Accueil Battle's guitar
la guitare virtuelle




Une guitare qui n'en serait pas une ?

Dans les années 80, on devinait les sons de guitare dans le fouillis d'effets, et de sonorités synthétiques, à tel point qu'il était possible, dans de nombreux cas, de confondre le son d'un Gibson avec celles du fameux DX-7 !

De nos jours, ce sont parfois des séquenceurs qui émulent à coup de VST les sons des plus doués des guitaristes... la technologie a évolué. Notre oreille fait-elle réellement la différence ?

On pratique également par-dessus des backing-tracks pour compléter le son du groupe d'un deuxième guitariste virtuel... Pour encore plus de réalisme, les plus courageux utilisent des enregistrements instantanés de leurs parties ou phrases, et les servent en live sur scène (comme Matthieu Chédid) via un looper.

Qui joue pour de vrai, avec quel instrument ? Qui truque ? Comment ? Manifestement, cela en laisse pas mal dupes : qui ou qu'est-ce qui passe au travers ?

Au travers des paramètres d'enregistrement et des loopers

C'est avec des artifices comme des répétitions bien senties des notes que certains morceaux ont pu voir le jour : "Le Vol du Bourdon" par Nicolaï Rimsky-Korsakoff a pu être repris ("Flight of the wounded bumble bee") par le virtuose de la guitare Nuno Bettencourt grâce à ce delay impeccablement calé.

Dans de nombreux cas, le tempo doit rigoureusement être respecté (ce qui impose aux batteurs de s'indexer sur un bip métronomique) pour que le rendu soit optimal, et en live, ces facéties sont "casse gueule" à souhait...

Battle's guitar

De même, le fait de s'enregistrer sur 16 mesures et rediffuser le sample en boucle pour y "plaquer" des parties arrangées, soli, chant, ... fait l'objet d'une excellente maîtrise. Les loopers ont envahi le marché et viennent compléter l'arsenal des groupes taillés pour les scènes étroites en remplaçant au pied levé le second guitariste parfois difficile à recruter (et à payer...). Le jeu de pied du guitariste est développé, non plus à des fins de contrôle de la wha-wha, mais pour activer les contrôles du looper au travers des pédales "Play", "Stop", ... dignes des magnétos et d'un "Tap Tempo" pour les processeurs les plus puissants qui vont ralentir ou accélérer le sample sans modifier la hauteur des notes, pour un positionnement parfait en rythme.

Ces pratiques datent des premiers enregistrements, et les plus expérimentaux (des Beatles à Hendrix) ont eu recours à ces subterfuges pour étayer le son du groupe...ce sont des pratiques que je qualifie de pratiques saines, qui font encore appel à un guitariste, un vrai, pour construire autour de samples qui eux aussi sont joués avant d'être répétés...

Il existe cependant une étroite limite entre les loopers et d'autres effets qui "interprètent" le sample à la place du guitariste lui-même, comme les harmoniseurs intelligents ou ceux qui ajoutent du groove, comme les slicers... En effet, cette catégorie de matériel apporte certes beaucoup à la créativité, et comportent énormément de paramètres (certains aléatoires) qui ne pourraient être reproduits simplement. On flirte alors avec les limites de la création, un peu comme un DJ va utiliser des micro-passages de morceaux existant pour en créer un autre : ce n'est pas une bride à la créativité, mais l'originalité s'exprime au travers du recyclage, de la composition à partir de...

En règle générale, les sons entendus sont généralement détournés à des fins d'accompagnement, et proviennent à l'origine de sons de guitare, bien qu'avec certains capteurs midi, il soit possible d'affecter un son de type barrissement d'éléphant à chaque son de corde... La maitrise, dès lors, du morceau requiert une technicité proche de celle du jeu avec l'archet de violon par Jimmy Page, avec la perceuse sans fil d'Eddie Van Halen, ou le vibromasseur métallique de Reeve Grabels, c'est de l'expérimentation qui n'a pas donné de suite remarquable !

Au travers des procédés de numérisation

Numérisation, émulation, simulation, modélisation, ... des synonymes de copie et d'imitation, avec des technologies à peu près similaires. Quel rapport avec la guitare virtuelle, ou la virtualisation de la guitare ? Tout simplement parce que les algorithmes qui permettent de modifier le son d'origine d'un instrument (même bas de gamme) afin de reproduire (modéliser = créer un modèle mathématique reprenant les caractéristiques harmoniques, tonales, ...) le son caractéristique de certaines guitares (haut de gamme, en général) sont en mesure d'induire en erreur, mais également de proposer des sonorités sommes toutes exclusives et originales.

