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la main droite




L'attaque des cordes

Le choix et l'utilisation des doigts et des médiators est un sujet sur lequel peu de choses sont écrites ou commentées, à moins de visionner les méthodes de certains guitaristes et recueillir (et faire le tri) dans leurs propos sur le techniques de jeu main droite.

Dans la suite de cet article, la main droite désignera celle qui, pour les droitiers non contrariés, frotte les cordes au niveau des micros ou de la rosace, opposée à la main gauche qui est en général sur le manche de l'instrument. Les petits marrants qui vont me dire "oui mais les cordes à vide", "et en tapping ?", ... dehors !

Rien n'est fait pour embrouiller les amis gauchers, mais je vais vous parler des pratiques majoritaires (10 à 15% de gauchers en France). Je pars ensuite du constat où 50% des gauchers jouent sur un instrument de droitier, faute d'avoir pu se procurer un modèle adapté, ou pour des raisons plus ou moins académiques, en "gaucher contrarié" et donc ne jouent pas comme Hendrix ou Cobain, mais comme Knopfler, en position de droitier ! Enfin, je retire un infime pourcentage qui monte les cordes à l'envers (la plus grave en bas) pour avoir joué sur un instrument monté en gaucher ou pour un gaucher...

Donc, la main droite est celle qui fait vibrer la corde, en opposition à celle qui réduit la longueur vibrante de la corde en positionnant le doigt sur la touche. Si pour la main gauche, ce sont soit les doigts, soit le bottleneck, pour la main droite, on dispose de plusieurs outils d'attaque de la corde, suivant les cas de figure et des exigences de jeu.

Les différents cas de figure identifiés ne composent pas une liste exhaustive des modes d'attaque des cordes. Ils sont un recueil des plus courants et sur lesquels vous pouvez être amené à travailler en règle générale :

Le cas où rien n'attaque les cordes (... ou celui où la main droite attaque la corde direct sur le manche)

Le cas où il n'y a rien est bien plus fréquent que ce qui peut être imaginé. En effet, si la main gauche est en train de réaliser un pull-off ou un hammer-on, la main ne frotte pas. De plus, il est de nombreux cas où le jeu legato ne nécessite qu'un "coup de médiator par corde" lors de changements de cordes.

Dans des contextes particuliers de jeu en larsen, ou avec un fort niveau de gain, le fait d'attaquer la corde crée une coupure, ce qui n'est parfois pas l'effet désiré. Le changement de position des doigts de la main gauche et une bonne maitrise à la fois du manche et de sa position par rapport au baffle pour le feedback donnent des effets saisissants.

Lorsque le gain est important, sans pour autant en arriver au "point de rupture", le jeu est aussi parfois possible sans aucune attaque de la main droite... ce réglage est souvent obtenu en montant le bouton LEVEL d'une pédale ou d'un préampli, plutôt que le bouton DRIVE.

Le "point de rupture" auquel je fais allusion, c'est le seuil pour lequel les guitaristes acoustiques amplifiés piquent des crises de nerf : c'est la limite de gain que je considère maximum en regard du niveau auquel le baffle génère suffisamment de vibrations au point qu'elles soient réinjectées dans les micros ou capteurs. C'est le déclenchement du phénomène de feedback.

Dans cette quête à l'inactivité de la main droite en matière d'attaque de cordes, il y a des cas où elle est parfois bien plus active, mais sur le manche, en adjonction du jeu de la main gauche, en recherche de rapidité (two hands tapping) ou de son, lors de gestes liés à l'étouffement de la vibration de cordes à l'octave ou sur des écarts bien précis (cas des harmoniques artificielles).

Dans ces cas-là, la main droite n'attaque pas vraiment la corde de manière standard, mais elle contribue à façonner le rendu sonore, et elle participe un peu à l'attaque d'une certaine manière... notamment en THT où elle "relance" la dynamique de la main gauche avec des possibilités d'écarts intéressantes.

