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les effets (vraiment) indispensables




Chaque fois que j'entends un guitariste parler de son rig, de son ensemble de matériel, je ne cesse de repenser aux mots de Joe Satriani qui avait déclaré dans une interview dans les années 1990, qu'il n'avait réellement besoin que de peu de choses. Pour faire court, il disait qu'il s'en sortait d'abord avec une bonne guitare, un ampli robuste qui ne sature pas sur le canal clair, même à fort volume, et que la majorité des morceaux étaient construits autour d'une bonne disto, d'une bonne wah-wah, d'un bon delay, et d'un chorus ou flanger, selon l'ambiance.

Je le rejoins complètement sur le principe : qu'un guitariste de son niveau, avec un toucher reconnu, peut prétendre maîtriser encore plus de paramètres ? Si dans les faits j'ai écouté tous ses albums et j'y ai trouvé de la compression, une whammy ou encore un ring modulator ça et là, je dois admettre que son œuvre a bien été bâtie sur ses guitares signatures et quelques amplis Marshall ou Peavey et des effets qu'il a le luxe de repackager chez Vox dans une série signature. La classe !

Ceci sous-entend de nombreuses choses, comme le fait qu'il s'en mette plein les poches, mais surtout qu'une bonne partie des sons hyper variés qu'il est en mesure de produire n'est obtenue qu'à partir d'ingrédients très simples subtilement déclinés, mais aussi, et surtout, qu'encore une fois ses doigts contiennent une richesse bien plus grande que tout le matériel de la terre.

Battle's guitar

Ça sous-entend également qu'un artiste de son rang ait du mal à se renouveler et que s'il est bon de retenir le conseil, de lui rendre hommage (notez que je ne m'approprie pas du tout son esprit de simplification du set de matériel), sans pour autant sombrer dans la pâle copie de style. Mais la démarche me séduit pour plusieurs raisons, la première étant que j'apprécie l'individu, et la seconde venant des multiples déceptions rencontrées à l'issue d'essais plus ou moins convaincants de matériel.

En partant sur un principe non moins satrianesque selon lequel on ne peut pas être spécialiste en tout, je prône cette philosophie minimaliste du fait qu'elle soit commune à de nombreux autres guitaristes m'ayant influencé, souvent capables de prouesses musicales hors du commun avec en définitive très peu de matériel. Et j'ai beau comprendre que financièrement le multi-effets présente un avantage non négligeable, je m'esclaffe lorsque j'entends parler de processeurs supportant 75 algorithmes de transformation du son...

Notamment parce que je reste convaincu, après de nombreuses expériences, tentatives récentes et répétées, que le but principal de la pratique de la guitare s'écoute, et ne se voit pas nécessairement. De fait, mon cerveau est probablement trop étroit, mes pieds pas suffisamment agiles, mon oreille n'est pas suffisamment aiguisée, mon porte-monnaie suffisamment garni, mais, ... mes vrais besoins en matières d'effets se limitent à très peu, en définitive.

Et je reste convaincu de ne pas être exceptionnel, et que vos besoins ne sont pas si éloignés des miens. Se perdre parmi de trop nombreux paramètres, noyer un son sous une vague de traitements me semble au contraire improductif, ne pas refléter un besoin musical, mais au contraire se rapproche de la démonstration de force ou de l'argument marketing. Trop d'effet tue l'effet.

Aussi, je reprends maintes fois dans cette page le principe de Maître Joe en me mettant aussi à la place du guitariste qui prendrait les conseils que je prodigue pour investir dans du matériel : disposer d'un minimum d'effets mais bien les maîtriser vaut bien plus que d'en disposer de 75, n'en utiliser en tout et pour tout qu'une dizaine, et ne toujours rien comprendre à leur action.

Si j'ai décortiqué la guitare, présenté les sons et les amplificateurs, expliqué en quoi posséder un wah-wah et une ou deux pédales de distorsion, c'est aussi pour rester dans la démarche de ne posséder que les effets qui comptent, ceux qui me permettent de couvrir 80 %des besoins dans tous les styles de la guitare électrique (ça représente une variété et une quantité de sons, en tout cas dans ma tête).