Il faut d'abord savoir que si ces processeurs travaillent avant tout pour subvenir aux besoins des moins fortunés (et des moins créatifs, ne se contentant pas de leur son personnel), ils ont également permis de développer une catégorie de sons hybrides, assez déroutant, totalement dénués d'authenticité mais pleins de réalisme !

Battle's guitar

De ce fait, on peut s'accommoder de jouer avec le son acoustique d'une bonne caisse jumbo, même s'il est produit par des transducteurs de type piézo sur une guitare qui ne "rend" aucune vibration. Personnellement, la vibration sous le bras et contre le corps est toute aussi importante que le sustain naturel produit de manière exclusive par une Gibson... et ces dispositifs sont loin de me procurer les mêmes sensations.

Toutes les guitares entendues ne sont pas des guitares. J'évoquais les claviers qui dans les sonorités des années 80 trouvaient leur place dans les concurrents des batteries, des guitares, des basses, ... À s'y méprendre, les sons de guitare parfois noyés dans un flot d'effets composés de compresseurs, délais, réverbérations et chorus, et revêtaient en fin de compte un tel caractère synthétique que le son des synthétiseurs et autres filtres et enveloppes sonores semblaient plus simples à travailler. Exit le guitariste : un seul musicien en studio et basta !

De nos jours, c'est un peu la même chose, mais ce n'est plus le musicien qui dérange, mais la possibilité de trouver un son particulier sans disposer des composantes de ce son (en faisant toujours abstraction du jeu du guitariste). On découvre des guitaristes qui vont souhaiter un arrangement dans le style de ..., avec le son de ... et avec le processeur qui simulera le fonctionnement d'une guitare disposant de micros simulés sur un baffle simulé, ... Tout est faux, mais l'impression que "ça sonne comme..." est partiellement retrouvée, par facilité, et non par analogie.

Tant et si bien que la référence (la Gibson de Gary Moore dans le Mark III de Santana) se perd un peu dans la description de quelques paramètres et finit par perdre de son âme... Ceux qui finissent par en parler le plus n'ont jamais pratiqué aucun de ces instruments imités...

Ces guitares virtuelles que je considère comme "moins nobles" ne tiennent plus compte de l'expressivité particulière d'un instrument. Le comportement d'une guitare à vibrato Bigsby peut mathématiquement être porté au niveau d'un modèle avec Floyd Rose : les sons d'une archtop jazz sont sans vergogne modélisés dans des processeurs et détournés à des fins sans respect des qualités intrinsèques de l'instrument.

Ce "n'importe quoi" apporte un grain de folie à la créativité, mais reste dans des retranchements que l'expérimentation sonore n'aurait jamais permis d'explorer... Est-ce pour autant musical ? Pour faire un parallèle, les bruitages et autres musiques abstraites crées par Pierre Henry (référence française des musiques actuelles et de l'exploration ses sonorités contemporaines) sont souvent décriées par les puristes du son qui veulent retrouver la pureté d'un son de Stradivarius ... mais l'exercice expérimental avait sa raison d'être. L'ère du tout numérique nous conduit-il à n'être que des expérimentaux ?

Au travers des jeux vidéo ou des jeux de rôles

De la pratique Air Guitar à la pratique de jeux type Guitar Hero, l'attitude, les postures, les mimiques et la gestuelle du guitariste virtuel ont été depuis longtemps développées. Depuis longtemps en effet, car aussi loin que je me souvienne, j'étais gamin dans les années 70 et je revois encore les fabuleux playbacks guitare de l'idole, Johnny Halliday, qui jouait sans être branché... et ils sont nombreux ceux qui fonts semblant, en rythme...

Quelle comparaison ? Il fallait oser, je sais, mais dans la finalité, c'est le paraître qui l'emporte sur le réel, même le résultat semble réaliste (on a affaire à des professionnels du Air Guitar qui sont des showmen avisés, et des maîtres du genre comme Johnny !).

Battle's guitar

Le point difficile, c'est la notion du rythme. Sans avoir à jouer, à façonner la moindre note, le moindre dérapage rythmique est synonyme de plongeon dans les deux disciplines virtuelles. Ça fait un couac sur le jeu vidéo, ça trahit le personnage sur scène et ça disqualifie l'Air Guitariste ! Dans ces trois cas, il faut scrupuleusement respecter la bonne séquence de geste dans le bon tempo, ce qui résumé ainsi est très éloigné de la musicalité de jeu, de techniques de placement guitaristiques qui permettent de distinguer le toucher de l'un, le placement rythmique de l'autre, ... et de façonner son style musical !

