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préserver l'audition




Exposition sonore

Nous sommes tous exposés au bruit, et nous sommes tous plus ou moins sensibles aux nuisances. Dans notre environnement "standard", les agressions sont déjà nombreuses, mais au travers de notre passion, la musique, elles sont clairement identifiées et particulièrement dangereuses.

En connaissance de cause, un musicien doit préserver son audition sous peine de perdre le plus précieux de ses outils : l'oreille. Il est donc irresponsable, même si ce comportement est caractéristique du je-m'en-foutisme rock'n'roll, de négliger son audition sous le prétexte de jeunesse ou de qualité sonore.

Observons les risques et sensibilisons-nous (y compris moi, le premier affecté) aux bonnes pratiques permettant de préserver l'audition.

Les risques classiques

Dans notre quotidien, les bruits auxquels nous sommes exposés sont déjà très nombreux et suffisent à entrainer de lourdes pertes auditives, pouvant naturellement s traduire par une progression vers un état de surdité lié à l'âge, mais aussi à deux facteurs :

Ainsi, une exposition courte à une forte puissance sonore peut provoquer les mêmes dégâts qu'une exposition prolongée à une nuisance constante de moindre dB. Le fait de travailler en continu 10 heures par jour près d'une source sonore telle qu'un ventilateur d'ordinateur (seulement 40 dB) engendre un risque potentiel. L'exposition de 15 secondes au bruit généré par un décollage d'avion (120 dB) peut être tout aussi dangereuse.

Puisque ces bruits sont difficiles à éviter, pour des raisons professionnelles, il s'agit de bien se protéger pour éviter les conséquences désagréables. Même sur un chantier, un ouvrier qui tient un marteau-piqueur (110 dB) deux heures dans la journée est (en toute logique) protégé par un casque de protection. Cependant, l'agent de circulation posté à 10 mètres de là est surexposé à cette nuisance sans protection, et il est de sa responsabilité de se protéger (bouchons d'oreille standard).

La pression acoustique de certains environnements (musique en boîte de nuit, en soirée, à un concert, ...) ou l'écoute prolongée de musique au casque à un niveau de volume élevé (plus de 85 dB pendant 2 heures, soit un trajet banal en voiture) peut entrainer bourdonnements et sifflements. Normalement, ces effets secondaires doivent disparaître sous 12 ou 24 heures. Au-delà, il est indispensable de se préoccuper des conséquences aux sifflements ou bourdonnements qui sont  caractéristiques de phénomènes connus identifiés comme "fatigue auditive" ou plus grave "acouphènes". Il est même recommandé de consulter un ORL des urgences les plus proches : agir vite peut permettre de remédier plus efficacement aux maux.

Un autre syndrome connu, c'est la vieillesse ! Notre oreille perçoit jusqu'à 20 ans des fréquences  comprises entre 20 Hz et 20000 Hz. Ensuite, les fréquences aigues perçues diminuent dans le spectre de 2 000 Hz en 10 ans... Logiquement, en vieillissant, les individus "perdent" de leurs facultés de perception. Si à ça on ajoute des expositions prolongées à des volumes sonores élevés, la dégénérescence de l'ouïe sera accentuée...

Les facultés auditives peuvent dégénérer à l'extrême. On parle d'état de surdité plus ou moins sévère dès lors que l'on perd l'intelligibilité de la parole, ce qui amène généralement les gens à consulter, et qui se traduit techniquement par une dégradation de la perception des fréquences avoisinant 4000 Hz.

Mais il existe des phénomènes aussi graves, comme vivre avec des acouphènes persistants qui entraînent parfois dépression, isolement, réactions violentes, migraines, problèmes neuropsychologiques, .... Il est également fréquent de rencontrer des individus qui souffrent d'hyperacousie, et qui entendre en permanence certains sons plus forts qu'ils ne le sont, suite à une dégénérescence de la perception auditive (maladie, l'âge, surexposition, ...).