Il faudra probablement compléter ce set minimal pour "coller" complètement au son d'un style particulier, mais c'est essentiellement pour expliquer qu'avec cette base de couleurs primaires on pouvait décliner toute la palette de nuances, à quelques exceptions près.

Pour prendre l'antithèse de cet argument, je mets au défi de me citer que la carrière d'un guitariste a été construite sur son utilisation d'un effet secondaire comme la whammy, le trémolo ou l'octaver, le pitch shifter ou le ring modulator, c'est aussi exagéré. Si certains titres ou albums (à la rigueur) ont mis en avant un effet plus qu'un autre, il n'en reste pas moins marginal que d'investir principalement dans un effet ne semblant primordial qu'à la reproduction de 10 titres de la carrière d'un artiste parmi les millions d'albums sortis depuis la création de la musique faisant appel à la guitare amplifiée...

Si dans les tonalités de base, j'insère volontiers la disto qui colore inévitablement le son, et même son pendant overdrive, qui constitue un son particulier à part entière, je toussote un peu en y faisant figurer la wah-wah. Cette pédale est si ancienne et si répandue qu'elle m'a semblée important dans la composition de la palette, mais toutefois pas indispensable.

Par contre, s'il existe deux types d'effets jouant de manière évidente sur la couleur du son, ce sont bien les modulations (chorus et flanger) et les dimensions (réverbérations et répétitions). Une troisième catégorie, moins flagrante, agit sur la dynamique du signal, il s'agira des effets comme les compresseurs et égaliseurs, mais je les intègrerai plus dans la catégorie des ajouts de nuances, plus que dans l'ensemble de couleurs primaires.

Pour revenir à ce résumé, on aura bien dans la palette de base un flanger ou un chorus et un delay à ajouter à un ampli avec sa réverb, et aux pédales d'overdrive et de distorsion. A bien y réfléchir, il manque ainsi la wah-wah, mais pas plus... Alors pourquoi limiter à ces quelques effets lorsque des processeurs proposent de disposer d'une bonne cinquantaine pour beaucoup moins cher ?

Parce qu'il vaut mieux en maîtriser 4 qu'en survoler 36, je l'ai déjà dit, mais surtout parce que leur combinaison permet d'obtenir un son de manière empirique, de s'approcher d'un son en développant plutôt le toucher et le jeu de guitare plutôt qu'en favorisant les réglages, paramétrages et autres subtilités numériques qui me semblent obturer le canal créatif et artistique qui est en chacun d'entre nous. Parce qu'un réglage manuel aux trois quarts de la course, c'est bien plus poétique que de rentrer une répétition à 222 ms ou un taux de saturation à 75 % !

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Le ME-70 de Boss reste l'un des moins pires multi effets du marché avec des réglages assez intuitifs, mais ... quelle usine à boutons !

Reste à dégager l'élément financier, et là, je dirai que je cale : un programme informatique ne coûte rien en théorie, sinon une licence mais comme tout se pirate ! Ceux qui utilisent leur ordinateur pour agrémenter leur son de guitare ne peuvent de toute façon pas être très sensible à mon argumentaire financier qui n'est un critère que "sur le papier"... De même, ceux qui investissent peu vont se tourner vers un marché de l'occasion, mais ne trouver dans les prix les plus bas que des occasions numériques, l'analogique étant à présent plus cher car délivrant une qualité meilleure.

Alors à ceux-là, je conseillerai le rack numérique, pas le pédalier, mais le module en 19 pouces auquel ils peuvent enlever les "oreilles" pour que ça ressemble à un module de table plutôt qu'à un rack. Une Alesis Quadraverb apporte delay, chorus, réverb et autres pitch shifters qui sont autant d'effets paramétrables, mais dont les programmes d'usines permettront une très bonne approche pour 60 € environ.

Cependant, disposer d'effets et ne se servir que des réglages d'usine, c'est pesant. Mais programmer un multi l'est tout autant, sinon plus. Je reste assez confiant sur le "tourner de bouton" qui reste à mes yeux la plus spontanée des démarches pour modifier un réglage. La miniaturisation des pédaliers ne contribue pas systématiquement à proposer des réglages si intuitifs sans entrer dans des menus complexes et abscons, voire "cons" tout court. Boss a bien géré le problème avec des multi assez simples à régler, mais le rendu sonore n'est toujours pas là, surtout sur les distorsions.

