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techniques avancées de la guitare électrique




Approche extrême de la guitare

La guitare est un instrument fabuleux, dans le sens où le son doit être "façonné", à l'instar des instruments à cordes pincées, comme par exemple le violon. Il est donc possible d'obtenir des sonorités riches et infiniment variées à partir d'une guitare, dans un premier temps au travers d'un jeu classique, que nous qualifierons d'académique, mais il est aussi possible de pousser l'instrument dans ses retranchements, au travers de l'utilisation de techniques particulières : le vibrato et les harmoniques.

En effet, la guitare électrique, plus que tout autre type de guitare (classique, folk, jazz, ...) présente de nombreuses possibilités liées :

Cependant, des spécificités encore plus marquées existent pour cet instrument. Notamment lorsqu'il est joué par les virtuoses du genre, dans un style plutôt orienté métal. C'est au travers d'exemples sonores (le côté visuel de la tablature n'apportant pas de réelle information) que je vous expose ces "excès de style" propres à l'utilisation de la barre du vibrato et aux harmoniques, sur la base d'une traduction de la méthode de Eric Vandenberg, trouvée sur le web.

Utilisation spéciale de la barre de vibrato

C'est évident, une guitare ne disposant pas de barre de vibrato n'offrira pas ces possibilités techniques. Les modèles de type Fender Telecaster ou Gibson LesPaul pour ne citer qu'eux, présentent d'autres caractéristiques techniques (double bends, bends de plusieurs tons, ...) qu'une guitare dotée d'un vibrato ne permet pas. Le constructeur Digitech a beau proposer une pédale de commande au pied nommée Whammy, il n'en est rien, les effets obtenus avec un tige de vibrato restent techniquement inégalés.

Alors, il faut avant tout rappeler que dans les partitions en tablature, les effets sont souvent difficiles à retranscrire, et s'apparentent souvent à des slides et des "vagues" dans tous les sens, au dessus desquels figurent en toutes lettres les termes whammy bar, ou trem, voire plus simplement vibrato.

Le principe

Les cordes sont montées en équilibre sur un système mécanique commandé par une tige (une barre) qui permet de faire varier la hauteur des notes par pression. L'équilibre des tensions des cordes est compensé par un système de ressorts permettant de revenir en position initiale. En général, la note est descendue par application d'une poussée sur la tige vers la table. Certains modèles (Floyd Rose notamment) proposent d'accroître la tension de la corde et de "monter" la note en "tirant la tige vers l'arrière".

Il existe quatre types de vibratos :

Utilisation classique

C'est un usage standard très employé dans le rock : l'exemple sonore débute sur un accord de puissance de La (A5) qui est un peu "trituré" pour enchaîner avec la note La (2ième frette corde Sol), puis suit un harmonique naturel sur la même corde à la 7ième case.

Exemple 1 : Tremolo ou vibrato

Doublestop

Un double-bend est réalisé à la 10ième frette sur les deux cordes aigues. Les deux notes de base (Ré sur la corde de Mi aigu et La sur la corde de Si) sont jouées et tirées (bend) par deux doigts de la main gauche, afin de permettre, le décalage de la note La d'un ton vers le haut (en Si donc, sur la corde de Si en 12ième case). Le vibrato est actionné vers le bas pour un effet de "tiré" et de slide garanti.

Exemple 2 : Double-stop

Divebomb

Cet effet a été dans un premier temps initié par Jimi Hendrix dans le fameux "Star Spangled Banner" lors du concert de Woodstock. C'est littéralement l'effet d'un lâcher de bombe, avec le bruit du projectile qui fuse dans l'air... Pour l'exemple, c'est la corde de Mi grave jouée à vide et un "écrasement" assez lent de la tige de vibrato jusqu'à ce que les cordes touchent le micro grave de l'instrument. Attention, pour plus de réalisme, il faut bloquer les cordes en fin d'exercice pour éviter les bruits parasites.

Exemple 3 : Divebomb

Divebomb et Pull-Up sur un son harmonique

Encore plus de réalisme sur un harmonique... dans l'exemple, la note La obtenue en 5ième case sur la corde de Mi aigu est effleurée avant l'action sur la tige de vibrato.

Exemple 4 : Divebomb sur harmonique

La traduction exacte est "relever" la tige du vibrato, soit la tirer vers l'arrière pour augmenter la hauteur de la note... Steve Stevens a été particulièrement doué dans cet exercice... dans l'exemple, la note La obtenue en 5ième case sur la corde de Mi aigu est effleurée avant l'action sur la tige de vibrato. Attention de ne pas trop tirer pour ne pas casser les cordes !!!