La surexposition

Un musicien est par essence surexposé au son. En effet, il cumule les nuisances sonores du quotidien à des expositions particulières liées à sa passion :

On l'évoquait plus haut, ce type de pratique est liée à deux facteurs : la durée d'exposition et le volume mesuré en dB (à 1 m de la source sonore). À titre d'exemple, on peut citer des cas classiques (pour le vulgaris guitaristicus)  qui sont pourtant considérés comme pouvant entraîner des pertes auditives :

De ces types de pratiques devraient découler des prises de consciences des risques encourus, et des conseils pour éviter de se situer systématiquement dans la zone de risque, au-delà de la limite qui peut (à la longue ou incidemment) causer une lésion irréversible de l'audition. En pratique il n'en est rien, les musiciens constituent même, au contraire, une population qui n'a pas été sensibilisée suffisamment aux risques encourrus, puisque dans la majorité des cas, les musiciens sont autodidactes et ne peuvent avoir été informés en cours de musique...

Il faut savoir que le musicien surexpose fréquemment son audition en entrant dans un ou plusieurs (voire tous) des cas de figure évoqués ci-dessus. Il est donc utile pour lui de se préoccuper de son audition pour la préserver, la mesurer, et prendre des mesures de prévention adaptées. Cela semble responsable comme attitude vis-à-vis de ce bien si précieux qu'est une bonne audition, non ?

Mais il faut également qu'un musicien qui a conscience de ce niveau d'exposition élevé, des durées, du volume en décibels (c'est un peu illusoire de penser qu'il ait conscience, mais bon...), des périodes et fréquences de pratiques, ... que ce musicien donc se munisse des meilleurs outils et des meilleures pratiques, à commencer par celle qui consiste à recouvrir ses facultés auditives : le repos de l'oreille.

Médicalement, l'exposition 1h00 à 90dB induit un "repos" de 1h30 à 40 dB. Même si le musicien développe cette faculté de repos plus facilement qu'un individu normal, du fait de la fréquence de ses expositions, il ne "respecte" pas les plages de repos requises par un organisme. Autrement dit, il va développer le fait de reposer plus vite son oreille qui devient alors entraînée, mais ne va pas aménager de plages de récupération.

Pire encore, il va naturellement aggraver son cas en sortant d'une séance de répétitions avec un baladeur sur les oreilles ou en prenant le métro jusqu'à la soirée chez un copain... rien de bon en définitive.

On rencontre des individus négligents qui ont atteint un certain âge (Jeff Beck pour ne citer qu'un illustre exemple) et qui souffrent de manière définitive de deux symptômes très classiques :

Ludwig Von Beethoven était-il sourd, comme on le prétend ? Etait-ce déjà si préoccupant, ou avait-il des antécédents ? Etait-ce lié à sa pratique intense des instruments, à une surexposition, une écoute affinée ? ... à l'usure anormale du système auditif d'un personnage hors norme ?

Les moyens préventifs

Les moyens de prévention sont divers, et passent par des investissements. Da la visite chez l'ORL que j'instaure quasi-obligatoire dès le moindre doute, à des accessoires aussi répandus que les bouchons de protection auditive, il va falloir s'équiper, et porter un soin tout aussi particulier que pour ses instruments, l'oreille étant un instrument à part entière, présentant la particularité de ne pas être remplaçable et/ou réparable !

J'évoque la visite chez l'ORL, mais il semble tout aussi convenable ou absurde pour un sportif de procéder à un examen médical avant de prendre une licence dans un club. Dès lors que la pratique de l'instrument s'avère être un loisir "sérieux" et impliquant pour un guitariste (il n'y a qu'à voir le budget dépensé pour le matos !) qui va écouter et jouer de la musique plusieurs heures par semaine, une visite de contrôle tous les 5 ans n'est pas de trop !

