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entraînement




Le discours sur la méthode

La première réflexion sur l'entrainement idéal du guitariste s'est menée en 1990 au travers de la collaboration entre Steve Vai et le non moins excellent magazine américain Guitar World (disponible en France avec 1 mois de retard, et contenant pourtant tous les articles non traduits sortant ce le mois en cours dans la presse française...).

Qui mieux que Steve Vai pouvait parler de la pratique de l'instrument à l'époque alors qu'il était le technicien virtuose de l'instrument montant dans les charts après la sortie de l'époustouflant et toujours moderne "Passion & Warfare". Ce musicien de génie devait pratiquer 10 à 12 heures par jour, déjà, à l'époque. Mais il ne devait pourtant pas suivre un programme si structuré que celui du Workout.

Pour ce qui est de Guitar World, je dirais qu'à l'époque, la créativité des journalistes de cet excellent magazine (qui conduit, comme Steve Vai d'ailleurs à populariser l'instrument) combinée à l'appui de têtes d'affiches, conduit à publier des éléments qui ne figuraient pas (et ne figureront pas vraiment) dans la littérature musicale. Non pas qu'il fallut être "couillu" pour accompagner le guitariste dans son apprentissage autodidacte, mais essentiellement pour faire avec humour un contrepied aux programmes de progression proposés par les profs de musique.

De plus, la montée en puissance des bouquins de management personnels aidant, la tendance du moment et le goût montant pour la musique instrumentale, très technique et inhumainement complexe dans son abord, ... tout est fait pour dégouter le néophyte, et pourtant, chaque partie est loin d'être dénuée de sens.

Sur le ton de la plaisanterie, et pourtant dans un souci de travailler la technique nécessaire à l'amélioration de sa technique, de son toucher et de ses connaissances musicales, les exercices pratiques s'étalent sur un atelier de 10 heures à étaler sur une période quelconque, mon interprétation étant une semaine pour le guitariste débutant, et ... une seule petite journée pour Steve !

14 ans plus tard, le même magazine et le même guitariste ont renouvelé l'exercice non plus pour fêter la mort du shred, mais toujours avec humour, pour sensibiliser le guitariste d'aujourd'hui (de niveau technique moindre, la musique n'ayant vraiment pas évolué dans ce sens !) sur la nécessité de suivre une certaine discipline pour devenir virtuose. Attention, des exceptions comme John Petrucci, Patrick Rondat, Steve Vai, ont démocratisé leurs trucs pour améliorer le jeu et atteindre le niveau technique permettant de laisser libre court à son expressivité et à sa musicalité (j'espère ne choquer personne, la technique ne sert bien qu'à ça, ... on est bien d'accord ?).

C'est mon interprétation de ce second article dont je vous fais part ici (la version originale d'avril 2004 pour ceux qui n'ont pas l'habitude de me faire confiance, ... et ils ont raison, tant je suis parfois à côté de mes pompes). Je vais aller à l'essentiel, sans l'humour de Vai qui reste à mes yeux un maitre du discours, du maniement de la langue comme de l'instrument, toujours humble et parfois moqueur, ... beaucoup trop rare en interview ou en concert, voire en album.

Battle's guitar

L'esprit de l'article paru en 1990 est conservé : "total accuracy + humor". L'atelier s'étale sur 30 heures, ce qui n'alimente plus aucun doute sur le fait que Vai passe l'intégralité de ses journées (... de 30 heures) sa guitare à la main. Je soupçonne qu'il façonne ses journées de travail sur des thèmes empruntés à ce workshop, notamment avant les tournées pour améliorer sa technique d'interprétation de ses propres morceaux et minimiser les (rares) erreurs pouvant être commises dans le feu de l'action scénique.

Dans tous les cas, il propose un découpage sur 3 jours à 10 heures par jour, tout de même. Je rappelle qu'il est bon de tirer la substantifique moelle de cet article pour l'adapter immédiatement à son rythme de progression, à son besoin. Vai nous indique que la portée philosophique d'un tel article consiste à s'ouvrir techniquement à des pratiques musicales afin de prendre conscience de ses désirs musicaux intérieurs et ainsi de mieux les aborder (... les assouvir ?).

Il est bon de partir sur ces bases là, dans un monde où la technique est si simple à formaliser (dessins, tablatures, terminologie issue de la mécanique, l'aéronautique, ...) et où le ressenti de l'intensité est si complexe (ou abstrait) à exprimer. La technique véhicule l'art et non l'inverse ! Il est aussi important de préciser qu'il s'agit là de la version de Steve Vai, mais qu'elle s'adresse bien à ceux qui s'intéressent comme à ceux qui n'aiment pas Steve Vai et qui font preuve d'étroitesse d'esprit.

Cet atelier se décline également à la pratique d'un autre instrument, et ce n'est donc pas une méthode pour sonner comme Vai, mais un article qui doit susciter la curiosité, et dont les fondements sont "bousculables" afin d'en faire progresser les idées. Dans tous les cas, ce n'est pas une méthode et ça ne sert pas à jouer plus vite, mais ça sert à asseoir les bases de sa maitrise instrumentale en développant une vue technique approfondie de la pratique de l'instrument qui servira (qui servirait) à mieux jouer.

Avant de commencer

Accordez votre guitare : jouer sur un instrument mal réglé ou mal accordé ne permet pas de fixer de repères sonores solides. Mettez vous en condition : on peut prendre la guitare pour se défouler, mais dans ce cas, rien n'oblige à suivre le plan retenu dans l'atelier. Afin d'être concentré sur l'apport d'un tel atelier, il faut avant tout "entrer dans le jeu" et rester convaincu de ses bienfaits. Il faut y croire, et seulement là, cela peut arriver ! il n'y a pas de place pour le hasard...

