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comprendre et retenir les accords




Comme nous l'avons vu précédemment dans les deux autres sections consacrées à la théorie musicale et l'étude de la notion d'accord, la notation des accords respecte toujours une certaine logique, et si des divergences existent entre la notation latine et anglosaxonne, l'association entre notation et représentation sur le manche (en tenant compte des intervalles) reste assez simple à comprendre.

Pour reprendre cette approche et cette logique, il est parfois bon de reprendre les deux informations propres à la notation de l'accord :

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Évidemment, si ces notations fonctionnent pour les accords les plus simples comme ceux formés sur des triades Tonique - Tierce - Quinte par exemple, le fait d'ajouter une 4ième note (comme une Septième ...) complique quelque peu la donne, et les moins attentifs risquent déjà de chercher où se trouve cette foutue note complémentaire qui doit enrichir l'accord... Les quintes bémolées et autres accords de 4 sons suspendus, augmentés ou diminués demeurent un vrai casse-tête pour certains. Et là-dessus le progrès est venu perturber ou plutôt "rendre fainéant" : les diagrammes surplombent les notations de manière quasi-systématique, ou pire encore, des dictionnaires électroniques d'accords donnent la solution toute faite, sans que personne n'ait à se creuser les méninges ni à écouter vraiment.

Parce qu'un accord, ce n'est pas une simple mémorisation de positions des doigts sur les bonnes notes, ça se "sent", il faut qu'il y ait du feeling dans son interprétation, tant pour les accords les plus simples que les plus complexes. Si cette notion est vraiment propre à la pratique de la guitare (ou des instruments assimilés comme le ukulélé), elle n'existe pas vraiment à ma connaissance au piano, et les positions des doigts ne surplombent alors plus que les partitions pour débutants... C'est aussi lié au fait qu'un même groupe de 4 notes peut être joué à plusieurs endroits sur le manche sans vraiment sonner différemment du moins en théorie. Enfin, et fort heureusement, on se rend bien compte que les transcriptions de beaucoup de parties rythmiques sont aux antipodes de ce que peut jouer l'artiste sur scène ou en vidéo.

Parce qu'avec la pratique et l'écoute approfondie du morceau, on se rend parfois compte que le jeu n'amène pas à jouer toutes les notes d'une position d'accord complexe, ou que des notes complémentaires viennent s'ajouter, que des doigts "traînent" pour faciliter la transition entre deux accords, que des basses sont parfois jouées au pouce, qu'avec la pratique, les meilleurs ne jouent plus aucun barré mais juste les notes qui comptent...

Et puis, on passe tous par là, le fait de nommer un accord par sa fondamentale conduit à la situer sur les notes les plus basses, les cordes les plus graves de l'instrument. Mais on se rend bien vite compte que de nombreux accords (et c'est valable partout, au piano comme à la guitare) son renversés pour sonner un peu différemment (... et mieux, en général), ce qui, pour un autodidacte "fout tout en l'air" : la note la plus grave d'une position d'accord n'est pas nécessairement la fondamentale ! Un abus de notation est d'ailleurs spécifiquement mis en place pour ça avec la barre oblique suivie de la note, comme le montre le scéma ci-dessous :

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Pour moi, ce fut assez perturbant, et caractéristique des transcriptions de piano pour lesquelles on ne dispose pas de diagramme vraiment défini...

Autre élément perturbant, la couleur donnée par la tierce mineure ou majeure, ou encore, le fait que la quinte puisse être augmentée ou diminuée pour nuancer autrement la couleur de l'accord (de la triade).

Qualité d'accord Tierce Quinte Exemple d'accord
majeur majeure juste C (Do-Mi-Sol)
mineur mineure juste Cm (Do-Mib-Sol)
diminué mineure diminuée C° (Do-Mib-Solb)
Augmenté majeure augmentée C+ (Do-Mi-Sol#)

Et tout s'embrouille vite lorsque l'on sait qu'une quinte augmentée correspond à l'intervalle d'une sixte mineure... Ou encore qu'une triade est une supperposition de deux tierces : une tierce entre la fondamentale et la tierce, et une tierce entre la tierce et la quinte. "3M" est l'abréviation de "tierce majeure" et "3m" de "tierce mineure".

Qualité d'accord Structure
majeur 3M + 3m
mineur 3m + 3M
diminué 3m + 3m
augmenté 3M + 3M

Note : il n'existe pas réellement d'accord "tierce mineure-quinte augmentée" ou d'accord "tierce majeure-quinte diminuée", ces dissonnances faisant l'objet d'accords enrichis encore plus complexes que nous n'abordons pas ici...

