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improvisation et composition




Il n'existe aucune méthode d'improvisation, et je ne me risquerai en aucun cas à vous présenter ici un "manuel" qui permette de jouer un bon solo (ni d'ailleurs une bonne rythmique). L'improvisation, c'est la faculté de jouer spontanément quelque chose de remarquable, un solo, par exemple. Elle est intimement liée à la composition qui consiste à produire une œuvre originale (parfois en s'inspirant de...), la faculté de composer, tout comme celle d'improviser faisant appel à des notions de créativité évidentes,n même si elles ne partent pas réellement du même matériel.

En effet, un bon improvisateur saura parfaitement intégrer son art dans un contexte déjà partiellement établi (des musiciens accompagnent un soliste sur des grilles harmoniques souvent définies). Un compositeur partira, lui, de "la feuille blanche" et pourra éventuellement faire appel à un soliste et à ses talents pour contribuer efficacement à sa composition, c'est souvent le cas dans des formations rock.

D'où vient alors cette faculté à composer ou improviser (même si le point de départ n'est pas réellement le même) ? De quelles qualités faut-il disposer ? Est-ce un don ? Quelles règles respecter ? Comment améliorer son feeling ? Qu'est-ce qui fait un bon compositeur, un bon improvisateur ? C'est autant de questions, et il y en a sûrement bien d'autres, que tout guitariste se pose tout au long de sa vie, souvent par curiosité, pour la découverte, mais aussi pour progresser, évoluer, et développer son intérêt pou l'instrument, la pratique, la musique ...

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D'après Wikipédia, "en musique, l'improvisation est le processus par lequel le musicien improvisateur crée ou produit une œuvre musicale spontanée, imaginaire ou ex nihilo, en se servant de sa créativité dans l'instant, de son savoir technique et théorique et parfois aussi du hasard". Par ailleurs, le même Wikipédia indique que "la composition musicale désigne l'étape où le compositeur conçoit l'œuvre musicale de manière à ce qu'elle corresponde à l'expression sonore de sa pensée. Elle précède l'interprétation par un tiers et s'apparente à une conduite inconsciente mais apprise".

De ces éléments ressort de nombreuses notions comme la "spontanéité", la "conception", .la "créativité" ... donc une forme artistique différente de la simple "interprétation" que l'on réduit alors au simple acte copiste (ce qui n'est déjà pas si évident dans son exécution). Si l'interprète doit disposer de tout le matériel technique pour reproduire note à note un morceau original, l'improvisateur comme le compositeur semble avoir besoin, en plus du bagage technique de l'interprète, d'un matériel créatif lui permettant de produire de manière spontanée ou réfléchie.

Ce qui laisse aussi penser qu'un bon compositeur ou improvisateur (soliste) maîtrise avant tout les matériels techniques et théoriques. Ce qui peut être perçu comme un don n'est en fait que le développement d'une faculté issue principalement du travail et de l'apprentissage (ce qui suppose de longues heures de pratique pour y arriver). Donc, si l'improvisation se développe naturellement, elle jaillit de vos doigts et de votre esprit qu'après un certain niveau de pratique, d'écoute et de maturité.

Alors je tiens à préciser immédiatement que cette maturité n'attend pas nécessairement le nombre des années, dans le sens où très jeunes, certains développent des facultés pour la musique, la danse, le dessin, mais qu'également, de petits génies en herbe ne savent qu'après leurs 50 ans, qu'ils possèdent en eux cette faculté et qu'il n'y a qu'à gratter, secouer, révéler la capacité à produire ou entendre la musique de manière un peu différente. Il n'existe pas non plus de moment clé qui permette de dire "là, je peux y aller".

J'ajoute volontairement la notion "entendre" la musique, car sans la pratiquer réellement, cette capacité existe chez certains (elle est parfois enfouie). Des prodiges comme Mozart composaient bien dès leur tout jeune âge... Mais sans entrer dans ces cas extrême, il faut tout de même prendre en compte cette aptitude qui peut se révéler très jeune et qu'il faut savoir saisir et développer. En gros, un être qui entendrait cette petite musique dans sa tête ne devrait pas contenir cette faculté mais au contraire l'exprimer, faut-il encore qu'il soit bien inspiré.