Je refuse de parler à ceux qui me précisent que Steve Vai (entre autres, ...) joue sur des guitares en forme de cœur à plusieurs manches, et qu'il n'attaque pas les cordes mais joue en tapping deux parties différentes sur deux manches, donc avec deux systèmes d'électronique et deux sorties différentes, et par conséquent deux sons différents...

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Parfois, les chanceux qui ont trois mains... bon, j'arrête.

Le jeu aux doigts

C'est le jeu le plus naturel et le plus pratiqué, notamment parce qu'il concerne tous les instrumentistes à cordes pincées (guitare électrique, mais aussi folk, classique, banjo, ukulélé, basse, ... violon, violoncelle, contrebasse, ...).

Lorsqu'un jeune débutant "démarre" la guitare dans un cours collectif, comme chez lui avec un prof particulier, dans 75% des cas, c'est sur une guitare aux cordes nylon, sur des bases de solfèges, et en identifiant p-1-2-3-4 les doigts de la main droite (1 = index, 2, majeur, ...).

De plus, même les plus expérimentés vont être confrontés au jeu aux doigts, y compris avec une guitare électrique, notamment dans des contextes de jeu en arpèges, pour un effet de frotter particulier, ...

De grands guitaristes comme Jeff Beck ou Marc Knopfler jouent aux doigts sur des sons électriques et saturés, pour retranscrire au mieux les subtilités du toucher, leur sensibilité de jeu, et apporter la finesse d'effets particuliers, d'harmoniques et pincements spécifiques qui ajoutent beaucoup d'expressivité dans leur jeu pourtant électrique.

Evidemment, le jeu aux doigts ne pénalise en rien la vitesse ou l'attaque des cordes : admirez la technique d'un joueur flamenco, les acrobaties rythmiques d'un rythmicien pompiste manouche ou la fluidité et la beauté de mouvement d'un bassiste comme Pastorius...

Les doigts de la main gauche développent la dureté ("corne" et petits cals qui se forment au bout des doigts) nécessaire à la pression des cordes sur le manche, ou encore la faculté de plaquer plusieurs cordes avec un seul doigt pour un barré. Les doigts de la main droite ne sont en rien épargnés, car souvent, même si leur rôle est différent, leur sollicitation entraine quelques tendinites et autres problèmes d'hygiène (coupe des ongles).

En effet, autant les ongles des quatre doigts longs de la main gauche (index, majeur, annulaire et auriculaire) se veulent relativement courts (pour ne pas entraver la pression exercée par le doigt sur la corde), autant les professeurs de classique se heurtent aux élèves qui rongent les ongles de la main droite et exigent d'eux une coupe et un entretien particulier. Car c'est de la dureté de l'ongle que vient la maitrise de l'attaque, et cette dureté est à la fois liée à la technique de coupe en pointe, ainsi qu'à des règles de "limage" assez rébarbatives, ce qui constitue une hygiène assez particulière.

Ainsi, on trouve pas mal de subterfuges, notamment issus des techniques manucures féminines consistant à la pose d'ongle en cas de casse, ... Même si la texture est différente, la sensation de "piloter" l'attaque du bout du doigt est similaire. C'est sur ce contrôle de l'attaque que sera retranscrite l'intensité attendue ainsi que la vélocité, ... Enfin, l'alternative la plus connue est l'onglet, sorte de médiator qui se fixe au doigt et le prolonge en quelque sorte comme un ongle.

Pour des raisons de synchronisation main droite / main gauche, la totalité des doigts de la main droite sont sollicités et offrent des possibilités qui ne sont pas comparables à celles offertes par le jeu au médiator. Le fait d'attaquer simultanément et précisément plusieurs cordes enrichit le jeu : les techniques de picking illustrent complètement ces sonorités autant dans les registres classiques que jazz, country, voire pop...