Plan de progression

L'atelier est divisé en 8 catégories :

  1. exercices de dextérité
  2. gammes
  3. accords
  4. reconnaissance musicale
  5. lecture
  6. composition
  7. théorie musicale
  8. technique de jeu

Ces catégories sont regroupées en 3 sessions de 10 heures (hum ! d'affilée ? je ne pense pas). La progression n'est constatée que si la pratique est régulière et la mesure des progrès n'est possible que si l'effort est répété régulièrement et souvent (il n'y a pas de résultat sans travail, sauf si vous êtes naturellement doué, et dans ce cas, passez votre chemin !).

Evidemment les catégories ou leur contenu n'est pas figé, c'est une proposition de répartition et de découpage s'étalant sur 30 heures, et sur des thématiques dont il vous est donné libre interprétation et liberté d'évolution et de modification. Il faut garder à l'esprit la rigueur méthodique qu'il est nécessaire de conserver pour ce type de travail, mais après, c'est à vous de constituer votre propre plan de progression et d'adapter cet atelier à vos besoins.

Dextérité

Démarrer chacun des 3 sessions de 10 heures par 1 heure de pratique. H1 - H11 - H21

Dans la dénomination "dextérité", on regroupe tout ce qui concerne le placement efficace des doigts. Comme pour un pianiste, un violoniste, ... l'instrumentiste utilise ses mains (et encore plus ses doigts dans la pratique de la guitare) pour s'exprimer. Il est important de travailler le contrôle de ses mouvements.

Le complément indispensable au travail du placement des doigts, c'est l'instrument ultime de découpage des mesures dans le temps qu'est le métronome (ou boîte à rythme, ...). C'est le seul moyen de vous indiquer si le placement est efficace (qui ne "bave" pas trop) et "en place" dans le temps ! Il permet également l'échauffement des doigts en commençant lentement les exercices de coordination et en les accélérant progressivement.

Il est un autre truc qui marche autant pour apprendre un texte que pour le réciter : quand on se plante, on recommence
du début
. Ce n'est pas pour jouir intérieurement d'imaginer votre état de lassitude au bout du troisième plantage sur la même portion de l'enchainement, c'est parce que tant que ce n'est pas parfait, il faut recommencer. Et (je persiste et signe) quand c'est parfait, il faut aussi recommencer (légèrement plus vite ?) ...

Les exercices de synchronisation sont légions dans la littérature. Je vous en propose quelques uns dans cette page, et je complète par de nouveaux encore plus intéressants. Le son qu'il sera nécessaire pour cette pratique importe peu, pourvu qu'il vous plaise et soit assez proche d'un son brut sans artifice qui altère la dynamique de jeu (distorsion surpuissante, haut niveau de gain, noise suppressor, compresseur, ...). Utilisez un son clair ou crunch (même sans aucune petite réverb) sur un micro manche par exemple la guitare directement branchée dans l'ampli.

Avant de les commencer le moindre mouvement sur la guitare, comme un sportif avant un effort, massez vos doigts, et bougez vos poignets en formant des cercles, puis après quelques mouvements d'épaule, prenez votre guitare. S'il vous a fallu ½ heure pour déballer votre guitare, accordeur, médiator, câble, ampli et métronome, passez directement à l'exercice, mais s'il faisait froid dehors et que vos mains sont encore engourdies, jouez sans forcer, lentement 2 ou 3 minutes avec un gripmaster ou une balle afin d'échauffer vos mains.

L'intérêt de cet article n'est pas de vous procurer les exercices, mais de vous faire comprendre qu'à chaque type d'exercice correspond un pratique. Et que les exercices d'échauffement sont répertoriés selon plusieurs sous-catégories :

Exercices linéaires

C'est l'exercice assez standard de progression par chromatismes sur une corde des 4 notes correspondant aux 4 cases successives sur les 6 cordes. En accélérant, la main fait "l'araignée" ce qui visuellement plait aux plus jeunes. C'est le "1-2-3-4" classique.

On va compliquer en variant le doigté alternant la séquence des doigts de la main gauche... 1-2-3-4, 2-3-4-1, 3-4-1-2, ... sur une même corde puis plus tard sur plusieurs cordes (on parlera alors de "fragments").

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Puis, le "shift", qui symbolise la "bascule" vers des séquences de notes sortant des chromatismes. On tombe littéralement sur des séquences de "petits morceaux de gamme" ou de "fragments" de gamme qu'il est utile de pratiquer avec assurance, comme un automatisme. Ils permettent d'anticiper l'arrivée sur une note par un petit effet rapide qui se trouve dans la tonalité, ce qui donne immédiatement de la fluidité et de l'expressivité au jeu et à l'improvisation. Le but des exercices de synchronisation est d'améliorer la technique par une pratique musculaire ET harmonique soutenue de petites séquences de notes.

Le "shift" consiste en un groupement adapté de 3 notes par cordes. Dans la modélisation graphique des gammes et des accords sous forme de diagrammes, aucune information n'est communiquée sur l'enchainement des notes. Toutes les notes du diagramme peuvent être jouées dans l'ordre que l'on veut pour rester dans la tonalité, mais les enchaînements de notes ne sont pas vains et tout écart ou effet de style n'est pas systématique le fruit d'une fonction aléatoire.

Grouper 2 ou 3 notes par cordes crée une forme de liant, par contre le saut d'une ou deux cordes est assez fréquent (et périlleux) et doit être pratiqué pour être proprement exécuté. C'est la répétition de ces exercices qui permet d'acquérir l'assurance nécessaire et par là-même la propreté de l'exécution.

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Exercices transversaux

La pratique du "string crossing" ou exercice "angulaire" définit une séquence de cases correspondant à un enchaînement de notes, mais se pratiquant sur plusieurs cordes (généralement et dans un premier temps la corde du dessus ou celle du dessous appelées cordes adjacentes). La position du motif est la même que dans l'exercice linéaire, mais la progression n'est plus linéaire mais s'effectue sur des cordes groupées.

