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jeu au slide ou bottleneck




Bottleneck ou slide ?

Cette leçon est inspirée d'un article écrit par Bob Brozman dans Guitar Player Magazine en 1984. Elle reprend les bases de la tenue de l'accessoire Slide ou Bottleneck, et met en avant la technique plutôt que le style, même si la slide guitar ou lap steel pratiqués par Bob sont essentiellement liés à des styles de jeux blues, guitare hawaïenne ou encore musique de type acoustique (dobro, guitare folk, blues du Delta du Mississipi, ...).

Pratiquement tous les guitaristes que j'ai eu l'occasion de croiser apprécient le son de jeu au slide, et disposent dans leur set d'accessoires, d'un bottleneck (goulot de bouteille, littéralement) en verre ou céramique, voire d'un modèle Dunlop en métal (inox ou cuivre).

Cependant, peu d'entre eux ont poussé le développement de cette technique, car dans leur apprentissage, elle a fait l'objet d'un frein, souvent liée à un réglage particulier (hauteur des cordes, open-tuning, ..) ou carrément la possibilité de disposer d'un instrument dédié à cette pratique, il faut bien l'avouer, très développée dans des styles musicaux assez "roots". Mais j'insiste principalement en maintenant que la pratique du jeu en slide peut se décliner dans d'autres styles que ceux pratiqués par ceux qui l'ont développée, notamment de par le fait que l'accessoire ouvre des possibilités intéressantes de liés entre les notes, d'atteintes de notes aigues au-delà de la touche, ...

Pourquoi le jeu en slide ?

Hormis les possibilités offertes par un bend sur une corde, ou de jouer sur une guitare fretless, il n'est pas possible de jouer de nuances de demi-ton autrement qu'avec un bottleneck. C'est le développement de cet effet de glissé, possible sur plusieurs cordes du surcroît, que la pratique du slide montre tout son intérêt... il n'y a pas meilleure technique permettant d'approcher du phrasé d'une voix humaine. De plus, l'effet permet d'obtenir un sustain et un vibrato incomparable.

Battle's guitar

Le type de slide utilisé confère des propriétés sonores différentes, depuis le flacon du fameux sirop américain Coïcidrine utilisé par Duane Allman, qui présente les particularités sonores des trouvailles artisanales jusqu'aux accessoires ergonomiques, usinés en plusieurs tailles, dans du métal traité contre les rayures.

Le matériau, le poids, le diamètre, et bien sûr, ... la technique, ont une incidence sur le son produit. La densité du verre un peu lourd a tendance à masquer les sons produits sur les cordes lorsqu'elles sont relâchées, alors que les accessoires en métal, plus robustes dans le transport, confèrent au son des propriétés de brillance qui restent impossible avec le verre et la céramique notamment à faible volume. Mais il n'existe pas de règle stricte, et le slide approprié sera aussi difficile à trouver que la quête du Saint Graal... il y aura autant de compatibilité entre le son et le matériel qu'il n'y a de guitariste face à l'étendue des styles, des techniques et des effets pouvant être utilisés !

La technique de jeu, à proprement parler, dépend évidemment du doigt de la main gauche (ou droite pour les gauchers) sur lequel repose le slide. La majorité des guitaristes le passent à l'auriculaire (pinky en anglais), mais de nombreuses utilisations sur l'annulaire (ring en anglais) sont constatées : le tout est de disposer des autres doigts (index et majeur, respectivement index et middle en anglais) afin de bloquer les cordes et limiter les bruits parasites.

Mon conseil : utiliser un self-made-slide, un slide réalisé à partir d'un goulot de bouteille dédié au petit doigt, et découpé (attention, se protéger les yeux lors de la découpe) à la scie, puis poncé, limé, arrangé... on s'attache énormément à un accessoire que l'on a façonné soi-même, mais en plus, on peut simplement sélectionner celui dont le poids, le son, la densité, la couleur, ... convient le mieux, ... et en refaire un autre dès qu'on a vidé une autre bouteille (quel argument d'ivrogne !!!).

Au contact des cordes

Dans 80% des cas, les débuts au slide sont pratiqués sur la dernière corde, la chanterelle, car le positionnement de l'accessoire, même oblique, est le plus simple sur cette corde. La note juste est obtenue directement sur la frette suivant le demi-ton concerné, ne par rentrer en contact avec le manche, mais juste avec la frette, et juste au niveau de la corde, sans pression : c'est ainsi que l'on constate rapidement qu'une action basse (cordes près du manche) facilite le jeu rapide, mais pas le jeu au slide. C'est essentiellement pour ça que les guitaristes se découragent assez vite dans cette pratique, c'est que la guitare mérite un réglage un peu particulier, et loin d'être standard... tant sur l'accordage que sur l'ajustement de la hauteur des cordes.

Donc, pressez la corde avec le bottleneck, sans la faire entrer en contact ni avec la touche ni avec la frette, et avec l'index de la même main, étouffer les cordes en les effleurant d'un large barré, afin d'obtenir un son propre et correct. Ne pressez pas trop non plus avec cette main, dans la mesure où le sustain en dépend. En pratiquant des mouvements du slide d'avant en arrière, vous ajoutez un effet de vibrato non pas sur le volume (tremolo), mais la tonalité de la note obtenue, qui se rapproche alors d'une note vocale. Le fait d'user du vibrato garantit d'ajouter de la longueur au sustain de la note.

