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les bobos du guitaristes




Le syndrome du collectionneur

Mettons tout de suite de côté celui dont la passion est une collection de matériel, et considérons ceux qui se revendiquent guitaristes et qui finalement jouent peu mais possèdent beaucoup trop de matos, non pas à leurs yeux mais aux yeux de leurs proches.

Parfois, on ne s'en rend pas bien compte, mais ça vient d'une remarque formulée particulièrement par un membre de la gente féminine (le monde de la guitare est à l'évidence sexiste, le guitariste est dans bon nombre des cas masculin, mais je ne vous oublie pas les filles !). Qui n'a pas eu sa mère ou sa cop' (voire sa femme) qui déboule dans la pièce en hurlant : "c'est impossible, tu as trop de pédales !" (se décline aussi avec les amplis ou les guitares...).

De deux choses l'une, soit on a compulsivement acheté sans s'en rendre compte, la série complète des produits, un peu comme il semble indispensable de posséder la totalité des vignettes Panini, soit le besoin de tout ça est bien réel, et c'est plutôt difficile à justifier.

Parce que si l'on conçoit, seulement après quelques décennies de recul (euh... !) qu'une LesPaul + une Strat combinées avec un Marshall et un ampli Fender, ... et quelques effets, une wah, une pédale de modulation, ... suffisent, on ne se rend pas bien compte au début de ce que ça nécessite en investissement financier et personnel (peut-on réellement utiliser toutes ces pédales ?).

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Mais après tout, les filles possèdent parfois plusieurs dizaines de paires de chaussures sans pour autant se servir de toutes : certaines sont neuves et ont juste été essayées, d'autres achetées en prévision de l'achat d'un débardeur de couleur orange, ... et il faut bien avouer, on ne comprend pas toujours.

A moins que l'on dispose aussi de près d'une centaine de T-shirts et que le syndrome du collectionneur nous paraisse normal... ce type de comportement ne s'explique pas d'avantage pour les pédales, les guitares ou les chaussures. Le problème, c'est lorsqu'on ne se rend pas bien compte qu'il nous les faut quand même quoiqu'on en dise.

Le guitariste, passionné, se livre assez souvent à cette "course à l'armement" de manière inconsidérée, sans ménager ses finances ni celles de son couple (sa famille) comme par addiction. La gravité du phénomène se mesure proportionnellement à son acharnement à se séparer d'une partie de son matos, à sa psychose de se le faire voler. Certains ouvrent leurs placards juste pour recompter !

D'autres sont tellement sensibles au fait de se sentir "nus" s'il ne disposent pas des 98 modélisations présentes dans la nouvelle version de leur boîtier multi numérique. Un peu comme les geeks qui mettent un point d'honneur à disposer d'un ordinateur sans virus, avec l'ensemble des mises à jour et aux disques durs défragmentés...

Ce mal est le pire, et il est rare que celui qui en souffre s'en rende compte par lui-même. Ça finit par passer "naturellement" avec le temps, comme pour les 100 paires de chaussures qui passé 80 ans se transforment dans beaucoup de cas (pas tous !) en une demi douzaine de paires de charentaises. Il vaut mieux s'en rendre compte avant, pour faire plaisir à Bobonne, à son banquier, et sortir de la démesure. Mais ce n'est pas simple, évidemment.

Et les remarques désobligeantes ne feront qu'accentuer le phénomène et engendrer un repli sur soi qui ne conduira qu'à compléter la collection. À moins d'avoir droit à l'ultime reproche, celui qui blesse car il vient de l'être qui vous est le plus cher (femme, enfant, ami, ...), et qui est aussi candide que pertinent : "Eh ! Tu arrives à te servir de tout ça en même temps ?".

Comme il n'existe aucune norme en la matière, il est difficile de prodiguer le moindre conseil là-dessus. Si c'est votre business, les investissements se justifient évidement, un électricien ou un mécanicien dispose bien d'une armée de tournevis ou de clés. Maintenant, s'il faut savoir raison garder, il faut aussi savoir ce qui est raisonnable ou non... A vous de juger et de réfléchir là-dessus.