Et dire qu'au début, les guitaristes sur les vielles étaient décriés par les violonistes (au même titre que les pianistes, d'ailleurs) car ils n'avaient pas besoin de "faire le son", de façonner la note, tant en justesse qu'en vibrations harmoniques, comme c'est le cas sur un violon (sans frette), et dont le toucher est autrement plus subtil que sur un manche pratiquement plat avec une décomposition tonale quasi matricielle !

Battle's guitar

Il y a également ceux qui imitent, au point de tout avoir comme leur idole, la coupe de cheveux, le pantalon, la guitare, l'ampli, les médiators, ... mais pas le talent. Ces beaux parleurs, ces pseudo-fans copient jusqu'à l'attitude, les intonations de voix de leurs modèles (oh si ! j'en ai vu, connu et fui...). Ce manque de personnalité se traduit par un excès de savoir-faire en matière de reproduction ! Ces faussaires sont une manne pour les marques qui déclinent produits dérivés, jouent sur les sensibilités de fanatiques, des schizophrènes, des collectionneurs. Loin d'être de petits faibles, ces défauts sont courants et faussent inévitablement le marché par le côté "valeur sûre" des individus souffrant de ce mal... plus de risque à sortir la dernière copie de la Strat de Clapton, il y aura toujours des cons pour l'acheter sans l'essayer !

Au travers des logiciels

La guitare qui n'existe pas, qui est virtuelle est cependant très souvent utilisée à bon escient, dans de nombreux cas de composition, parce que se servir de la technologie permet de palier à bien des désagréments d'enregistrement, par exemple.

En effet, si le souci principal n'est pas empreint d'expressivité, la programmation d'une séquence de notes ou d'accords... utilisés sous la forme de copier/coller dans un logiciel de type séquenceur va permettre de gagner beaucoup de temps. Certes, hormis sur scène (...et encore) le résultat probant ne va choquer personne. Il est vrai, l'utilisation de vraies pistes de guitare donne au morceau un côté moins "escroc", mais ce n'est pas toujours possible, et c'est bien pratique de s'appuyer sur une guitare virtuelle.

Battle's guitar

Il ne faut pas non plus tomber dans l'excès, et demander au séquenceur d'interpréter ce qui n'est pas réalisable, ou encore ce qui est difficile à jouer live par exemple, la supercherie éclaterait au grand jour, pour les plus avertis comme pour les moins attentifs, car la sincérité d'interprétation est subtilement sentie par un auditoire... c'est ce qui fait le charme d'un concert, la beauté d'un spectacle.

La technologie sert donc la création, sert la composition, le travail et l'enregistrement, mais ne se substitue pas de manière efficace au jeu d'un guitariste. Elle reste un outil (devenu indispensable dans de nombreux cas) qui complète la panoplie d'un guitariste bien authentique sans se substituer à cette authenticité.

Pourtant, bien qu'ils ne soient plus qu'informatiques, les séquences d'accompagnement programmables, autres boîtes à rythmes et séquenceurs intégrés qui comprennent parfois quelques effets pour guitare sont très utiles pour le travail. Ces groupes virtuels (band in a box) permettent à la fois de travailler sa pratique et son instrument, envisager des variations, créer et même donner de nombreuses idées. Pourvues de convertisseurs, les échanges sont transférés sur lecteurs MP3 et audibles par les autres membres du groupe. Ces outils permettent au guitariste de se focaliser sur la finalité première de jeu de guitare sans disposer des autres instruments, d'un studio d'enregistrement et de la technique de jeu pour interpréter "le reste".

Battle's guitar

Tout est question de dosage : dans bien des cas, s'investir dans la maîtrise d'un dispositif séquenceur, c'est passer du temps en complément du travail de l'instrument (qui était à l'origine la préoccupation principale). Ces outils suivant les évolutions technologiques, le réalisme des sons et leur programmation sont de plus en plus intuitifs, mais il est certain que l'investissement (financier et temps accordé) est encore très important. Attention à ne pas se laisser entraîner dans la "spirale" technologique et n'oubliez pas de revenir régulièrement sur les motivations essentielles de telle ou telle utilisation.

Au travers des pseudo-pratiques

On retrouve là des pseudo-musiciens, guitaristes qui font plus de figuration que de guitare. Ceux qui en parlent (comme moi !), mais qui n'en jouent pas le soir, trop occupés à travailler la gestuelle de la chute du médiator de la poche... Ceux-là ont souvent la chance de posséder plus de matos que certains pros, mais n'alignent pas trois accords convenablement...

Les forums Internet regorgent de "geeks" qui déballent leur savoir et leurs préférences sur du matos jamais essayé, car "habiter" un forum leur confère une place enviable (... par qui) qui finit par faire autorité dans les milieux ... du web, oui, mais pas les milieux guitaristiques. Ces imposteurs finissent par s'engouffrer dans un phénomène de mode, par tomber dans un piège de fabrication ou de politique commerciale qui le discrédite au moindre problème concret. Ils peuvent citer des manuels par cœur, tenir des heures face à des guitaristes qui cherche sans leur apporter de solution véritable...

