Accueil Battle's guitar
la réverbération




La réverbération est un effet qui résulte de la résonance d'un son dans un contexte naturel : dans une petite pièce, le son semble ne pas "rebondir" sur les murs de la même manière que dans une grand hall ou dans une église. Sans parler des répétitions du son, caractéristiques de l'écho que l'on entend lorsque l'on pousse un cri en montagne par exemple, la réverbération naturelle d'un son est intrinsèquement lié à l'environnement d'écoute.

On a donc un effet assez ample dans des lieux spacieux où le son mettra "un certain temps" à réverbérer, et un effet plus réduit (plus proche d'un signal brut) lorsque l'environnement est réduit. C'est pourquoi, lors des premiers enregistrements, il n'était pas rare de placer les baffles dans une pièce particulière afin de capter par un micro, le son ambiant ainsi enrichi de réverbération naturelle.

En plus de la distance entre les murs, le sol et le plafond, un autre paramètre important lié à l'effet réside dans la projection sonore par le haut-parleur, autrement dit un effet lié à la puissance d'émission du son, donc directement celle de l'ampli. Un son faible résonnera donc "moins bien" ou plutôt différemment que le même son amplifié. Le rapport entre le volume de la pièce et le volume de l'ampli a donc compliqué l'obtention de cet effet ailleurs que dans des contextes naturels bien particuliers : les artistes n'allaient pas se produire uniquement dans des grottes ou des cathédrales pour obtenir ce rendu bien particulier !

C'est pourquoi l'embellissement du son par la réverb que l'on entend aujourd'hui est principalement le fruit de la simulation d'un contexte d'écoute : on reproduit artificiellement la réverbération d'une pièce, d'un hall de gare, d'une salle de concert, d'une cathédrale, ... car il est impossible autrement d'obtenir dans un studio de répétition, sur scène ou dans sa chambre, un effet qui n'est généré naturellement que dans des contextes bien précis.

Battle's guitar

La réverb intégrée à l'ampli Fender Twin Reverb est l'un des dispositifs les plus copiés de réverbération à ressorts

C'est pourquoi la réverbération a probablement été l'un des premiers effets produits, puisqu'il était connu de tous les auditeurs et naturellement présent dans le quotidien de beaucoup. Les premières réverbérations étaient des systèmes de ressorts (spring reverb) ou de plaques métalliques (plate reverb) qui étaient raccordés à des électroaimants pour simuler une résonance. Un potentiomètre permettait de varier l'intensité de l'effet et le dispositif contenait dans de grandes armoires et se destinait à une utilisation en studio.

Il ne faut pas oublier qu'une réverbération se rencontre aussi bien sur la guitare que sur la basse, la batterie, mais avec des intensités et des typologies de résonance différentes : sur une guitare solo, on préférera l'amplitude et la spatialisation d'un hall alors qu'en rythmique, le son autorise un rendu moins ample, plus sec ou plus "dry" propre à une pièce (room reverb). Sur une batterie, on aura un effet de coupure assez rapide de la résonance, juste pour grossir la caisse claire par exemple, par contre, l'effet pourra être plus ample et plus long dans le temps sur une cymbale.

De plus, il est possible que dans un morceau, on souhaite également varier cette réverbération si l'on utilise plusieurs sons (clairs, saturés, ...) ou plusieurs autres effets. De plus, l'effet doit se mêler aux réverbérations souhaitées pour les autres instruments et le dosage se veut à la fois rigoureux et parcimonieux. Enfin, un réglage conviendra en répétition mais devra être modifié en club, sur de grandes scènes, à l'intérieur, à l'extérieur, ... en fonction du remplissage de la salle, et même de l'altitude.

Au début, les ressorts et plaques étaient intégrés à des meubles assez volumineux, ce qui réservait l'effet à quelques studios mais rendait impossible de le transporter dans les salles de représentation. Il a fallu que des ingénieurs travaillent sur la miniaturisation de l'effet pour l'intégrer dans des modules transportables, voire directement dans les amplificateurs pour simplifier, et surtout faire face à la demande croissante des musiciens et du public.