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Il n'est pas nécessaire de planifier un rendez-vous systématique chez un spécialiste. D'ailleurs, pour un contrôle, un test de l'audition et un diagnostic, des cellules indépendantes permettent de disposer d'un très bon conseil. En effet, les municipalités, les associations de riverains, les institutions publiques ont permis à de nombreuses entités de disposer de moyens pour réaliser quelques mesures et faire de la prévention comme l'Associations pour la Préventions des Troubles Auditifs (APTA). Ces associations, moyennant une adhésion payée sur cotisation, vont prodiguer des conseils pouvant aller jusqu'à préconiser de consulter un ORL dans certains cas précis.

Fort de cette mesure préventive (ou curative), d'autres moyens existent, comme la prévention. Le fait d'avoir lu les lignes ci-dessus vous a déjà sensibilisé aux risques. Vous n'allez probablement pas arrêter d'écouter et/ou jouer de musique pour autant ! Le fait de rester informé des seuils supportables et à risques de l'audition permet d'être plus attentif à certains aspects : le volume en répet peut probablement être réduit, l'écoute au casque est parfois futile et peut être raccourcie dans le temps ou baissée en volume, la durée des expositions rabaissée, ... A-t-on réellement besoin de produire 2 heures à 110 dB pour "passer" un morceau que l'on ne jouera jamais en public ? Est-ce que le plaisir vécu vaut la peine de mettre en danger son audition ?

Comme j'ai constaté quelques réticences évidentes (pourquoi il nous fait chier, ce con, avec son incitation à baisser le volume alors qu'il sait très bien qu'on ne peut avoir le "gros son" que comme ça ?) le SEUL outil disponible en plus de la conscience individuelle, c'est le bouchon de protection ou bouchon antibruit. Utilisé en concert par les spectateurs et en répétition par les musiciens, il l'est également par le particulier qui souhaite dormir tranquille un soir de fête dans le quartier. On en trouve à bas prix dans les grandes surfaces, et qui, s'ils ne présentent pas des caractéristiques idéales, permettent d'atténuer considérablement les effets de la surexposition au bruit.

Le bouchon antibruit offre également la possibilité, une fois revenu au "calme", de réduire le bruit ambient, et laisser ses oreilles "se reposer", ou plutôt "récupérer" leur faculté de perception. Vous allez me dire, alors, qu'un musicien passe sa vie avec des bouchons dans les orifices auditifs, lors des concerts, des répétitions, des phases de récupération, etc... Et je vous dirai OUI ! C'est son seul moyen de préserver l'audition, et d'avoir l'air d'un personnage étrange, un peu mystique, même, par certains côtés (mais c'est très apprécié des musicos d'avoir ce quelque chose de différent et de décalé), que de vivre en permanence avec des morceaux de mousse couleur fluo dans les esgourdes !

Qu'est-ce qui caractérise un bouchon antibruit (earplug) ? Sa forme, sa matière et son taux d'étanchéité... En effet, autant la nécessité de fermer complètement l'oreille à la nuisance sonore est mise en avant lorsqu'il s'agit de conduire un tractopelle, autant d'un point de vu musical, c'est très limitatif : certaines fréquences méritent d'être bien entendues sous peine de devoir monter le niveau sonore général, ce qui engendre encore plus de nocivité (voire de pollution, quand on n'est pas bon !).

Les protections standards en mousse sont dépourvues de filtres et coupent généralement les aigus et donnent une sensation désagréable d'enfermement. Des bouchons spécialisés sont vendus dans les magasins de musique, les centres d'audition et certaines pharmacies spécialisées pour 30,00 €. En forme de sapins de Noël, ils permettent une atténuation linéaire qui réduit simplement le volume sonore de façon équilibré entre les aigus, les médiums et les basses. Outre la qualité de son, leur forme adaptée ne couvrant pas totalement le pavillon de l'oreille et leur matière plastique lavable garantit un bon confort et une durée de vie de 6 mois à un an.

