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les principes économiques ou écologiques




Les matières premières, les bois

Quand on parle d'économie et d'écologie, il y a des principes à respecter, des éléments à anticiper et des phénomènes dont il faut se méfier, surtout les idées reçues. Earth Guitar ?

Certains constructeurs, notamment Gibson, n'ont pas souhaité dénaturer leur production en continuant à utiliser les matériaux nobles ocmme l'acajou, mais des l'acajou planté, exploité et "récolté" par Gibson en association (depuis 1996 seulement) avec l'organisation écologique américaine Rainforest Alliance, a lancé une production de guitares écologiques avec des bois provenant de forêts gérées écologiquement, donc renouvelables.

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Cependant, quasiment toutes les guitares actuelles ont des bois exotiques (palissandre, ébène, acajou, wengé, koa...). mais peu, comme Gibson, se sont préoccupés du matériau de base... Certes, une Fender en aulne ou en frêne avec un manche tout érable utilise des bois issus de productions locales (dans nos hémisphères). De plus, la majorité des guitares "bas de gammes" sont faites en Europe avec du tilleul et en Asie avec de l'évéa (équivalent au tilleul). On peut donc se dire que la prise de conscience est tardive, sur un marché sans cesse croissant, mais que c'est quasi acté, les bois sont issus majoritairement d'exploitation dont l'impact sur l'environnement est "maîtrisé" (écogéré).

Les matériaux composites, carbone, luthite et autres agglomérés de bois nécessitent des procédés spécifiques de conditionnement et de fabrication pour lesquels un côté écolo est mis en avant (on ne détruit pas la forêt !) pour masquer le fait d'utiliser des assemblages toxiques et non destructibles. L'économie faite sur le bois ne s'avère rentable que si un fort volume de production est obtenu, or, ces guitares n'ont eu que peu de succès... lourdes ou au contraire très légères, les sons obtenus, s'ils sont assez originaux, sont aussi assez éloignés des basiques... Hormis le carbone utilisé dans des procédés de fabrication de manches et de structure de maintien, le succès n'a pas été au rendez-vous et les constructeurs se sont rabattus sur des procédés de fabrication différents, en revenant aux basiques.

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On peut citer la société finlandaise Flaxwood née du désir de créer des instruments éco sans recourir aux bois exotiques habituellement utilisés et menacés d'extinction. Mise au point par le luthier Veijo Ruatia, la guitare est élaborée à partir de bois liquide : un nouveau matériau à base de bois broyé en provenance de forêts situées à l'est de la Finlande.

Les procédés de fabrication

Les différentes étapes de construction de guitare font appel à des procédés très peu respectueux de l'environnement, notamment au niveau des finitions et peintures. Les vernis et peintures utilisés par le passé et dans les modèles "reissue" produits par les custom-shops faisant dans le vintage, contiennent des nitrocelluloses (loin d'un vernis écolo). Les multiples couches passées selon des techniques empruntées à la construction automobile, conduisent à des projections dans l'air de particules indestructibles et toxiques.

Les pièces en métal et accastillage sont souvent issues de chaines de fabrication spécifiques. Même si l'on ne souhaite pas disposer d'un vibrato en tôle, pour son look et sa solidité, il n'en reste pas moins que ces éléments moulés reprenant des procédés de fabrication d'articles sportifs, des mécaniques de précision que l'on retrouve dans les secteurs industriels et aéronautiques en particulier, réputés pour leur retard en matière de sensibilisation à l'écologie. Heureusement, les volumes requis sont loin d'engendrer des seuils à risque pour l'environnement. Il faut dire que les seuils sont calculés sur la base de productions haut de gamme et non dans le souci de rentabilité. Heureusement.

L'entretien

On retrouve dans les "consommables" bien plus d'arguments écologiques (et économiques d'ailleurs) que pour les instruments dont la fabrication et les matériaux sont encore associés à des critères de qualité (s'ils savaient...). En effet, notamment sur le marché des cordes, les arguments "verts" sont légions, à croire que les procédés de fabrication, comme la destruction de cordes usées est un fléau pour l'écosystème... On retrouve certes des ingrédients à forte toxicité et non recyclables, comme les bains de traitement sur les métaux (acier et nickel) des cordes qui sont des bais non biodégradables. Du coup, les fabricants jouent sur un phénomène écolo de packaging (emballage réduit, en carton recyclé, ...).

