C. sur des gravures d'argile trouvées lors de fouilles à Babylone.

En effet, les instruments ancêtres des lyres,harpes et autres instruments modernes utilisant des cordes tendues (clavecin, piano, ...) sont apparus bien avant les concepts de manches, caisse de vibration et découpage de la zone vibrante en fractions tonales.

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La guitare est élaborée en Moyen Orient sur la base de paires de cordes vibrantes accordées à l'unisson pour des raisons de puissance sonore. C'est la guitare latine portée par les Maures lors de l'invasion de l'Espagne au XVe siècle qui donnera naissance à la vielle à 6 cordes et 14 cases.

Enfin, par simplification, la roue de la vielle ou l'archet sont remplacés par la technique de pincement et frotté des cordes sur des instruments moins élaborés que la vielle, sur la guitare moderne ou guitare classique qui franchira l'océan pendant les conquêtes des Amériques.

La guitare devient alors un instrument de composition et d'interprétation à part entière et, petit à petit, les principes de l'accordage standard que l'on utilise encore aujourd'hui se mettent en place.

La guitare acoustique

La guitare de l'espagnol Antonio de TorresJurado fabriquée entre 1850 et 1860 est identique à celle utilisée aujourd'huipour les interprétations classiques, avec un barrage interne qui accentue les basses et renforce la table de résonnance.

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En parallèle, Francesco Tarrega (1852-1909) popularise des œuvres à destination d'un public de plus en plus nombreux sur la base de techniques de jeux qui sont les fondements de la pratique moderne de l'instrument.

Andrés Segovia (1893-1987) se  produit de nombreuses fois avec cette guitare et impose aux luthiers des exigences qualitatives de plus en plus fortes, la stabilité des instruments lors des déplacements, et une constance sonore pour ne pas décevoir son auditoire présent en masse dans les théâtres et salles de spectacle.

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Les attentes des musiciens amènent à proposer une production d'instrument de qualité constante. Sans parler encore d'industrialisation ou de chaînes d'assemblage, les plans et côtes des instruments sont fréquemment échangées entre ateliers de luthiers.

Vers la fin du XIXe siècle, Christian Frederick Martin décline aux Etats-Unis le modèle classique en Flat-top (modèles Dreadnought ou Folk) présentant une table plate permettant une meilleure projection du son et un renforcement de l'assemblage table et éclisses par un barrage encore amélioré qui permet alors également l'utilisation de cordes en acier et bronze. Ce choix est retenu en réponse à la demande croissante de puissance sonore attendue pour les représentations de musiques traditionnelles et le jeu en orchestre.

Depuis 1946, à la sortie de la seconde Guerre Mondiale, les Allemands ont développés de nouvelles matières à des fins militaires, et involontairement ... musicales. C'est le nylon qui est désormais utilisé pour les guitares classiques et les violons en lieu et place des boyaux de chat pour des raisons de robustesse, de son, mais surtout de coût de façonnage des cordes et pour répondre à la demande liée à la popularité des modèles classique, flamenco et manouche.

Toujours vers la fin du XIXe siècle, Orville Gibson propose l'utilisation de procédés de fabrication des violons et mandoline pour créer un modèle destiné aux styles jazz ou blues. C'est la naissance des modèles Archtop (table bombée) dont la plus célèbre, la L5, est conçue par un ingénieur des établissements américains Gibson, Lloyd Loar, en 1922.

La guitare électrique

Toujours à des fins de transmission d'un signal sonore au volume plus puissant, les ingénieurs cherchent à amplifier les instruments acoustiques.

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Grace aux travaux sur l'électricité et en prenant en compte les évolutions technologiques développées pour la diffusion de signaux radio et les transmissions télégraphiques et téléphoniques, Lloyd Loar fabrique en 1924 le premier capteur de flux électromagnétiques : le premier prototype de micro.

Destiné à amplifier les variations de champs magnétiques au travers d'un haut-parleur, le micro simule un effet de champ au travers d'une bobine de fil qui capte les vibrations de la corde métallique, les traduit en variations dans un amplificateur et les transmet in fine à un haut-parleur de radio.

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La mise au point sur des guitares à caisse de résonnance ne viendra que plus tard, le procédé fonctionnant étant victime d'une volonté de trop amplifier le son (presque 5 watts !), le larsen trop important généré par la caisse des guitares vint contrecarrer les projets de la firme Gibson.

En 1931, Paul Barth, Georges Beauchamp et Adolph Rickenbacker créent Electro String Company. Ils imaginent la transmission de la vibration de la corde conçue par Lloyd Loar, leur concurrent, sur une guitare sans caisse, donc sans larsen et dépourvue des matériaux vibrants traditionnels, bois et essences que l'on utilise généralement en lutherie.

Il sort donc un modèle en aluminium très semblable à une poêle à frire (d'ailleurs appelée Frying Pan). Cela conduit au faible succès de l'instrument et le cantonne à des sonorités amplifiées bien moins sonnantes que celles de la guitare traditionnelle, avec une jouabilité limitée à l'utilisation d'une barre d'acier glissant sur le manche et les cordes (electric slide guitar). Elle répond à des critères de coûts de matériaux, à l'évolution amplifiée attendue, mais pas en termes sonores...

En 1935, la faillite de l'Electro String Company permet à Gibson de récupérer le brevet de fabrication et de mettre au point un modèle Archtop légendaire, la L5, réellement composée de matériaux nobles, sonnant aussi bien en acoustique qu'en électrique. Le procédé de projection sonore par les ouïes en f produisant un faible larsen, Gibson tient là un réel succès dans les procédés de fabrication de guitares électriques, mais destinées à des sonorités assez particulières, et relativement coûteux en matériaux et main-d'œuvre pour faire de la L5 un instrument modèle exclusif et peu répandu.