Exemple 5 : Pull-up

Avec un fort niveau d'entrée, il est plus simple de "sortir" ses harmoniques. Par exemple, un effet prisé par Joe Satriani "Satch Boogie" qui se compose d'alternance de Pull-Up et de Divebomb.

Exemple 6 : Pull-up et Divebombs

Bruitages

La marque de fabrique d'Eddie Van Halen, appelée "The Horse" et maintes fois reprise par Steve Vai : taper une harmonique en 5ième frette, actionner la tige du vibrato d'avant en arrière et la laisser revenir en position initiale (approximativement à la note juste) avant de recommencer plusieurs fois de suite.

Exemple 7: The Horse

Le "ronronnement" du chat, ou "Purring cat" est aussi prise par Steve Vai, notamment dans "Blue Powder". Positionnez la tige parallèle aux cordes mais pointant vers le bas de la guitare (le bouton attache-courroie), en gros, à l'envers.

Jouer un plan uniquement avec la main gauche sur le manche pendant que l'autre main tapote et glisse de manière rapide (par secousses) sur la tige de vibrato. Ce n'est pas si simple à expliquer, c'est essentiellement visuel et sonore, et je vous communique une petite astuce pour démarrer : ne jouer le plan que sur une seule corde pour perfectionner l'effet et mieux étouffer les bruits parasites occasionnés par les autres cordes.

Exemple 8 : Dunk effect et Purring cat ou ronronnements

Steve Lukather suggère une amélioration dans "Daveés Gone Skiing" : il laisse la tige revenir en position alors qu'il continue le plan avec la main gauche. L'effet est moins proche d'un ronronnement de chat mais plutôt d'un type une peu saoul.

Steve Vai impressionne avec une variante de l'effet qu'il appelle "windmill" et qu'il utilise sur une vidéo live alors qu'il est aux côtés de David Lee Roth. Pendant qu'il joue une phrase avec la main gauche, il tourne la tige plusieurs fois de suite, comme un moulin ... La hauteur de la note varie constamment en fonction de la régularité du "moulinage" et produit un effet tournant du même type qu'un effet de variation rapide du pitch.

Exemple 9 : le moulin ou Windmill

Un effet très utilise par Jeff Beck ou Joe Satriani : avant d'attaquer une note, presser un peu la tige du vibrato et jouer la note immédiatement après, pendant qu'elle revient en position initiale. La note attaquée ainsi est plus basse que la note souhaitée et c'est le vibrato qui l'amène tout seul à la hauteur (et la justesse) voulue.

Exemple 10 : attaquer une note rendue plus basse avec le vibrato

Richie Sambora utilise un effet qu'il appelle "Alien inferno". Striani en est friand dans ses prestations live : pincer des harmoniques avec la main droite sur la corde de Sol. La technique retenue est celle de Billy Gibbons qui attaque la note avec le médiator et "l'étouffe" immédiatement avec le gras du pouce pour la faire "siffler"...  Pendant que la note sonne, il est possible de bouger la hauteur de la note avec la main droite en effleurant la corde d'avant en arrière (du sillet vers le corps) à condition que le volume d'entrée soit assez élevé. En meme temps, avec la main gauche cette fois-ci, il est possible d'activer le levier de vibrato (vers l'arrière ou vers l'avant). C'est très visuel, et le son fait vraiment penser à une discussion tenue par un extra-terrestre dans un film de série B (on ne se refait pas !).

Exemple 11: L'alien inferno

Conclusion

Rien n'est vraiment arrêté dans le domaine de l'utilisation du vibrato. Même s'il est assez difficile d'être régulier dans le rendu sonore de ces effets (on ne travaille pas prioritairement ça !), des combinaisons d'effets complémentaires (e-bow, whammy, wah-wah, delay, ...) poussent à l'obtention de sons encore plus spécifiques et amènent aux bruitages les plus fous. Une petite palette de couleur vous a été proposée, bon travail, triturez votre accordage !

Utilisation des harmoniques

Nous l'avons vu précédemment, beaucoup d'effets basés sur la technique du vibrato sont très techniques et appellent également à une bonne maîtrise des harmoniques. C'est à la limite dans l'ordre inverse que la section aurait dû être construite, mais les choses sont autrement !

Plus simplement, les exemples trouvés ici étaient à mi chemin entre une explication illustrée par un graphique, une image de tablature (puisque l'harmonique à sa représentation graphique) ou une explication sonore qui, comme vous l'avez perçu précédemment, est toute aussi efficace à ce niveau de technicité.

Principe

Les harmoniques sont de nature différentes et toutes aussi difficiles à exécuter (bien exécuter !!!). Il est bon ton de rappeler l'usage d'une terminologie bien définie, afin de poser les bases de cet exposé.