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De la même manière, le fait de disposer de ces "outils de précision" concernant le dosage de l'attaque est une arme redoutable. Pas question de changer d'épaisseur d'ongle comme on pourrait le faire avec des plectres ou médiators, ... par contre le dosage direct du "frotter", la justesse de l'attaque en termes de force sont accrus.

De fait, le jeu aux doigts tire toutes ces lettres de noblesse, avec pour seul bémol la nécessité d'une pratique régulière et d'une hygiène irréprochable pour obtenir des résultats. Il n'empêche que le jeu électrique est empreint d'effets de jeu qui ne peuvent être obtenus sans médiator, comme les glissés sur la corde le long du manche, les bruitages... Le médiator permet tout de même d'obtenir très facilement et rapidement de la régularité et de la précision dans les attaques.

Le jeu au médiator

Le jeu au médiator est assez répandu pour la guitare électrique notamment. En effet, du dosage de l'attaque dépend la qualité du rendu final. Il ne faut pas oublier qu'intrinsèquement, la vibration de la corde retranscrite dans l'ampli dépend (entre autres, mais principalement) de la sensibilité des capteurs (des micros).

Autre facteur, en plus de l'intensité de l'attaque, c'est le sens de l'attaque. Les bonnes partitions retranscrivent le sens de l'attaque du médiator, vers le haut et vers le bas (ce qui est totalement absent des notations en solfège) au dessus de la tablature, ce qui indique le bon positionnement de la main droite et apporte une indication sur la technique de jeu développée. John Petrucci ou Patrick Rondat pour ne citer qu'eux ont réalisé des méthodes entières sur ce sens d'attaque, l'aller-retour et l'utilisation du médiator dans l'expressivité retrouvée dans ce que l'on appelle le "toucher".

Ne négligeons pas les paramètres liés à l'impact infligé à la corde, du fait que cette dernière soit à vide ou non, des réglages de la guitare, des composants et de la fabrication du manche et de ces qualités de conduction de la vibration, ... Mais pour le guitariste, la seule maîtrise directe de l'attaque dépend directement du geste qui est particulièrement maîtrisé avec les petits objets de plastique que sont les médiators.

C'est donc parce qu'ils ne constituent pas directement des prolongations des ongles, puisqu'ils impliquent une prise en main (en doigts) particulière que les médiators permettent une maîtrise plus grande de l'attaque de la corde. À cette maîtrise, on doit le fait qu'ils se positionnent dans une perpendiculaire rigide au pouce, ce qui en plus confère énormément de précision, étant directement dépendant d'un doigt particulièrement musclé (surtout dans le pouce de la main droite chez un droitier où la fonction de pince est la plus développée).

Les variations et la force de l'attaque sont quand même plus importantes avec un médiator. La puissance de l'attaque est telle que certains sons peuvent être crunch sur une attaque puissante et clean sur une attaque plus faible. Ces nuances de jeu sont à développer, elles traduisent directement toute l'expressivité du jeu, toute la chaleur que l'on recherche dans certains styles, notamment blues.

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De même, l'attaque avec le médiator combinée à une action de contrôle par l'effleurement avec le pouce (le "gras", la partie charnue du doigt) va entrainer l'accentuation des harmoniques et l'étouffement des fréquences moins riches, ce qui va donner un son strident mais très musical, qui, combiné à un bend comme l'a pratiqué Billy Gibbons de ZZ Top, fera assurément son effet.

Je ne contredis pas que l'ongle ne puisse égaler le médiator sur ce plan : avec un temps d'adaptation et de pratique, la maîtrise sera identique voire plus grande pour le jeu aux doigts, qui, s'il est plus complet, nécessite plus de temps "d'acclimatation". D'autant qu'en règle générale, les premiers médiators, même s'ils ne correspondent pas exactement au modèle qui convient au style ou à la morphologie du guitariste, confèrent au son des qualités plus flatteuses (plus d'attaque, plus d'harmoniques, plus de définition, ...).