La charrue avant les bœufs

Le syndrome du collectionneur atteint souvent celui qui n'a en aucun cas de justification cohérente lorsqu'on le dit affublé de ce mal : si un pro peut justifier l'outrance de son "gear" (encore que, j'en connais de très minimalistes), celui qui n'a pas le niveau manque d'argument face à un reproche sur son matos.

Il ne s'agit pas nécessaire d'une multitude d'investissements dans ce mal là, mais plutôt de ce qui justifie l'investissement lui-même. Une Fender à 3000 pour débuter, un ampli de 100 watts pour jouer dans sa chambre, un multi de 250 numérisation pour commencer la guitare, ... autant de démesure dans le choix d'un matériel qui fait dire que la personne "met la charrue avant les bœufs".

Même si le niveau ne justifie pas toujours l'investissement (les meilleurs font bien des miracles avec une pédale de disto orange à 60 un peu modifiée), c'est souvent sans prendre en considération le besoin réel que les achats les plus démesurés sont réalisés. Le coup du 100 watts dans sa piaule en est un parfait exemple : même si c'est celui de son idole, il n'en restera pas moins exploitable dans une résidence conventionnelle à moins d'habiter seul à 4 km du voisin le plus proche...

Pour ce qui est d'une guitare "too much" pour un débutant, autant se l'avouer, s'il a la chance de jouer sur ça, tant mieux pour lui. Si au fond de soi, on peut considérer que c'est "de la confiture au cochon", on peut aussi espérer qu'il est aussi bien qu'il ait le meilleur du son, de la lutherie, pour se familiariser avec cet ingrat instrument qu'il pourra ainsi conserver et chérir toute sa vie. Ça fait mal, mais ce n'est pas si terrible s'il n'a pas mis sa famille sur la paille pour la payer sa belle gratte, que grand bien lui fasse !

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Mais ce mal est aussi rencontré dans l'attitude : le gars qui apprend à jouer comme Hendrix avec la langue et les dents avant de pouvoir enchaîner deux accords paraît bien ridicule. On lui reprochera de frimer, de copier alors qu'il ne possède pas le niveau du maître. Rien n'empêche de le faire, sinon l'attitude irrespectueuse de son entourage qui criera au loup. Si l'excès contribue en privé à la motivation et si tout le monde s'est retrouvé à rêver de virtuosité devant la glace, ce type d'attitude est condamnable en public.

Le pire, c'est celui qui agit ainsi sans s'en rendre compte. C'est souvent le même qui roule vite pour impressionner les gonzesses, celui qui a une BMW pour rouler 10 km par jour les vitres ouvertes avec Skyrock à fond, celui qui porte des chaussures de running à 150 pour ne pas courir plus de 20 m dans la semaine... ET dans notre société où l'image prend le dessus sur la raison, ce syndrome n'est plus réservé aux ados immatures, il attaque même les adultes actifs et sensés.

Ils ont le droit, et finalement cette simple liberté prendra le dessus sur la justification de leur attitude ou de leur achat. Jugez, avec un peu de recul, que ça ne peut pas laisser indifférent. Mon propos force nécessairement à creuser des écarts entre les individus, mais je ne peux penser qu'il s'agisse bien là de liberté, mais plutôt d'une tendance à développer une autre maladie :"l'aérophagie lombaire" connue aussi sous la dénomination "péter plus haut que son cul".

La maladie du "je tourne en rond"

C'est un des pièges dans lesquels il est difficile de ne pas tomber. Dans son apprentissage de l'instrument comme après, dans bon nombre de cas le guitariste ne sais plus comment "progresser" ou quoi jouer parce qu'il arrive à une étape correspondant à un pallier, à une déprime.

Une fois les pentatoniques maîtrisées, beaucoup de ceux que j'ai croisés ont eu ce coup de blues (ah-ah ! c'est le moment où jamais pour employer cette terminologie bivalente) en voyant qu'ils pouvaient improviser à l'infini sur les grilles à 3 accords de leurs idoles (du moment, les idolâtries sont éphémères, vous le savez bien, vous les vieux du fond de la salle !).

Après ce "cap" passé, les débutants ont parfois éprouvé un tel sentiment d'avancée que leur progression semble marquer le pas. Les seules notes improvisées sur les quelques backtracks sont issues des pentatoniques et ils ont, parfois difficilement, atteint un but. Leur diversification musicale se voit alors "endormie", anesthésiée par l'aboutissement.