OK, 6 à 10 jeux de cordes par an par guitare en moyenne, ça fait pas mal, mais de là à penser que la production ou le recyclage posent plus de problèmes que le traitement des déchets issus de l'industrie automobiles (recyclage des filtres à huile, lubrifiants usagés, ...)... Il faut donc considérer ce "green" phénomène comme une initiative à féliciter, mais que l'on souhaiterait retrouver sur les autres produits d'entretien : les "String Wipes" sont des lingettes pour cordes de guitare en métal entièrement non toxiques, qui respectent l'environnement (pas de solvants..). Mais leur destruction est difficile et le traitement des lingettes usées très hasardeux... C'est le comportement du guitariste qui doit changer ou évoluer, et non celui des industriels.

L'électronique

Tout matériel électronique pédale d'effets, ampli, ... fait l'objet d'une loi sur le traitement du déchet qu'il engendre : l'éco-participation. Elle correspond au coût de collecte et de recyclage d'un ancien produit. Le consommateur est en toute logique clairement informé de ce qu'il doit payer pour le recyclage d'un produit usagé équivalent. Dans ce domaine particulier de la musique où le coût, à ma connaissance, de collecte et de recyclage d'une pédale d'effet n'est (à quelques exceptions près) que très rarement communiqué, la règle est la même.

Un clavier ou un ampli doivent faire l'objet des mêmes contraintes de traitement de recyclage et de collecte qu'un téléviseur ou qu'une machine à laver. Du fait, rien n'est clairement précisé. D'autant que les tendances du marché sont inverses de ce que l'on rencontre dans l'électroménager standard : les amplis à lampes (de veilles technologies) consomment bien plus d'énergie électrique que les amplis à transistors, du fait de leur conception d'alimentation de gros transformateurs. Les équipements électroniques (effets, pédales) sont parfois raccordés à un transformateur secteur, mais le plus souvent alimentés par piles (difficiles à recycler). La consommation est finalement élevée, un set de 5 pédales d'effets nécessitant 500 mA...

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Heureusement les instruments ne sont pas branchés en permanence... bien que la facilité de laisser un appareil en veille, même un simple transformateur avec rien au bout, conduit à une surconsommation de 10% d'énergie, par rapport à un branchement utile. Et c'est pareil pour l'ensemble des maillons de la chaine... Utilisez des multiprises avec interrupteur (et protection contre les surtensions, pour éviter de fortes déconvenues dans de trop rares cas, souvent fatals à nos chers amplis, comme un orage...).

Les nuisances sonores

Outre les effets sur notre écosystème, la pratique de votre instrument préféré déclenche bien souvent des nuisances... Les premières ressenties sont budgétaire. Mais très rapidement, elles sont sonores, et en tout premier lieu pour son environnement direct (famille, voisins, ...). Il est donc bien d'adopter un comportement adéquat, comme le jeu (non prolongé) au casque à certaines heures tardives, le respect de certains volumes sonores pour ménager cet environnement.

Il est rappelé que même si l'utilisation d'un autre ampli (moins puissant, alternative certes coûteuse) que son 3 corps 100 watts à lampes après 22h00 est préconisée, il existe des "power breakers" et autres dispositifs (tout aussi coûteux qu'un second petit ampli) pour atténuer la puissance de sortie.

Après quelques années de pratique (quelques moments intensifs suffiront à produire le même effet), c'est sa propre oreille qui souffrira, non plus de nuisances, mais de troubles. Pensez également, si vous répétez sur un plateau peuplé d'un fermier et de ses vaches, à vous équiper de bouchons auditifs pour ménager votre audition (tant pis pour les vaches !).

