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les mains du musicien




Les affections de la main chez le musicien, et particulièrement le guitariste, sont très fréquentes. Elles sont aussi importantes que celles qui concernent l'oreille, mais présentent dans de nombreux cas, des espoirs de réversibilité, ce que n'a pas le fatal trouble auditif. Hormis l'arthrose et le tremblement, les lésions tendineuses, ligamenteuses ou musculaires peuvent être réparées.

Battle's guitar

On ne le répétera jamais assez, la main, comme l'oreille est un outil de l'expression du guitariste et il doit en prendre soin. Combien de notes mal jouées à cause d'une simple coupure, même d'enveloppe (les pires !). Protégez donc vos membres supérieurs autant que vos oreilles, en les ménageant (temps de jeu) et en les protégeant (gants), en pratiquant quelques échauffements et étirements afin de pouvoir "encaisser" les multiples acrobaties et sollicitations des doigts que nécessite le jeu virtuose.

Sollicitation

La main du musicien instrumentiste est bien plus que l'outil fonctionnel dont tout un chacun se sert dans ses gestes quotidiens. C'est le lien physique entre le musicien et son instrument, l'organe qui construit et façonne les notes, celui qui retranscrit toutes les nuances et qui "fait" le caractère musical du musicien. Ne dit-on pas qu'il est directement caractérisé dans son toucher.

Au-delà de la fascination fantasmagorique du poète ou du peintre, les mains des musiciens sont sollicitées de manière extraordinaire aussi bien en rapidité, en agilité et en précision, qu'en souplesse et en endurance. Des passages rapides à 10 notes par seconde correspondent à 500 actes moteurs mécaniques distincts dans une main, sachant que les mêmes chaînes musculaires sont sollicitées de façon extrêmement prolongée et répétitive, avec un rythme soutenu d'une heure pour le guitariste moyen jusqu'à 4 à 6 h par jour entre répétitions, préparation personnelle et concert, pour les professionnels.

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N'oublions pas non plus que ces sollicitations surviennent souvent dès le plus jeune âge, dans les écoles ou les conservatoires, ou encore à l'adolescence, en pleine fin de croissance, c'est à dire une période critique pour les affects morphologiques.

Évidemment,cette main est fragile et une sollicitation trop intensive ou prolongée, un changement d'instrument ou de professeur, un stress trop important peuvent déclencher des phénomènes douloureux et invalidants qui, s'ils ne sont pas traités rapidement, peuvent s'installer et devenir des maux chroniques.

De plus,chaque instrument a ses exigences,ses particularités techniques. Les exigences gestuelles, les positions, résistances et pressions induites seront différentes selon l'instrument, sa taille et son poids. L'impact de la tension des cordes et de l'accordage est aussi important que celui de la durée ou de la fréquence d'utilisation de l'instrument. Enfin, la posture (position) du musicien est aussi en cause dans les principaux troubles rencontrés, et là encore, c'est en débutant que l'on prendra les bonnes habitudes, les plus mauvaises étant les plus difficiles à se débarrasser.

Aussi, le musicien assidu doit tenir la comparaison à un sportif qui s'ignore, du fait des exigences en termes de performance dans la pratique de son instrument, sans que celle-ci ne soit jugée intensive. La moindre diminution physique affectera son jeu, la moindre coupure, brûlure, même très légère, doit donc être prise en considération, car elle pourra induire une modification de la tenue de l'instrument et des déséquilibres rapidement néfastes.

De plus, dans quelques cas, le stress engendré par le rythme de travail entre répétitions, concerts, leçons et enregistrements, font que des pathologies spécifiques vont se développer et empêcher le musicien de pratiquer convenablement. Couplé à des hygiènes de vie déplorables (déplacements, porté de charges lourdes, veillées, ...) mais aussi souvent les effets de la cigarette (voire plus) ou de l'alcool, les organismes sont grandement maltraités, et souvent peu réconfortés. Qui pratique du sport, de la relaxation ou même un échauffement ?