La difficulté d'exécution est accrue par la limite du nombre de coups de médiator (comme si on utilisait une seule corde), et je vous recommande de démarrer sur des tempos relativement lents. De plus, autant il semblait intuitif de respecter l'aller-retour dans les coups de médiator des exercices linéaires, autant le changement de cordes impose de maitriser encore mieux les bruits résiduels des cordes que l'on "laisse" (soit on laisse vibrer, soit on étouffe), ce qui demande une technique plus approfondie.

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Hammer-ons et pull-offs

Pour rappel, la technique de hammer-on (h.o.) et pull-off (p.o.) consiste à ne pas jouer certaines notes avec la main droite (sans coup de médiator). Pour le h.o. on par d'une note jouée suivie d'une note obtenue sur la même corde par la simple pression du doigt de la main gauche qui vient taper la case un peu plus haut sur la même corde (comme le ferait un marteau, hammer en anlais). Pour le p.o. on l'obtient en relevant le doigt déjà posé sur la case et en laissant sonner une note plus bas sur la même corde (soit par un doigt déjà positionné, soit une corde à vide).

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Ces techniques permettent d'augmenter la rapidité d'exécution, puisque la main droite ne va jouer qu'une note sur deux, voire plus par extension dans le jeu en "legato". Elles demandent une certaine maîtrise qui devient assez instinctive et naturelle dans les motifs que l'on retient dans son jeu. Cependant, les h.o. et p.u. doivent être exécutés convenablement et proprement même à un tempo lent, car de mauvais automatismes s'installent assez facilement dans la réalisation de l'enchainement de deux notes, et il se peut que l'attaque soit moins nette et moins puissante si l'on oublie le coup de médiator fatidique.

De plus, il faut anticiper sur la suite, un glissé, un bend, ... et donc retenir à la fois le bon doigté et la bonne séquence. Parfois, on rencontre une succession de p.o. ou de h.o. qui prononce le jeu legato.

Tapping, sweep et multiple picking

La technique du tapping ou plutôt "two hand tapping" est une technique combinant p.o. et h.o. avec l'insertion de doigts complémentaires provenant de la main droite. Le mot d'ordre, c'est l'enchaînement des mouvements des deux mains qu'il faut travailler lentement pour la netteté de jeu.

Ces passages très techniques doivent être assez naturels dans le jeu, et pas nécessairement à des fins de "m'as-tu vu ?", car même s'ils sont spectaculaires pour un public peu habitué à cette vitesse d'exécution comme au fait de poser ses deux mains sur le manche, ce qu'ils apparenteront à tort au jeu d'un pianiste, c'est aussi assez "casse-gueule" !

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Il reste la question fondamentale du "qu'est-ce que je fais de mon médiator ?" qui va devancer une question encore plus importante : "comment je redémarre le jeu normalement après un truc comme ça ?". Je pourrais m'en tenir à la pirouette qui consiste à dire qu'il ne s'agit-là que de travail et de persévérance, mais autant vous balancer "démerdez-vous !"... Je ne peux que vous conseiller de disposer d'un pick-holder bien armé et accessible, et surtout de travailler l'enchainement du plan en tapping avec celui d'étouffer les cordes non jouées pour éviter des sons inattendus et désagréables.

Le sweep picking (ou sweeping) consiste à utiliser une technique de jeu particulière : une note et la suivante sont jouées dans un même coup de médiator sur deux cordes différentes... le fait de balayer les deux cordes (sweep = balai) permet d'enchainer rapidement plusieurs notes en un coup de médiator, comme un legato vertical sur le manche, ce qui nécessite que les doigts soient déjà positionnés selon des formes et schémas définis (ceux d'accords, triades ou gammes).

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Le multiple picking consiste à jouer plusieurs coups de médiator (en remontant comme en descendant) sur la même note avant d'attaquer la suivante. C'est le fameux coup du staccato comme effet de jeu créant un effet de trémolo sonore à une certaine vitesse. L'enchainement produit un effet saisissant qu'il est bon d'exécuter avec précision et netteté, donc dans le cadre d'un travail sur des variations croissantes de tempo.

Gammes

H2 - H12 - H22

Pratiquer les gammes est bénéfique : le fait de répéter les mouvements liés aux schémas des gammes aide non seulement à la synchronisation et coordination, mais également à l'échauffement des doigts et au positionnement.

Cependant, la pratique particulière de certaines positions conduit à développer des automatismes harmoniques qui bien souvent ne sont pas très à propos... à moins de ne se cantonner qu'à un seul style, par exemple le blues, et ne travailler que les pentatoniques, il n'existe à ma connaissance aucune limite à jouer d'autres gammes sur les mêmes grilles... le problème reste souvent de retrouver lesquelles.

En fait, les exercices concernant les gammes sont plutôt destinés à mémoriser les sons et l'atmosphère qu'elles génèrent. C'est la "couleur" tonale qui est en cause, et qu'il sera plus efficacement déclinée et transposée dans une harmonie particulière pour retrouver l'ambiance produite...

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L'idéal, selon Vai, mais aussi Clapton, Santana, ... c'est de mentalement repérer la note suivante avant de la jouer. Pour cela, il faut imaginer (on ne peut pas dire visualiser, mais le concept est le même, une modélisation auditive de la gamme) la gamme à utiliser. Cette conceptualisation ne peut se faire sans la pratiquer lentement, et en explorer les moindres écarts, les moindres tensions note à note.

Il n'y a pas de miracle, retenir la couleur tonale de chaque gamme pour bien l'utiliser consiste à la pratiquer sur différentes positions et cadences d'accords. La pratiquer sur 1, 2 ou 3 octaves, en la montant comme en la descendant, et dans toutes les tonalités et tous les modes.

