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le set minimum




Avoir un set minimum, c'est le contraire de traiter la chaîne du son avec minimalisme : ce n'est pas être excessivement bas dans ses critères de choix, ni se forcer à être direct (guitare - ampli), mais plutôt collecter et ne retenir les éléments essentiels dans la composante du son. La démarche peut être noble, elle n'est surtout pas laxiste, et elle va à l'encontre de bien des lieux communs.

Pourquoi aller à l'essentiel ? Parce que la variété et la polyvalence sont des idéaux qui sont à la fois coûteux à acquérir comme à maîtriser... Comme dit l'adage, "le mieux est l'ennemi du bien" et il faut très certainement l'appliquer à la pratique de l'instrument, particulièrement et pratiquement la guitare électrique.

Si le débutant est confronté principalement à son pouvoir d'achat très limité, il lui semble alors évident d'aller à l'essentiel, en disposant d'un set de matériel se voulant couvrir le plus grand choix sonore, justement parce qu'il n'a pas encore réellement choisi son orientation musicale.

C'est ainsi que le choix de la guitare est bien souvent très orienté par un critère visuel (la forme, la couleur), celui de l'ampli à l'économie (au pire, il jouera au casque ou sur les baffles de l'ordinateur, ...) quant à celui du nécessaire module intermédiaire, c'est obligatoirement la "boîte à tout faire", selon l'autre vieil adage "qui peut le plus peut le moins".

On est tous passé par là, le fait de répondre au chant des sirènes émanant des boîtiers multi effets numériques ! On est tous tombé dans le piège de penser qu'en ayant une nouveauté, on aura quelque chose de potentiellement meilleur. On a tous pensé qu'en ayant sous le pied une bonne vingtaine d'effets, on n'en utilisera jamais plus de 5 ou 6 en simultané ; en fait on n'a surtout jamais rien signé dans ce sens.

Pourquoi s'être donné la contrainte de n'utiliser que moins d'effets ? Alors qu'on ne s'impose rarement de modérer les réglages des boutons d'un ampli : les égalisation assez contrastées font partie de la recherche sonore, les sons ultra-saturés ont été obligatoirement testés, même par les plus jazz, et bien sûr, les nuances sur les potentiomètres de la guitare sont instinctivement absentes (volume et tone à fond !).

Alors pourquoi penser que noyer un son d'une palanquée d'effets, ça va forcément être néfaste ? C'est instinctif ? C'est culturel, on a lu sur des forums que les meilleurs sons étaient les plus directs ? Je ne sais réellement répondre à cette question, sinon en constatant que les heureux possesseurs de multi cumulent régulièrement 5 à 6 transformations (compresseur, distorsion, égalisation, chorus, delay, reverb).

Est-ce trop ? C'est sûr, un signal plutôt flatté semblera riche, même si le son de base est noyé dans une flopé d'enveloppes sonores, il va ressembler à un produit bien fini, et facilement exploitable. Au contraire, s'il s'agit de le travailler par la suite (au mixage, sur la carte son de l'ordinateur, avec d'autres guitares du groupe, ...) il va falloir épurer, et donc dégrader ce signal alors si "beau", si riche.

Poussons également la réflexion jusqu'au bout : une pédale avec 2 ou 3 boutons donnera un résultat sonore plus spontané qu'un module avec 5 ou 6 réglages. Et si ce dernier permet plus de précisions, notamment sur l'égalisation, on s'en sortira peut-être mieux que de trouver parfois 2 ou 3 switches changeant radicalement le son voire l'effet. Dans vos choix, pensez aux excellentes pédales MXR qui offrent un seul traitement, assez direct et efficace pour 2 ou 3 boutons de réglage. Elles sont dans tous les pedalboard des pros ! Évitez aussi les modules de type chorus/tremolo/phaser/flanger qui n'offrent que le fait d'être compacts mais pour lesquels on s'embrouille vite.

