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la guitare basse électrique




Mon approche

Il s'agit d'une entorse au règlement, mais je pratique quelque peu la guitare basse avec une approche assez différente de l'instrument, en tout cas loin des styles académiques et classiques des vrais bassistes. D'abord, parce que l'approche est celui d'un guitariste qui joue de la basse, ensuite parce que le bagage musical et technique du guitariste électrique (et aussi soliste) est là et bien là, et enfin parce que c'est juste un rôle totalement différent de celui de guitariste, à mi-chemin entre la frappe marquée du batteur et le placement d'un guitariste rythmique.

Un bassiste a une position toujours bien particulière dans un groupe de rock. C'est un rôle de direction et d'observation bien spécial : d'une part, il est à la base du "socle" des morceaux rock ou pop avec le batteur, garantissant une trame de fond sonore solide sur laquelle viennent s'appuyer les autres instruments et le chant, d'autre part, cette position lui confère une responsabilité sur la structuration du morceau en "causant" notes gammes et accords autant que croches, mesures et temps (tempo). Dans d'autres styles que le rock ou la pop, notamment en jazz, la basse est un instrument au même titre qu'un piano ou un saxophone. En rock, le rôle de la basse est bien différent...

La position du bassiste est d'autant plus essentielle pour une formation rock qu'elle est sollicitée en permanence. En trio (guitare / basse / batterie) elle "remplit" l'espace sonore laissant ouvert pour le guitariste un terrain de jeu de jeu assez important offrant de nombreuses libertés d'expression et d'improvisation. Que le bassiste chante (The Police, Cream, ...) ou non (Jimi Hendrix Experience, ...), la basse pose avec la batterie les fondations de chacun des morceaux. Lorsqu'un chanteur vient se greffer aux musiciens (U2, Van Halen, Mr Big, Led Zeppelin, Red Hot Chili Peppers, ...), les bassistes ont souvent des lignes bien plus techniques, mais restent en retrait. Il faut arriver aux formations avec deux guitares (AC/DC, Metallica, ...) ou avec un clavier (formations instrumentistes BCBG = Basse / Clavier / Batterie / Guitare, comme Toto, Dream Theater, ...) pour trouver des bassistes qui se cantonnent à de l'accompagnement. Alors que dire des formations plus complètes avec des sections de cuivre ou d'autres instruments encore...

Tout vient des caractéristiques de l'instrument : c'est un instrument qui remplit tant son espace sonore dans les styles musicaux pop et rock (le registre de fréquences basses n'est souvent partagé qu'avec un clavier, et encore pas toujours) qu'il n'est pas considéré (à tort) comme un instrument mélodique... en plus, les effets de style, slaps, attaques compressées en font soit un instrument rythmique, soit un instrument harmonique qui donne le "fond" musical, comme des nappes de clavier. Pourtant, les lignes de basse sont parfois très proches des lignes harmoniques complexes, construites sur des gammes précises et, de mon point de vue, peuvent être bien plus mélodiques qu'il ne semble. C'est juste le minimalisme musical de certaines parties qui en ont fait un instrument à part...

La basse, pour un auditeur lambda, elle n'existe pas. Il ne sait pas l'entendre. Si on ne lui faisait pas remarquer ce qu'elle joue, il pourrait dire "elle ne sert pas le morceau". Au contraire, si l'on écoute le morceau en éliminant la piste de basse (égaliseur, multipiste, outil informatique), et bien elle "manque"... En gros, on n'entend qu'elle existe que quand elle n'y est pas... et c'est ce qui m'intéresse dans l'instrument à la fois complémentaire et si différent de la guitare électrique : cette position ambigue, cette position qui nécessite l'implication dans la "direction musicale" d'un morceau rock bien plus qu'un soliste, ce non droit à l'erreur qu'impose un instrument qu'on n'entend pas, mais dont chaque "pain" est audible par le reste de la formation...

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Ma salle de torture

Mon matériel

Si la guitare électrique est un bon instrument à la fois rythmique et mélodique, sa couverture sonore et ses possibilités offertes par sa tessiture sur 6 cordes en font un instrument d'accompagnement, de composition, de retranscription, ... on peut en jouer seul. La basse, non. Et seul, en jouer, c'est chiant, pour soi comme son entourage pas toujours initié ...

