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mon parcours et mes influences




Mon premier contact avec la guitare fut une transmission par les membres de famille directement : il fut dans un premier temps auditif, puisque c'est Hendrix, Pink Floyd, Led Zeppelin, Santana ou John Lee Hooker qui passait en boucle sur des 33 tours dont la pochette me laisse encore rêveur. Ces groupes étaient activement écoutés par mes parents (et par moi, ...) en lieu et place des Luis Mariano, Dutronc, Sheila ou Claude François que l'on retrouvait chez les parents des copains. Autant dire que chez eux, ça manquait de saveur ! D'autant que mon père trouvait un malin plaisir à me sortir le disque de la version originale en anglais que les Richard Anthony, Halliday, Sasha Distel et consorts avaient lamentablement adapté.

Dans la "pièce des soirées", chez mes parents, où tout le monde s'asseyait à même le gros tapis de laine blanc (pleine période hippie post 70's) mon oncle et mon père échangeaient quelques enchaînements d'accords basiques (dont les diagrammes étaient plus ou moins respectés, par manque d'académisme et dans un esprit de rébellion permanente) sur une guitare folk achetée 20 francs lors des vacances espagnoles et adolescentes de mon père. J'avais alors 7 ans peut-être et me destinais plus au chant qu'à l'apprentissage de cette grosse guitare qui faisait mal aux doigts. En lieu et place d'un médiator, je me souviens de mon père jouant avec un cure-dents des passages folk, et parfois hispanisants ou flamenco.

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D'autant que la tenue d'accord plus qu'approximative me fatiguait alors sur ce modèle assez mal fini et pour lequel je me demande encore pourquoi la tête et les mécaniques étaient similaires aux modèles classiques avec cordes nylon, mais l'attache sur la moustache typiquement folk. Je demandais à mes parents l'orgue Bontempi pour la Noël. Dessus, une section d'accords tout prêts (notation anglo-saxonne), et quelques réglages de soufflets (les claviers électronique n'existaient pas encore ou à des prix exorbitants !).

Je régis moi-même les progressions de base sur cette petite partie du clavier et notant les cadences des airs populaires (au sens variété pop) du moment. C'était ma retranscription à moi. Les modulations (m, # et 7) étaient permises pour l'ensemble des touches A, B, C, D, E, F et G, mais à l'époque, je n'avais aucun bouquin et surtout aucun professeur pour expliquer les règles de l'harmonie. Je ne savais même pas qu'un G était un accord de sol, lorsqu'il était majeur, c'était un "normal", mineur, je le désignais littéralement comme "triste" et 7ième pour les "transitions".

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Malgré tout, mes relevés (à l'oreille) s'avéraient très rapidement relativement justes, et sans prétention, je pris plaisir à retranscrire (parfois dans des tonalités éloignées du morceau original qui passait à la radio) des tas de morceaux, parfois aux structures complexes. Ma découverte de l'harmonie me donna le goût pour l'accompagnement du chant que je pratiquais puissamment, de ma voix grave qui n'avait pas encore mué. Sur la guitare, je faisais de vagues rapprochements des principales positions d'accord (majoritairement une vingtaine d'accords de base, ouverts dans la plupart des cas) avec les accords tout prêts du Bontempi.

Mais le jeu de guitare essentiellement rythmique du plus doué des membres de ma famille (mon oncle) ne se limitait pas à ces accords de base. Il savait jouer en accordage standard (plus ou moins quelques demi-tons) mais aussi en open de sol, puisqu'il reprenait principalement The Rolling Stones... Toutes ces transformations compliquaient énormément le jeu de la guitare, mais générait un intérêt certain pour cet instrument qui me semblait à cette époque à mi chemin entre le clavier où tout est presque fait (il n'y a plus qu'à appuyer sur les touches au bon moment), et le violon suspendu au mur, qu'il fallait systématiquement accorder et pour lequel il fallait "sentir" où poser le doigt pour faire la bonne note sur la bonne corde.

En grandissant, mes années collège me donnèrent le savoir technique pour comprendre les notions de longueur de cordes vibrantes. Puis, de nouveaux guitaristes éveillaient énormément ma curiosité, avec un jeu fluide, mélodique et surtout, sur des musiques acceptées par mes copains qui rejetaient massivement les Grands du Rock (Hendrix, Led Zeppelin, ...) et du Blues. Typiquement, à l'adolescence, dans les années 80, Dire Straits, Police et Toto enchaînaient les tubes qui faisaient l'unanimité dans la classe.