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Il y a également une autre aptitude qui va "simplifier" l'accès à l'improvisation et éventuellement à la composition, c'est le fait de disposer d'une bonne oreille musicale. En effet, ce don permet, sans connaissances théoriques, de retranscrire et retenir toute production musicale, de l'harmonie à la mélodie en passant par le rythme. Cette aptitude permet de prendre de sérieux raccourcis théorique, car une bonne connaissance de son instrument (repères sur le manche) accompagnée d'une pratique régulière finiront par simplifier toute interprétation, voire plus, comme retranscrire ex nihilo la petite musique intérieure sortie de son imagination (de son inspiration).

Reste une dernière faculté importante qui semble ne pas pouvoir s'améliorer au-delà d'une certaine limite, mais qui peut se développer : le sens du rythme. Il est inconscient, culturel dans de nombreuses population, mais primordial pour s'inscrire dans n'importe quel contexte musical. Un instrumentiste inspiré et créatif ne vaudra rien si son placement rythmique n'est pas bon.

Alors si j'évoque ces facultés naturelles, ces aptitudes qui pour certains semblent inaccessibles, c'est avant tout pour vous indiquer que si certains naissent conscients de disposer ces "dons", d'autres n'ont pas favorisé leur développement, ce qui fait qu'elles restent enfouies en eux et qu'elles sont hésitantes à sortir, ce qui peut constituer un frein à la pratique musicale, et a fortiori à l'improvisation ou la composition. Beethoven était probablement sourd, mais c'est arrivé bien après qu'il ait validé disposer de ces aptitudes.

Il faut donc non pas disposer d'une méthode de composition ou d'improvisation, mais de trouver les révélateurs de ces aptitudes (parfois enfouies) pour pouvoir les ajouter comme des armes à son jeu, devenir un musicien plus complet ou trouver de nouvelles orientations musicales. Et une fois ces aptitudes mises en évidence, une fois qu'une forme de prise de conscience est apparue, il s'agit de les travailler, les entretenir, les développer, les améliorer, les sublimer...

On me demande parfois comment improviser avec les modes, quelles sont les gammes à utiliser, comment progresser dans un style particulier, développer son jeu. Certains sont tentés de comprendre, d'autres voudraient pratiquer, et enfin d'autres plus déterminés, semblent avoir besoin de matière pour avancer. Je me répète, ce n'est pas en ciblant les matières nécessaires pour improviser que nous saurons les mettre en application... on meut avoir tout l'outillage, tous les matériaux et toute la volonté pour construire un mur, il faut aussi un certain savoir faire pour ne pas se planter.

Le fait de tempérer le propos de cette manière peut constituer pour certains une fuite en avant. Ce conseil ne peut être encourageant pour celui qui pense que tout se traduit mathématiquement, mais là encore, fort heureusement, la pratique de l'instrument comporte quelques mystères qui justement procurent sensations et plaisir. Si tout n'était que théorique, la part de mystique disparaîtrait... et on "se ferait sérieusement chier" à jouer uniformément. La musique est un art, la pratiquer, c'est encore autre chose : ça peut être une simple interprétation, comme un appel à la créativité, à la composition. Si "l'improvisation est de la composition spontanée" (Michel Sigwalt), elle ne résulte en aucun cas d'une méthodologie ou d'un ensemble de bonnes pratiques, mais de l'interprétation d'une "partition intérieure" qui se joue de manière cérébrale et se traduit quasiment instantanément sur le manche, le clavier ou le papier (certains y arrivent très bien). Il faut considérer cette faculté comme un "sixième sens" qui allie pensée et mouvement, donnant lieu à une traduction mécanique (les doigts sur le manche) synchrone avec la musique intérieur qui mobilise la production créatrice de l'imagination. Les neurologues appellent ça proprioception.

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Évidemment, c'est plus facile à décrire qu'à mettre en œuvre, et si le rendu est plaisant à voir et surtout à écouter, il faut tout de même tenir compte que le musicien doit souvent réunir un certain nombre de repères pour s'exécuter convenablement. L'art ne se commande pas ! Avant tout, il doit avoir une confiance absolue en sa technique et ses connaissances théoriques, car il semble impossible de se "permettre" de telles prouesses artistiques sans le moindre bagage. Mais il doit tout autant avoir conscience de ses possibilités et c'est alors par une pratique soutenue (voire intensive) que cette prise de conscience est acquise.

Mais ce n'est pas tout, ces repères majeurs forcent l'adage selon lequel le travail est payant. Mais l'environnement constitue un autre repère non négligeable. Les musiciens et techniciens (ingé son, guitar tech, ...) qui l'accompagnent et qui le soutiennent durant son solo (son improvisation) doivent constituer des bases solides et une totale confiance en eux, en leur compréhension vont le conforter dans son expression spontanée. Mais il y a également un contexte technique qui est loin d'être secondaire : le matériel, et avant tout la guitare (le prolongement de sa pensée plus que de ses doigts) et son ampli qui doivent être parfaitement contrôlés, maîtrisés.