En plus, le fait de jouer en bas du spectre exige beaucoup de puissance pour sonner convenablement. Les fréquences de la guitare méritent un ampli moins puissant qui saturera en plus de manière plus musicale s'il est un peu poussé. Pour tout dire, je peux jouer guitariste rythmique en répétition avec un ampli guitare de 5 watts à lampes ! En basse, il faut minimum 80 watts transistors pour être un minimum audible... et il faut un batteur respectueux et compréhensif. Bon, pour le travail à la maison, avec 15 watts on va passer, mais en formation, c'est vraiment indispensable d'avoir plus !

Heureusement, toute contrainte propose son pendant souvent avantageux, le son de basse se repique bien dans une sono, et va passer là où en guitare il faudra user de subterfuges dans les placements de micros, la maîtrise du larsen, la distorsion, et le son de la boîte de direct... La basse non repiquée passe dans la plupart des petits bars, les petites salles et il ne faudra repiquer que dans les cas d'extérieurs ou de grandes scènes, avec juste un micro ou la sortie D.I. OUT que propose tout bon ampli de basse. Pire, la basse fonctionne même pas mal en direct dans la sono, comme les claviers : si le sonorisateur est bon et que la table dispose d'une bonne compression et d'une bonne égalisation, il n'est point besoin d'un préamp externe puisque les basses modernes incluent un module interne actif fonctionnant sur piles.

C'est par contre le changement qui perturbe le guitariste que je suis : la plupart des basses ont une électronique active (micros, égaliseurs ou les deux) qui fonctionne sur pile. Certes, le préampli ne consomme pas beaucoup (ou très peu) et une bonne pile 9 volts permet plusieurs mois de jeu. Mais ce qui me dérange encore plus, c'est qu'en sortie de l'instrument, beaucoup de basses au look intéressant, proposent un niveau de sortie assez élevé. J'ai du mal à maîtriser ce niveau de sortie et ce sustain important, moi, le guitariste au toucher si particulier sur une basse ! Je recherche souvent plus de nuance dans l'attaque des doigts, et le matos doit alors répondre à mes exigences.

Ma première basse, une Yamaha BB-200 copie d'une Precision, était passive, mais par la suite, une excellente Ibanez SR305 ou plus récemment une Harley Benton MM-84SB Deluxe Series m'ont permis de jouer des instruments actifs... Mais mon choix s'est à nouveau porté sur un modèle 5 cordes passif, d'aspect et de conception historique (vintage) et polyvalent : Harley Benton PJ-5 HTR Deluxe Series. C'est un mix entre un P-Bass et une Jazz Bass dans les micros, disposant de deux volumes et une tonalité (les volumes indépendants permettent le dosage indépendant des micros. Je remplacerai peut-être un jour par un "balance pot" ou "blend pot").

En effet, ma basse n'a pas vraiment besoin de la puissance de sortie, je lui préfère des sons bien ronds, et justement, le préampli de l'instrument actif "envoit du bois" et ne permet pas vraiment de me donner les sensations de jeu qui peuvent me satisfaire. Venait une autre exigence : je pratique la basse depuis presque autant de temps que la guitare électrique, et j'ai modifié mon approche en passant en revue divers instruments, des copies Fender de Precision au début, puis des basses "modernes" avec 5 cordes, pour en arriver à une bonne sensation en 4 cordes, mais accordées en SI-MI-LA-RÉ, les 4 premières cordes d'une basse 5 cordes, puis terminer en SI-MI-LA-RÉ-SOL en 5 cordes.

J'ai été tenté par la guitare 7 cordes et les riffs et richesses apportés par le Si grave. Mais la largeur du manche et l'effet de mode m'ont amené à abandonner l'idée (un jour ...). Pour la basse, c'est différent, je ne recherche pas un certain confort à jouer un manche plus fin. Par contre, les sonorités d'une basse avec quelques notes plus graves qui font parfois la différence (à mes oreilles)... et le B-E-A-D sur 4 cordes ne suffit pas, la corde de Sol manque (mais je ne tomberai pas dans le piège de la 6 cordes avec une corde de Do en aigu !).

Après, il y a le son, et un bon ampli suffit en basse. Les effets comme le chorus ou le delay, c'est bien, mais je veux des trucs épurés, des sons assez bruts et seulement sculptés par une égalisation 7 bandes, un compresseur, un "voice" sur le gain de l'ampli et un limiteur en sortie. J'ai un 300 watts avec deux canaux, en combo 15 pouces + extendion d'un cabinet avec 15 pouces aussi complété d'un tweeter. J'arrive à faire ce que je pense être bon, sans plus. C'est trop pour le travail, et là j'ai un ampli d'étude guitare qui accepte une entrée ligne, et dans lequel je branche un prémpli externe de basse (EQ + COMP) pour avoir un son correct. J'utilise aussi cette pédale en live pour multiplier les sons...