Très rapidement après l'apparition de l'amplificateur à lampes destiné au grand public au début des années 1960, la réverbération a été intégrée au dispositif (comme le moins célèbre trémolo, d'ailleurs) afin de permettre un réglage en fonction des contextes de jeu et en rapport avec les autres membres du groupe. L'effet a longtemps été le seul effet avant que la fuzz ou la wah-wah ou l'écho ne viennent compléter la panoplie du guitariste. Ce qui contribua à l'avènement de certains styles de musique, notamment la surf music, mais aussi l'explosion du rock et de la pop.

Les amplificateurs construits alors étaient prisés aussi bien pour la puissance de l'amplification, le grain sonore qu'ils délivraient en overdrive mais aussi pour le rendu de la réverbération. Le Fender Twin Reverb en est une illustration assez connue et même réputée, qui fait encore office de référence et dont l'effet est repris et émulé numériquement dans de nombreux processeurs d'effets.

Battle's guitar

La réverb à ressorts fut l'un des premiers modules à reproduire l'effet naturel de manière réaliste

Mais si un ampli disposait d'un variateur et offrait plusieurs intensité de réverbération, le type de réverbération était assez peu paramétrable et les constructeurs d'émulateurs électroniques s'y sont cassé les dents de nombreuses années jusqu'à l'arrivée du numérique dans les années 1980. Depuis, des modules intègrent plusieurs réglages et reprennent plusieurs types de réverbérations depuis la reproduction naturelle des contextes de jeu (hall, room, ...) jusqu'à l'émulation des modèles vintages à ressort ou à plaques.

On trouvera comme réglage le fameux LEVEL qui définit le taux de réverbération et qui correspond au paramètre TIME des effets numériques caractérisant la durée de l'effet. Plus ce temps est long, plus l'amplitude de la réverbération est grande, le "rebond" des sons contre les parois est d'autant plus long que la pièce est grande.

Autre réglage le PRE DELAY qui détermine le court temps de retard (moins de 70 ms) avant que l'effet ne se déclenche. Ce réglage permet d'ajouter un peu de clarté à l'effet et de bien discerner le son original du son enrichi des réverbérations. Son utilisation peut surprendre, mais elle contribue au réalisme de certaines réverbérations, et permet aux notes, parfois rapides, de bien se détacher dans le phrasé tout en conservant une dynamique quelque peu "amortie" par la réverbération.

Des réglages de DAMPING sont courants, permettant d'atténuer les basses fréquences (LOW DAMP) ou les hautes fréquences (HI DAMP) dans la réverbération, et ainsi donner un plus grand réalisme concernant la réflexion du son selon le type de mur ou de paroi, car un mur carrelé donnera plus d'aigus et de courtes réflexions qu'un mur en bois ou en matériau moins dur qui favorisera la réflexion des basses.

Le réglage de MIX définit le taux de réverb par rapport au signal non traité. Ce réglage est important dans le traitement afin, là encore, de donner plus de réalisme mais aussi pour éviter le côté "envahissant" de cet effet qui remplit l'espace sonore de manière avantageuse et doit souvent être utilisé avec plus de mesure. N'oublions jamais qu'un signal trop riche est plus complexe à traiter et que retirer de la réverb en post-production (après le mix) reste un réel challenge.

Évidemment, les modules numériques ont intégré des processeurs d'émulation qui vont "typer" l'effet afin de proposer un réglage plus précis, ce qui donne lieu à des terminologies assez évocatrices : SLAP (ou GATE) pour une réverbération courte, BOUNCE pour un effet plus dense, GARAGE, CHAMBER (ou ROOM) ou HALL pour des émulations de pièces de la maison, STUDIO, ARENA, CATHEDRAL, ou CANYON pour des reproduction des contextes de réverbération propres à des lieux. Enfin, SPING ou PLATE reprennent les premiers émulateurs mécaniques et analogiques de l'effet, par des ressorts ou des plaques métalliques.