C'est pour tout cela (maîtrise plus rapide, son flatteur) que le médiator est particulièrement prisé pour la pratique de la guitare électrique dans le registre rock (c'est important), où le jeu picking n'est pas très répandu. Pour les riffs et les solos, c'est idéal, ce n'est pas gênant pour le jeu en accords (au contraire la régularité est de mise) et ça permet d'autres petits effets et bruitages dans le jeu qui ajoutent du fun n'existant pas vraiment sur d'autres styles.

En plus, le médiator voue son succès au fait qu'il ne demande pas (contrairement au jeu aux doigts et à l'entretien relatif des ongles) d'hygiène particulière, sinon celle de "tout couper", ce qui ne trahit rien dans le bus, au boulot, en dehors du contexte de jeu de l'instrument (on identifie immédiatement un guitariste aux ongles de sa main droite).

Rapidement les médiators sont devenus des objets fétiches, d'abord parce que ce sont des supports colorés dans un monde noir, assez morose. Des objets véhiculant une image, un logo, un signe distinctif d'appartenance. Ils sont jetés par les guitar heroes au public en effervescence lors des concerts. Ils sont également accessibles financièrement (même si c'est trop cher payé le bout de plastoc de 0.25 à 0.80 €, voire plus !). On en trouve par terre dans la rue, on en garde secrètement, on en préfère certain...

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Aussi, leur choix n'est pas sans incidence, même si bien souvent la couleur ou l'épaisseur prime sur le matériau, la texture ou le prix. Effectivement la couleur est importante pour éviter la perte de ce petit objet. L'épaisseur conditionne le rendu sonore au détriment de la précision, car ce qui permet une attaque plus franche n'est pas nécessairement corrélé à la précision. Au contraire, pour frotter des accords, un médiator trop épais (type un 2 mm pour basse) risque de constituer une entrave rythmique, parce qu'il est construit pour l'attaque.

Il faut donc retenir l'épaisseur qui convient le mieux au jeu, au toucher, en fonction de la matière (certains nylons sont moins durs que certains plastiques à épaisseur égale), et de la texture car bien souvent, les médiators souffrent de chutes accidentelles causées par la transpiration des doigts du guitariste.

À contrario, un modèle avec picots ou liège antidérapant va présenter une épaisseur supplémentaire qui ne permet plus de précision, sinon avec un médiator trop fin. Sans compter le grip qui est posé dessus et qui peut gêner dans la manipulation : les guitaristes qui alternent jeux aux doigts, tapping et jeu au médiator font glisser leur plectre dans la main, ... et sont gênés s'il ne glisse pas.

Les épaisseurs standard varient entre 0.6 et 1.3 mm en fonction des matières utilisées. À vous de voir si vous êtes dans la norme qui est étalonnée en accordage standard, avec des tirants et réglages standards, pour des guitaristes "normaux"... là encore, tout est question de références, et vous pouvez trouver tout et son contraire en termes de conseils, le plus sage étant d'indiquer qu'au prix où ils sont vendus, il est assez simple de se faire une idée en investissant dans un assortiment pour ne retenir qu'un modèle. Par la suite, la commande en grande quantité va garantir de disposer de son modèle de prédilection pendant plusieurs années (par 25, il y en a pour 7 ou 8 € en commandant par Internet, ce qui permet de voir venir).

Retailler son médiator : il est commun d'entendre que des guitaristes utilisent des médiators retaillés pour qu'ils soient plus pointus, pour disposer d'une arrête qui "scratche" d'avantage... Pourquoi pas, mais à mon sens, avec la variété de modèles et de marques, c'est un comble que de ne pas trouver sur le marché des formes ou des matières correspondant à ses attentes.