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Les protections en silicone ou en mousse sont par contre utilisées dans certains cas nécessitant une atténuation partielle du bruit ambiant. Après une surexposition, l'oreille a besoin de repos pour recouvrir les facultés auditives. Comme tout système nerveux et musculaire, le repos est bienfaiteur et aménager des phases de récupération dans un isolement sonore même partiel aide à remédier aux effets de bourdonnements et sifflements rencontrés (pour les acouphènes, c'est carrément un traitement médical qui sera prescrit). À défaut, de simples protections en mousse permettront de ne pas subir les désagréments d'une surexposition pour 2 ou 3 € en parapharmacie ou grande distribution. Les modèles en silicone, plus chers et plus efficaces, peuvent même être moulés, pour s'adapter au contour et offrir un super confort.

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Il existe donc deux types de protection qui sont utilisées, l'une permettant de compenser les effets provoqués par l'oubli du port de l'autre...

Le choix des bons équipements

Des mesures sont trop souvent négligées dans les investissements des différents équipements. En effet, les travers de notre économie de consommation nous poussent à des démesures économiques et sanitaires : dans le choix d'un ampli par exemple, la composante qualitative du son est privilégiée au détriment du fait qu'il soit fonctionnel dans un contexte précis. C'est le cas d'une tête 100 watts à lampes qui sera idéale pour la scène, un peu "too much" pour les répétitions et les petits clubs, et inutilisable pour le travail.

D'où la nécessité d'un second ou troisième ampli. Trop peu d'équipements intègrent un variateur de puissance de sortie (dont le rendu est parfois contestable) permettant d'utiliser le même appareil à 5 watts (appartement) et 25 watts (jeu en groupe). Le coût d'un équipement dédié s'interconnectant entre la sortie de puissance de l'ampli et le baffle étant prohibitif (1000 € pour un PowerSoak ou PowerBrake), les constructeurs s'y retrouvent lorsque l'on se voit contraint d'investir dans deux amplis, un pour la scène et l'autre pour l'étude et le travail de l'instrument.

Il existe pourtant de belles altrenatives dont les effets indirects, dé-corrélés des affections auditives ou financières apportent un bout de solution tout en restant exploitable dans la majorité des situations (le travail à la maison, l'enregistrement, les petites répétitions avec le bassiste et le clavier, ...) :

En plus de l'aspect financier, le capital auditif n'en restait pas moins affecté : le risque d'incident auditif n'est plus lié à la puissance de l'ampli (puisqu'il "force", de par son utilisation, à baisser le volume de chacun) mais à la durée de la surexposition. la projection sonore d'un petit ampli à lampes est rendue par un unique baffle de 6 à 12 pouces, ce qui est loin d'engendrer les vibrations d'un 4x12" même poussé à la moitié de la course...

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Attention toutefois aux raccourcis trop rapides entre puissance en watts et volume sonore en dB : un Vox AC30 (30 watts à lampes) dégage autant sinon plus de dB qu'un Marshall JCM 2000 (100 watts 2 corps tout lampes). Effet pervers, le Vox en Classe A peut même être poussé de manière maîtrisée par rapport au Marshall qui lui devra atteindre des démesures de décibels avant de produire le gros son escompté. En pratique, le 100 watts restituera probablement mieux certaines fréquences, mais elles ne seront pas forcément jugées meilleures que celles du 30 watts qui, dans l'inconscient collectif des guitaristes, restent souvent plus musicales, particulièrement les médiums pourtant issus de 2x12".

Attention aussi à ce que l'on entend (sans jeu de mot) par "fréquences jugées meilleures" : d'un point de vue harmonique, les médiums vitaminés de l'AC30 font autorité dans le blues, le rock et le hard-rock avant 1980, mais ces mêmes fréquences semblent par contre "moins meilleures" ou "plus nocives" d'un point de vue ORL. L'un dans l'autre, les caractéristiques du son de l'ampli seront privilégiées par rapport aux nuisances auditives potentielles, autrement dit, on choisira le Marshall ou le Vox pour son rendu sonore et non pour ses caractéristiques de compression acoustiques ou projections sonores dommageables. C'est ensuite question de goût ou de budget... mais rarement de santé !