Faites la Guerre des Boutons. Pensez qu'il vous faudra rentrer dans des menus complexes sur un multi effets numérique, et que le simple ajustement d'un niveau de sortie ou d'une égalisation (assez courant) prendra facilement 5 minutes. Ne pensez pas qu'une fois que c'est réglé et enregistré ou mémorisé, on n'y retouchera plus, vous savez comme moi qu'en fonction de la pièce, de la salle, du niveau de sortie de l'ampli, de la prise de son, ... ces paramétres doivent bouger pour adapter votre son.

C'est un peu le prix à payer : un signal trop abouti devra être retouché en chacun des points de traitement. À contrario, un signal qui va être très brut, du style guitare - wha - ampli sera probablement plus direct et moins achevé. L'oreille demandera un petit quelque chose que des éléments ajoutés par la suite viendront "finaliser" pour qu'on lui trouve un côté "abouti". Ce traitement que je qualifie de post-production est généralement moins chargé (on ne rajoutera qu'une réverb par exemple) mais le côté "abouti" ressortira aussi bien, sinon mieux traité avec une réverbération géré par de puissants processeurs dédiés au mixage.

Là, j'en imagine avec un sourire aux lèvres, les plus fauchés qui disent qu'ils n'ont pas besoin d'y mettre tous leurs moyens pour avoir le son ! Mais tout est évidemment relatif : le set guitare - wha - ampli peut probablement coûter 10 fois le prix du set trop complet examiné dans le premier cas.

Et l'on peut pousser le bouchon dans de nombreux autres axes de réflexion, comme le fait de disposer de plusieurs guitares, plusieurs amplis et plusieurs wah-wah, ... là encore, les choses risquent de choquer, mais je répondrais qu'il vaut mieux ne disposer que d'un bon ampli plutôt que de deux ou douze qui posent problème...

Et je pense qu'il ne faut pas miser sur les émulations qui n'apportent que de mauvais rendus, ou en tout cas des rendus pas vraiment exploitables, même avec une bonne guitare et un bon ampli. Regardez le recul actuel des constructeurs dans les systèmes qui sont très complets mais vont trop loin, comme le type de micros de guitare, le type de bois et de caisse, le fait d'émuler une guitare acoustique, ...

Aujourd'hui, je dirai qu'il vaut mieux disposer d'une bonne guitare plutôt que de deux mauvaises : les pros ont souvent une guitare de secours, réplique de la guitare principale, qui sert à ne pas retarder le set live lors d'un réglage, changement de cordes ou ré-accordage.

Pire, avant même d'atteindre le niveau professionnel, certains ont donné des petits noms à leur(s) guitare(s), les bichonnent, et vivent une réelle relation sentimentale avec. Il est rare dans nos cultures occidentales, de vivre pleinement une relation avec plusieurs compagnes, et le nombre, pour ceux-ci, se limite à quelques unes.

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Slash et sa collection de Gibson, ... qui a enregistré son meilleur album ("Appetite For Destruction" avec Guns'n Roses) sur une copie de Les Paul !

D'autres vont massacrer l'instrument à la fin de chacun de leur set, et n'accorderont que peu de sentiment à la belle qui les a porté jusqu'au dernier morceau. A moins d'avoir les moyens ou d'exploser une copie échangée en cachette à l'avant-dernière, il n'existe pas réellement de justification à ce déballage de violence.

Pour un amateur, c'est souvent par complémentarité qu'on dispose de deux instruments : une guitare pour un style de jeu. Ce qui est l'option luxe pour un débutant est une nécessité pour un guitariste chevronné : une LesPaul et une Stratocaster permettent de couvrir l'ensemble des styles, du blues-rock au hard en passant par le rock et même des sonorités plus claires (funk, jazz, ...).