Les marchands des magasins de musique (en boutique ou en ligne) sont forcés de vanter les mérites des produits qui correspondent le plus, ... aux choix des distributeurs, à la politique de vente du magasin, mais sûrement pas aux besoins des guitaristes qui sont contraints et forcés de passer à la caisse. Ils font aussi partie des populations qui doivent adopter une attitude que je qualifie de suspecte, à toujours trouver une solution qui se vend pour respecter les lois du commerce. Ce ne sont pas des prestataires de service !

Battle's guitar

C'est un peu le syndrome de la copie, de l'imitation que l'on retrouve le plus fréquemment chez ces créatures. La copie peut être de bonne qualité : la reprise, l'adaptation ne force pas à chercher à reproduire avec plus ou moins de succès les caractéristiques d'un morceau. Au contraire, une mauvaise imitation conduit à sombrer dans le pathétique... Et je peux vous affirmer que les mauvais imitateurs sont légions, sans personnalité, sans talent, les interprètes saccagent certains morceaux (voire tous) des play-lists de nombreux "concerts" de bord de plage chaque été, dans l'impunité la plus totale... À tel point que certaines reprises non sont même pas identifiées en tant que telles par la Sacem !

Pour devenir presque sérieux, c'est un peu comme le mauvais imitateur qui va forcer les traits de caractère plutôt que de se consacrer réellement à reproduire les intonations et gestuelles exactes... C'est également une forme de talent, à condition de ne pas se prendre au sérieux (Pathétic Sébastien ? ...sors de ce corps !). Ainsi, évitez de mettre votre guitare derrière la tête si vous n'alignez pas trois notes d'un solo d'Hendrix, ne positionnez pas votre guitare à la verticale sur un solo des Guns'n Roses si vous n'avez pas le son de Slash, ... sous peine de faire rire (à moins que ce ne soit l'effet escompté).

La folie ?

Il faudrait être fou et extrêmement fortuné pour investir dans un loisir aussi coûteux que la pratique de la guitare, tant en investissements matériels que personnels, et ne se contenter que de "frimer" au travers de cette activité.

D'autant qu'on discerne de plus en plus les puristes des néophytes touche à tout : les bon vieux papys du rock branchent leur vieille Stratocaster, Télécaster ou LesPaul dans un bon vieil ampli tout lampes, sans effets, sans fioritures, ... les jeunes novices, plus curieux, interfacent leur guitare avec presque tout (de l'ordinateur au grille-pain).

Dans les faits, la recherche et la créativité des uns ne vaut pas plus que la sagesse et l'immobilisme des autres. Faire de son loisir un terrain de découverte est artistiquement bien plus excitant que de rester sur ses positions en ne jurant que par les Rolling Stones... même si rien ne semble nouveau sous le soleil depuis !

Faire partie de l'une ou de l'autre des populations importe peu, le tout est de ne pas sombrer dans le ridicule qui pousse les constructeurs de guitare et d'instruments de musique à pactiser avec des artistes (endorsement d'artistes à outrance...), des marques vestimentaires (guitare RipCurl, Hello Kitty, ...) et l'industrie du jeu vidéo (Guitar Hero et consorts, ...) qui sont des vecteurs marketings très puissants, orientant le marché de manière très influente et conduisant nécessairement à restreindre certains points de vue (artistiques notamment...).

Battle's guitar

C'est pareil quelques soient les hobbies, sport, musique, ... tout semble prendre une dimension marketing tendant à généraliser les technologies et favoriser le désir de possession au détriment d'accentuer la démarche créatrice et l'originalité. La guitare facile est aujourd'hui accessible facilement et pour tous, jusqu'à ce que la préoccupation principale des quidams ne soit la prochaine sortie du futur Windows, la dernière matière utilisée pour les planches de surf ou l'avènement de la photo numérique.

"Ne marche pas dans la mode !" disait Desproges... en effet, même si ça porte parfois bonheur, il faut savoir sagement se remettre en cause et faire un tri dans ce qui nous semble être de réelles valeurs... revenir aux valeurs sûres et à l'origine des motivations qui vous animent, en l'occurrence faire de la musique ou jouer le rôle de celui qui sait en jouer.

N'oubliez pas de ne pas vous prendre au sérieux, ce sera le moyen le plus sage de prendre du plaisir. Il n'y a pas de mal à se faire du bien, alors amusez-vous au lieu d'amuser une galerie qui n'y est pas préparée...