Le comportement

Le comportement écolo ou citoyen est une tendance inverse de l'attitude du guitariste. Comment inculquer à un rocker crasseux qui néglige le montage des cordes qu'il faut jeter la pile dans sa wha-wha dans un conteneur spécifique que l'on trouve en entreprise, dans les grandes surfaces et zones commerciales ? Tous les guitaristes ne sont heureusement pas ainsi, mais il y a bien un changement de comportement à prendre en compte.

Il en est de même pour la nuisance occasionnée par sa passion. Si un gratteux est rappelé à l'ordre par son voisin s'il joue fort souvent ou à des heures tardives, ses oreilles ne lui indiqueront généralement que trop tard qu'il est en train d'endommager son audition. Mais attention, il ne s'agit pas de ne jouer qu'au casque car les dommages sont équivalents. C'est la prise de conscience qui va engendrer le changement d'attitude (baisser le volume, investir dans des bouchons, changer les horaires, ...) dans la mesure du possible. De toute façon, la santé est une limite qu'il sera difficile de transgresser sans risque.

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Pour ce qui est de la consommation (électrique et budgétaire), il faut envisager que le changement de comportement engendre l'économie... utiliser moins de puissance, c'est nécessairement faire des économies d'énergie mais aussi d'investissement. De même, il est parfois plus simple de penser qu'un boîtier (pédalier) tout-en-un est moins consommateur (de câbles, d'énergie, ...) qu'une série de pédales.

Pour les câbles, c'est sûr. Pour l'énergie, c'est à regarder de près, car ce sont des dispositifs qui ne fonctionnent pas forcément sur piles (plus économique), ou qui sont complétés par des accessoires "externes" (wha-wha par exemple) qui va demander une seconde source d'énergie. Enfin, ces multi-effets consomment au minimum 300 mA alors qu'un set de base disto + chorus + delay, c'est 200 mA. Mais toutes ces considérations, même minimes, ne sont à prendre en compte que mises toutes bout à bout, en fonction de leur durabilité dans le temps, et évidemment en fonction des contraintes sur le rendu du son et la qualité obtenue.

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Enfin, dans le souci d'économie d'investissement préférez un transfo à une pile. L'inconvénient, c'est qu'il faut penser à embarquer le ou les transformateurs (voire un transfo et une guirlande) alors qu'une pile restera dans son logement jusqu'à son remplacement.

Mais un transfo stabilisé (type Boss PSA 230P qui ne génère pas de bruit parasite sur une disto), c'est 30 € pour 200 mA, c'est 15 € pour un modèle (AC109 Ibanez idéal pour un delay) non stabilisé 300 mA. Lorsque les marques des équipements sont panachées, il faut plusieurs transformateurs : souvent il suffit d'inverser les polarités (fiche + au centre ou à l'extérieur), ainsi des pédales nécessitent des formats d'embout différents ou des tensions différentes des traditionnels 9V. Enfin, il s'agit également de mesurer la bonne intensité requise par un lot de pédales (utilisation de guirlandes).

Toutes ces considérations engendrent l'utilisation bien pratique des piles, au détriment des coûts et des caractéristiques de recyclage difficile des piles. Une pile 9V alcaline standard (modèles 6LF22, 6LR61, MN1604, R9, LR22, LF22, 6F22, PP3, 6LR22) est à privilégier sur les modèles de piles salines (plus économiques) qui tiendront 60% de charge en moins. À titre indicatif, une bonne alcaline 9V c'est 4 € pour une durée de vie moyenne de 15 h pour un chorus stéréo et 100 h pour une wha-wha.

On peut également choisir une pile lithium lorsque c'est possible, notamment si celle-ci se loge normalement dans son emplacement (elles sont légèrement plus larges, longues et épaisses que les piles 9V classiques). Elle tiendra 4 à 5 fois plus longtemps qu'une pile classique pour 15 à 20 €. L'intérêt de ce choix, c'est de changer moins souvent (ne plus tomber en panne) et diminuer les risques de pollution liés aux difficultés de recyclages des piles usagées. C'est un investissement idéal pour un préampli embarqué (guitare électro acoustique ou micros actifs).