Battle's guitar

La réverb à plaques donne un rendu réaliste mais contient dans un "meuble" et se réservait uniquement aux studios d'enregistrement

La réverbération se placera en fin de chaîne, après le delay. Il y a d'ailleurs débat sur l'utilisation combinée de ces deux effets de spatialisation, l'un ne se substituant pas à l'autre, même si, dans l'espace, les réverbérations peuvent être assez proches de courtes répétitions. Tout est question de réglage et d'utilisation, encore une fois modérée, des deux effets de manière combinée.

Là encore, dans l'utilisation, peu de guitaristes souhaiteront se dispenser de réverbération en jeu live (répétition ou concert) tant il est important pour le rendu final du son. Le son sans réverb sortira assez "nu" et peut engendrer des différences notoires dans le rendu final. En enregistrement, les modules numériques des studio et les logiciels des home studios proposent des émulations très convaincantes dont il serait dommage de se priver, le son sera enregistré brut afin de pouvoir retenir le meilleur réglage.

Où le placer ? En utilisation directe, il faut privilégier, comme pour les répétitions (delay) et certaines modulations (chorus, flanger) de positionner le module dans la boucle d'effet de l'ampli. Si l'effet fonctionne très bien en insertion directe, il est avant tout pensé pour être placé après l'étage de pré-amplification d'un ampli, donc après le delay dans la boucle d'effets.

Battle's guitar

La réverb TC Electronic M5000 reste une référence des studios

Quel format ? La réverb a mis longtemps à exister en pédale, assez complexe à produire, elle était encore assez chère dans les années 1990. Aujourd'hui intégrée au moindre module numérique, la réverbération est intégrée à quasiment tous les processeurs, dédiés ou non. Proposée au format rack, elle existe en pédale, voire programmable dans les pédaliers multi-effets, ce qui rend possible son activation et changement sur simple changement de son (les guitaristes aiment).

Si le format rack est moins employé, il reste le champion des traitements avec les modèles TC Electronic M5000, Lexicon MX300 ou Alesis MidiVerb que l'on trouve dans tout bon studio digne de ce nom et de nombreux home-studio, puisque ces équipements assez anciens sont aujourd'hui revendus d'occasion pour moins de 100 €. Peu pratique, il séduit moins le guitariste amateur, mais reste exploitable aussi bien pour le chant que la guitare ou la batterie.

Les plug-ins et autres logiciels d'effets pour home-studio informatique sont aussi convaincants que les modèles rack, offrant un traitement assez standardisé donnant un rendu très efficace pour un petit budget. Moins utilisables en jeu live, ils restent réservés à des paramétrages complexes et des contextes particuliers d'enregistrement.

Si les réverbérations intégrées aux amplificateurs sont encore les modèles les plus utilisés (malgré quelques problématiques de souffle) on rencontre plutôt cet effet dans les modules numériques de type pédaliers multi-effets. Les réglages d'usine parviennent souvent à trouver son bonheur, mais les plus pointilleux pourront s'en donner à cœur joie et améliorer leur son de manière plus détaillée.

Enfin, des pédales individuelles proposent aujourd'hui un traitement de qualité avec des modules à lampe comme le Blackstar HT-Reverb, ou les pédales numériques Boss '65 Fender Reverb ou RV-5, la Electro Harmonix Holy Grail qui reste une référence ou les plus récentes TC Electronic Nova Reverb ou Hall of Fame. Les sons sont assez directs, obtenus avec des réglages assez simples et efficaces, permettant un paramétrage plus fin qu'un simple potentiomètre sur un ampli et surtout, la variation suivant plusieurs types de presets existants.

Battle's guitar

La réverb Holy Grail d'Electro Harmonix reste un module prisé de qualité

Ne pas utiliser de réverbération n'est pas un défaut, parfois la pièce, la salle, permet de donner naturellement une réverbération efficace. Par contre, ne pas du tout l'intégrer dans son jeu est, selon moi, une erreur, car des symphonies ayant été composées pour être jouées dans une église à la réverbération si particulière. Seule ou combinée à quelques autres effets (même un delay bien dosé) la réverbération donne une ampleur au son qui le démarque nécessairement autrement que par son grain ou sa puissance. Effet subtil, donc, mais grandement efficace.