L'idéal, et ce n'est vraiment pas pour "péter plus haut que son cul", c'est de disposer de ces deux ou trois modules essentiels au format pédale. Bien sûr, rien ne saurait être paramétré en live (encore que les fonctions tap tempo sont suffisantes). En plus, on complique les choses avec des patches câbles, des alimentations ou des guirlandes, et en définitive, on dégrade quelque peu le signal et l'on se demande s'il faut privilégier le chaînage en direct ou dans la boucle d'effet de l'ampli (s'il en est pourvu d'une).

Et pour commencer, je privilégierais l'investissement progressif, après le couple guitare-ampli, la pédale de distorsion, éventuellement une wah-wah, ce qui semble par-dessus tout essentiel pour grossir le son, c'est un delay. Manque de bol, c'est aussi l'effet le plus complexe à produire, et certainement l'un des plus chers à acquérir. En plus il en existe de toutes formes, des numériques, analogiques, avec tap tempo, des stéréos, des échos, des modèles en plastique ou en métal, ...

Encore une fois, je vais orienter les premiers acheteurs vers le marché d'occasion (leboncoin.fr, ebay, ...) pour réduire les coûts et trouver des modules indépendants tout à fait exploitables, et à moindre coût. Bien sûr on prend le risque de ne pas essayer l'effet, d'avoir un modèle dont les potentiomètres craquent un peu, où dont l'enclenchement ne sera pas équivalent à un neuf. Mais pour l'utilisation qu'on va en avoir au début, ce sera parfait, quitte à économiser pour en acheter un tout simple mais analogique (la qualité du rendu est parfois plus prisée).

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Un Boss DD-5 ou un Ibanez DE-7 à 60 € d'occasion, c'est évidemment une aubaine pour un débutant qui cherche son bonheur. Un Vox Time Machine ou un MXR Carbon Copy seraient encore mieux, mais plus rares. On se rabattra sur ces modèles pour un achat neuf. Restera encore les modules économiques de Behringer qui neufs avoisinent les 50 €.

Pourquoi un delay ? Parce que c'est un effet audible dès les premières écoutes des morceaux de guitare, qui est finalement lorsqu'il est au format pédale, assez simple à paramétrer, mais surtout car il grossit le son de manière assez conséquente et ouvrira les portes du jeu en solo, anobli par les répétitions et autres échos. Un son agrémenté de delay a de suite plus de cachet.

En plus, le delay est un effet assez intéressant pour comprendre et suivre l'histoire des effets de la guitare puisqu'il est à la fois à l'origine des sons réfléchis augmentant la dimension (réverbération, échos, ...) mais aussi des sons de modulation (chorus et flanger, ...) ce qui va permettre quelques expériences d'approche et convaincre le guitariste des bienfaits de cet investissement.

Enfin, le delay, on le retrouve partout, sur tous les albums (sauf dans un style punk ultra épuré, et encore...) et on se rendra vite compte, que, comme pour une bonne distorsion, il permettra d'approcher le son des grands de manière assez directe, sans programmation excessive, et avec modération. Car point trop n'en faut, les presets des multi étant généralement surchargés de ces répétitions ping pong à deux dimensions, froides et sans intérêt sinon celui d'impressionner.

Essayez un arpège en son clair avec un court delay, puis sans. Essayez un petit phrasé sur une gamme pentatonique avec une belle distorsion sans trouver que cet agrément enjolive et flatte même les touchers les plus hésitants, tant il couvre quelques imperfections et donne une impression d'avoir quelque peu travaillé le son.

Peu importe, au début de la technologie analogique ou numérique, et si les avis sont assez divergents, je dirais que les deux sont valables pour une utilisation bien particulière. Vous me connaissez à présent pour être capable de mettre en avant l'ancienne conception analogique qui présente des traitements particuliers qui dégradent un peu les répétitions, rendant l'effet assez musical. Le traitement numérique apportera un traitement plus "droit" et fidèle, mais surtout des temps de retard plus longs et de qualité.