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Restent l'utilisation de piles rechargeables (15 € / pile) qui nécessitent un investissement plus lourd puisqu'il faut compter le chargeur pour 25 à 30 € environ mutualisé pour toutes les piles. La durée de vie de 1000 recharges en fait un investissement rentable pour une puissance et une intensité ne faiblissant pas plus qu'une pile alcaline. Cependant, le coût du rechargement et le temps et logistique devant être consacré sont également à prendre ne compte.

Enfin, les divergences de comportement sont souvent rencontrées dans l'utilisation des instruments eux-mêmes... En effet, quel guitariste n'a pas surestimé ses besoins en matériel (moi le premier) ? Disposer d'une bonne quantité d'effets (même si tous sont exploitables, ce qui n'est pas le cas pour la majorité des multi-effets, notamment les premiers prix, juste pour que le constructeur vous en mette plein la vue) ne signifie pas de les exploiter tous. À vrai dire, tout dépend des expériences de chacun, mais l'employabilité d'un ring modulator est incertaine dans la plupart des contextes.

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À contrario, des effets souvent absents des configurations modifient intrinsèquement les sons, comme les équaliseurs ou les compresseurs trop souvent (à tort) laissés pour compte... c'est souvent ceux-là qui apportent ou retranscrivent les réalités sonores du musicien. De même, en fonction des styles ou des artistes dont on s'inspire, il est rare de devoir se munir d'une grande variété d'effets de modulation : un chorus ou un flanger ou un phaser et/ou un tremolo suffisent dans 90% des cas.

Dans un autre ordre d'idée, un écho/delay est très souvent souhaitable, même s'il est limité à 300 ms, il apportera beaucoup dans la reproduction de gros sons. La réverbération, enfin, souvent celle de l'ampli (qui n'est qu'une réverbération d'appoint sur beaucoup de modèles...) mérite parfois d'être complétée d'une vraie réverb paramétrable (type Alesis Nanoverb par exemple), mais c'est être très exigent. Dans la majorité des cas rock, une overdrive, une disto, une wha-wha, un chorus, un delay et la réverb de l'ampli suffisent...

Music Solidarity est une jeune association créée par des éco-responsables passionnés de musique et animés par des valeurs solidaires et durables. Lassés de voir des cordes de guitare finir à la poubelle, ils décident de collecter les cordes usagées et de les proposer au circuit industriel de traitement et de recyclage sur le principe : RECYCLER LE NICKEL PLUTOT QUE L'EXTRAIRE. Recycler les cordes de guitare permet de limiter les besoins en ressources minérales primaires, l'impact de l'activité minière et diminue la quantité de déchets jetés à la poubelle, non-recyclés et donc simplement incinérés.Ce type d'attitude, j'en reste convaincu, permettra, à long terme, de réduire le prix des cordes neuves, puisque l'extraction des matériaux deviendra forcément moins rentable que leur recyclage !

Les investissements de matériel

La tendance au "low cost" est bien présente sur le marché des "premiers instruments". En effet, les débutants sont souvent limités par le budget et tempèrent volontiers les sommes liées à l'investissement par des arguments de doute sur la durabilité de leur pratique. S'étant parfois essayé à des sports dont les équipements sont coûteux (hockey, vélo, ...), ils se sont frottés à la reprise au 10% du prix de leur équipement sportif à 1000 €, et ne souhaitent pas investir dans un Mesa et un Gibson pour frotter les 4 premiers accords. Du coup, les packs guitare + ampli + câble + housse + sangle + accordeurs + médiators sont très prisés.

Par contre, on s'en doute même au moment de l'achat, les packs nécessitent un complément pour être exploitables, notamment en termes d'effets. Les seuls sons de guitare directe dans un petit ampli permettent beaucoup de variations sur du bon matériel et cette configuration va satisfaire 80% des besoins d'un guitariste aguerri qui joue sur du bon matériel (bonne guitare et bon ampli).

Pour un débutant, ce n'est pas tant la limite des sonorités obtenues que l'écœurement de ne pas reproduire (même mal) les sons de ses idoles, notamment avec les effets qui seraient (mal) utilisés de manière très brute. C'est donc une loi du marché et des magasins que de susciter la demande et entretenir le besoin en orientant les novices sur le terrain des min multi-effets inexploitables, impossibles à régler et rapidement décevants. Le débutant de voit donc affublé d'un nouvel ustensile inexploitable (donc à revendre) d'ici une courte période.