Certains guitaristes utilisent des matières que je déconseille farouchement : le bois ou pire, le métal. Même si la matière est très rigide et qu'il est toujours agréable de jouer avec un médiator peu épais, utiliser une pièce de monnaie est une réelle torture pour la plaque de protection ou la table de la guitare qui vont rayer, ainsi que pour les cordes qui vont s'user très vite au niveau de l'attaque. De plus, les effets de scratch sont à proscrire et le passage à un médiator "normal" en sera d'autant plus difficile.

Enfin, il existe un marché de médiator acquis pour la vie, en pierre, bois, métaux précieux, ... Je ne peux porter de jugement sinon que ces étranges objets doivent un jour ou l'autre être renouvelés pour des raisons d'usure, et qu'il sera probablement difficile de retrouver le même modèle, la même épaisseur, la même matière. Ces objets sont souvent uniques et assez coûteux.

N'oubliez pas de jauger l'épaisseur mais aussi la largeur du médiator, son diamètre : plus la "pulpe" du pouce est près du point d'attaque (de la pointe de l'objet en contact et frottement avec les cordes) plus vous gagnez en précisions et facilitez (selon moi), l'obtention artificielle d'harmoniques. Toutefois, ces médiators plus "courts" engendrent une moins bonne tenue entre pouce et index, ce qui est la cause d'un phénomène connu : "tomber le médiator en plein morceau".

Pensez à mettre à votre disposition plusieurs médiators, à les stocker près de votre zone de jeu, à les rendre disponibles sur des distributeurs collés à la guitare ou sur le pied d'un micro (picks-holder). C'est un peu "frime" mais c'est surtout une forme de solution de secours !

Dans tous les cas, modulez votre pression de maintien de l'objet, votre attaque des cordes, l'angle ou l'arrête que vous présentez aux cordes, modifiez l'angle de votre main, vous varierez les sonorités obtenues de votre instrument et renforcerez votre expressivité.

Notez également les cas particuliers de "tenue" du médiator; comme celui du vieil Eddie Van Halen qui le maintient entre le pouce et le majeur de la main droite, laissant ainsi libre l'index pour une furtive action de taping sur le manche, une harmonique, ... Essayez, c'est un peu d'adaptation au début, mais une ouverture certaine de possibilités ! Enfin, Joe Satiani fait avec la tranche de son médiator du taping sur les cases aigues (les plus étroites) du manche, pour un gain évident de précision dans l'attaque...

L'archet, la perceuse et le vibro

S'il est un "ustensile" particulier, c'est l'archer. N'oublions pas que la guitare est dérivée des instruments de musique classique, inspirée par le violon et par la viole à roue ou la viole de gambe. L'archet a été utilisé à la fois pour les fonctions de tenue de la note, l'attaque, mais aussi le fait de préserver la matière des cordes au maximum ; je le rappelle, à l'époque, les cordes étaient fabriquées à partir de boyaux d'animaux (de chats précisément), et l'archet lui-même avec des crins de chevaux.

Si vous avez eu la chance de voir en concert ou visionner les escapades à mon goût peu réussies mais ô combien originales et spectaculaires de Jimmy Page avec son archet sur sa Gibson Les Paul lors de la série de concerts The Song Remain The Same de Led Zeppelin, vous pourrez constater que l'archet utilisé (de violoncelle semble-t-il) n'est pas adapté au corps de guitare bien plus volumineux que le violon et maintenu à plat contre le corps humain. Il faut donc que le bon Jimmy élève ses bras théâtralement très haut et gesticule énormément, son archet frottant les cordes au niveau du manche... plat (là encore, le manche n'est pas adapté).

Autant dire que les seuls enseignements retenus de cette pratique n'ont traduit que deux dérivés intéressants :

En passant sur la première pratique qui tend à utiliser la fonction percussive de la guitare, ce qui n'est pas le propos du paragraphe, je préciserai que la baguette glissée entre le manche et les cordes est une utilisation dérivée d'une autre pratique guitaristique à mi chemin entre capodastre et bottleneck... Là encore, on s'acoquine avec l'originalité et la bizarrerie, pour un rendu sonore assez insolite.