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C'est alors que Mark Knoplfler déclencha en moi le frisson ultime : il me fallait apprendre à jouer à la guitare les morceaux de son groupe, autrement que ceux que je reproduisais avec le Bontempi. Même si j'avais (en secret pour mes copains, la honte, ce clavier !) développé ma propre technique pour jouer à l'oreille les principaux riffs de guitare, il m'était compliqué de jouer des deux "parties" du Bontempi en même temps. Et puis le son me dérangeait énormément, ce souffle, ... Je jouais alors sur la base d'une technique personnelle développée par le travail à l'oreille, la mémorisation des écarts entre les notes, et la notation "de proche en proche" se faisait en repérant les touches par les numéros qui étaient utilisés dans la méthode normalement vendue avec le clavier, mais que le Père Noël avait dû zapper !

Evidemment la notion d'accord était alors complètement incompréhensible... la seule idée d'associer plus de deux notes ne me venait pas instinctivement à l'idée, et comme les vidéos n'existaient pas, j'imaginais que ces "pirouettes" harmoniques étaient le fruit d'une bidouille d'enregistrement ; le multipiste pouvait par contre émaner de mon imagination, puisque Hendrix pouvait jouer à la fois la rythmique et des voicings ou solos simultanément sur les enregistrements, et que je n'envisageais pas une seconde qu'il ait pu faire appel à un complice, un gars aussi doué que lui, pour l'accompagner !

Enfin, les premières émissions télé intégrant le style rock : en même temps qu'une déferlante punk médiatisée vers la fin des années 70 et le début des années 80, non plus pour des raisons musicales mais pour les frasques qui défrayaient l'actualité (sans être "people"), je me consternais par la suite en apprenant que pour nombre de mes idoles, beaucoup avaient connu des pertes d'un élément du groupe noyé dans son propre vomi, suicidé ou assassiné... De Hendrix à Brian Jones, Lennon à Morisson, Marley à Bonham, ...

Les destins tragiques découverts dans quelques articles-hommages des magazines qu'achetaient mes parents (Elle, VSD, ...) me choquaient autant qu'ils m'intéressaient (il n'y avait pas autant de démesure dans la manière de mourir chez les interprètes classiques, les joueurs de flamenco et les contrebassistes de jazz !).

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Je me souviens également d'un passage d'un groupe d'extra-terrestres le temps de midi (à une heure de grande écoute) : Van Halen et son chanteur en collants, son guitariste qui joue vite, ... tout ça chez Danièle Gilbert ! Plus tard, "Les Enfants du Rock" reprenaient les clips du MTV américain, et le jeu de scène montrait les instruments live, et pas comme en France où un chanteur qui faisait du playback ou chantait devant un orchestre dont les musiciens jouaient tous derrière un pupitre (les shows télévisés des Carpentier).

À la radio, et avec mon niveau de culture "collège", je ne soupçonnais pas la puissance scénique de ces groupes, de cette musique, et le "gars du clavier" ne faisait alors pas rêver ! Je pris donc l'initiative d'atteindre mon niveau harmonique développé sur le Bontempi, sur la guitare de mon père. J'étais persuadé que c'était le seul instrument qui puisse permettre de jouer dans des configurations de 3 ou 4 musiciens, en tenant le devant de la scène... ce qui aurait aussi pu plaire aux filles, et qui, par conséquence, ne me déplaisait pas non plus : j'ai toujours eu ce penchant pour faire mon intéressant en me levant sur une chaise en fin de repas et raconter toutes les bêtises qui me passaient par la tête, en faisant des imitations, et en disant des gros mots (qui n'étaient plus permis lorsque je redescendais sur le plancher des vaches !).

Et j'y arrivais, en secret, et je développais les arpèges, mes propres diagrammes d'accord, mes règles harmoniques et quelques petits riffs basiques. et le jeu à l'harmonica, toujours à l'oreille, par la technique du jeu "au ralenti" et puis en "vrai" par-dessus le disque. J'appris à m'accorder par-dessus le clavier et à jouer harmonica + guitare (à la Dylan). En plus, un court séjour en Andorre me permit de ramener un tout petit clavier Casio à 60 francs aux touches minuscules qui fonctionnait sur piles, et qui me proposait une section de presets rythmiques pour reproduire mes morceaux préférés. La combinaison sonore de deux touches (polyphonie très limitée sur ce Casio) était impossible et les accords "tout prêts" avaient disparus, c'était donc comme un harmonica pour moi, mais un terrible outil de transposition que j'utilisais avant d'attaquer le jeu sur cordes.

Après les vendanges à mes 16 ans, j'investis dans une guitare classique à cordes nylon, un accordeur à sifflets, une housse et surtout une méthode pour débutant (en solfège) le tout pour 300 francs (45 € d'aujourd'hui !). Avec mes acquis sur la pratique scolaire de la flûte, je fis un lien évident avec le jeu guitare (malheureusement ce lien n'arriva qu'à mes 16 ou 17 ans !). Par paliers successifs, je réinventais la construction d'accords, les règles harmoniques, les progressions, les repères des notations...