Souffrance

Le musicien pense que jouer dans la souffrance est normal. Les barrés, ça fait mal, la pratique, c'est douloureux et le travail, ça endurcit ! Ce n'est que quand il ne peut absolument plus jouer, après parfois des mois de douleur et de compensation, qu'il "s'affolera" et voudra consulter en urgence.

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D'autant qu'on dirait que c'est inscrit dans chaque méthode de guitare ou après chaque vidéo pédagogique, à moins de s'être taillé ou brûlé, le guitariste pense toujours qu'il s'agit d'une "tendinite" et que, grâce à un traitement miracle, il pourra rejouer à 100 % très prochainement. Le musicien développe rapidement un trouble affectif et émotionnel, focalisé majoritairement sur "sa grande peur de ne plus pouvoir jouer un jour".

Les pathologies de la main le plus fréquemment rencontrées étant les syndromes du canal carpien , des kystes, des tendinites des extenseurs et de l'arthrose. D'autres troubles plus fréquents et généralement sous-estimés, comme les engourdissements (dysesthésies) nocturnes, sont considérés comme plus classiques, jusqu'à ce qu'ils interviennent pendant le jeu, ce qui affolera alors l'instrumentiste.

En règle générale, une consultation de spécialiste permettra de réaliser très rapidement un diagnostic (par électro-myogramme) et aura inévitablement des conséquences sur le jeu : au départ, il s'agira de l'association orthèse nocturne de repos, physiothérapie, travail postural, relaxation et étirements et surtout le très redouté allègement du rythme de travail.

Si une intervention est nécessaire (cas du canal carpien), l'arrêt total de deux mois de pratique de la guitare s'impose afin d'éviter des douleurs inflammatoires ou cicatricielles. Par contre, la reprise progressive de l'instrument sera un excellent moyen de rééduquer la main, mais il faudra ne pas reprendre trop tôt pour éviter les complications.

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La fréquente hyperlaxité associée aux musiciens est souvent perturbante pour le généraliste, mais le spécialiste saura adapter la convalescence aux troubles nerveux (nerf cubital ou "tunnel du poignet") en l'associant au ralentissement de la pratique. Les tendinopathies des extenseurs et les épicondylites se soignent également en tenant compte de cette hyperlaxité ligamentaire, et les immobilisations nocturne (orthèse de repos) des poignets restent de bonnes thérapies.

Dans tous les cas, il s'agira d'établir un plan de travail avec les médecins qui prendra en compte le trouble et le traitera, mais aussi les aspects émotionnels engendrés par l'arrêt et la reprise progressive de la pratique (ça influe énormément sur le moral, comme un sevrage) et surtout le fait d'éviter de retomber dans les mêmes travers.

Mieux vaut prévenir que guérir

Il s'agit d'une suite de petits exercices qui permettent de minimiser les risques de douleurs, tant dans les mains que le dos car l'aspect postural est très important dans la pratique de la guitare.

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  1. Commencez avec vos épaules, en touchant vous coudes au-dessus de la tête pour soulager les tensions de votre dos
  2. Ensuite, pliez un bras et essayez de toucher votre dos avec votre main (au niveau des deux omoplates), votre coude doit pointer en l'air. Posez votre autre main sur votre coude et poussez doucement vers votre dos. Restez ainsi quelques secondes et répétez le même mouvement avec le bras opposé.
  3. Maintenant, saisissez votre biceps et essuyez votre bras comme si vous étiez en train d'essuyer de l'eau sur votre peau. Faites cela jusqu'au bout des doigts et assurez-vous de le faire 3 ou 4 fois de chaque côté.
  4. Tendez vos bras devant vous et joignez vos doigts ensemble et poussez doucement vers l'extérieur. Ceci vous permettra d'étirer les muscles et les tendons de vos avant-bras.
  5. Après avoir enlevé toutes les bagues, anneaux que vous portez, serrez-vous la main et "frottez" vos mains comme si vous veniez d'empocher le gros lot au loto.
  6. Après avoir remué vos mains, secouez-les vers le sol comme si vous aviez de l'eau sur vos doigts, afin de stimuler la circulation sanguine à la surface de la peau et échauffer vos doigts.
  7. Terminez en vous nettoyant les mains avec de l'eau et du savon et séchez-les bien. Cela enlèvera la transpiration et le sébum de vos mains ce qui permettra à vos cordes de durer plus longtemps.