Sublimées par Eric Johnson ou Steve Morse, les harmoniques ne sont pas utilisés de la même manière qu'un effet de Divebomb avec un levier de vibrato. C'est un bruitage qui survient beaucoup plus spontanément pour certains, et qui apporte son lot de technique pouvant donner de très jolis effets. Cela signifie que la technique d'utilisation des harmoniques peut s'intégrer dans un jeu purement mélodique, et non se cantonner au simple effet de style... comme Van Halen dans "Poundcake" ou Joe Satriani dans "Summer Song" ou l'excellent Jeff Beck dans "Where Were You" et "Two Rivers" par exemple.

Rappelons qu'un harmonique est indépendamment un nom masculin, désignant un son harmonique, ou féminin, désignant la note harmonique. Dans les deux cas, la note obtenue est plus riche en fréquences que la note standard jouée à la même frette, d'où son nom qualifiant la richesse harmonique du son.

En fait, le son est décomposé en spectre de fréquences, comme une couleur peut être composée de couleurs primaires. Aussi, la vibration de la corde donne lieu à une note, un La, dans la mesure où elle est composée majoritairement de la fréquence de définition du La (440 Hz par exemple). Cependant, ce n'est pas la seule fréquence contenue dans ce son, elle est juste majoritaire par rapport à d'autres fréquences qui "parasitent" le La, dans l'absolu composé de fréquences exactes.

Ces "parasites" sont, pour simplifier, des fréquences de 439,99999 Hz par exemple ou du 440,000001 Hz, ce qui n'est pas si exact, l'altération étant provoquée par une imprécision d'accordage, un frottement, un léger bend, ... Un son harmonique peut être distingué dans la mesure où la manière de le traiter est différente : le frotté est plus léger, plus appuyé, la note est jouée au-dessus de la frette, ... Le résultat est épuré de quelques parasites qui font en sorte que le son est plus "sonnant", d'habitude plus aigu (les fréquences élevées sont mieux perceptibles par l'oreille humaine) et par définition "plus pur". L'oreille fait cette différence de "qualité" de son.

Les techniques d'obtention des harmoniques sont de natures différentes et assez délicates à réaliser. Elles sont décrites au travers des exemples suivants, de plusieurs manières.

Harmoniques naturels

La forme la plus populaire du son harmonique est celle de l'harmonique naturel obtenu de manière courante en 5ième, 7ième et 12ième case. C'est Pythagore qui a défini la règle de construction du manche et de l'obtention de différentes fréquences (notes) en fonction de repères (frettes) placés à des distances bien définies des deux points d'attache que sont le sillet et le cordier.

Le son harmonique naturel est donc obtenu par effleurement de la corde du bout des doigts de la main gauche sur la frette elle-même (5ième, 7ième et 12ième case). Retirez rapidement le doigt après avoir effleuré la corde (alors que la main droite la joue) et un son, plus aigu, plus riche et semblant vibrer avec plus de sustain est alors produit.

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Exemple 12 : Succession d'harmoniques naturels

Plus vous vous rapprochez du sillet, plus la note est élevée : ces frottements peuvent donc être obtenus à d'autres endroits sur le manche, et sont plus simples à obtenir à partir d'un signal d'entrée puissant (distorsion), mais dans tous les cas sont plus difficiles à exécuter qu'aux 5ième, 7ième et 12ième cases.

Un autre exemple avec l'utilisation des harmoniques sur le groupe composé des 3 cordes aigues en 5ième, 7ième et 12ième case... et avec adjonction d'un peu de vibrato et d'une distorsion...

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Exemple 13 : Succession d'harmoniques naturels avec vibrato

Dans "Two Rivers" de Jeff Beck mentionné plus haut il est réalisé dans un premier temps une note harmonique de La sur la corde de Mi grave en 5ième case. Puis, il s'agit de jouer deux notes successivement avec la même technique, sur la même corde, mais en 4ième puis en 3ième frette. Les écarts semblent vraiment différents pour des notes si proches sur le manche. L'exemple suivant en est inspiré, mais il est pratiqué plus haut, sur la corde de La, pour un rendu à peu près similaire.

Exemple 14 : Descentes d'harmoniques naturels

Harmoniques artificiels

Très populaire dans le solo rock, les harmoniques artificiels ou "pinch harmonics" sont popularisés par ZZ Top et Billy Gibbons dans le solo de "La Grange".

Sur la corde de Sol, jouez normalement une note avec la main gauche, mais la main droite doit tenir le médiator d'une certaine manière, afin d'attaquer simultanément la corde avec le bout du médiator et le "gras du pouce" qui l'effleure. La peau, d'une densité différente étouffe l'attaque et produit un effet harmonique.