Je vous recommande d'enregistrer la progression d'accords qui vous préoccupe, et de décliner les modes et gammes dessus, en fonction des tonalités qui vous intéressent, le choix est immense, certaines "sonnent faux", d'autres combinaisons semblent plus opportunes... travaillez encore et encore et donnez un nom aux couleurs tonales que vous associez, vous constaterez à tête reposée que la théorie musicale et les règles harmoniques donneront un nom complexe à ces associations, peu importe, l'intérêt est de ne retenir que la représentation sonore, le vocabulaire ne sert qu'au dialogue entre musiciens.

Il n'est pas indispensable de posséder un bouquin de gammes. À mon avis, c'est mettre la charrue avant les bœufs que de donner un nom à une gamme avant de lui déceler la moindre couleur tonale... Inspirez-vous de ce que vous trouvez sur Internet, par exemple, et imaginez surtout qu'une gamme sert l'improvisation et la composition. Interpréter un morceau déjà écrit ne met pas en avant cette notion théorique, si l'on pratique un jeu de guitare de 1er niveau, par contre, identifier à l'oreille le nom d'une gamme, c'est du second niveau de compréhension.

Accords

H3 - H13 - H23

Le travail des accords s'articule selon 3 thèmes :

  1. mémorisation
  2. technique de jeu (strumming techniques)
  3. improvisation

Mémorisation

La mémorisation des principales positions est primordiale pour développer sa compréhension des intervalles et des règles harmoniques. Achetez un dictionnaire d'accords, imprimez ceux fournis dans cette page ou sur d'autres sites internet, il faut que les accords standards soient connus et mémorisés.

Steve Vai préconise de se fixer l'objectif d'apprendre 5 nouveaux accords par jour !!! Dans ces conseils, c'est plus l'exercice de la conceptualisation de la sonorité de l'accord qui reste intéressante : pour lui, l'accord est un paysage, une image sur laquelle des notes évoluent.

Etudiez la nature de l'accord (majeur, mineur, majeur septième, dominante septième, mineur septième) suivant le plus possible de positions réalisables par vos doigts... Plus tard, lorsque vous consacrerez du temps à la théorie musicale (quelques heures sont prévues dans l'atelier) la parfaite connaissance des accords sera nécessaire.

Quand il s'agit de mémoriser les positions, il s'agit également de mémoriser la manière dont l'accord sonne selon le frotter : notes égrenées, arpèges, rythmique sèche, joué par saccades, en descendant, en remontant, percussif, doucement, comme des nappes de clavier, en agissant sur l'attaque avec le bouton de volume, ...

Mémorisez également les enchainements et les dissonances : certains accords s'associent à d'autres, certains s'opposent dans certaines harmonies, et s'assemblent lors de la mise en place d'autres cadences, ...

Techniques de jeu (strumming techniques)

Le jeu en accord est essentiellement lié à la rythmique de l'interprétation. Il est donc indispensable d'enchainer les accords dans le "groove" du morceau, et pour cela, il faut à nouveau travailler le positionnement dans les temps de chaque mesure avec un métronome ou une boîte à rythmes.

Veillez à ce que l'exécution soit dans le tempo, propre et que la pratique répétitive d'un enchaînement d'accord ne vient pas troubler la cohérence rythmique du morceau : précision, régularité et groove. Un groove changeant est parfois un effet escompté, mais aussi parfois une lacune rythmique. Contentez vous dans l'atelier de vous focaliser sur la régularité et la précision.

C'est également au travers de cette pratique que vous développerez l'indépendance entre votre jeu et celui des autres musiciens, car faire ressortir un accord dans un mix consiste jouer légèrement en avant du temps, ou accentuer quand les autres instrumentistes ne soulignent pas sur les mêmes temps. Lorsque l'on parle d'indépendance c'est à la fois avoir la maîtrise de votre jeu de guitare, être attentif (à l'écoute sans jeu de mot) aux autres instruments, ainsi qu'à son attitude (grimaces, tics, position de la guitare, des mains, ...).

Jouez les mêmes séquences d'accords à différentes vitesses, d'abord assez lentement et puis en accélérant progressivement. Ça ne sonne vraiment pas pareil, vous verrez, et c'est un très bon exercice de ralentir certains tempos afin de mieux "ressentir" les espaces entre les temps... Variez sur les tempos et les styles, reggae, soul, blues, rock, bossa, ... en accentuant sur certains temps, en martelant chacun des beats ou en alternant un beat sur deux.

Redécoupez les mesures en jouant des croches et doubles croches, des triolets (des sextolets même !), introduisez du ternaire transformez les rythmes en bossa, groove, boogie, ... et enfin, osez les découpages asymétriques en 5/4 par exemple...

Enfin, un autre jeu consistant à ne jamais perdre le tempo et "l'imprimer" réellement et définitivement : branchez le métronome sur votre casque audio (pratiquement tous les modèles numériques sont pourvus d'une sortie headphones...) et masquez les leds et autres affichages qui donnent une information sur le tempo, puis conservez le battement dans l'oreille et commencez à jouer la séquence. Au bout de quelques répétitions, sortez le casque de vos oreilles et sans tricher, tentez de rester dans le tempo, ou encore baissez le volume de sortie. Puis au bout de quelques supposées répétitions reprenez le tempo dans l'oreille. Le métronome, lui, ne se trompe pas, mais vous (vous avez le droit de battre la mesure avec les pieds...) ?

Improvisations

Cette partie est dédiée à la liberté d'interprétation des accords, d'abord parce qu'il est toujours plus intéressant de ne pas suivre scrupuleusement les transcriptions des exercices, mais d'imaginer des positions qui sont les vôtres : le non conventionnel finit par payer.