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La conception de l'archet électronique engendre un aspect assez différent dans l'attaque comme dans le sustain : en effet, la corde est juste stimulée par un électroaimant et se met à vibrer au-dessus du micro de la guitare sans attaque, comme si elle était volontairement masquée, atténuée. On se rapproche des nappes de clavier, des sons assez "diffus" se fondant dans l'environnement sonore sans identification possible de l'attaque d'une note d'origine.

Cette vibration issue de l'électroaimant est également maintenue dans le temps à l'infini, sans variation ni affaiblissement, ce qui donne les sons au sustain infini, souvent assimilable au feedback, mais pouvant être obtenus à faible volume. L'effet est saisissant, et s'il est bien maitrisé donne des résultats assez intéressants, comme The Edge par exemple a pu le populariser avec U2 sur l'album The Joshua Tree.

Il est des instruments assez marginaux qui ont été utilisés, à commencer les accessoires produisant une vibration (perceuses ou vibromasseurs) sur les cordes. La fréquence de la rotation ou du mouvement vibratoire est imprimé aux cordes pour un effet saisissant, là encore assez durable dans le temps. On notera Eddie Van Halen ou Reeve Grabbels pour les utilisateurs les plus connus.

La perceuse ou plutôt visseuse a également permis de dévolopper l'imagination de certains, notamment avec un mandrin auquel étaient soudés des médiators en guise de barillet (comme sur un révolver). Les attaques répétées par la rotation rapide d'une douzaine de médiators donnent un effet de mitrailleuse qui avait été rendu célèbre dans l'excellent film parodique Spinal Tap, puis repris dans les shows visuels de Paul Gilbert, sans qu'il n'en développe de réelle technique à proprement parler.

Le palm muting et la percussion

Les procédés rythmiques sont nombreux, et alors que la main gauche "frette" les cordes, la droite est amenée à faire pas mal de chose, notamment bloquer, taper, bruiter, ... On se souvient tous de la claque prise lors des concerts où Satriani "bloquait" la vibration des cordes à vide avec la main droite sur les premières cases du manche sur The Mystical Patatoe Head Groove Thing.

Mais les utilisations de la main droite à d'autres fins que la simple attaque sont légion. On trouvera communément le blocage des cordes avec la paume de la main pour accentuer l'effet rythmique appelé Palm Muting. On a également les variations de jeu obtenues en fonction de l'endroit où sont attaquées les cordes, notamment le son plus sec, plus fort et plus aigu lorsque la corde est attaquée près du cordier.

On a un effet assez proche du vibrato (variation de la hauteur de la note, à ne pas confondre à tremolo qui agit sur la variation sonore) qui se réalise sur les blocs de type Floyd Rose : chaque note jouée fait l'objet d'un tiré (la paume appuie simultanément sur le vibrato l'amenant légèrement vers l'arrière) au moment de l'attaque ce qui produit un effet de cithare sur des sons clairs (chorus + delay obligatoires). Ce même effet en plus grave est obtenu sur des guitares dépourvues de vibrato lorsque le guitariste "tire" la tête du manche vers l'avant...

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Restent les multiples effets percussifs, souvent produits sur des guitares à caisse, consistant à imprimer un son percussif, en complément de la rythmique. On a beau retrouver des concepts empruntés au jeu sur djembé, il n'en reste pas moins une technique bien propre à la guitare percussive répandue sur folk ou classique, qui va au-delà des incursions jazz ou funk de Keziah Jones, des connotations orientales ou africaines auxquelles cette technique fait référence.

Le vibrato

La main droite est bien souvent posée sur le vibrato, en rapport aux différentes techniques énoncées sur cette page pour l'utilisation de la whammy bar (la tige de vibrato, quoi !) ; on les a recensées, du "dive bombing" au "horse" en passant par le "purring cat" ou tirés (pull-up) et autres acrobaties possibles avec un modèle sous licence Floyd Rose.