Après l'effet de delay, étrangement c'est vers une sous classe de cet effet que je voudrais vous orienter pour disposer d'un autre type de traitement, non plus sur l'ampleur du signal mais plutôt sa consistance, son épaisseur : un effet de modulation. Leur rendu tournant est obtenu en séparant le signal en deux et en générant un léger décalage, ce qui ajoute de la "matière" donnant une impression de son grossi.

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C'est notamment le cas pour le chorus et le flanger qui sont complètement utilisables avec des sons clairs et des sons saturés, et vont donner plus de grosseur au signal. Sur un son clair, on obtient un "crémeux" qui donne plus de présence sur des voicings et arpèges, les riffs rythmiques sont percutants et retrouvent une couleur vintage assez caractéristique. En saturé un chorus ou un flanger sur des balayages lents vont donner une couleur particulière associée à un "gros son".

Utilisées de manière intensive dans les années 1980, ces effets de modulations sont plus anecdotiques de nos jours, mais ils reviennent de manière récurrente dans les sonorités contemporaines, et font partie intégrante des riffs et rythmiques de l'histoire du rock, de The Police à Van Halen, de Zakk Wylde à Kurt Cobain, de Hendrix à Korn, de Led Zeppelin à Vai ou Satriani...

Sans pour autant disposer des deux effets chorus et flanger, les deux semblent être un must have en regard des sonorités communes de la guitare. Un Ibanez CF-7 intègre les deux effets, mais n'est plus distribué. Un flanger analogique permettra d'approcher des chorus assez épais, et évidemment un branchement en stéréo sur deux amplificateurs sera encore plus convaincant. Les effets de modulations s'insèrent un peu partout dans la chaîne d'effet, et sont privilégiés dans la boucle (si vous disposez d'un ampli avec FX loop).

Misez là encore sur de l'occasion pour vous faire une idée, et investissez sur un module dédié aux modulations si possible analogique pour retrouver la simplicité des réglages et le rendu si caractéristique. Vous allez vous attacher à vos deux pédales, au point de les intégrer dans des sons très personnels, et en tout cas toujours plus que ceux de votre éventuel multi.

Attention tout de même : le fait de posséder ce type d'effet, répétitions ou même modulations, doit vous permettre d'apporter un réel plus dans votre jeu. Je conçois aisément que jouer avec un octaveur influe sur la grosseur du signal et indirectement la dynamique. Cependant, les occasions de l'utiliser sont relativement rares et l'investissement n'en vaut pas la peine.

A contrario, disposer d'un delay ou d'un chorus n'influe que très peu sur le toucher. L'effet pourrait très bien être appliqué sur un enregistrement ou depuis un console de mixage, en "post-production". Cependant, comme ces effets sont plus fréquents, qu'on entent souvent des sons clairs ou distordus agrémentés de chorus ou de delay, je vous recommande d'en disposer.

Et plutôt que d'en disposer de trop, je vous recommande de vous restreindre pour limiter leur utilisation et favoriser votre créativité, votre toucher. C'est finalement le côté "indispensable mais pas nécessaire" qu'il faut aller chercher dans cette utilisation, y trouver un agrément qui flatte le jeu et non qui le surcharge.

Soyez donc modérés dans l'utilisation de très peu d'artifices, votre son c'est en grande partie vos doigts qui doivent en être les géniteurs, et non votre système d'effets. C'est ainsi que ces effets (vraiment) indispensables sont à approcher, du moins dans l'approche que je vous recommande d'envisager.

Exemple de son clair avec chorus

Exemple de son de flanger avec distorsion

Exemple de distorsion rock solo avec delay

Exemple de son clair avec une réverb de type Hall

Exemple de son clair avec wah-wah

Ces exemples permettent d'avoir une idée précise des sons obtenus avec différents effets (vraiment) indispensables. Le moindre multi avec pédale d'expression comprend ces effets basiques mais efficaces. Retenez que ces enregistrements sont des exemples fournis à titre indicatif.