Pourtant, si les pentatoniques ne constituent en aucun cas la seule issue (même pour un bluesman en culotte courte), l'individu a du mal à diversifier son centre d'intérêt, et "décroche" un peu de sa dévorante occupation. C'est une forme de déprime musicale.

On retrouve aussi ça chez le guitariste confirmé qui jouait en groupe jusqu'à ce qu'un jour, sa vie professionnelle ou familiale lui impose de raccrocher pour des raisons ô combien frustrantes de priorités. Celui-là qui avait sa place dans un système (un groupe) se voit contraint de l'abandonner. L'idée première qui l'habite, c'est de s'y mettre en solo, avec son ordi, juste en jouant pour le fun.

Celui là encore ne va plus retrouver la sensation collective du travail de groupe, encore moins des prestations scéniques (s'il y avait représentation), et, la magie du travail collaboratif perdue ou oubliée de force, va le conduire à un isolement, musical, voire parfois social (ce qui est encore plus grave!). C'est une forme de dépression, là encore, qui conduit à laisser la pratique de l'instrument en bord de route.

Même si ça fait le bonheur des chineurs qui parcourent les kilomètres d'allées des vide-greniers, ces dépressions entraînent la revente de matériel: un musicien de groupe revendra au minimum son 100 watts de scène, voire quelques guitares pour ne plus conserver qu'un set assez minimal (et qu'il revendra par ailleurs plus tard dans bon nombre de cas, après avoir tout abandonné).

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Le guitariste qui n'arrive pas à se remettre en question remet plutôt en cause le fait de ne plus avoir l'ensemble des éléments qui le poussaient à jouer. Ce prétexte vu comme la cause de tous ses mots engendre de bien tristes conséquences de rejet et de refus, alors qu'il faut traiter le mal à la racine: l'origine de la dépression ne peut être combattue qu'en diversifiant sa pratique de l'instrument, non pas "en tuant le poussin dans l?oelig;uf".

Cette diversification, s'il est facile de l'évoquer, dans les faits est bien plus difficile. D'autant qu'elle ressemble souvent à l'exutoire de la dernière chance, celui qui précède la déprime médicalement reconnue. En gros, c'est plus facile à dire qu'à faire, comme toute les remises en question (perdre du poids, arrêter de fumer ou de se curer le nez au volant, voire les trois en même temps...).

Pourtant, je ne peux conseiller qu'à ceux qui ont atteint un cap avec les pentatoniques, de passer aux gammes majeures et mineures, de s'ouvrir à d'autres styles de musiques, d'autres musiques, même, où la guitare est au second plan. Le conseil est de toute façon valable pour bien des maux, la variété à ça de bon qu'elle suscite parfois un engouement improbable pour un autre style que celui pour lequel on pensait qu'on était destiné.

Il existe aussi d'autres approches, comme le fait de changer d'instrument. Passer à la basse permet de compléter sa palette pour pas trop cher. Beaucoup d'effets sont communs, une basse d'occase n'est pas une ruine et côté technique de jeu, l'apprentissage du manche n'est plus à faire, il reste tout le reste à développer! La diversification est évidemment plus important lorsque l'on décide de se mettre au clavier...

Il y a ceux qui "rebondissent" en passant du groupe au home studio, tout aussi chronophage mais pouvant, par définition, être pratiqué à la maison, il rassure quant aux comportements que l'on reprochait vis à vis des autres membres du groupe (tu fumais presque autant que ton batteur, tu passais trop de temps avec ton ancien bassiste, tu prenais la bagnole tous les week-end et tu me délaissais) et permet de se concentrer sur un travail assez solitaire mais vite gratifiant (les résultats sont rapides avec les derniers logiciels).

Il y a ceux qui passent le cap de "tourner en rond" dans un style, avec les mêmes partitions, juste en cherchant sur des sites comme Easyzic, un musicien proche de chez lui. Un débutant cherche parfois simplement à s'ouvrir à un autre, juste pour pouvoir s'exprimer autrement. Ces synergies sociales sont à l'origine de bon nombres de groupes et contribuent au développement social (le contraire de la déprime musicale) de soi. Se réaliser au travers des autres...