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Il s'agit alors d'ajuster correctement les notes en se déplaçant toujours en positionnant le slide au-dessus des frettes. Veillez également à bien jauger l'attaque de la corde, au doigt ou médiator (voir onglet) car en fonction de l'angle d'attaque et de la proximité du point d'attaque avec le cordier ou chevalet de la guitare, les différences de tonalité constatées lors du jeu standard peuvent produire des changements assez inhabituels et inattendus (généralement, les changements de type tonalité, attaque plus sèche, sonorités plus aigues lors de l'attaque près du cordier, sont amplifiées par le jeu au slide).

Tant que l'on joue sur une seule corde, il reste assez simple de conserver le même accordage. Il ne faut pas rêver, les choses se compliqueront inévitablement si vous souhaitez progresser dans cette direction, et le passage par des open-tunings sera inévitable si vous envisagez de pratiquer ce style dans vos compositions ou reprises rock-blues. En effet, un slide est un grand "barré" artificiel, et comme pour le jeu en accordage alternatif, il nécessitera, pour des raisons de justesse, d'avoir recours aux open-tunings classiques : sur une électrique, je préconise l'open de La (E A E A C# E) ou de Mi (E B E G# B E) car les sonorités sont proches de styles blues-rock, alors que pour une guitare acoustique, je donnera plus le conseil d'un open de Sol (D G D G B D) u de Ré (D A D F# A D).

Au niveau des cordes, je recommande un jeu standard, plutôt de type médium, comme 10-46 par exemple pour un jeu électrique ou 12-52 pour une guitare folk, afin de permettre de pratiquer le jeu au slide sur l'ensemble des cordes, conserver l'équilibre tonal en open-tuning, et obtenir un minimum de rendement lorsque l'on descendra la tension pour constituer l'accord de l'open retenu... Disposer d'un tirant plus lourd, dont la corde de sol est filée par exemple, permettra de retrouver plus de dynamique et d'équilibre sur les dernières cordes, mais compliquera le mouvement et la technique utilisés.

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Pour s'exercer au retour de la corde à vide, qui est grandement conditionné par le repositionnement sans bruit parasite du bottleneck sur la corde, et qui suscite le blocage par l'index de la vibration de la corde, je vous propose l'exercice suivant, assez complexe dans sa mise en œuvre, en tout cas, plus qu'il n'y paraît.

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Je vous propose de pratiquer une simple gamme sur une seule corde, pour travailler l'enchaînement des notes et surtout, les attaques par le doigt ou le médiator qui sont pratiquées comme en jeu hammer-on.

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De la même manière, pour travaille plus vite, et changer de gamme :

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Enfin, pour travailler les écarts et retours arrière, remontées et descentes de gamme :

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L'effet de vibrato

J'insiste sur cet effet qui rend toute son expression au guitariste, permet de façonner son jeu et donner au son un caractère si particulier : le vibrato sur les notes tenues, qui, je vous l'ai dit plus haut, permet d'approcher le vibrato d'une voix humaine... Ecoutez Ry Cooder sur la musique du film "Paris Texas" et vibrez avec son slide !

Ce mouvement de vibration obtenu par de rapides et légers glissés d'avant en arrière sur une note tenue, doit avoir comme pivot le placement du pouce sur l'arrière du manche. C'est lui qui conditionne l'amplitude et la rapidité du mouvement, et surtout, permet de revenir à la note souhaitée avec toute la précision que l'on souhaite accorder à la justesse du son obtenu.

La main doit absolument rester relaxée, et la densité du bottleneck favorisera votre précision et une meilleure gestion du mouvement, notamment sur les cordes aigues. Dans tous les cas, le mouvement doit être modéré, car on ne parle plus de vibrato dès lors qu'un son change de tonalité : l'amplitude trop importante consistant à "balayer" sur un ton (½ ton avant et ½ ton après la note souhaitée) n'est plus considérée comme un effet de vibrato, mais une variation sonore rapide (probablement très difficile à réaliser) présentant moins d'intérêt !

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Pour attaquer les cordes plus graves, il ne s'agit pas de laisser le bottleneck plaqué sur le manche, mais de parfaire, sur la corde identifiée, la résonance de chaque note, en inclinant le slide pour obtenir plus de précision sur le glissé comme l'indique la figure 4 ci-dessus.

A propos des autres cordes

Il devient difficile, lorsque le jeu s'étend à plusieurs cordes, de conserver l'accordage standard. Le jeu en open-tuning favorisera le positionnement de la main ainsi que les sauts de cordes et sera à l'origine de moins de mouvements pour une même suite de note (une gamme ou un fragment de gamme). De plus, et c'est là plus spécifique aux turnerounds blues et rock, l'utilisation de double notes et cordes à vide au travers d'un accordage en open-tuning, apporte une "ouverture" de jeu à la fois surprenante et très riche.

Même si ce n'est pas le style de prédilection, l'effet produit par Eric Sardinas par exemple ne peut laisser indifférent le plus inflexible des guitaristes pratiquant uniquement le métal !

En open de Sol, comme pour tous les open-tunings pratiqués, les positions sont représentées comme des diagrammes, de manière graphique, comme le montre le schéma ci-dessous :

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Ces positions, riches en saut de corde, permettent de retomber sur la gamme qui définit la tonalité de Sol, à partir de mouvements simples à schématiser, mais surtout de grouper par deux les notes jouées, ce qui nous ramène à la pratique du slide...

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De même, autour de la tonalité de Sol, et toujours au travers de positions simples à schématiser, on retrouve facilement les accords des progressions qui ont fait la "marque de fabrique" du style : I-IV-V soit G-C-D.

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Voire leur déclinaison en 7ième avec quelques développements (agréments de bends, descentes, ...) :

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