Toutefois, hormis dans un contexte de reprise, il est difficile développer son propre style autour de plusieurs instruments successifs... il y en a forcément un qui plaît plus que l'autre ou bien que l'on va rattacher plus facilement à un style de jeu plutôt que l'autre. Encore que lors d'une reprise, je pense que l'expressivité autour d'un morceau connu passe parfois par l'adaptation, l'utilisation d'un son sensiblement différent, ou "dans l'esprit de" ce qui est différent "du son de".

Enfin, j'insiste sur la relation particulière qu'il est beau de nourrir avec son instrument, principalement la guitare que l'on tient contre soi. La passion pour son instrument passe aussi, d'une manière ou d'une autre, par la relation guitariste - guitare, et je n'arrive pas à imaginer que de gros gros sons aient pu s'engendrer sans cette relation.

Mais ce relationnel est peut-être moins intense avec une pédale ou un ampli. Il n'y a pas le même contact. Et l'on pardonne plus à sa guitare de ne pas aller dans les extrêmes qu'on lui demande, plutôt qu'à son ampli ou son multi-effet qu'on a déjà changé plusieurs fois par le passé.

En plus, la variété est telle, même si la qualité n'est pas au rendez-vous, que les possibilités de trouver son bonheur sont plus importantes (statistiquement). Un gros moche tombé dans une benne de suédoises aussi magnifiques les unes que les autres, ne reviendra pas bredouille de sa soirée... sans pour autant se marier le lendemain.

C'est pour ça que les émulateurs semblent offrir une palette sonore réellement complète (imaginez, 40 sons d'amplis les plus connus) mais dans l'utilisation, il est plus simple de varier sur 3 ou 4 sons bien définis, que varier autour de 30 ou 40 nuances numériques d'émulations de têtes ou de combos et de cabinets de haut-parleurs.

C'est certes moins encombrant sur scène que de brancher et repiquer tous les amplis concernés, mais dans les faits, hormis ce contexte spécifique au groupe de balloche, je ne conçois pas qu'un guitariste ne privilégie pas un ou deux sons à la totalité des émulations, notamment pour ses "escapades" personnelles.

De ce que j'en ai vu, même les virtuoses ne changent pourtant pas de set lorsqu'ils se permettent des incursions dans des genres différents : lorsque Vai reprend Hendrix, il ne fonce pas toujours sur une strat, il conserve sa Jem (qui est aussi proche de la strat) et à de rares exceptions près, il sonne Vai et approche Hendrix. C'est pareil pour Malmsteen, encore plus impressionnant dans les reprises de l'enfant vaudou, avec une guitare et un ampli certes plus proche du matériel du Maître, mais avec un toucher si caractéristique...

Et il ne faut pas voir là un quelconque lien à l'endorsement. Les covers régulières qui ornent les set-lists des groupes en tournée rendant alors hommage à leurs géniteurs musicaux en sont un exemple, mais le matos reste le même. On a bien dit que le matériel importait peu, et que tout était dans le toucher, dans les doigts.

Pour vous narrer ma propre expérience, j'ai bien joué live des reprises avec un matériel qui me correspondait vraiment et que je savais répondre à mes exigences. Je ne pense pas avoir été ridicule pour les raisons sus évoquées, mon set restant celui que j'aime jouer au moment du concert.

Pour en revenir aux principes de l'utilisation minimale, il faut également aborder le principe de pousser un matériel dans ses retranchements : pour bien maîtriser une distorsion à 3 réglages (Drive, Tone et Level, par exemple), il faut avoir travaillé chacune des nuances pouvant être délivrées par l'engin. Il faut aussi avoir cherché à exploiter une disto dans un registre crunch, au bas de la course de gain, comme dans un registre métal, avec des sons hyper saturés.

C'en est de même pour son ampli, il faut bien s'assurer de la "tenue" d'un bon son clair à fort volume, comme d'un son overdrive dans le même registre. Et évidemment il faut travailler sur les combinatoires avec la disto (voire parfois les deux pédales de distorsion, maximum). En variant par la suite sur l'attaque, les micros de votre guitare, l'égalisation de l'ampli, ... vous obtiendrez alors bien plus de nuances que vous ne l'imaginiez.