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Il faut relativiser, les guitares, les amplis des packs sont pleinement exploitables... Je le définis au travers d'autres sections de cette page, les sous-marques n'ont à envier aux grandes marques que le renom, et bien des guitares d'entrée de gamme apportent bien peu de désagréments qu'un modèle de la marque de même facture acheté pour le double du prix (instruments neufs).

Je pense qu'un guitariste débutant ne tire pas pleinement l'avantage des essences de sa Squier et ne trouvera pas d'amélioration notable sur une Fender d'une même gamme technique, mais qu'il ne dira jamais qu'il regrette son investissement de 700 € en remplacement de sa guitare à 250 € dans le pack...Pourtant, compte tenu de son niveau, de sa technique et de l'ampli sur lequel il joue, l'amélioration apportée par sa nouvelle guitare est bien faible comparée à ce qu'il produisait avant. Le plaisir de posséder un bon instrument prend le pas sur le rendu sonore.

En fait, c'est la tendance du marché que de pousser à la consommation. L'avènement des 7 cordes il y a peu de temps (merde, la mienne n'en a que ... 6 ! Il m'en faut une !), d'un préamp à modélisations d'amplis, ... la nécessité de posséder une disto à tubes, ... tous ces phénomènes sont liés aux règles du marché, au fait de pousser à la consommation, à la création de besoins nouveaux. Et les solutions low cost constituent quand même une source d'investissement et de maintien de cycles de production... Des constructeurs se spécialisent d'ailleurs dans ce marché low-cost, comme Beringher qui est très présent sur cette part de marché (et c'est tant mieux). Du fait de proposer un ampli plus puissant pour 50% du prix du modèle rêvé suit la tendance de crise et maintient en vie une consommation qui se voulait moribonde.

Mais d'un autre côté, ces tendances low-cost, sont fortement contrebalancées par des phénomènes plus riches en valeurs plutôt qu'en impression : la qualité notamment. Beaucoup se sont fait berner par la virtualisation, la modélisation, ... (moi y compris). Une boîte à 400 € ne remplace pas le son de 15 amplis de légende dont le montant cumulé excèderait 20000 € même avec une bonne remise, mais permet de se faire un petit plaisir sur des expériences d'approfondissements et d'explorations sonores et de couvrir des besoins faibles en exigences (en cours, travail sur CD, reprises en répétitions, ...). Mieux, des marques enfouies dans les marasmes économiques de la mondialisation, et qui un temps ont contribué à la production d'instruments de légende, ressortent de terre : Maxon par exemple.

Une autre tendance à l'inverse des principes du marché des instruments de musique, que l'on retrouve dans l'automobile, c'est le vintage. Qui aurait parié qu'une vieille guitare ou d'un vieil ampli (... un superbe taco) prendrait une telle valeur ? Eh oui, les matériaux nobles, la qualité de fabrication (fait main) et l'histoire d'un instrument ne se remplacent pas (certains tentent l'émulation)...

Cette qualité ne se retrouve même plus au niveau des modèle "reissue" qui sont des copies (dans la mesure du possible, à un composant ou un procédé de fabrication près) de modèles anciens sur les nouvelles plates-formes de production. Ainsi, la contemporaine disto Boss DS-1 taïwanaise ne peut pas remplacer sa grande sœur japonaise produite à la fin des années 1970 et début des années 1980. De même pour les modèles Ibanez TubeScreamer TS-9 qui reprenaient les circuits originaux de la Maxon TS-808 avant d'opter pour un changement économique ayant un impact irréversible sur le temps (ça fait se multiplier les échanges sur e-Bay).

Enfin, un autre impact à contre-courant du marché, c'est le phénomène DIY pour Do It Yourself, c'est-à-dire assemblé (rarement conçu) à la maison. Les déconvenues sont énormes pour les équipements nécessitant une électronique complexe.