D'autres exutoires existent, comme rédiger un blog, donner des cours, Šheureusement qu'il y a des solutions à "l'enfermement musical". Je dirai même qu'il y a beaucoup de solutions, encore faut-il vouloir y jeter un œil au lieu de s'apitoyer sur son sort qui dans le fond n'est pas si triste: avoir la liberté de faire autre chose, c'est très positif dans le fond. Mais tant qu'on n'a pas eu le déclic, c'est un peu comme tout dans la vie: les dévorantes passions constituent trop souvent un voile bien opaque qui force à occulter le reste. Ôtons ces œillères... motivons nous!

Les maux physiques

Les barrés qui font souffrir les débutants comme les cordes qui font mal aux doigts de ceux qui manquent de pratique régulière, ce sont évidemment des traumatismes bénins qui passent avec le temps et la pratique mais qui rebutent certains. Je connais des enfants qui n'ont plus voulu jouer de guitare après leur première leçon parce que les cordes étaient trop tendues et blessaient le bout de leurs quatre doigts.

Les barrés aussi sont un tout petit cap à passer: les plus obstinés ne ressentirons rien, ceux qui focaliseront là-dessus auront certainement plus mal que les autres. Dans tous les cas, c'est moins douloureux qu'une mauvaise position de la sangle qui peut engendrer de sérieuses lombalgies. Il suffit, dans le premier cas, de piger le truc et ne pas crisper la main sur le manche tout en faisant des pauses (et non des poses) et travailler souvent et régulièrement ses barrés, ça passe très très vite avec la pratique.

Dans le deuxième cas, la sangle réglée à une mauvaise hauteur se gère psychologiquement: arrête de regarder ton nombril (au propre comme au figuré) quand tu joues! La guitare se place devant cet orifice qui ne sert plus à rien, , comme Ça, on ne le voit plus ! Ça calme ! ... et surtout ça soulage le dos. Car si ça fait "rock" dans l'attitude, la guitare portée au niveau des chaussettes ne facilite en rien le jeu, mais favorise à la longue; le mal de dos. JE pense par contre que les ceinture Gibaud ou les lotions au Synthol ne font "guitar-heroe" que dans les maisons de retraite.

Il y a surtout pas mal de blessures plus graves liées au transport du matos (les amplis de scène à lampes sont assez lourds!) ou au bidouillage de l'électronique (chocs électriques, attaques de fer à souder, u. La prudence est de mise, et il ne faut pas hésiter à faire participer l'entourage: celui qui s'y connait en électronique, celui qui a de gros bras pour soulever le 4x12...

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D'autres maux surviennent enfin par l'exagération de la pratique. Comme dans le sport, la pratique intensive de la guitare n'est pas anodine pour les articulations et le système musculaire et tendineux des membres supérieurs. Si l'on constate moins d'entorse liées à la pratique soutenue de la whammy, les tendinites et élongations de la main ou du poignet (voire de l'épaule ou des parties du bras, du dos, u qui sont liées à la pratique de la guitare sont nombreuses et fréquentes.

Il faut certes s'échauffer (inutile de se bousiller les doigts avec un gripmaster par exemple) sur le manche avant s'attaquer des enchaînements rapides de notes et des écarts trop importants. Si l'empan varie d'un individu à l'autre, il faut aussi rester conscient que physiologiquement, certains guitaristes virtuoses ont des prédispositions évidentes. Vous avez vu la longueur des doigts de Hendrix, Vai ou Paul Gilbert?

Là-encore, les risques son écartés avec une pratique régulière, des échauffements (si nécessaires) efficaces et minutieux, et Šbeaucoup de prudence. Les plus doués des sportifs le savent. A un très haut niveau dans la pratique d'un instrument, les risques sont les mêmes que dans le sport. Si dans l'attitude ces séances ne sont pas vraiment dans l'esprit "rock" du groupe, elles restent néanmoins nécessaires pour éviter de sérieux dommages physiques.

Les "à côtés" de la musique

Inutile de vous parler des dérives qui gravitent autour du monde de la musique, du spectacle, du rock. L'éternel adage "Sex, Drugs and Rock'n Roll" qualifie parfaitement le système musical et colle à l'image du musicien autant que des managers, groupies, techniciens, ... il y a autant d'anecdotes connues que de musiciens célèbres.