Dans cet exercice de haut vol, le moindre grain de sable dans l'engrenage est fatal. On ne peut penser qu'un artiste confirmé puisse être aussi talentueux avec votre instrument, même si l'on peut présumer qu'il sera de toute évidence meilleur que vous avec. Lorsqu'un guitariste endorsé raconte qu'il peut jouer sur n'importe lequel de ses instruments signatures, c'est une connerie évidente, car son technicien devra dans tous les cas passer un bon moment à "adapter" l'instrument aux exigences de l'artiste. Le tirant de corde, la hauteur de micro, les réglages, ... tout a son importance.

Et lorsque toutes les conditions sont réunies, le meilleur des Meilleurs n'est pas pour autant tenu à l'exploit systématique. Il a lui aussi ses jours "avec" et ses jours "sans", ses forces et ses faiblesses, qui font qu'un bon moment peut s'avérer magique ou pas. Pire encore, c'est la perception même du moment qui peut différer lorsqu'un public considérera avoir assisté à l'exploit, le guitariste pensera peut-être avoir été médiocre, et ... l'enregistrement avoir mal fonctionné.

Là aussi, on trouve la variance entre le théâtre et le cinéma : si en studio on peut refaire la prise, en live, point de seconde chance, ça passe ou ça casse ! Et comble du comble, certaines anecdotes de studio évoquent le solo idéal à la première prise, comme celui de Van Halen sur Beat It de Michael Jackson qui fut, à ce qu'il paraît, littéralement éjaculé. On doit compter peu de "grands" de cette classe sur la planète, et la période de règne est également limitée dans le temps, EVH a dominé le genre pop hard-rock quelques années, tout au plus une décennie.

Car là encore, si la faculté existe, si le talent est bien là, il ne perdure pas nécessairement indéfiniment. D'autant que dans l'industrie de la musique, les goûts sont questions de mode et ce qui peut séduire un temps ne séduira certainement plus le lendemain. D'autant que la définition du "beau" n'est pas réellement figée et ce qui plaît, du moins dans notre culture occidentale, c'est principalement une forme de stabilité. Les goûts évoluent à un train de sénateur et ce qui faisait recette (culturellement parlant, mais aussi financièrement parlant, malheureusement) risque de tomber en désuétude assez rapidement.

Et la musique étant pratiquée par beaucoup de business men mais aussi quelques artistes, il se trouve que quelques uns n'adhèrent pas aux principes pré-découpés de ces phénomènes de mode et préfèrent continuer à exercer leur art en catimini plutôt qu'au devant de la scène. C'est ainsi qu'on trouve énormément d'artistes qui dérivent vers les musiques improvisées (blues ou jazz) alors que la mode (donc le business en $) est à l'électro-pop. L'antre des musiques improvisées devient alors, contre toute logique, la musique la moins prisée, la plus aléatoire, la moins attendue.

Qui n'a pas été déçu par les orientations artistiques d'un musicien, quyi n'a pas adhéré à l'album de reprises ou à celui de duos. L'art évolue, il est en mouvement, et le suivi d'une carrière est nécessairement empreint de plusieurs expérimentations, caractéristiques des improvisateurs et compositeurs. Le génie ne se trouve pas sous un paillasson, a fortiori sous le même à chaque fois !

Ce que je veux dire par là, c'est qu'en plus d'un contexte technique et théorique solide, de l'accompagnement par les meilleurs des accompagnateurs et des conditions ultra favorables (et ultra aléatoires) de jeu, le musicien se voudra aussi recherche perpétuellement ses limites, se mettre en danger, explorer de nouvelles pistes pour éviter l'ennui, la routine, la "répétition". Le jazz (contrairement et injustement, au blues), intellectualisé à outrance, offre un terrain expérimental très favorable à l'improvisation du fait que rien ne soit totalement figé.

Toutefois, dans ce monde mouvant et excitant, certains repères sont nécessaires. Dans une musique qui module sans cesse, qui enrichit les accords, les suites les progressions rythmiques, c'est une autre dimension, une unité quasi mystique qui porte et transporte chaque musicien. On frôle les argumentaires théologiques de Larry Corryell ou même Carlos Santana qui clament que Dieu leur souffle les notes, mais c'est un peu ça : la musique improvisée ne s'explique pas vraiment, et prend alors une forme ésotérique en guise d'explication.