D'autant que les plans ne sont pas toujours disponibles et qu'une copie est considérée comme une contrefaçon si l'on n'a pas respecté les engagements liés à la propriété intellectuelle et droits de reproduction des schémas électroniques de nos pédales bien aimées. Car c'est essentiellement d'elles qu'il s'agit. Pour une guitare en pièces assemblée à la maison, ce n'est pas bien grave, la valeur de revente indexée sur l'argus et le numéro de série sera nulle. Mais pour une Boss DS-1 ou une Ibanez TS-9 modifiée, sa valeur e-Bay va du simple au quadruple.

Restent ceux qui, faute de moyen, font leurs câbles, leurs distorsions et montages (micros, chevalet) eux-mêmes, rencontrant les déconvenues des inexpérimentés en manque de découvertes, et sont parfois victimes de bonnes surprises, comme pour une TS-9 originale à 150 € qui peut être bricolée à la maison et sonner presque comme une TS-808 pour 15 € seulement mais dans un boîtier différent (plastique) ou trop gros pour nous paraître conventionnel.

C'est une vraie initiative qui développe en plus de la très bonne connaissance du son, une originalité dans les réglages, l'utilisation d'un instrument que l'on s'est approprié... au même titre qu'apprécier les vieux modèles originaux qui font rêver, fabriquer sa pédale de distorsion est une étape importante qu'il faudrait franchir au lieu de se contenter des presets d'usine et réglages pré-formatés indiqués sur la notice.

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Une seule guitare

Il est lourd de conséquences ce débat sur le nombre de guitares à posséder... en effet, d'un point de vue technique, plus le nombre d'instruments est grand, plus la variété de sons est élevée. Cependant, d'un point de vue pratique, exploiter le maximum (on ne peut être exhaustif en pratique) des possibilités offertes par un seul instrument confère un meilleur résultat sur la maîtrise et l'exploitation de cette variété.

En effet, c'est par l'approfondissement des multiples configurations de micros d'effets et d'amplis combinées aux touchers et techniques de jeu que l'on exploite au mieux les possibilités offertes par une guitare. Et se disperser sur plusieurs instruments conduit à ne pas réellement aller au fond des choses. Dans la démarche, c'est utiliser toutes les combinaisons offertes par un set réduit, au détriment de ne tenter d'exploiter que les principales caractéristiques de chaque modèle (son pré-formaté).

La variété de sons est construite autour des nuances obtenues à partir d'un seul et même instrument, et non au travers de plusieurs. Cette recherche est antinomique avec le fait de posséder plusieurs guitares... Sans exagérer, la "palette" sonore obtenue avec un seul instrument polyvalent est déjà considérable. Un instrument doté de plusieurs types de micros ouvre encore les perspectives, et sous peine de disposer en plus d'un capteur piezo pour sonner acoustique (sur un ampli pour électro-acoustique SVP) ou d'un simulateur (fréquent chez BOSS dans les multi-effets comme en pédale AC-3) la "palette" s'élargit. Bien que partisan de la sensation de la vibration de la caisse sous les bras et sur le ventre, je m'en remets à considérer l'accès à l'acoustique comme l'accès à un second instrument.

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Et il est là, le débat : posséder plusieurs instruments, c'est jouer de plusieurs instruments. Y compris pour celui qui va disposer d'une Fender Stratocaster US Standard et d'une Gibson Les Paul Gold Top (la remarque est valable pour quelqu'un possédant deux Strat de deux années millésimées différentes) : s'attendant à deux sonorités, deux configuration exploitant le même ou plusieurs amplis et/ou set d'effets, le guitariste va jouer des deux guitares.

Il y a une même base théorique (ce serait la même approche pour une guitare et un piano), des analogies techniques dans le toucher (c'est plus pratique que technique, mais le toucher sur deux instruments si opposés est en général radicalement différent sur les attaques, intensités, étouffement de cordes, ...) mais ça reste deux instruments. Pourquoi développer les deux approches en tant que multi-instrumentiste ?