Pour les tétrades (accords de 4 sons), c'est la même histoire, on superpose 3 tierces pour obtenir une triade ainsi qu'une note supplémentaire qu'on appelle "septième" qui peut être majeure ou mineure.

Qualité d'accord Tierce Quinte Septième Exemple d'accord
majeur 7 majeure juste majeure CΔ ou CM7 (Do-Mi-Sol-Si)
mineur 7 mineur juste mineure Cm7 (Do-Mib-Sol-Sib)
mineur 7M mineure juste majeure CmΔ ou Cm7M (Do-Mib-Sol-Si)
7 majeure juste majeure C7 (Do-Mi-Sol-Sib)

Les tétrades à quinte altérée sont moins utilisées dans les styles dérivés du rock et du blues, par contre dans des sonorités jazz, on les retrouve un peu plus et elles ne sont pas moins belles à l'oreille...

Qualité d'accord Tierce Quinte Septième Exemple d'accord
mineur 7 b5 mineure diminuée mineure Cm7b5 (Do-Mib-Solb-Sib)
augmenté 7 majeure augmentée mineure C+7 (Do-Mi-Sol#-Sib)
majeur 7 augmenté majeure augmentée majeure C+Δ ou C+M7 (Do-Mi-Sol#-Si)

Pour les accords à 5 sons, vous l'avez compris, on empile une tierce supplémentaire. Voici les accords à 5 sons que l'on rencontre le plus souvent.

Qualité d'accord Tierce Quinte Septième Neuvième Exemple d'accord
9 majeure juste mineure majeure C9 (Do-Mi-Sol-Sib-Ré)
majeur 9 majeure juste majeure majeure CΔ9 ou CM9 (Do-Mi-Sol-Si-Ré)
7b9 majeure juste mineure mineure C7b9 (Do-Mi-Sol-Sib-Réb)
7#9 majeure juste mineure augmentée C7#9 (Do-Mi-Sol-Sib-Ré#)
m9 mineure juste mineure majeure Cm9 (Do-Mib-Sol-Sib-Ré)

Dans les styles issus du rock ou du blues, d'autres types d'accords fréquents ne sont pas construits avec des empilements de tierces, mais sur la base de doigtés souvent basés sur des accords ouverts laissant sonner des cordes à vide, et déclinés en barrés pour le côté "planant" ou aérien... Ce sont des accords "sus" (abréviation de "suspendu") ou "add" (qui signifie "ajout" en anglais). On les retrouve dans des positions assez simples en open tuning, ce qui a permi de les populariser dans les années 1960, par exemple chez les Rolling Stones avec Keith Richards qui est un grand utilisateur de ces accords en open de Sol. Le groupe The Police a également donné dans les années 1980 quelques beaux exemples d'intégration harmoniques de ces accords un peu particuliers...

Qualité d'accord Remarque Exemple d'accord
sus2 ne contient pas de tierce mais une seconde majeure Csus2 (Do - Ré - Sol)
sus4 ne contient pas de tierce mais une quarte juste Csus4 (Do - Fa - Sol)
add9 contient une neuvième majeure mais pas de septième Cadd9 (Do - Mi - Sol - Ré)
madd9 contient une neuvième majeure mais pas de septième Cmadd9 (Do - Mib - Sol - Ré)

Pour rappel, reprenons les compositions des accords connus (on restera sur la tonalité de Do) :

On se rend alors bien compte que le jazz est le domaine de prédilection des accords complexes ou enrichis, souvent à plus de 4 sons, mais aussi d'accords "enbâtardis", ne comportant pas de quinte pour permettre un accompagnement plus riche du bassiste par exemple sur un rythmicien. Le soliste (guitare ou sax, ...) aura un terrain de jeu élargi et la création et l'improvisation gagneront en diversité... Ces sonorités se retrouvent alors dans le rock instrumental ou progressif qui restent basés sur la musique destinée en partie à un instrument soliste. Des diagrammes de ces accords vous sont donc présentés ci-dessous pour vous permettre de retenir des positions assez courantes (il en existe bien d'autres) de ces accords particuliers, pas comme les autres, avec un repère de notation digitale (numéro des doigts) pour faciliter le jeu.

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Au travers de règles harmoniques, de cadences particulières, des suites d'accords intègrent des enchaînements d'accords simples et complexes. Les bases du rock comme le jazz donnent bien souvent dans "le réchauffé", mais le style classique est aussi le constat d'emprunts de thèmes et mouvements, d'une période (classique, romantique, ...) à une autre, et l'on retrouve le même pillage ou plagiat qui font penser tantôt qu'Amsterdam de Jacques Brel est inspiré, de Beethoven ou de Greensleeves, et que bon nombre de compositions contemporaines puissent reprendre toute ou partie de la suite d'accord (éventuellement transposée dans une autre tonalité).