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Mon préampli externe

Longtemps, un canal de l'ampli qui en dispose 2, me permettant un son off (gain à 0), ce qui est pas mal pour le sonorisateur, d'autant que le préampli actif de mes basses génèraient un petit buzz en fond... Les basses "discount" ont souvent une lutherie impec, mais une électronique beaucoup trop cheap et un blindage inexistant. En plus, un micro de basse est souvent mal isolé, souvent singlecoil, et son niveau de bobinage assez sensible aux interférences... Maintenant que je dispose d'une électronique passive, je retrouve plusieurs avantages :

J'ai voulu une bonne sangle confortable qui supporte les 4,6 kg déséquilibrés de la bête (le tête pèse vraiment beaucoup et le corps est trop petit), un accordeur standard (de bureau) qui reste branché à la sortie dédiée de l'ampli, un petit footswitch qui permet de changer de canal (pour avoir deux sons au pied) et le préampli au format pédale dont je me sert pour sculpter le son. Le prémp comme l'ampli ont une sortie D.I. OUT qui peut aller vers la sono car je trouve inutile de repiquer l'ampli avec un micro (contrairement à ce que je recommande ma config guitare). Enfin, j'ai un bon flight case en ABS et de bons câbles pour jouer en formation (pas de sans fil pour ma config scène !) et un stand qui maintient la basse suspendue par la tête et qui ne fait pas de noeud ou de "boucle" avec la sangle ou le câble instru.

Je joue parfois avec des médiators en bois de 2 mm, assez épais, mais je préfère le jeu aux doigts car je contrôle mieux l'attaque. Je joue sur les réglages de l'instrument, les volumes, pas mal, pour gérer le niveau de sortie et la configuration ou sélection des micros, et finalement peu ou pas sur la tonalité là où en guitare ce potard m'est devenu indispensable. Le son du micro aigu (Jazz Bass) est assez riche sur les mids et en fonction de là où j'attaque les cordes, son niveau de sortie est intéressant et sort du mix. Le micro grave, splitté en deux parties regroupant l'une les 2 cordes graves et l'autres les 3 cordes aigues, donne un son hyper rond mais pas bouillie, du pur rock. La combinaison des deux est vraiment assez riche et c'est ce que je préfère. Mes cordes sont des 045-065-085-105-130, un tirant normal pour un son rond sans trop de brillance ou de claquant (j'aime pas vraiment, il faut que ce soit mat...).

Pour des raisons budgétaires, j'ai choisi une gamme de produits asiatiques copies de bonne facture d'instruments célèbres : la basse est une Harley Benton PJ-5 HTR Deluxe Series et l'ampli un HB-300B complété d'un baffle d'extension de la même marque distribués par Thomann. La combinaison est bonne et le préamp externe au format pédale plus les deux canaux de l'ampli me donnent des résultats assez polyvalents, tout en faisant "le job". Je reste sur des sons rock ou jazz, sans trop de compression, d'effet synthétiques ou de sustain à rallonge (comme avec les basses actives). Cette basse passive, contrairement aux autres, permet le jeu mélodique au pouce (ou le slap, mais je ne suis pas expert) et je suis plus à l'aise avec les médiators sur ce type d'instrument que sur les basses actives.

Pour l'ampli, ventilé de manière assez bruyante, il est systématiquement utilisé avec son extension (donc les 280 watts annoncés) reliée par un câble haut-parleur disposant d'une fiche speakon et spécial basse. Je l'utilise avec une égalisation assez creusée dans les fréquences intermédiaires (entre 500 Hz et 2 KHz, merci le 7 bandes !) pour un son bien rond (la config du groupe avec un seul guitariste est vraiment bien, la basse a de la place pour s'exprimer). L'activation du compresseur donne un son légèrement moins puissant, mais plus rond encore. Le limiteur évite que le son ne claque trop. Le volume général ne dépasse pas les 5 ou 6, et c'est bien, il y en a "sous la patate" sans tomber en sous-régime.

Le style musical est typé rock/blues/variété, et je ne ressens aucune limitation par le matériel mais plutôt par mon jeu : principalement la main droite, les slaps sont assez approximatifs et mon toucher parfois peu précis. Il faut quelques années pour développer un bon toucher, et c'est mon travail qui freine, pas mon matos (restons humble). Sur des improvisations, je ressens bien l'accordage particulier de la 5 cordes et trouve assez intuitivement les notes. Je me refuse à des parties solo et me concentre sur une rythmique métronomique au service des autres musiciens. Quelques envolées jazzies et autres chromatismes atonaux me démangent parfois et explosent par-ci par-là mais seuls les autres musiciens du groupe s'en rendent vraiment compte...

