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vivre de la musique




Passion ou profession

Des nombreuses époques que j'ai traversées et des multiples personnes qu'il m'ait été donné de rencontrer, de croiser et parfois avec qui j'ai eu la chance de jouer, je pense que j'ai pu recueillir de nombreux témoignages. Ils sont assez différents, mais vont tous dans le même sens, pointent tous la même finalité : vivre de sa passion.

Je reste convaincu qu'il n'est pas si facile de mêler passion et profession. Un peu comme rien n'est facile pour ceux qui arrivent à travailler en couple (par choix, par obligation, ...). Rares sont ceux qui prennent suffisamment de recul dans leur passion pour se mettre en tête d'aller bosser tous les jours dans un monde si particulier sans entrer dans une forme de "routine".

Est-ce que ceux qui vivent de la musique y trouvent toujours la même passion ? A mon avis, on ne peut pas se projeter dans l'avenir avec pour modèle une très infime partie de la population qui arrive à vivre de sa passion, même si ce rêve habite de nombreux passionnés... on doit dénombrer sur le territoire un musicien sur trois cent mille qui subvient convenablement à ses besoins.

Il est pourtant très courant de se sentir capable d'égaler la carrière d'un de ses modèles : les guitaristes sont bien souvent des adolescents "attardés" qui, même au-delà de leur 20 printemps, continuent de penser qu'ils ont suffisamment de talent pour vivre de leur passion sans mal. Sans tomber dans le syndrome du "casseur" de rêve, je vais vous dresser avec réalisme le tableau d'une époque assez complexe.

Vivre de la musique

C'est un vœu pieux, une légende urbaine, que de penser vivre de la musique et de la guitare en particulier. Pour développer dans ce domaine, listons les "vrais" métiers de la musique :

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Je pense en avoir fait le tour, ce qui est assez rapide et n'est pas particulièrement lié ou en correspondance avec ses formes de compétences et de talents. Ce n'est donc pas parce que vous avez un don, une formation, ou une compétence pour l'un ou l'autre de ces types d'activités que tout est gagné...

Selon Howard Gardner, il existe huit formes d'intelligences, toutes reliées entre elles et dépendantes les unes des autres qui édictent les prédispositions à certaines activités, et il est intéressant de déceler le fait que ces formes soient présentes ou plus particulièrement développées en nous (aucune n'est exclusive) afin de cibles les aptitudes à certaines pratiques :

Toutes ces aptitudes sont évidemment requises au travers des différentes activités liées à la musique, et sans sombrer dans un "travers" un peu rapide qui appelle principalement des compétences artistiques, on peut faire un parallèle assez caricatural avec les métiers gravitant autour de l'industrie du sport et comparer la passion de la guitare à la passion pour le football (on peut devenir joueur professionnel, entraineur, marchand d'articles de sport ou journaliste, ...).

Les contraintes

La problématique réside autour de la quantité de la part de talent dans l'investissement professionnel : le métier de musicien ou de luthier n'appelle forcément pas le même "rapport au talent" que celui d'organisateur d'événements musicaux ou d'enseignant... je parle d'un rapport au talent dans le sens de l'intelligence musicale ou l'intelligence spatiale et visuelle, ne perdons pas de vue le rapport global au jeu de guitare.

Evidemment, ce rapport est à tempérer par de nombreux propos, notamment ceux qui ramènent de manière plus ou moins brutale à la réalité et qui veulent que dans la proportion de musiciens professionnels que l'on peut côtoyer (une très faible population), très peu tirent leur épingle du jeu.

Je citerai même à l'échelle nationale que les rares guitaristes français qui ont su tirer leur épingle du jeu et faire exception, comme Patrick Rondat ou Norbert Krief n'ont pas la renommée internationale d'un joueur de foot comme Zizou ou Platini !

Jouer parfaitement d'un instrument peut garantir d'assurer, dans le meilleur des cas, une bonne place dans un groupe crédible (seulement durable une dizaine petite d'années) dans notre pays : Bertignac chez Téléphone est là encore un cas de gratteux populaire connu, mais combien peuvent être cités parmi les gens de la rue dans cette catégorie ?

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Les autres ont eu leurs heures de gloire, et se sont rapidement tournés vers une autre activité, parfois en accompagnant les vedettes des variétés sur quelques tournées, dans un monde où l'industrie du disque est assez chamboulée : 90% des revenus de la production industrielle musicale française provient de la vente de 10 albums majeurs dans l'année.