N'utilisez pas nécessairement les mêmes doigtés, aux mêmes endroits sur le manche, variez en laissant sonner des cordes à vide, en augmentant ou réduisant certains écarts. Il faudra une sacrée gymnastique cérébrale pour transposer, mais dans le cas du jeu live et de l'improvisation vos propres repères seront en place pour soutenir votre phrasé.

Construisez votre librairie d'accord, peut-être adaptée uniquement à un morceau, ou un accordage particulier. Retrouver les principaux accords en droped-D est un très bon exercice... mais il faudra en imaginer d'autres afin d'ouvrir vos possibilités de sonner rythmiquement.

Je ne suis pas vraiment fan des doigtés aléatoires basés sur un numéro de téléphone qui conditionnerait les degrés d'une gamme ou d'un accord. Misez plutôt sur des combinatoires orientées, en jouant sur les écarts et les cordes à vide, et surtout sur l'ensemble du manche. Osez faire votre accord après la 12ième case, c'est important pour le repère sonore et même visuel.

Transposez dans de nouvelles tonalités, sans capo (on ne triche pas) ou bien réduisez ou développez harmoniquement la cadence en jouant des accords de 4 sons sur un morceau en power chords, transposez sur des accords "jazz" ou incluant des degrés complémentaires.

Alternez le jeu de basse, les accords de basses alternées "passent" très bien sur des transitions d'accords, notamment lorsqu'on retranscrit des morceaux composés au piano. Ces basses permettent d'enrichir la grille d'accords, voire de constituer une piste pour transformer une grille dans un style picking alternant ligne de basse et des triades sur les cordes aigues...

Reconnaissance musicale

H4 - H14 - H24

C'est la partie, à mon avis, la plus "oubliée" dans les cours standards, car c'est une partie que vous développez naturellement selon vos "besoins", votre capacité d'écoute, votre environnement musical et vos capacités naturelles musicales.

En effet, vous vivez ce que vous écoutez, et varier les styles permet de vivre de manière plus "riche". Osez donc écouter de tout, et pas seulement le "easy listening" que l'on trouve sur les radios et chaines de télé. Aujourd'hui, les médias (Internet) permettent de télécharger pour pas cher de nombreux enregistrements que l'on ne trouvait que dans certains magasins spécialisés il y a encore quelques années. Un album de classique ou de jazz à souvent bien moins que 10 € permet de varier l'écoute martelée par du rock ou pop/rock aux harmonies très proches.

Travailler son écoute, c'est aussi savoir identifier les composantes d'un morceau : instruments, structure, accords progression, harmonie, tempo, gammes, ... Vous pouvez réaliser cet exercice en transposant (instrument en main si vous le souhaitez, pour vous aider) puis en consultant des relevés sur Internet ou carrément en interprétant les parties de guitare.

Ce travail permet d'augmenter vos capacités d'improvisation. Tous les musiciens font des bœufs, et les plus respectés d'entre eux (parmi les musiciens), sont ceux qui improvisent sans aucune faute d'accord, d'harmonie, ... ceux qui sonnent. En effet, il ne faut pas partir n'importe où lorsqu'il s'agit de servir un solo bien personnel, et tout n'est pas lié à des aptitudes naturelles.

L'oreille est l'organe qui commande cette fonction. Certains naissent plus gâtés par la nature, avec la possibilité de reconnaître naturellement les notes (oreille musicale, oreille absolue) et de les chanter (le premier instrument est la voix, de manière générale) juste. Et je vais généraliser en effrayant certains : les bons musiciens chantent juste et dansent dans le tempo. Certains n'ont peut-être pas la tessiture de voix pour faire chanteur, la coordination pour devenir danseur, mais ces deux facultés qui se développent enfant, tous les bons musiciens les ont.

Alors écoutez, puis reproduisez (en chantant, en sifflant) la partie de guitare incriminée, puis reproduisez-là sur votre instrument. Aucune de ces 3 étapes ne doit poser de difficulté en toute logique, mais des accordages un peu abâtardis, la vitesse de jeu, le son, le toucher, le style, les bends, les frettes... beaucoup de choses font que c'est difficile de transcrire correctement. Vai est un Maître en la matière puisqu'à 19 ans seulement, il a impressionné Franck Zappa en retranscrivant note à note l'intégralité de son répertoire avant de rejoindre son groupe !

Les outils nécessaires se résument souvent au crayon, à la gomme et au carnet de notes... et bien sûr un magnétophone et sa guitare. Prenez de quoi noter et enregistrer partout, en pratiquant régulièrement ces exercices de reconnaissance et de transcription (ear training) vous allez parfois "capter" un morceau, intercepter ce qui sort du baladeur d'un congénère (en un seul mot !) et vous éprouverez peut-être le besoin de retrouver, de retranscrire ou de vous inspirer de ce que vous avez entendu...

Evidemment, des élèves de 7 ans sont confrontés à des dictées ; n'en faisons pas trop, mais s'ils y arrivent, vous devriez y arriver...

Lecture musicale

H5 - H15 - H25

Lire la musique n'est en aucun cas indispensable. La guitare s'y prête d'autant moins qu'elle dispose d'un moyen de lecture simple (les tablatures) constitué de signes et symboles culturellement répandus partout (lignes, chiffres, ...). Cependant, montrez cette représentation à un saxophoniste ou un batteur, et ils vont vite disposer d'un document inexploitable, inutilisable.

Lire la musique n'est pas seulement un complément permettant de dialoguer avec les autres musiciens, c'est surtout le moyen d'élargir sa culture à une notation universelle. À vous les lignes de clarinette, de piano, de violon !

Un deuxième avantage à la lecture, c'est la lecture en temps réel. Vous devez pouvoir logiquement lire et jouer en même temps, c'est-à-dire entrainer votre transcription visuelle à commander une action produisant un son. Commencez lentement, en déchiffrant (tablature et solfège). Puis assimilez, reprenez dans le tempo. Vous allez vous rendre compte que naturellement vous développerez votre anticipation des notes qui vont suivre (votre manière de "rentrer" dans le morceau).