Les dispositif d'écoute

Autre phénomène rencontré chez les amis guitaristes sur le choix des systèmes d'écoute récurrente et en aérobie de la musique. On ne parle plus ici des moyens de la produire, donc l'ampli, mais des moyens de l'écouter horsdes contextes d'écoute au casque ou des concerts. Généralement, les dispositifs d'écoute en aérobie de la musique sont de trois natures :

On va encore me dire que c'est la qualité qui conditionne ce type d'écoute, et donc incidemment le prix de l'équipement. Sans entrer dans des problématiques de puristes, il est vrai que les baffles d'ordinateurs (home-cinéma, ou pour connexion d'un lecteur MP3) sont en général moins chers que les systèmes hi-fi : économiques et déjà amplifiés, ces dispositifs sous 4 Ω jouent sur la spatialisation du son, souvent composés d'un caisson de basses et de plusieurs satellites, ils restituent un environnement musical recomposé (les enregistrements en stéréo sont plus nombreux que les 5.1) et favorisent certaines fréquences qui à la longue peuvent être nocives pour l'audition.

Après le facteur qualitatif, attardons-nous sur le ressenti du son et les artifices de restitutions dont on abuse pour reproduire ce ressenti sur les dispositifs d'écoute cités ci-dessus. La vibration abdominale perçue lors d'un concert ou la pratique de l'instrument est simulée par un plus de basses dénaturé qui n'est pas forcément bien "encaissé" par l'oreille, puisque ces basses ne sont correctement restituées qu'à partir d'un certain volume sonore ! Impossible donc de disposer d'un bon rendu à faible volume sans exagérer ces basses et engendrer indirectement des mixages dont les effets sur l'audition peuvent, à la longue, s'avérer néfastes.

La composition du set basée sur des haut-parleurs deux ou trois voies de piètre qualité lui confèrent un coût attractif le rendant assez répandu, voire populaire, d'aucun me convaincront de pouvoir honnêtement mixer sous Cubase avec ce type de matériel, sous peine d'être considérablement déçu par le résultat lorsque l'enregistrement passera en autoradio, sur chaîne hi-fi ou au casque.

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S'il est un autre monde d'écoute singulier, c'est celui des dispositifs autoradio qui présentent plusieurs caractéristiques dans leur conception normale (ne rentrons pas dans les considérations de tuning qui allient idiotie et démesure). Un autoradio normal, en stéréo 2 ou 4 voies, est conçu pour diffuser un signal mixé (MP3, CD ou radio) à partir de haut-parleurs logés dans les portières de l'habitacle du véhicule. Du fait, il conduit une projection non négligeable de sons hors du véhicule qui oblige son utilisateur à monter le volume pour une restitution descente. De plus, et de par la conception des habitacles exigus, les fréquences délivrées par ces haut-parleurs mal orientés sont tellement inégales qu'elles sont sur-boostées en partie (loudness sur les basses).

L'écoute s'en résume à un son inégal, usuellement trop fort pour couvrir le bruit environnant de la chaussée (le camion d'à côté, le scooter qui va doubler, ...) et rendu douloureux par les artifices utilisés pour restituer un son aussi fidèlement que sur sa chaîne hi-fi ou son lecteur MP3. Accentuée par le fait de se situer en plein centre de l'habitacle, la sensation est amplifiée par le fait que l'habitacle soit étroit et engendre un rapport projection/compression particulier : envisageriez-vous de jouer à fond dans vos WC avec l'oreille collée au haut-parleur de l'ampli ?