Par la suite, quelques contrats en studio, quelques prestations demandant un lourd investissement financier et temporel va permettre de garantir quelques revenus complémentaires à ceux d'un intermittent déclaré à la SACEM et qui s'expose à une retraite minime pour subsister avec à peine plus du SMIC garanti tous les mois. Il faut donc s'attendre à ce qu'un musicien cherche un complément comme les cours, la vente en magasin ou la réparation, compléments tout juste rentables (20 € de l'heure) dans les grandes villes et inenvisageables ailleurs...

Parce que c'est une évidence, le fait de "tourner" et "courir après le cachet" n'est pas une activité qui est compatible avec une vie de famille, et qui engendre le fait d'énormément investir de temps pour des revenus assez faibles. De plus, rien n'est assuré et passé un certain âge, et je doute que comme un cadre, ce type d'activité puise être menée dans les mêmes conditions au-delà de l'âge légal de la retraite (en tout cas passé 62 ans).

Comment la passion peut-elle être assouvie autrement

Sans vivre de sa production de notes, de nombreux autres types de pratique me semblent tout aussi nobles, notamment celle de fabriquer ou réparer les instruments, qui fait à la fois appel à de pointues qualités de musicien, et l'amour du produit fini ou bien fait... De plus, ces pratiques font appel à une forme de savoir-faire particulier, ... mais peu recherché.

Et puis être musicien, ce n'est pas non plus l'être professionnellement, c'est aussi le vivre de manière intense dans un groupe amateur avec toute la pression que l'on vit dans ce type d'activité, tant en préparation, répétition, travail, ... et avec le luxe de jouer ce que l'on aime, ce qui n'est pas le quotidien du pro.

C'est ce que j'aurais préconisé au premier élève ou musicien qui m'aurait posé la question. J'aurais indiqué qu'il valait mieux vivre pleinement sa passion plutôt que la transformer en contrainte, et qu'il était préférable de s'orienter à 14 ans vers d'autres formes d'études permettant d'assurer de vrais revenus.

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Les autres métiers dérivés de la pratique musicale permettent de se projeter avec plus ou moins de garanties dans l'avenir incertain, sans toutefois garantir des revenus stables et récurrents : le journalisme ou l'édition sont des milieux tout aussi incertains, au même titre que l'organisation de spectacles ou la fabrication d'instruments de musique...

Finalement, c'est dans la vente et la fourniture ou distribution de matériel que l'individu trouvera la maximum de garanties, mais pas forcément de stabilité : dans un milieu pour lequel Internet et la vente par correspondance a bousculé les règles il y a tout juste quelques, dans un univers ou le nombre d'acheteurs fluctue en fonction des modes et des courants musicaux, et dans un monde où le prix sont dictés par le marché des productions low-cost au sud de l'Asie.

À regard de ce constat, faire en sorte que son métier gravite autour de la musique, de l'industrie musicale ou des dérivés, c'est une démarche risquée, pour laquelle il existe très peu de chances de tirer son épingle du jeu, et qui ne garantit absolument aucune forme de stabilité et de revenus durables. Exposés à la précarité des petits boulots et petits contrats, vivre de la musique est à mon sens dangereux.

Les formations

Si malgré toutes ces mises en garde vous désirez quand même percer dans cette mer pleine de requins, il est souhaitable de bien préparer son "angle d'attaque" et privilégier certaines pistes, frapper aux bonnes portes et suivre les meilleures pratiques.

Même s'il n'est pas indispensable d'avoir fait le conservatoire pour être musicien de scène ou de studio, une école semble ouvrir de nombreuses portes et permettre de "valider" un acquis artistique par la reconnaissance d'un diplôme. On compte en France d'excellents instituts complémentaires aux académiques conservatoires nationaux ou régionaux qui ouvrent aux métiers de musicien, à l'enseignement de la musique et le métier d'ingénieur du son :

En ce qui concerne la vente et la distribution spécialisée dans ce domaine, il est à noter qu'elle peut être étudiée dans les filières commerciales, et qu'elle ne nécessitera pas de spécialisation au monde de la musique. Vous côtoierez des non-musiciens, même si le critère de sélection viendra dans un second temps.

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Pour ce qui concerne la réparation et la fabrication il existe des diplômes spécialisés du niveau CAP jusqu'au niveau bac :

Les métiers organisés autour de la presse spécialisée et de l'édition musicale n'ont aucune voie spécifique de formation à l'écriture sur l'environnement musical. C'est comme pour l'automobile ou le sport, la presse spécialisée et l'édition qui s'y rapporte comptent parmi leurs corps de métier des journalistes, des pigistes, infographistes et photographes, traducteurs et autres intervenants qui se recrutent (selon le besoin) sur la base de critères très précis, propres aux métiers de la presse et de l'édition. Munissez-vous de patience et d'un bon carnet d'adresses, c'est la qualité des relations et les bons contacts qui orientent votre carrière.