De manière plus pragmatique, les improvisateurs utilisent de nombreux repères harmoniques et rythmiques pour développer autour d'idées maîtresses un peu comme un peintre joue sur quelques tonalités majeures. Ensuite, et c'est là l'essence même de cet art, le "secondaire" est dicté par leur créativité, leurs spontanéité, ... leur proprioception. Il faut pour eux faire corps avec leur instrument pour entrer dans le jeu non seulement musical mais aussi, dans la partie (...tion).

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Car il s'agit bien là d'un jeu que de rester dans le thème tout en se permettant de nombreuses libertés, la première étant de ne jamais jouer la même chose pour en sublimer l'interprétation éphémère. C'est un peu comme une drogue, avec son lot de rebuts, tout ce qui n'a pas "bien sonné" et dont il faut se débarrasser, mais aussi les moments magiques où la créativité atteint les sommets tant attendus. C'est sûrement ça être un musicien, même si dans le genre classique les interprètes ne manquent pas de virtuosité, la part d'impro et de liberté est proscrite depuis bien longtemps...

Je reste assez admiratif de certaines prises de risques lorsque des instrumentistes rock virtuoses qui "vivent" autant de leurs productions figées piratées que de leurs entrées en concerts dans les plus belles salles internationales. Ces joueurs guitaristes se produisent entourés des meilleures pointures et déboulent avec 3 pédales, autant de guitares et deux amplis sur des scènes prévues pour des chanteurs-danseurs-playboys, et ils arrivent à remplir l'espace en proposant un contenu compilé et réinterprété chaque soir de leur florilège de compositions instrumentales qui s'écoute pourtant note à note au format MP3.

Même si le genre a passé, si les albums ne se vendent plus comme avant, le son, l'esprit, sont là. Certes, beaucoup y font la promo de leur dernier ampli signature, mais on y trouve tout de même encore quelques perles d'improvisation où toute la classe et le professionnalisme de l'équipe au complet ressort, dominées par le grandiose d'un des derniers guitar heroes dinosaures des années 1980 au toucher ô combien assuré et à l'initiative créatrice poussant l'impro maîtrisée à son paroxysme (au plus haut degré).

Cela semble être la marque des plus grands que de garder cette part de liberté dans un genre très formaté, et peu d'artistes peuvent se permettre de ne plus respecter le réglage millimétré de leur show, des lumières, des danseurs, des sons où même l'entracte semble programmé pour consommer tels ou tels types de boissons. Je pense que cet art se perd sur de grandes scènes au profit d'autres, plus intimes, qui ne réunissent plus réellement toutes les conditions, mais qui sont les seules à en présenter quelques unes de vraiment favorables. La vraie musicalité aurait-elle muté ?

En tout cas, le "devenir musicien" arrive encore parfois à sortir des sentiers battus où partitions en PDF rivalisent avec les vidéos Youtube et autres Divx de concerts qui constituent les principales références. Côté matos, les sons impersonnels des Line6 et Zoom émulent ceux originaux des grandes stars de la guitare du siècle dernier. La prise d'initiative affiche son encéphalogramme plat et consternant. La seule prise de risque c'est d'avoir écrit en langage SMS deux posts avec 32 smileys ce mois-ci !

Alors il existe bien quelques trucs qui méritent d'être travaillés (eh oui, encore et toujours) comme bien développer son oreille musicale en retranscrivant au maximum et dans tous les styles et de perpétuellement travailler sa rythmique et persévérer dans le "placement". Connaître les bases théoriques, ce n'est en fin de compte que mettre des mots pour nommer les choses, pour échanger avec d'autres musiciens, mais ce qu'il faut absolument savoir, c'est où positionner ses mains pour jouer un plan "entendu" dans sa tête !

Je ne dis pas que tout doit être oublié, mais la théorie, c'est juste un outil, une sorte de tournevis, qui permet de mieux définir la manière dont les choses sonnent, d'enfoncer la vis dans le bois, mais qui n'est en aucun cas une fin en soi (l'assemblage de deux pièces par une vis). Je doute des capacités créatives de celui qui se dit : "là je la joue mineur mélodique de La", ou encore "il me faut jouer ce plan en mixolydien". Si ça permet de comprendre, ça n'exclue en aucun cas la pratique, et je préfère celui qui sait comment ça sonne, à celui qui sait comment ça s'appelle !