La main actionne (même faiblement) la tige de vibrato et engendre une forme d'attaque : le changement brutal de la tension d'une corde (on passe de 7 à 3 Kg en un léger coup de vibrato vers l'avant) inflige une modification de la vibration de la corde, que les micros traduisent instantanément en changement de fréquence d'oscillation du signal qui suffit à réalimenter le flux transmis à l'ampli.

C'est ainsi qu'on constate par exemple souvent des phénomènes combinés : rapprocher la main du micro aigu (en action au niveau du sélecteur) pour parer des émissions vibratoires qui sont émises par le baffle (risque de larsen) + légère action sur la tige de vibrato qui augmente la masse sur le point de fixation de la corde et accroit le sustain = augmentation du gain et déclenchement du feedback.

Cette équation ne fonctionne qu'à la condition de maîtriser toutes les composantes du son, notamment le bon dosage du gain, la parfaite maîtrise du larsen et de la puissance de son ampli (même un tout petit ampli bien poussé), et la combinatoire électronique + blindage qui doit absolument conduire la moindre variation du signal.

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Le vibrato est évidemment actionné aussi bien seul qu'en combinant avec une attaque du médiator (ou d'un doigt) et son utilisation ne se destine pas seulement à un traitement du début de la note, mais peut infliger des variations à tout moment, au milieu comme sur la fin.

Je finirai cette partie en indiquant que Monsieur Steve Vai (encore lui !) s'amuse également avec la tige du vibrato qui est amovible chez Ibanez (vissage sur beaucoup d'autres copies Floyd Rose), mais enclenché dans le bloc et maintenue par une goupille : il s'en sert de bottleneck, voire d'archet, et le bout arrondi donne un son riche en harmoniques lorsqu'il est utilisé au-delà du manche au-dessus des micros.

Le sélecteur ou le potentiomètre

La main droite actionne évidemment autre chose que l'attaque des cordes, on le constate depuis le début du document. Cependant, il est des actions moins intuitives qui jouent non pas sur la vibration de la corde, mais sur les composantes de l'électronique : le "violonning" et le "cutting".

L'attaque est, on le voit, primordiale dans l'expressivité, et elle contribue beaucoup à la marque de fabrique du guitariste. Le son est immédiatement reconnaissable à cette attaque, et on parle alors de "patte" ou de "toucher".

Cependant, des guitaristes ont été rendus célèbres par leur technique de masque de cette attaque, par action simultanée du médiator et du bouton de volume : les doigts index et majeur maintiennent le médiator alors que le majeur positionné sur le bouton de volume actionne (tourne) pour monter le volume du micro. Le bon dosage sur la course du potentiomètre va atténuer l'attaque et ne laisser que le "son plein" atteindre l'ampli, un peu comme une note amenée par un archet sur un violon semble ne pas avoir d'attaque. On parle de violonning.

Les virtuoses Morse, Van Halen et Malmsteen ont développé cette technique de jeu au point de réellement jouer avec le son, les rendus sont surprenants et assez contrastés, ... Le bouton de volume ajoute beaucoup à leur expressivité et permet de s'approprier certaines attaques proches de ce que l'on retrouve en musique classique.

Cet effet est également possible avec une pédale de volume qui dans une certaine mesure peut supplanter le potentiomètre commandé à la main. C'est un travail de synchronisation tout aussi important qui nécessite par contre l'adjonction d'un composant (certes passif) dans la chaine de son.

Le "cutting" est tout aussi intéressant, d'autant qu'il est apparu récemment alors que la technologie le permettait depuis une bonne cinquantaine d'années. C'est Tom Morello qui l'a popularisé, et un style de jeu s'est carrément développé autour de ce gimmick, avec des guitaristes comme Buckethead par exemple.