En solfège la position sur le manche n'est pas indiquée et l'exercice est encore plus difficile car il s'agit également de trouver la bonne position de jeu, ce qui est loin d'être évident et nécessiter de vous faire parcourir le manche sans assistance, donc vous faire progresser dans vos improvisations et créations musicales.

Ecriture musicale

H6 - H16 - H26

L'écriture musicale ne consiste pas à savoir écrire convenablement la musique... c'est un peu comme en cours de français où l'on recommande de lire pour éviter de faire des fautes par la suite. Là c'est pareil, à force de lire la musique sous toutes ses formes, la retranscription ne sera que plus fidèle.

Il est entendu par écriture musicale la composition, l'invention, la création. Je ne connais pas de génial interprète qui ne souhaite faire part de ce que lui dicte son imagination... Improviser, composer, c'est écrire.

Il y a plusieurs formes d'écriture de la musique : sur des bandes d'enregistrement, sur papier, dans la mémoire collective d'un ou deux musiciens, ... la composition et l'écriture sont des traces d'un moment musical imaginé, vécu.

Un excellent exercice serait d'imaginer une mélodie ou une suite harmonique d'accords et de la retranscrire sur papier ou enregistrement audio. Démarrez chacune des ses 6ièmes heures d'atelier avec une idée nouvelle, un thème, une séquence d'accords, dans le but de constituer un morceau en fin d'atelier (intro, couplet, refrain...).

Se forcer à composer, même si ce n'est pas pour la postérité, amène à aboutir un morceau construit. Vous pouvez étoffer en donnant des précisions sur les instruments, les sons, les variations, et revenir "en spirale" sur l'objet de votre création autant de fois que votre imagination vous le demande. De même, alors qu'il sera difficile de finaliser les arrangements pour une version aboutie, vous verrez qu'il sera tout aussi compliqué d'arranger vos compositions pour n'être joué que par un seul instrument.

Là encore, l'imagination est fertile là où la concentration se relâche. Être sous pression peut favoriser certains, mais pénaliser un grand nombre... Et c'est parfois une fois allongé ou dans le bus que les idées surviennent. Si vous avez travaillé les parties 4 et 5 de cet atelier, vous disposez en continu des outils pour composer sur un bout de papier et avec un simple crayon.

Dans l'heure consacrée à l'écriture musicale, il s'agit de se forcer à composer et retranscrire sur son instrument et/ou sur papier ce qui est sorti de son imagination ou a été enregistré au magnétophone. Il faut qu'il en résulte une partie élaborée, fidèlement retranscrite et convenablement interprétée.

Forcez-vous au début, c'est assez compliqué d'aboutir à un résultat probant et c'est souvent décourageant. N'abandonnez pas, persévérez et vous verrez qu'au bout de quelques sessions d'atelier, vous commencerez à acquérir les bases de l'exercice et vous serez ainsi plus à l'aise avec.

Théorie musicale

H7 - H17 - H27

La théorie musicale n'est pas indispensable pour devenir un grand instrumentiste. C'est juste l'outil qui convient à formaliser les règles du langage musical. Ce n'est pas parce qu'une personne ne maîtrise pas toutes les notions de grammaire et de conjugaison que son propos va forcément être qualifié d'inintéressant. Cependant, il risque d'avoir beaucoup plus de mal à se faire comprendre, à véhiculer ses idées.

Nous sommes là face au dilemme de la compréhension et de la progression : il est impossible de comprendre le fonctionnement d'une gamme si l'on ne dispose pas des règles harmoniques suffisantes. Mais la gamme peut très bien être jouée sans la moindre connaissance de ces règles essentielles.

Je ne connais pas d'autodidacte ne lisant pas la musique et ne connaissant pas le minimum théorique. Pourtant, ce type d'individu doit nécessairement exister, et moi-même dans ma démarche personnelle, j'ai été confronté d'évoluer vers l'apprentissage de règles de bases et de leur compréhension avant de ne pouvoir progresser d'avantage.

Il me semble bien normal d'insister sur la construction des notes, écarts et intervalles, la connaissance du manche, puis la constitution de premiers accords, l'apprentissage des gammes et les déclinaisons en modes. Les règles harmoniques importent nécessairement dans toutes les étapes du jeu, et indirectement, leur maitrise force à une meilleure progression.

Suivez un plan structuré d'apprentissage, des méthodes pour débutant sont bien faites maintenant, et peuvent éveiller votre curiosité. L'intérêt est de retenir ce savoir et ne pas compter que sur un apprentissage empirique de la pratique de la guitare. Il faut connaître pour mieux comprendre, sous entendu que pour ne juste comprendre, il n'est pas besoin de bien connaître.

De même, apprenez des éléments utiles à votre jeu, en fonction de votre progression et de vos besoins. Il faut retrouver dans la pratique des allusions théoriques évidentes, comme rechercher le nom de la gamme / du mode utilisé dans le passage que vous venez de composer l'heure d'avant, ou celui que vous avez retranscrit il y a 2 ou 3 heures...

Technique de jeu

H8H9 - H18H19 - H28H29

La technique de jeu résume l'ensemble des outils et armes nécessaires au guitariste pour bien interpréter le morceau qu'il désire. Avant même de se soucier de la dextérité, des connaissances d'accords de gamme de théorie musicale, le guitariste qui va se soucier de la nécessité d'organiser sa progression au travers d'un atelier aura brûlé les étapes non pas de son apprentissage, mais de sa progression, en ne concentrant ses efforts que sur les techniques de jeu.

À tort. En effet, l'écoute des morceaux conduit à la reproduction de sons et autres pirouettes techniques que l'on cherche naturellement à reproduire (c'est ce qui est "fun" dans l'approche). Beaucoup ne se contentent d'ailleurs que de devenir de bons interprètes qu'au travers du développement de leur set de matériel et leur panoplie de plans et de mouvements.