Les vomissements des néophytes en tuning ne sont pas une légende urbaine. L'exposition engendre un tel mal-être qu'il y a une violente réaction du corps, en plus des inavoués maux de tête. Si le contexte d'écoute peut faire rire certains, il ne faut pas non plus oublier les rares fois où, parce que l'enregistrement de la répétition était terminé, on a poussé le son dans la voiture bien plus que d'habitude pour ressentir une fierté intérieure qui aurait pu conduire au même état maladif dans une pièce assez peu volumineuse...

Les chaînes hi-fi jouent d'avantage sur le traitement du signal. Comme un système d'amplification musical (une sono ou un ampli de puissance), elles disposent des préamplificateurs, équaliseurs et section de puissance adaptés aux baffles qui composent l'ensemble. Les niveaux d'entrée sont "ajustés" ou plutôt "filtrés" par des "plug-ins" qui sont placés sur de vraies enceintes plus "encombrantes" que design, et le son y est généralement bonifié. Plus cher qu'un système amplifié pour ordinateur ou pour lecteur MP3, une bonne chaîne hi-fi restituera une plage de fréquences plus étendue sans opulence de dB, ce qui est un confort pour l'usager et ses voisins.

Le risque réside dans la disposition de l'équipement à vocation d'écoute : souvent mal orientées, les enceintes à plusieurs voies (heureusement pour nos oreilles) restituent également à fort volume sur les dispositifs bas de gamme ou premier prix. Il faut donc compter sur une bonne puissance 60 watts pour disposer de basses correctes à faible volume (convenable). Du coup, elles sont souvent mal utilisées pour l'écoute (donc induisent des problèmes auditifs à la longue) ou privilégiées pour une fonctionnalité continuelle (comme la télé) pour avoir la radio en fond sonore (fréquences diminuées, compression à outrance, exposition continuelle, autant de risques auditifs).

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Pour finir, les moniteurs qui ont une utilisation spécifique, permettent la restitution de vos enregistrements à des fins de mix. Comparables, sur le spectre sonore, à ce qu'apportent en richesse de restitution les casques audio, ils sont onéreux et réservés à une population soucieuse du son (et indirectement de son audition). Généralement, le soin porté à l'installation leur confère un rôle rassurant. Sans atteindre les forts volumes, ils délivrent dans des caissons adaptés, les qualités sonores attendues d'un enregistrement soigneux qui requièrent un environnement calme d'écoute.

Capables de restituer instrument par instrument (on parle bien d'un mix) toutes les fréquences délivrées de manière brute (les basses d'une basse ou d'un piano, les aigus d'une batterie, les harmoniques d'une voix, ...), ils ont ce plus par rapport aux chaînes hi-fi que de restituer certaines nuances inaudibles autrement (et de les masquer ou les accentuer plus précisément à destination du mix final). Loin de se comporter comme une mini sono, ils sont, comme une bonne chaîne hi-fi, destinés à l'écoute précise, tout en conservant les caractéristiques des instruments, puisque le signal injecté est également pré-amplifié, égalisé et amplifié. Cependant, ils se montreront inefficaces pour diffuser la radio en continu !

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Les casques

Les casques constituent une catégorie de dispositifs très répandue, et très subversive puisqu'elle constitue avec les concerts, l'ensemble des plus grandes affections auditives. Et c'est avant tout pour des raisons de mauvaise utilisation que les risques surviennent. À tel point que même le gouvernement s'en mêle et statue sur des lois parfois absurdes, comme la limitation du volume à 100 dB pour les dispositifs complets MP3 + casque ou téléphone mobile + kit écouteurs. Ce qui "ouvre" des perspectives à des constructeurs peu scrupuleux, comme la création de casques spécifiques à la restitution de basses compatibles iPod (pour n'en nommer qu'un) et ce n'est ni Sennheiser, ni Shure qui présentent chacun un savoir-faire en la matière, mais une sous marque non connue de copie asiatique de casque AKG ou Philips.