Les "modèles" adoptent parfois une attitude peu recommandable, ce qui les rend encore plus "intéressants" aux yeux des fans. C'est bien ça la rock attitude. Mais quand les dérives l'emportent sur le talent, il y a de quoi râler un bon coup... et réfléchir à ce qui séduit vraiment. Pour certains, c'est un tout, ça fait partie du personnage.

Mais à bien y réfléchir, le gars qui était porté au rang de star s'avère pencher pour certains travers complémentaires qui laissent inévitablement songeur. Si lui est un accro à la cocaïne, on peut imaginer qu'il serait encore meilleur dans son art sans cette addiction. D'autres prêtent aux substances des propriétés particulières qui permettent d'atteindre un certain niveau de performance comme un "super-pouvoir". Beaucoup tombent dans ce panneau-là.

D'autant que l'alcool, les stupéfiants, sont intégralement dans la panoplie du guitariste tout autant que les déboires sexuels et les autres abus en tout genre, comme les excès de vitesse. Ces abus ne sont uniquement dangereux, ils finissent souvent par avoir raison de l'artiste lui-même qui dans le meilleur des cas perd ses capacités, jusqu'aux cas de décès en tous genres. La dépendances aux substances diverses est certes destructrice pour l'artiste, mais autant ne pas atteindre ces extrêmes-là...

Inévitablement, le guitariste lui-même qui sombre lentement dans cette dépendance, mais aussi son entourage (sa famille, ses musiciens, ...) vont en pâtir. Il faut imaginer qu'un amateur shooté condamne le groupe entier de par son attitude abusive; l'alcool qui réduit les capacités de jeu et à la longue finit par annihiler les fonctions physiques de l'organisme, conduit aux mêmes finalités (fatalités ?).

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De jeunes talents ont eu une attitude démesurée face à ces tentations au point d'exploser prématurément avant même de se révéler au grand public. Au départ, ils ont voulu faire comme, puis ont aimé la progression, mais regrettent l'atteinte de ce point de non retour.... ils finissent par ne plus avoir d'ambition artistique, concentrés sur leur besoin d'assouvir cette dépendance.

Pour les artistes plus connus, des dérives encore plus excessives existent, liées principalement aux sommes d'argent qui gravitent autour du star-system. Les guitar-heroes connus ont un pouvoir d'achat qui est assez éloigné du mien (surtout du mien), comme du votre, et disposent donc de moyens financier leur permettant d'atteindre plus facilement les doses létales.

Et si les déboires des années 1960 à 1990 ont fait les choux-gras de la presse à scandale, il faut bien reconnaître que le rock et la musique faite à la guitare électrique a perdu son aura et ne séduit pas autant le public. Aujourd'hui, ces stars déchues boivent ou se shootent en silence, vont en désintoxication pour promouvoir leur album réalisé en réhabilitation et replongent de plus belle.

On est à un point où les frasques font partie du système: Rihanna montre ses seins pour que l'on parle d'elle. Elle fume, boit nécessairement, mais ce n'est plus aussi accrocheur qu'avant. Par contre, son talent de chanteuse doit égaler celui de danseuse, mais lorsqu'elle oublie de poster aux tabloïds quelques photos sciemment "volées" où l'on entrevoit un bout de ses nichons, sa maison de disque lui écrit probablement derechef qu'elle perd de sa "notoriété". Faut montrer son cul ou dégueuler sur scène juste pour ne pas se faire oublier...

C'est certain, le fait de s'exhiber dans les magazines, sert énormément ces people (qui souvent, à bien y réfléchir, sont des pseudo personnalités). Pour les moins célèbres, comme pour les célébrités, c'est devenu habituel de mettre en ligne la moindre photo sur son site Facebook, partager la moindre de ses émotions (oh là là, que d'émotions qui méritent vraiment d'être partagées !) ou de Twitter ses avis (j'aime ou j'aime pas, quelle objectivité) sans par ailleurs argumenter... Les plus populaires vont mème jusqu'à exhiber leur intimité pour exister virtuellement et gagner en intérêt (diffusion de Sex Tape suivie de démentis et excuses) pour gagner en notoriété. Qu'on m'aime ou qu'on me déteste, mais qu'on n'oublie surtout pas de parler de Moi !