Même de très bons instrumentistes de groupe connus n'ont pas de réflexion sur leur musique, leur instrument, leur progression... sans aucun autre objectif que de trouver du plaisir à faire de bonnes reprises, ceux là n'ont pas besoin d'un atelier leur servant de guideline pour progresser, car pour eux, être bon dans la pratique de l'instrument ne force pas à se sentir concerné par tout le reste.

Pourtant, même s'il s'agit d'une partie importante tant en temps passé qu'en niveau de criticité dans la progression logique du guitariste, elle s'en trouve considérablement privilégiée au détriment des aspects théoriques ou conceptuels... parce qu'elle donne l'impression d'aller à l'essentiel, et de tourner en rond rapidement.

C'est fréquent, de nombreux guitaristes mettent 2 à 3 ans à pratiquer assidument l'instrument, développant sans le savoir une armée d'automatismes, de croyances et de réflexes pour finir par constater que tout se ressemble, tout est construit pareil, tous les sons sont dans un émulateur à 500,00 €, là sous les pieds et que plus rien n'est nouveau sous le soleil.

Rien n'est plus frustrant de considérer la grosseur de l'investissement (humain et financier) qui a été consacré à une activité qui ne rapporte plus rien intellectuellement. L'impression de tourner en rond, de ne plus avancer, qui plus est lorsque la pratique n'est pas dynamisée par des besoins extérieurs d'un groupes de musiciens, des fans, ... hé oui, beaucoup se reconnaissent ou reconnaissent un passage de leur vie.

Il est pourtant d'autres quêtes dans la pratique de l'instrument que celle d'être arrivé à tout jouer, dans la tonalité et le tempo, avec un son pratiquement équivalent... ça ressemble aux derniers tableaux d'un mauvais jeu vidéo (qui ont une fin, même si vous n'y êtes pas encore arrivé). Je vous rappelle qu'on joue à ce type de jeu par distraction, plus maladivement par passion !

Alors oui, la technique de jeu, c'est important, mais ça ne fait pas tout. Ceux qui ont commencé par là referont leur parcours initiatique en repartant des bases... Compris, petit scarabée ? Tôt ou tard, si vous souhaitez ne pas rencontrer de signal "game over", vous reprendrez les bases d'un apprentissage sain, culturel et rébarbatif, pour trouver sa voie (ho, que c'est beau !).

D'autant qu'une bonne interprétation, c'est l'utilisation des meilleurs outils techniques aux meilleurs moments. C'est effectivement jouissif et très important de bien jouer, mais ça ne se gagne pas en trichant, il faut encore pratiquer et pratiquer, mais c'est moins rébarbatif que ce que l'on trouve dans les premières heures de pratique !

Avant de commencer

Développer sa technique guitare ne consiste pas à l'améliorer continuellement. C'est avant tout se fixer un objectif que l'on va présenter comme référent. Généralement, l'objectif vient d'une idée sonore déjà entendue sur support (audio ou video). Par contre, tout "accident" dans sa recherche technique va constituer une potentielle idée sonore dont on aura à creuser les éventualités de placement (le réglage d'une disto entraine la découverte de sonorités intermédiaires qu'il sera intéressant d'explorer).

Comme il s'agit donc d'un exercice qui consiste à avancer vers un objectif de rendu sonore, il est bon de disposer d'un moyen de rediffuser cette source sonore, mais également de s'enregistrer et de porter un jugement critique là-dessus... autant d'outils dont on ne dispose pas lorsqu'on va "gratter une heure ou deux !" dans sa piaule ! Munissez-vous donc de votre set de matériel, d'un magnétophone et de votre enregistrement, et de vos désormais amis papiers et crayons.

En effet, combien de techniques de jeu ont été peaufinées par nombre d'entre nous en jouant sur les enregistrements originaux... vous avez de très bonnes backtracks accessibles aux formats mp3 sur Internet (ce n'est plus le son synthétique des séquences midi, même si celui-ci a constitué la base de travail de ceux qui ont plus de 10 ans de pratique) ou dans des magazines. L'intérêt, c'est de jouer dans un contexte favorable.

On a aujourd'hui de la part de Vox, Line6 et Korg des dispositifs vous permettant de générer vos propres pistes de travail à partir des enregistrements originaux, en éliminant la piste centrale, le solo, la rythmique, ... et en proposant des à côtés formidables en termes de production sonore pour guitaristes (simulation d'amplis, multi-effets numériques), ... il faut parfois un ordinateur et un système d'amplification externe comme des baffles pour ordinateur (une simple chaine hi-fi ou un casque). Autant je suis farouchement opposé à l'utilisation à titre de référentiel sonore de ces matériels limités, autant je les trouve pratiques en tant qu'outils de travail...

Donc, munissez-vous de quoi recréer l'environnement de jeu et de quoi vous enregistrer pour corriger les éventuels défauts. C'est la base de l'exercice technique, comme sportif qui va faire en complément dela musculation, suivre un régime adapté et visionner son jeu sur le terrain afin de corriger ses erreurs... beaucoup de compléments donc.

Expressivité

S'il est une chose particulière à travailler dans la technique de jeu, c'est l'expressivité. Elle permettra de mieux véhiculer ce que l'interprète (vous) ressent au travers de cette musique et donc sensibilisera l'auditeur ou le spectateur à l'émotion qu'il ressent à l'instant où il joue. Là encore, nous ne sommes pas égaux face à l'expressivité.