Il existe plusieurs sortes de casques :

Evidemment, la miniaturisation des composants permet de trouver des plages de fréquences de plus en plus larges sur des équipements de plus en plus fins et légers, mais les casques fermés se destinent réellement à une utilisation prolongée, pour une restitution fidèle du son malgré l'inconfort occasionné par le poids et l'isolement. L'arceau permet une bonne spacialisation du son, certains intégrant plusieurs membranes pour chaque oreille, correspondant aux voies d'écoute des moniteurs ou enceintes.

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La connectique souvent servie par des câbles isolés de qualité supérieure aux autres modèles, s'effectue au format 6.35", sur des fiches que l'on retrouve sur la plupart des instruments de mixages, les sorties audio des amplificateurs guitare ou basse, et les matériels de qualité professionnelle. Ils sont à privilégier lorsque l'on utilise sa guitare sans déranger son entourage. Cependant, la connexion directe au matériel (sortie de l'ampli, sortie du multi-effet) dénature le son réel et les réglages méritent d'être retouchés.

Leur efficacité n'est plus à prouver en termes de restitution et ils constituent un investissement rentable, pour des modèles moyens avoisinant 60 € (casque passif). Cependant, couplés aux MP3 normalisés bridés à 100 dB en sortie pour le casque vendu en standard, ils permettent d'obtenir un volume sonore accru (parfois 110 dB) et nécessairement dangereux pour l'audition : une pression acoustique de 107 dB durant 2 heures d'écoute engendre une lésion auditive qui est récupérée en 72 heures par un individu de 30 ans... l'éventuelle récupération partielle est courante pour les plus jeunes, mais à quel prix ?

Les casques dits légers sont prisés dans les transports pour le confort qu'ils procurent. Les systèmes d'oreillettes vendues avec la majorité des lecteurs MP3 et téléphones mobiles est devenu un standard. Les fréquences ne sont évidemment pas fidèlement restituées, le manque de basse étant flagrant sur ces modèles. De plus ils isolent du bruit ambiant de manière médiocre, ce qui pousse l'utilisateur à monter le volume pour "couvrir" l'environnement et obtenir plus de basses, ... et déranger son entourage par les "fuites" d'aigues et de batterie au son typé "essaim d'abeilles".

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Erreur ! les dégâts sont énormes. Les ados qui en abusent rencontrent des séquelles auditives irréversibles. Même si les procédés de fabrication s'améliorent, si la couverture du spectre de fréquences est meilleure qu'au début, il faut cependant chercher dans le haut de gamme pour disposer à la fois du confort d'utilisation et de la qualité de son. Malheureusement, en plus d'être le modèle le plus répandu, c'est aussi le modèle le plus utilisé (logique) dans le temps et abusivement. Bon nombre de mes contemporains, dans les transports, au bureau, sont raccordés à des sources sonores plus ou moins diverses par ce long appendice stéréo qui sert à diffuser, souvent même en mono, FUN radio, Madonna, la Traviata, la messagerie vocale du mobile, Maman en direct ou le dernier Radiohead.

Même à faible volume, la dispersion sonore positionnée dans le pavillon, peut causer des gênes auditives graves, des dépendances également, à la diffusion. Le manque de bruit rencontré par l'oreille provoque des bourdonnements longs à se dissiper.

Ce type de casque n'est pas recommandé en musique, car en plus de mal restituer certaines fréquences, les câbles qui sont souvent très courts (plus pratique pour être transporté) sont sensibles aux champs électromagnétiques et constituent une parfaite antenne. Ils proposent une connectique standard au format jack stéréo 3.5 plus fragile que la grosse prise, mais devenue un standard audio. Fins et fragiles, ils présentent une mauvaise isolation de masse et conduisent à rencontrer un buzz de fond là où il n'y en a pas avec un casque fermé. De plus, des gadgets complémentaires (micro pour ceux destinés à l'informatique, bouton de réglage du volume pour les baladeurs) sont autant de générateurs de parasites que ce modèle de casque est dignement à exclure dans la production musicale.