La technique consiste à disposer d'une guitare de type Gibson avec un sélecteur à 3 positions, deux micros et deux commandes de volume. Le volume est monté sur le micro utilisé et complètement baissé sur celui qui ne l'est pas. En cours de jeu, il s'agit d'actionner rapidement le sélecteur entre les deux positions pour hacher l'émission du signal, ce qui donne des effets saisissants, des notes "pointillées".

On entre d'avantage dans des styles de type Core, Métal ou Indus où les sons assez typés, très saturés, et où l'effet "robot" est rendu par un cutting synchrone à des chromatismes sur une corde. Bien plus net et plus "serré" ou compressé que le tremolo, la variation sonore est très binaire, et met encore une fois en avant la nécessité d'une synchronisation parfaite entre main droite et main gauche.

Conclusions sur la main droite qui est un outil redoutable

Oui, la main droite est un outil redoutable. Une grande partie des méthodes est dédiée aux styles et aux techniques de jeu main gauche, notamment les points sur la théorie musicale, les accords, l'harmonie et les gammes, mais peu de méthodes indiquent l'importance pratique de la main droite dans le jeu.

Sans évoquer un seul exercice, sans imposer une méthode par rapport à une autre (même si j'insiste un peu beaucoup sur le jeu au médiator parce que pour la guitare électrique, c'est probablement le plus pratiqué), cette section vous dirige vers le développemant personnel de chacune de ces techniques, en fonction des attraits que vous lui trouverez.

N'hésitez pas à modeler votre expressivité par le pilotage venant de cette main, les attaques, la force ou la douceur du toucher en découle directement, à tel point que certains ont même intuitivement tendance à dire que "la main droite commande et la main gauche exécute".

Regardez une vidéo de Van Halen et cette étrange maintien du médiator entre le pouce et le majeur, l'index orienté vers la corde qu'il s'agit de contrôler, vers la main gauche qui la dompte et qui exécute en virtuose un phrasé encore plus délirant et rapide que le précédent. L'index est là pour montrer. Il n'est pas libre juste pour ajouter une harmonique artificielle par-ci ou par-là, un peu de tapping "à la volée", mais il est, je le crois, aussi là pour indiquer la Direction, la marche à suivre... c'est qui le Maître ?

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C'est plus que flagrant, essayez cette technique qui, si elle n'est pas intuitive, confère à l'attaque une plus grande puissance au détriment de la précision qui demande un sacré travail. Mais je reste convaincu que l'index ainsi en l'air commande de manière encore plus synchrone la main gauche dans la puissance ou la maîtrise des bends, la force avec laquelle la corde est triturée, la vitesse avec laquelle les doigts de la main gauche plaquent la corde entre deux frettes et se relèvent vivement, avec tout autant de puissance ou de douceur.

Faites chanter vos notes, oubliez vos gammes et vos écarts un moment, et ne misez que sur l'expressivité main droite ET main gauche. Amenez à faire vibrer certaines notes plus pétillantes encore dans un solo bien plus plat. Osez quelques bends ou sildes et réattaquez derrière de plus belle par un coup de vibrato, une nuance sur le bouton de volume, un sens d'attaque du médiator différent. C'est votre sensibilité qui sera traduite, votre expressivité que vous mettrez en exergue et directement votre "toucher" qui ressortira.

Ne négligez pas non plus le travail en aller-retour, et celui des attaques vers le haut et le bas avec un médiator. Armez-vous d'un métronome et jouez vos fragments de gammes en augmentant le tempo, en déclinant les attaques (toutes vers le haut, toutes vers le bas, en alternance, une attaque par corde, ...) car c'est ainsi que vous gagnerez en précision et deviendrez virtuose ! Travaillez vos attaques : si vous entendiez comment EVH ou Paul Gilbert "rentrent" dans les cordes, vous sauriez immédiatement que cette attaque violente fait partie de leur toucher et que maltraiter les cordes et accordages, c'est leur style de vie !