À l'inverse, celui qui joue sur un modèle crée son identification, sa signature. Même s'il dispose de déclinaison, toute son approche semble se décliner sur les variations d'un même modèle. Non pas prisonnier, il se dote d'outils développant des nuances qu'un multi-instrumentiste ne cherchera même pas à développer sur un seul instrument, mais cherchera à trouver plus simplement sur un autre. On ne parle plus de palette sonore, mais on reste dans des variations de tonalité. Ça fait partie du personnage, de son identité musicale, de son style (même si plusieurs styles musicaux sont abordés).

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De ces deux exercices, aucun n'a le dessus sur l'autre. D'un point de vue économique, le travail d'exploration compense la pluralité d'instruments. Si le guitariste dispose d'un même budget, dans un cas, il va développer son set alors que dans l'autre, il va investir dans un modèle plus cher et plus à même (selon lui, il n'y a aucun rapport logique) de traduire son expressivité au travers de son attachement à un instrument de valeur.

Dans un cas, c'est l'instrument et le guitariste qui font le son, dans l'autre, c'est l'expression et la créativité autour de nombreux modèles qui sont mis en valeur. Dans les références indissociables guitare-guitariste, on a Bryan May, Hendrix, Page ou Vai et dans l'autre cas, on a Gary Moore, Biréli Lagrène, Jeff Beck ou Morello. Rien n'est figé, tout peut changer, même une association hasardeuse d'un guitariste à un modèle.

Le cas le plus étrange est celui de Clapton associé à sa Blackie (strat composée de plusieurs modèles Fender) alors que ses débuts et un morceau non négligeable de sa carrière s'est construit sur Gibson avec Cream !

Doit-on en tirer une leçon économique ? Les guitaristes associés à une seule guitare (un seul modèle) sont "enfermés" dans un style, sans rien de péjoratif, ou plutôt dans un son. Mais leurs modèles signature et leurs pattes sonores sont tout deux mis en valeur par la pluralité des sons et styles abordés. Satriani a joué un bon album de blues avec une guitare typée shred donc rock (hérésie ?). S'il est une raison économique, c'est le phénomène du modèle signature autour de guitares chères et haut de gamme (rendues plus chères encore car associées à la notoriété).

Autre leçon économique : un guitariste fidèle à sa guitare va la réparer, apporter des évolutions, des améliorations, et pénaliser le marché de ceux qui renouvellent souvent parce que peu attachés aux guitares utilisées... Hendrix avait beau casser, brûler, donner ses guitares après chaque concert, après chaque session studio, il revenait régulièrement vers les modèles standards de strat Fender version CBS. Angus Young d'AC/DC a retenu le modèle Gibson SG pour des raisons de confort du manche (il est de petite taille) : qui aurait pu prédire qu'un modèle différent aurait été mieux adapté à son besoin sans que ça change radicalement le son du groupe ?

L'adéquation hasardeuse du couple guitare-guitariste est parfois très poétique, mais fichtrement bien tombée, non ? Ça s'adresses à ceux qui comme moi apprécient l'efficacité et la stabilité sonore du groupe au travers des années... évidemment.

Autre raison, moins économique mais liée à une considération toute personnelle : la multiplicité des instruments est liée à un souci de couverture sonore. De la largeur de la palette on déduit la typologie du guitariste : celui qui s'inspire énormément des autres va se focaliser sur plusieurs modèles, les plus proches de ceux qui sont pressentis dans le contexte d'origine, celui à copier, celui vers lequel on souhaite se rapprocher.

C'est parce que Keith Richards utilisait cet instrument country qu'est la télé, et pour le son qu'il lui a "donné" (auquel on l'a associé) que cet instrument est devenu emblématique du rock, au même titre que son groupe les Rolling Stones. Ça n'engage que moi, mais la télécaster est une "pelle", certes agréable à jouer, mais qui ne prévaut que par l'intérêt des sons uniques qu'elle permet de produire : une vraie guitare pour développer son propre style de jeu. À contrario, la polyvalence d'une strat en fait un instrument bien moins personnel, même si Hendrix et Vaughan en ont extirpé les plus belles sonorités médiums sur des positions intermédiaires de micro que beaucoup de possesseurs aimeraient reproduire.