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En résumé : tout ce qu'il ne faut pas faire...

Et c'est là que j'applaudis la variété sonore obtenue par 3 éléments basiques composant votre son : la guitare, une disto et un bon ampli. Constatez la variété des sons, la palette offerte, et imaginez ce qu'apporterait de majeur le changement d'un de ces 3 équipements. Les contrastes affirmés entre une LesPaul et une Stratocaster, un ampli Fender et un ampli Marshall ou même un Soldano, une pédale Tubescreamer ou une DS1... ne favorisent pas que les effets de scène mais contribuent surtout aux effets de style.

Les guitares, amplis et pédales ne font que constituer votre palette de couleurs primaires (rouge, jaune et bleu). Le fait de changer de guitare ou d'ampli constitue un peu le fait de peindre à la brosse ou à la spatule, de choisir un châssis et/ou une tension de toile. Vous êtes artiste, votre équipement importe finalement peu comparé au résultat engendré.

C'est, je pense, au travers des réglages basiques les plus utilisés que les plus grandes œuvres sont nées. Le fait de disposer d'un toucher, d'un son caractéristique ne passe pas par l'acquisition de matériel spécifique, mais par une approche bien plus préférentielle que par analogie.

Si Brian May a joué sur Vox, c'est qu'il s'y sentait bien, non pas parce qu'il n'ait pu se payer de Marshall ou de Fender à l'époque. Et même si vos moyens sont limités, essayez du matos pour réellement savoir celui qui correspond ou ne correspond pas à vos attentes. Sur ce simple argumentaire, on se rend bien à l'évidence que le multi correspond à celui qui n'a pas essayé ni trouvé son identité sonore... Idem pour sa guitare qui l'a suivie toute sa carrière.

On est dans la même logique face aux sons hyper produits qu'il faudrait disposer sous la main : les usines à sons que sont les boîtes multi, ne permettent que de produire de manière (trop) aboutie des sons pour lesquels les réglages semblent compliqués. Certes on peut enregistrer, mais que de temps passé dans les documentations, menus et sous menus. Même avec une parfaite maîtrise de l'engin (uniquement soupçonnée chez les concepteurs) il semble assez complexe d'arriver à manœuvrer jusqu'à l'obtention de la sonorité escomptée.

Une seule pédale, c'est effectivement plus simple et plus direct, mais aussi tellement plus rapide qu'un éventuel changement de dernière minute est possible en direct live, chose impossible même sur le plus simple des multi effets numériques. Une seule pédale permet de disposer d'un rendu unitaire meilleur. En comparaison, il faut aussi relativiser : disposer d'un large panel de "sons" pour un budget réduit, c'est formidable pour un débutant, mais on comprend vite l'arnaque par la suite. Comme chercher à obtenir le son d'un stack 100 watts lampes dans une chambre, sur un ampli à émulation de 30 watts, ou même un 5 watts tout lampes : relativisons, on n'y est pas !

Dans les faits, un musicien qui ne disposerait que d'une guitare, un ou deux bons amplis (stéréo, étude et scène, types distincts) et d'une bonne disto serait plus à même de privilégier son toucher et sa créativité qu'un autre musicien doté simplement de plusieurs guitares et amplis mais également plusieurs distorsions...

Au contraire, un musicien se "perdrait" facilement dans les réglages multiples, contribuant à perdre son identité sonore au détriment d'une polyvalence souvent inexploitée. Trop d'effet tue l'effet... et si l'on prétend qu'il suffit d'avoir un cerveau bien câblé pour arriver à bout de ces boîtes de plastique, restons humble en évoquant le fait qu'aucun de nos modèles de guitar heroes n'utilise en direct ce type de jouet !