Je ne suis pas là pour vous dire "touche pas à ci et fais pas ça...", ce n'est pas mon rôle. Mais je peux vous faire partager mon point de vue : de manière intègre, je crois résolument que le travail finit par payer et les artifices et compléments ne sont justement qu'artificiels. De nos jours, certains artistes affichent au contraire une certaine hygiène de vie: sport, régimes, ŠLes guitaristes sont devenus bodybuildés au fil des ans, rentrent encore dans bien des cas dans du 38 et ne sont plus photographiés en train de boire, de fumer ou se piquer.

Sincèrement, je pense que ces excès ont eu raison des capacités: on ne peut pas partir en tournée sans une forme de discipline pour tenir la distance. D'ailleurs, les abandons de tournée ne sont plus aussi populaires auprès des producteurs à une époque où seule la scène ou la presse people sont devenues leurs seules sources de revenus. Et je me dis que lorsqu'on parle trop d'un artiste dans les magazines, c'est que le dernier album n'est pas si bon ou que la dernière tournée ne fait pas autant recette,,,

La "schizophrénie" modérée du pseudo guitar-heroe

Le comportement évoqué dans "la charrue avant les bœufs" rejoint un peu celui-là. Ce n'est pas un bobo tant qu'il n'y a pas de chute! Mais il y a aussi un lien avec le chapitre sur les excès en tous genres, car on parle ici d'apparence, de paraître et de l'attitude du musicien qui, comme dans beaucoup de mondes comme certains sports ou certains loisirs, il y a une grande part de frime.

Du cycliste qui se rase les jambes pour faire 30 kilomètres tous les six mois au motard qui ne démarre pas sans sa veste à clous, on en connaît des frimeurs. Et dans la guitare, il y a beaucoup d'artifices qui "font" le guitariste, à tel point que beaucoup copient les originaux pour leur ressembler.

Ça peut aller des tenues vestimentaires jusqu'à adopter les mêmes poses, fumer les mêmes cigarettes, boire le même whisky, mais aussi concerner le matériel avec des mimétismes frisant le ridicule. Le soi-disant style de vie ainsi plagié finit par rendre dingue certains: j'ai toujours à l'image les fans de Johnny Hallyday qui (cas d'école) s'habillent, se coiffent, mais aussi parlent comme l'Idole des jeunes et s'affublent de guitares ridicules pour l'imiter jusqu'au bout. Si vraiment il y a un mec qu'il vaut mieux ne pas imiter à la guitare ou dans le discours, c'est bien notre Jojo national.

Mais je pense aussi au nombre incalculable de pauvres gars qui arborent jean déchirés et chemises de bûcherons, cheveux sales et guitares désaccordées durant leur période Curt Cobain. Ceux qui ont eu le cheveu hirsute et la lèvre ultra maquillée, le khôl excessif et la chemise noire ultra-longue du temps de The Cure. Les crados aux chapeaux qui se prennent pour Pete Doherty, ou encore les cheveux longs permanentés avec la chemise à jabeaux pour le look Malmsteen.

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Oh oui, les caricatures datent un peu, mais les héros aussi, reconnaissez-le. Aujourd'hui on trouve des comportements aussi excessifs mais des looks beaucoup plus démesurés, mais évidemment dans des styles assez éloignés du quasi-défunt rock ou hard rock. Par contre les gothiques ou recycleurs des fringues Halloween ont depuis fleuris dans le métal, et le "total look" est encore plus flagrant.

Il y a aussi le côté comportemental, la cigarette coincée sous la corde de mi derrière le sillet à la Van Halen, la bouteille de Jack Daniels à la Slash ou les insultes et doigts d'honneur repris des Sex Pistols alors que "Punk is dead"... C'est dire si les looks ont une incidence sur la personne influencée!

Reste à savoir si les fans de Vai font tourner leur guitare autour d'eux, si ceux de Satriani se rasent le crane ou ceux de Slash jouent torse-nus avec la guitare en bandoulière sous le genou... Certaines fois, on se dit qu'il ne faut pas déconner!