Par contre, il me semble impératif de maîtriser la bonne connaissance (maîtrise) des intervalles sur le manche avec une totale appropriation de la perception consciente (proprioception) des écarts entre les notes. Dans le pire des cas, ne pas savoir que l'on joue un Do n'est pas bien grave tant qu'on l'associe à d'autres bonnes notes, y compris sans savoir que l'on joue des fragments d'une gamme nommée d'une certaine manière dans les bouquins.

Une notion importante à anticiper, c'est ce qui constitue notre patrimoine culturel référent. Il ne s'agit pas là de maîtriser le répertoire complet d'un grand guitariste, tous les titres, tous les albums, toutes les collaborations, ... C'est beaucoup plus abstrait que ça : je parle de ce qui compose ce que nous entendons de manière générale, c'est à dire le maximum de suites harmoniques (cadences et degrés) qui caractérisent les morceaux de notre environnement culturel influent.

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Un improvisateur ou un compositeur connaît, parfois sans le savoir, les "ficelles" des compositions qui constituent notre bagage culturel depuis des siècles. Greensleeves, les Pièces pour flûtes de Bach ou Amsterdam de Brel, c'est finalement la même suite harmonique. Les slows hard-rock FM de Scorpions ou les ballades de Gary Moore, c'est la suite d'accords de Autumn Leaves, ... et il y en a bien d'autres. Les grands standards contemporains sont construits sur des cadences identiques.

Et la recette fonctionne : ça nous rassure, c'est de la valeur sûre mélodique qui garantit un succès, une présence dans notre culture, et qui fait le bonheur des musiciens qui ont compris qu'ils peuvent jouer facilement un morceau après la première écoute, juste par rapprochements et similitudes avec un autre qui comporterait les mêmes bases harmoniques.

Ces cadences sont connues, et si j'y fais peu référence dans ce site, c'est pour éviter de prendre parti sur les artistes ou sur un style en particulier. Depuis la cadence parfaite (V - I) Sol / Do à la très populaire cadence plagale (IV - V) en Fa / Do, des enchaînements convenus d'accords (IV - V - I) en Fa - Sol - Do qui compose la séquence blues et rock ou celui plus particulier (II - V - I) en Rém / Sol / Do qui sert de base au jazz, voire les Anatoles (I - VI - II - V ou I - VI - IV - V) qui sont la base de la chanson populaire, les suites harmoniques reprennent des schémas assez similaires et l'improvisateur n'est pas surpris s'il les a anticipés.

Certes, sur le papier (ou l'écran) ça ressemble à de la théorie musicale, mais en réalité, d'un point de vue sonore, ces séquences convenues font la musique populaire depuis très longtemps. Et à la longue, ça en devient même frustrant de retrouver sans cesse les mêmes progressions, au point de ne plus pouvoir écouter un morceau de variété sans trouver l'analogie avec un autre, ... et de fâcher tout rouge ceux qui n'ont pas porté la même attention à l'écoute et n'ont pas trouvé la moindre similitude, convaincus d'être en face d'un artiste accompli, original et novateur. Blasés que nous sommes, nous les musiciens !

Enfin, il existe encore quelques règles de composition. Au-delà des évidentes structures (Intro - Couplet 1 - Refrain 1 - Couplet 2 - Refrain 2 - Pont - Solo - Refrain 3 Ad Lib), on retrouve des constructions mélodiques de solo totalement similaires, avec des montées en puissance et des descentes prévues pour remonter de plus belle qui favorisent l'intensité émotionnelle. Des plans joués "normalement", puis plus rapide pour gagner en intensité, ou à l'octave car les aiguës favorisent l'explosion des sens... que de règles assez évidentes après une simple analyse, mais qui constituent la base de toute bonne improvisation "bateau" de l'environnement musical de Monsieur Lambda.

Il n'y a pas de cours d'improvisation ni de composition, ni même de raison d'en proposer un programme complet, une méthode, tant le sujet est complexe et fait plus appel à un sens inexplicable textuellement, plutôt qu'à des formules établies. Mais en fin de compte, cette capacité d'analyse mise en exergue semble, à mon sens, être l'approche la meilleure : développer sa maîtrise de l'instrument et ses influences n'est en aucun cas un frein à la créativité, et si vous proposez quelque chose qui sorte des standards, vous risquez de vous heurter à un public réfractaire qui vous jugera mauvais compositeur ou mauvais improvisateur.