N'utilisez surtout pas de gripmaster à froid ! C'est un réel danger pour les cartilages et les articulations. Ces objets de torture utilisés pour sois-disant muscler les doigts ne peuvent agir qu'une fois la main échauffée, la pression exercée sur les doigts est trop importante.

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Évitez tout bijou, montre, bague et bracelet, qui, en plus de faire du bruit, peuvent rendre la main moins libre dans ses mouvements, déséquilibrer en quelque sorte votre jeu. De même, la posture est aussi importante et je recommande de jouer le plus possible debout, avec une sangle, d'abord parce que ça habitue, mais aussi parce que droit, le dos est sollicité différemment et de manière moins mauvaise que mal assis.

Bien entendu, la sangle doit être ajustée au mieux, permettant à la main droite (pour le droitier) de bouger librement tout en coinçant le corps sous l'avant-bras. Le talon de la guitare doit se situer, normalement, au plus bas sur le bouton de ceinture du pantalon, au plus haut sur le nombril (ce sont des repères approximatifs). Le bras gauche doit former un angle plus ouvert que l'angle droit avec le manche.

Ensuite, il y a ceux qui jouent assis, et là, la position académique est préférable, avec le dos bien droit, le pied relevé et la guitare sur les genoux ou plutôt située entre les deux cuisses, mais ça c'est une autre histoire.

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Évitez les gros écarts au début de jeu, enchaînez plutôt quelques gammes simples, lentement, puis passez aux liés et écarts plus espacés... On ne prend réellement ses marques avec le manche qu'au bout de deux ou trois minutes de jeu, autant enchaîner quelques éléments simples au début, des barrés, des morceaux de gamme, des bends et quelques hammer-ons et pull-offs.

L'idéal, principalement pour les débutants, ce sont les "warm-up excercises", ces exercices de chromatismes des 4 notes successives sur chacune des cordes. Ils permettent d'ajuster le placement de la main gauche mais aussi de celle qui attaque les cordes, de la main droite, avec les doigts ou au médiator.

En fin de séance, quelques étirements sont conseillés, il s'agit principalement de tendre le bras et de lever la main devant soi, comme pour indiquer à quelqu'un de stopper, et de tirer légèrement les 4 doigts (pas le pouce) vers son épaule avec l'autre main. Des bulles d'air sont ainsi chassées et des craquements peuvent s'entendre.

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Par contre, comme l'indiquent les profs de piano ou de violon dans les conservatoires, il faut absolument éviter de faire craquer ses doigts par la pression sur les poings. Si le son est jouissif pour certains, il en résulte de possibles déformations des articulations des doigts si les pressions sont répétées.

Enfin, pensez à protéger vos mains. D'abord par l'hygiène, en lavant régulièrement vos mains avant de jouer (après avoir joué, l'oxyde donne une odeur qui dérange un peu) avec un savon de Marseille et une brosse. Entretenez vos ongles et coupez-les régulièrement, surtout pour la main en contact avec le manche. Enfin, protégez-les avec des gants, contre le froid ou pour les travaux, évitez le contact avec des produits irritants (crevasses liées aux produits ménagers, javel, ...) et dégagez-les de contacts permanents avec des objets de type clés, téléphones mobiles, ...  Appliquez de l'huile amande douce qui est naturellement riche en vitamine A (améliore l'élasticité de la peau et prévient le vieillissement cutané) et en vitamine E (antioxydant et répare le tissu cellulaire). Elle ne laisse pas de sensation de gras sur la peau après application, pour 5 € le flacon, pourquoi s'en priver.