Enfin, les deux derniers types de casques sont capable du meilleur comme du pire. Comme les casques fermés, les modèles intra-auriculaires ou ceux actifs qui intègrent une réduction du bruit, permettent de s'isoler des bruits environnants sans avoir à monter le volume (ce qui est pratique dans les transports en commun mais réduit la vigilance d'un piéton, par exemple). En contrepartie, cet isolement permet une meilleure perception des fréquences basses, ce qui conduit à dire que d'un point de vue de la restitution du son, les modèles haut de gamme équivalent certains casques fermés du milieu de gamme...

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Il n'en reste pas moins les désavantages des casques évoqués précédemment, comme la fragilité de la connectique et surtout l'exposition à une forte pression acoustique et des fréquences très riches directement à l'intérieur du conduit de l'oreille. Même si l'utilisateur peut être incité à réduire le volume, il en trouvera également un avantage d'écoute pour l'augmenter encore d'avantage.

Si les systèmes à réduction du bruit sont encore peu efficaces sinon sur des bruits récurrents (dans les transports), il faut apprécier le confort d'écoute et saluer l'innovation issue des recherches dans l'environnement aéronautique. Dans 10 ans, 80% des bruits extérieurs seront éliminés et des dispositifs solaires et accessibles financièrement verront alors le jours pour notre plus grand bonheur.

Il faut également noter que la technologie intra-auriculaire a permis de remplacer pas mal de dispositifs de retour de scène pour nos chers artistes. Ce qui permet de réduire les contraintes logistiques de transport et de disposition sur la scène, les contraintes cosmétiques car ces casques sont quasi-invisibles et les contraintes d'efficacité, car la régie son se sent soulagée de n'avoir à gérer des earplugs sans fil !

Des projets pour mon audition

Si vous n'avez pas les projets suivants, vous n'êtes pas un musicien responsable :

On ne peut pas considérer que les changements de comportement des personnes grandement surexposées à d'intenses phénomènes sonores puissent radicalement changer en peu de temps. C'est autant un problème d'état d'esprit que de moyens techniques et financiers. D'un point de vue technique, les constructeurs ont beau améliorer de nombreux aspects, les mentalités n'évoluent faiblement dans le sens du respect de nos oreilles. Il semble même que le mieux soit l'ennemi du bien, notamment en matière d'innovation, puisque les effets pervers des différents matériels sont autant d'incitation à l'accroissement des décibels.

Pourtant, l'état d'esprit des ouvriers exposés aux nuisances sonores provoquées par leur outil de travail a bien évolué. Mais ce qui les a contraints à utiliser des casques de protection n'est pas tant la nuisance occasionnée que le fait qu'à partir du moment où le port du casque de protection auditive est devenu obligatoire, les organismes de santé et de prévoyance ne prenaient plus en charge que des cas extrêmes, les accidents et les surexpositions sonores exceptionnelles. Appliquer une loi, ce n'est plus de la prévention, c'est dans ce cas de la répression.

Mais comment parvenir à faire appliquer certaines règles pour préserver les oreilles des musiciens, avides de liberté et donc allergiques à toute contrainte ? Ce sont pourtant leurs oreilles... et contrairement au tabagisme qui peut se vouloir passif, le son du MP3 au casque (la plus grosse des nuisances sonores pour le commun des mortels, en fin de compte) n'est rarement nuisible pour quiconque d'autre que le mélomane lui-même. Il ne reste donc que la prévention...

Il faut aussi aimer écouter autrement qu'à fond, ce qui est plus facile à dire qu'à faire. Mais il faut aussi produire moins fort, baisser l'ampli, tendre l'oreille. Si dans les annés 40 le bluesman avait besoin de se faire entendre, il faut considérer l'époque comme révolue, la puissance sonore ne remplaçant pas complètement la puissance mélodique ou harmonique d'un morceau... Là encore, c'est plus facile à dire ! Mais il vaut mieux entendre ça que d'être sourd ! Merci de votre écoute, et de votre compréhension. Pensez à vous et à votre avenir.