Car en définitive, ne vaudrait-il mieux pas prendre modèle sur ceux qui nous ont dirigé vers cette pratique si particulière de la guitare électrique. Et là, constatons à grands coups de recherche sur Internet, que leur identité sonore passe de manière quasi systématique par un set restreint d'équipements (parfois souvent les mêmes d'ailleurs).

Certes, les guitar tech, les constructeurs travaillent avec les artistes main dans la main, pour concrétiser leurs désirs et réaliser ainsi un coup marketing direct avec l'apposition de leur signature. C'est un son bien précis qui est attendu, un réglage, la réponse à une attente très particulière qui fait adorer ou détester le fruit de la collaboration (c'est selon).

On tombe parfois dans des sons trop caractéristiques, des caricatures de guitares aux formes trop singulières ou des effets qui sont paradoxalement trop typés dans le style de l'artiste. Parfois, l'apport ingénieux révolutionne le genre, comme le micro double de la Rrickenbacker, le Floyd Rose chez Van Halen, ou plus modestement le manche vissé de Fender.

Souvent, on tombe sur des modèles épurés, conformes aux précises exigences des artistes et qui, s'ils sont utilisés pleinement peuvent donner complètement satisfaction, comme la Satchurator de Vox par exemple qui, mieux que devenir une bonne alternative à la DS1, offre à celui qui n'a pas vu la signature, une pédale polyvalente exceptionnelle. Evidemment, celui qui n'achète pas pour se passer du Maître Joe Satriani passe à côté d'un bon truc.

A y regarder d'ailleurs de plus près, les pedalboards des musiciens sont souvent assez épurés. Et pour les plus gros des années 1980 ou 1990 (Steve Lukather en tête), on a opté récemment pour une cure de jouvence, une désintoxication de l'effet... tout est réduit au strict nécessaire, et pourtant le son reste le même (miniaturisation ?).

On ne retombe plus non plus dans les caricatures "murs du son" avec 25 cabinets Marshall à l'arrière de la scène, comme on a pu le voir à une époque. Un des plus gros sons qu'il m'ait été donné d'entendre pour Vai émanait de deux stacks Legacy de Carvin et d'un combo Fender ! Satriani joue deux amplis deux corps avec Chickenfoot comme en solo. Je doute sérieusement que l'effet ne fut que visuel. Faites déjà cracher 120 watts dans 8 gamelles derrière vous, vous comprendrez !

Donc une guitare avec un minimum de polyvalence (doubles splittables ou doubles + simples bobinages), une bonne pédale de distorsion (éventuellement un second son de distorsion ou d'overdrive), et une paire d'amplificateurs pour la spatialisation du son, ou pour deux réglages distincts, et quelques effets complémentaires (delay, chorus, flanger) suffiraient aux plus exigeants.

Je reste septique, dans la mesure où les effets de type wah-wah mais aussi compresseur ou égaliseur sont aussi très prisés par les "bêtes de scène", pour varier le jeu, pour ajouter une nuance sur certains sons. Mais on reste dans l'esprit de quelques touches particulières, un peu comme un peintre qui va apporter quelques subtiles nuances pour travailler sur les tons.

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Les pedalboards cumulent donc un maxi de 7 pédales accordeur compris, et rarement plus de 4 sont actives simultanément. Le tout part dans deux amplificateurs qui sont soit activés l'un après l'autre, soit en simultané pour des sons stéréo. Avec les footswitches des amplificateurs, ça fait une bonne dizaine de commutateurs au pied pour le guitariste, et au-delà, c'est rarement gérable...

C'est rapidement le "jeu de claquettes" pour passer d'un son à l'autre, et bien souvent, les guitaristes professionnels passent, en cas de difficulté, par des circuits relais qui gèrent des boucles d'effets composés de pédales.

Si l'on disposait de modules numériques dont les paramètres enregistrables sont appelables sur un simple switch, l'ensemble des paramètres pourraient être appelés par une seule action (une seule commutation) mais en provocant systématiquement une microcoupure sonore perceptible en live.