Mais les problèmes de larsen subsistent avec des besoins d'amplification toujours plus forts. La solution réside réellement, comme on l'avait envisagé au début des années 30, dans une guitare sans caisse de résonnance, munie de micros, et produite en série avec des matériaux moins chers, afin de rendre l'instrument plus populaire.

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Le musicien Les Paul développa pour Gibson un modèle assez étrange, ne reprenant pas les formes arrondies de la guitare puisque The Log (la bûche) était un instrument composé d'un manche prolongé par une partie centrale longiligne permettant le frotté des cordes et l'hébergement du micro et de l'électronique. La jouabilité de l'instrument, notamment debout, et ses caractéristiques esthétiques le restreignirent à l'état de prototype.

Merle Travis, autre grand musicien du début des années 40, proposa ses services au luthier Paul Bigsby, pour développer un modèle qui ressemblera d'avantage aux guitares électriques rencontrées de nos jours, mais leur production restera en faible quantité dans la mesure où Bigsby est un ingénieux concepteur (on lui doit les premiers vibratos portant son nom) et n'a pas volonté d'industrialiser la production de ce modèle de guitare dans la mesure où l'électronique et les systèmes de retransmission du son ne sont pas encore fiables, et que le coût de fabrication est encore très élevé.

Il faudra attendre 1950 pour que les procédés de fabrication et de maintenance des amplificateurs soient stabilisés, et que Leo Fender, un ingénieur en électronique qui possédait un atelier de réparation d'amplis et de postes de radio, se penche sur les procédés de fabrication à la chaine des modèles de guitare électrique.

Fender imagine un premier modèle, la Broadcaster devenue depuis la Telecaster pour des raisons de protection du nom (les dépôts de noms et de brevets sont devenus monnaie courante surtout après la Guerre) qui peut se produire à la chaine, tant pour l'usinage des pièces en bois que l'accastillage (pièces métalliques comme les mécaniques, le cordier) ou l'électronique.

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Equipée de 2 micros et d'un solide manche vissé(donc remplaçable) en érable, le modèle remporte un franc succès et est encore produit de nos jours, décliné, copié, amélioré, mais fidèle, dans la mesure du possible, aux sonorités d'origine. En 1954, Fender concevra également le modèle Stratocaster, qui à l'instar de la Telecaster, disposera d'équipement de série remplaçable, mais qui sera également doté de 3 micros pour une plus grande polyvalence sonore ainsi que d'un vibrato de série.

Le saviez-vous ?

LéoFender s'associa à Kauffmann pour breveter des systèmes de sonorisation et de change disques (juke box) puis à Georges Fullerton pour développer Fender Inc. et construire des guitares, des basses et des amplificateurs mythiques.

LéoFender développa MusicMan, aujourd'hui racheté par Earny Ball. Et au rachat de Fender Inc. par CBS, Léo et Georges fondèrent G&L, une autre marque d'instruments américains prestigieux.

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En 1952, Gibson, face au succès de son principal concurrent, Fender, avec la Broadcaster, se voit obligé d'accélérer le pas et conçoit avec Les Paul un autre modèle de légende, la Gibson Les Paul munie de deux micros double bobinage alliant puissance et réduction des parasites sonores. Le manche reste collé, comme sur les modèles acoustiques traditionnels, et bien que produits en série, les matériaux nobles (acajou) utilisés par Gibson ne positionnent pas la guitare au même niveau de fabrication que les grosses productions de masses de Fender (les prix s'en ressentent). Gibson devient la marque des musiciens professionnels (qui souffrent alors des délais de fabrication et de réparation) et Fender celle du grand public et des précurseurs du rock.

De nos jours

Plusieurs axes d'amélioration de la guitare électrique se sont développés sur la base des modèles Fender et Gibson précités. La production de masse, d'abord, qui a permis de proposer des instruments pour tous les budgets, avec la construction d'usines sur des sites de fabrication permettant un approvisionnement rapide et à faible coût des matières premières, puis carrément en Asie où la main d'œuvre moins chère, a permis de mettre en place des mécanismes de production à bas prix des modèles Fender et Gibson sous la forme de copies plus ou moins réussies.

Le deuxième axe de développement consistait à intégrer les dernières évolutions technologiques aux modèles existant, et creuser d'avantage d'écart avec les modèles copiés. Ainsi sont apparus des moyens de palier aux déficiences des modèles d'origine : améliorer le maintien de l'accord, permettre de jouer sur la hauteur des notes en améliorant les vibratos, renforcer le manche, intégrer des capteurs Midi, ou Piezzo, améliorer l'électronique et les micros, permettre des accordages particuliers, ...

Aujourd'hui, le marché est principalement composé de modèles appelés "superstrat" (déclinaisons du modèle Fender) ou de très bonnes copies de Gibson. Ces modèles représentent 80% de la production mondiale, et sont généralement produits en Asie. Leurs caractéristiques premières sont celles du modèle d'origine et de nouvelles moarques se développent : Epiphone, Squier, Ibanez, Cort, ESP, etc ...

Bien que les modèles d'origine restent sans conteste les plus prisés, un phénomène particulier du marché de la guitare, comparable au marché de l'automobile, fait préférer les modèles d'époque (vintage) aux conceptions modernes, en faisant fi des procédés de fabrication de masse, permettant de renouer avec le temps où les meilleurs matériaux étaient sélectionnés et l'usinage et l'assemblage étaient manuels.

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