Certains volubiles particulièrement expressifs lorsqu'il faudra parler seront renfermés sur eux-mêmes lorsqu'il faudra jouer, ce qui ne colle vraiment pas à leur personnalité. Aussi, se contenter d'une fidèle reconstitution d'une partie de guitare sans ajouter la moindre touche d'expressivité parait un comble (arriver à la fin du solo c'est alors arriver à la fin du jeu vidéo, avec 0 ou 3 "vies" ...).

Interpréter fidèlement, c'est déjà difficile, mais c'est souvent très mal perçu par l'auditoire... sans ajouter la moindre touche personnelle, votre public ira acheter le CD/DVD ou voir le groupe original ! Il faut donc apporter à l'interprétation le côté qui vous ressemble, la touche qui fait de vous le guitariste à part.

Sans en faire des tonnes, il est possible de glisser une signature tonale spécifique dans un solo par des petites touches qui vous permettent de vous approprier l'interprétation. L'utilisation de vibrato, d'harmoniques, d'une attaque particulière des notes, d'une petite improvisation,... Il est autant d'effets de jeu inconscients que de guitaristes, et l'expressivité de ce dernier sera d'autant meilleure qu'il en maitrise les outils.

Rejouez par-dessus les morceaux et imprimez votre touche personnelle en ajoutant tous ces petits artifices de jeu qui vont rendre votre jeu unique. Remettez par cent fois le travail à l'ouvrage, notamment en laissant pas mal de temps passer entre les deux interprétations, et n'oubliez pas d'écouter maintes fois l'original, et surtout le résultat de vos efforts (ce que vous en faites).

N'oubliez pas de jouer avec le maximum d'expressivité : les variations de l'attaque sur les cordes sont de nuances subtiles de jeu qu'il convient de considérer au cours du jeu se voulant en finesse ou au contraire énergique.

Sons et adaptations

Il est opportun de construire un environnement sonore modifié en n'optant pas pour les presets originaux : les instruments amplis et effets peuvent varier pour aboutir à un même résultat. Parfois, on ne peut se passer d'un élément essentiel dans le traitement du son (micro double bobinage, delay, wah, ...) mais souvent, ne pas respecter le son d'origine permet de laisser plus de champ à l'interprétation.

Certains artifices (autowha, filtres, ...) ou certaines modulations comme un phaser lent calé sur le tempo se régénérant toutes les 1 ou 2 mesures va rajouter un effet particulier qui, si rien ne change dans l'interprétation, ne passera pour autant pas inaperçu.

Pensez que le succès de l'unpluged des années 90's mettait en avant un genre créatif mineur (on prend les succès au format acoustique, quelle créativité) dans un environnement en vogue, intimiste qu'est celui de l'acoustique. Beaucoup se sont ridiculisé, d'autres ont rencontré un succès qu'ils n'ont jamais pu atteindre avec la version originale. Tout reposait sur l'arrangement et l'interprétation.

Vous êtes un guitariste métal qui usait du humbucker, de la grosse disto et de la barre de vibrato. Mais vous adorez les pièces classiques : Rondat et Malmsteen on fait (à leur époque) du neuf avec des morceaux écrits parfois plusieurs siècles auparavant. Juste par un son et un toucher qui les a rendus inoubliables...

Improvisez

Laissez-vous aller si dans votre arrangement, la "sauce prend bien" et suscite le plaisir de vos accompagnants comme du public. Il est certes jouissif en live comme tout seul, de laisser divaguer son inspiration sur quelques mesures supplémentaires. À condition de laisser un peu de place aux autres pour rendre la pareille, l'impro ne supporte qu'une seule règle : le bon ton.

Lancez-vous, créez spontanément en imprimant en plus de votre style, vos propres passages, vos modifications et interprétations de l'esprit du morceau que vous jouez. Ce n'est pas en lieu et place du passage en tapping que vous allez éviter l'exercice en proposant un foisonnement de larsens maitrisés ! Il s'agit de compléter la fidèle interprétation de l'original par des adjonctions bien senties de petits voicings supplémentaires (c'est tout !).

Conclusions sur l'atelier

Ne retenez de cet atelier que le bénéfice de la lecture. À moins d'avoir 3 jours à tuer, je pense que les 30 heures doivent se réduire à 3 fois 2 heures dans la semaine pour constater une réelle progression sans lassitude. Autre mise en garde sur les problèmes liés à une grande pratique : les tendinites ou fatigues musculaires, les problèmes auditifs liés à l'exposition sonore et en fin de compte les problèmes liés au mental (c'est aliénant de consacrer 10 heures par jour à jouer de la guitare !).

De même, je pense qu'à moins d'avoir défini clairement un bon objectif de progression dans le cadre d'un souhait de carrière, d'une préparation de concerts, ... il n'est pas indispensable de se torturer aussi longuement avec de telles pratiques. Sans compter qu'il s'agit là de pratiques complémentaires aux travaux commandés par vos professeurs, membres de votre groupe, etc...

Il est un élément important que je conviens d'ajouter assez sérieusement : aérez-vous un peu, fréquentez d'autres personnes d'autres milieux, car se retrouver aussi longtemps "enfermé" dans de tels microcosmes est source de troubles comportementaux, dépressions et autres dysfonctionnements sociaux. Vai en parle également, et je pense que la contrainte d'un tel programme liée au milieu et mode de vie des guitaristes (un guitar héro digne de ce nom se laisse vivre sans dormir, ni même s'alimenter, se laver ou se vider la tête avec la télévision !).

J'insiste avec humour sur ces mises en garde car je connais des individus qui sont entré dans le jeu, ont passé les premières étapes assez difficiles de l'accoutumance, des douleurs, ... en obtenant rapidement des résultats. Puis ils ont dû, pour des raisons diverses arrêter un temps leur activité annexe de guitariste (raisons familiales, professionnelles, ...). C'est avec stupeur qu'ils ont découvert leur dépendance totale à ce type de pratique, un peu similaire à celle d'un sportif qui doit retrouver à tout prix sa dose d'endorphine !