Exemple 15 : Harmoniques artificiels

La note vibrante peut également varier da sa hauteur, soit sous l'action du vibrato (voir plus haut) soit par effleurement de la même corde avec la "pulpe" des doigts de la main gauche.

Exemple 16 : Harmoniques artificiels

Harmoniques tapés

Eddie Van Halen dans "Mean Street" a rendu célèbre cette pratique reprise plus tard par Nuno Bettencourt sur l'intro de "Lilé Jack Horny". La technique est assez simple à expliquer : poser le doigt de la main gauche pour "fretter" une note, par exemple un La à la seconde case sur la corde de Sol. Puis, au lieu de "l'attaquer" normalement au médiator ou aux doigts, il s'agit de taper de la main droite sur la même note située 12 cases (l'octave au-dessus) plus haut sur le manche (en 14ième case sur la corde de Sol).

Cet intervalle donne un son harmonique situé à l'octave au-dessus, mais d'autres intervalles peuvent être joués, comme celui de la sixte majeure (9 cases au-dessus) qui dans notre exemple nous conduit à taper la même note en 11ième case, celui de la quinte (7 cases au-dessus, ce qui donne 9ième frette dans notre exemple) ou de la quarte (5 cases au-dessus, ce qui nous amène à la 7ième frette dans notre exemple).

Ce n'est pas un hasard si ces intervalles de sixte majeure, quinte ou quarte fonctionnent bien : ce sont les mêmes que ceux définis dans le paragraphe sur les harmoniques naturels... il n'y a pas de magie, toute technique est bien fondée sur de solides bases théoriques et physiques !

Exemple 17 : Harmoniques tapés

Une variante consiste à appliquer la meme technique sur un accord complet. Ce qui donne un effet assez funky, mais très intéressant en accompagnement.

Exemple 18 : Harmoniques tapes sur un accord

Autre variante, un arpège tout en harmoniques, mais sur un accord joué de manière classique, et en alternance en harmoniques (effet d'accord miroir situé une octave, au-dessus).

Exemple 19 : Harmoniques tapes sur un arpège

Effet de harpe

Steve Morse ou Eric Johnson ont souvent employés ces effets dans leurs répertoires. C'est également une technique utilisée dans la pratique classique de l'instrument, qui se rapproche de la pratique des harmoniques tapés.

Poser le doigt de la main gauche pour "fretter" une note, par exemple un La à la seconde case sur la corde de Sol. Puis, au lieu de "l'attaquer" normalement au médiator ou aux doigts, il s'agit d'effleurer avec l'index de la main droite la même note située 12 cases (l'octave au-dessus) plus haut sur le manche (en 14ième case sur la corde de Sol),  avant de jouer normalement au médiator (que l'on tient alors entre le pouce et le majeur) ou avec le pouce de même main avec une attaque relativement "soft".

Sur des sons clairs, il est assez joli de jouer des arpèges sur des positions d'accords... en distorsion, un effet similaire au son de violon (côté soft de l'attaque bien maîtrisé, ou bien utilisation d'une pédale de volume pour masquer/estomper l'attaque de la note).

Exemple 20 : Harmoniques donnant un effet de harpe

Un autre exemple sur le titre "Dreamland" par Steve Morse dans l'album "Structural Damage" :

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Exemple 21 : Harmoniques selon Eric Johnson

Dans la seconde mesure, la main gauche joue la note à la 9ième case et réalise un bend d'un ton, alors que les harmoniques sont réalisées à l'octave, avec cet effet de harpe... Pendant que le bend est maintenu, jouer la note La sur la corde de Si pour réaliser un double-stop qui fait un peu sonner comme un pedal-steel (moduler avec le potard de volume pour approcher ce son avec plus de réalisme). En fin de mesure, exécuter le release du bend.

Eric Johnson execute une autre technique : avec la main gauche, "fretter" toutes les cordes à la 5ième case sans les jouer. Puis avec votre index et votre pouce de la main droite, jouez le note de La, d'abord sur la corde de Mi grave à l'octave (en 17ième case), puis alternez avec une note jouée de manière standard sur la corde de Sol, et reproduisez cette alternance de notes harmoniques et de notes standard sur une descente et une remontée du groupe de 3 notes sur 3 cordes...

Vous produisez un effet se rapprochant encore plus de la harpe, de par l'alternance de notes harmoniques aigues et de notes standard. Cet effet me fait penser à ce son très fluide que l'on trouve sur les bruitages de dessins animés (ou dans "Ma sorcière bien aimée") s'approchant d'une chute d'eau (il a fumé quoi Renaud ???)

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Exemple 22 : Harmoniques selon selon Eric Johnson