Les systèmes numériques de changement de sons ne sont en effet pas prisés pour le jeu live, justement à cause de la microcoupure, mais également de la qualité du rendu qui masque la dynamique de jeu et n'offre pas de sonorités distordues très crédibles. Entre l'activation et la désactivation d'une simple combinaison chorus + delay, c'est inaudible, mais dès qu'on lui demande de gérer les distorsions ou des effets d'égalisation ou de compression, ça "merde" certainement.

Les pédales traitent le son en série, les multi en parallèle, c'est principalement ce qui permet d'apporter un tas d'avantages comme d'inconvénients. Ici, la contrainte de commutation force à rester sur des utilisations simplistes d'un effet (un même réglage d'un effet pour l'ensemble des sons). Ce qui est acceptable pour un chorus (et encore) le devient moins pour un delay, notamment un delay long, ce qui pousse à utiliser un tap-tempo pour adapter les répétitions au tempo du morceau.

Il n'est pas rare de modifier certains paramètres manuellement durant le live, le plus discrètement possible. La chose est parfois indispensable pour être audible (ajuster un taux de gain, modifier la profondeur d'une modulation). C'est d'autant plus simple, parfois même avec le pied pour certains aux semelles fines, sur des modules indépendants comme des pédales. C'est en revanche souvent impossible (du moins discrètement) avec des pédaliers numériques.

A cette gestion s'ajoute d'autres contraintes : la modularité, l'inversion dans le chaînage, la recherche du traitement le plus direct (le plus court), ... et l'on se rend vite compte que si l'on souhaite optimiser le chaînage, on se retrouve rapidement confronté aux contraintes de câbles et d'alimentation.

Cette optimisation semble impossible avec les modules numériques, et bien que les sauvegardes des paramètres soient possibles et l'alimentation électrique assez sommaire (1 branchement), il n'en reste pas moins que l'optimisation de la chaîne de son ne puisse être réalisée.

On dira que ce souci du "détail" préoccupera le guitariste au set minimaliste, mais n'effleurera même pas l'esprit de celui qui a choisi le multi. Et il est vrai que la pratique de la guitare, le jeu et les optimisations qui seront mises en avant par certains deviendra un souci minime pour d'autres.

Dans l'approche du rendu final, le guitariste minimaliste aura une tendance à analyser le son produit qualitativement. Le guitariste qui aura opté pour la simplicité et la pluralité cherchera très probablement à imiter, à égaler plutôt qu'approcher ou interpréter. La finalité n'est pas le même, le rendu non plus.

L'action qui consiste à adapter son set minimal afin d'adapter un son doit être considérée comme une action musicale, au même titre que de travailler le toucher ou le jeu, l'interprétation. De manière plus ou moins artistique, la production sonore fera référence sans égaler note à note, le jeu inspirateur.

Pour d'autres, avoir le son de, et jouer note à note donnent la même satisfaction. Un côté perfectionniste masque ce côté créatif qui fait qu'on puisse "inventer autour". L'improvisation ne semble peut-être pas une finalité en soi pour ces musiciens là.

Mais tout n'est pas si binaire. On n'est pas dans l'un ou l'autre des deux mondes. Ceux qui réalisent la performance de reprendre AC/DC en acoustique n'ont probablement pas le souci de virtuosité d'un musicien réalisant un cover impressionnant de ressemblance sur YouTube.

Ce sont deux mondes exigeant, à mon sens, un sacré recul et un point de vue différent sur l'approche de la guitare, et, dans les faits, que l'on soit ou non artistiquement attiré par l'un ou l'autre des deux mondes, la marque que deux approches de l'instrument existent même si elles divisent autant qu'elles comblent.

Mon penchant pour le minimalisme va dans un sens créatif, met en avant une approche un peu spéciale de la palette sonore et de la composition à partir des couleurs primaires. Au contraire, une très large palette sonore met en exergue le fait de coller de manière réaliste à certains styles, ce qui ne signifie pas nécessairement démériter.