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Là encore, je tiens à donner mon avis sur le sujet, la strat de The Edge (U2) et celle de Hendrix sont éloignées. Celles de SRV et Hendrix aussi, d'une autre manière. Et si c'était ça le secret, se "rassurer" par la polyvalence d'un instrument, mais n'en exploiter pleinement qu'une partie...

Pour revenir à Hendrix et SRV, hormis le style de musique, et la marque de la guitare de prédilection et le fait que le plus contemporain admirait le plus ancien, tout les opposait : les tirants de cordes, les amplis, les effets... SRV jouait une strat vintage montée en 0.013-0.056 sur un ampli Fender conçu pour les basses, alors qu'Hendrix jouait une strat à l'époque sortie d'usine montée en extra light dans un ampli de conception anglaise avec un esprit "tout à fond". ... et pourtant leurs sons se rapprochent, s'apparentent, donnent des similitudes. C'est ça la vraie émulation portée par deux entités rigoureusement différentes vers un même but ; c'est sûrement pas une imitation des configurations, des paramètres, des techniques et ... des attitudes.

Tous éco-musiciens

Sur ces préceptes économiques et écologiques, le choix est une question de possibilités (financières notamment) mais aussi de comportement. En fonction des individus, le développement des investissements autour du monde de la guitare sera conditionné par un état d'esprit. Il sera tout aussi différent en fonction des styles, des techniques et des sensibilités. La variété des genres n'en sera qu'une richesse, et l'originalité et la créativité (avec peu ou beaucoup de moyens) l'emporteront sur des lois économiques dictées par les constructeurs, les vendeurs, ... le marché.

Loin de refuser ce système, les guitaristes moins stupides qu'ils n'y paraissent, jouent du système en grandissant : au bout de quelques années de pratique, plus aucun ne tombe dans les panneaux qui sont tendus pour les protagonistes du marché captif : les débutants (toujours les mêmes) qui sont souvent bien les perdants, mais qui maintiennent globalement les coûts, sinon ce serait la flambée des prix pour les autres.

D'autres acteurs influent beaucoup sur ce marché, comme les artistes, les marques qui lancent des phénomènes, des modes. Quel artiste prétendra avoir joué sur tel morceau avec un modèle d'entrée de gamme ou un jouet ? Page avec ses délires marginaux sur des Danelectro introuvables. Jack White pour les mêmes raisons... Dans un autre ordre d'idée Matt Bellamy ou Lenny Kravitz sur d'autres modèles rares...

Les phénomènes de tendance visent un public averti, ou à l'extrême vierge de toute expérience et qui va débuter sur une guitare 7 cordes par exemple. Les déclinaisons ampli / effets existent, bien évidemment. Jusqu'à réinjecter dans le marché des Marshall Plexi, des Vox AC-30 qui n'étaient plus produits ou de manière marginale... au grand bonheur des nostalgiques qui investiront dans des modèles dénaturés construits à la chaîne à un bout ou l'autre de l'Asie, là où la main d'œuvre est pas chère et où les copies des composants d'origine sont encore produites (besoins militaires, ou marché de la musique sur pseudo-vintage oblige).

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Enfin, il y a une notion importante de sensibilisation du guitariste. Loin des mises en garde du marché, il faut faire attention : une guitare en bois précieux, l'abus de piles, les nuisances sonores, les modèles inexploitables sont autant de menaces pour l'environnement et bien trop souvent absent des discours des constructeurs aux différents maillons de la chaîne commerciale (magasins, publicités, signature des artistes) destinés aux guitaristes.

Est-ce que Vai a conçu la pédale Jemini pour ses besoins de rapprochement avec la firme Ibanez ou pour ses besoins de remplacement de TS-9 et DS-1 ? Est-ce que Mark Knopfler avait besoin d'un endorsement Fender pour populariser la marque ? Et quid des multiples engagements publicitaires de Joe Satriani avec Peavey (amplis), Vox (pédales), Ibanez (guitares) et autres (Planet Waves, Boss, ...) alors que ses albums ne se vendent plus autant qu'avant, que ses tournées battent de l'aile, ... Attention, soyez vigilants, il y a des pièges partout ! Et jetez vos piles usagées dans les containers appropriés...