Le truc vraiment sympa de cette configuration, c'est de disposer d'un ensemble de sons assez Precision et des sons assez Jazz Bass, en fonction du volume de chacun des micros, et c'est un avantage dans des groupes de reprise. Quand on ajoute un footswitch pour sélectionner l'un ou l'autre des canaux et un préampli qui "travaille" le son en sortie de l'instrument et permet d'activer ou non au pied la compression, on obtient une config assez polyvalente. Ensuite, le manche est agéable, bien que le déséquilibre de l'instrument soit important, mais le poids relativement conséquent est masqué par le confort de jeu et l'utilisation d'une bonne sangle en position assez haute (c'est assez relatif, je fais quelques passages sur un tabouret de bar un peu haut durant le set pour soulager mes lombaires !).

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La belle

Mon bénéfice

Que ce soit clair, je suis guitariste et non bassiste, mais cette "escapade" est bénéfique à plus d'un titre, principalement afin de jouer autre chose en groupe (on tourne un peu en rond avec son instrument ???), développer un côté didactique (je fais profiter de mon savoir et de mon expérience) et renforcer mon approche rythmique. Si mon approche de la guitare est assez virtuose avec les années, mon approche de la basse est vraiment associée à une contribution minimale et efficace au sein d'une formation de scène. Endosser cette responsabilité en tant que guitariste soliste sur un quatuor donne une pression qui n'est pas la même que si l'on est qu'un bassiste membre d'un groupe de 9 sur scéne..., et c'est cette différence qui me donne cette excitation.

Le placement rythmique à la guitare est bien meilleur depuis que je joue de la basse. L'attaque des cordes aussi ! je vois un lien disciplinaire évident, il faut certes travailler deux instruments, mais l'un enrichit l'aure. Et je ne me risquerai pas à énoncer que la basse est plus simple que la guitare, c'est faux, mais la pratique de la basse profite à mon approche guitaristique, autant que de jouer sur une bonne guitare doit favoriser ma dextérité en basse... Ce qui est bien, c'est l'approche d'ensemble, le son global. Dans ma formation, il y a parfois deux guitares (plus souvent une), un clavier, une basse (...) et il faut travailler afin de ne pas avoir un son qui "bouffe" l'autre, et là encore, c'est essentiel. Je suis le seul, en tant que bassiste, à jouer sur l'intégralité du set et je peux et dois observer et conseiller, ce qui m'est impossible en tant que guitariste où je me dois de passer le bon plan au bon moment et ne prends pas le même recul pour cette observation.

... je comprends cette race à part qu'est le batteur, souvent incriminé et pour lequel je constitue le principal et unique lien avec les autres musiciens. Ce n'est pas pour me moquer des batteurs, mais c'est probablement l'instrument le plus ingrat, long à installer et à plier, il est aussi difficile à sonoriser, et pour lequel la moindre erreur se remarque. Un batteur joue de manière plus physique, et évolue dans un langage rythmique que les autres instrumentistes ne pratiquent pas. La basse est en perpétuelle harmonie avec la batterie, soutenant certaines rythmique, amenant les breaks, et ménageant les espaces et les "blancs". Ce dialogue n'existe pas de manière identique (ou sinon peu) avec un guitariste (même avec un guitariste rythmique ???).

Enfin, c'est une autre approche sonore, les son graves me plaisent ! c'est un crime que d'avouer que le son envoutant de la basse est parfois plus jouissif que celui d'une bonne guitare saturée dans un Marshall à lampes ? J'ai toujours eu un certain faible pour ces sonorités et une forme de respect pour le bassiste du fait de cette position de "grand sage". C'est une diversification qui m'enrichit, comme un cycliste sur route va autant s'amuser à pratiquer le VTT... J'ai pourtant le sentiment de "tromper" ma guitare avec une plus grandes aux courbes et rondeurs plus avantageuses. Mais je ne fais pas les mêmes choses avec... et j'insiste sur le fait qu'il faut que mon jeu de basse nourrisse mon approche de la guitare électrique, autant que celui de l'acoustique (rendu malheureusement plus difficile depuis mes douleurs articulaires aux mains mais auquel je n'ai pas totalement renoncé). Il faut que cela se passe dans ce sens et non l'inverse. Il n'y aura pas de Battle's bass !

Battle's guitar

La bête