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Puis une ou deux années plus tard je me vis offrir une guitare électrique Jim Harley copie LesPaul Studio (accastillage doré) que je jouais dans un ampli 30 watts Vester Maniac à deux canaux, complétés par une pédale DOD Classic Tube rouge qui sonnait très bien en définitive. Mes rencontres m'amenèrent à fonder un premier groupe (sans bassiste) avec un guitariste/claviériste et un batteur qui se déchaînait sur jouet Yamaha DD11... Puis les premières soirées pour lesquelles je m'équipais d'un Marshall Valvestate 8080, un tout premier multi-effet Korg, puis Zoom 9005, une copie de Stratocaster Jim Harley, et du matos de prise de son et une petite sono pour le chant (.... eh oui !).

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Avec l'aide de mon grand-père, électricien de métier; je me risquais aux rudimentaires actes de bricolage liés à l'électronique autour de la guitare, fabrication de cordons jacks pour commencer, conception de baffles additionnels, construction de pedalbords "maison", et obligatoirement le bidouillage de l'électronique de l'instrument, micros, sélecteurs, potentiomètres, ... Avoir dans son entourage quelqu'un de si précieux avec ce savoir et cette curiosité, a certainement contribué à développer mon goût pour la bidouille et la perfection du traitement du signal. Et puis que d'économies pour un tout jeune groupe que de bidouiller soi-même sa sono, ses micros, ses flight-cases.

Puis ce fut chanteuses, bassistes, matériels, ... autant d'évolution qui ont surtout conditionné des choix pas si bons à l'époque : l'envie de rester au devant de la scène et de privilégier le chant et la rythmique au détriment de l'apprentissage d'un autre instrument, ou du développement de techniques liées au solo. De ce fait, je me cantonnais aux styles accessibles... autant d'erreurs et de temps perdu à focaliser sur des cibles de mauvais choix, j'aurais pu développer autre chose (et probablement faire impasse sur les petits bonheurs connus à cette époque, comme les gens qui se déplacent, les applaudissements et les cris, ...).

Mon merveilleux petit frère, Matthieu, trop tôt disparu, m'accompagna longtemps en reprenant "les futs" lorsque Benoît ne pouvait pas... Son jeu puissant me manque, ses progrès m'ont magnifiquement rendu heureux. Déterminé, il emballa la chanteuse et lui proposa de partager sa courte vie, abandonnant un peu la batterie au profit d'écoutes plus affirmées...

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Alors étudiant je croisais de nombreux guitaristes bien plus doués que moi, qui me firent découvrir de nouveaux horizons : Satriani, Malmsteen, Morse, Vai, Van Halen. Le nombre incalculable de soirées autour de bières, pâtes et guitares me permirent d'apprendre et de partager des expériences de groupe et de scènes qu'ils ne connaissaient pas vraiment. En parallèle de mes projets dans plusieurs groupes qui me permettaient d'évoluer dans un rôle chant + rythmique, je privilégiais une voie d'instrumentiste guitariste/bassiste pour des "plaisirs solitaires".

De toute façon, à la fin de mes études, les soirées et les répétitions allaient partiellement s'arrêter pour diverses raisons : le service militaire qui n'offrait pas la même disponibilité, le déménagement lié à la vie professionnelle qui, pour les mêmes raisons limitait mon temps de jeu et demandait une réorganisation, et enfin ma vie de famille qui se construisait en freinant de manière forte ma contribution à la vie musicale...

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En regard de ces erreurs d'orientation musicales et des mauvais choix pris dans la vie, j'ai longtemps pensé qu'il fallait "devenir" autre chose, pour ma famille, mes enfants, ... J'ai alors sévi dans des groupes plus matures, avec des répétitions régulières mais "sages", des soirées organisées, dans un contexte où refuser d'aller jouer pour telle ou telle occasion sans donner d'explication. Je pris aussi systématiquement le rôle de second guitariste ou de soliste, choisissant dans le répertoire blues-rock les morceaux qui me convenaient, les arrangements qui me suffisaient.

En parallèle, je donnais des cours à quelques jeunes connaissances, pour faire état essentiellement des étapes qu'il me semblait bon de marquer dans l'apprentissage de l'instrument. À défaut des méthodes qui reprennent pratiquement toutes le même plan de progression, la mienne était basée sur une séquence bien établie dans la mise en œuvre de la séance de cours (échauffement, écoute, son, technique, exercice) et d'une progression dans plusieurs styles différents au travers de morceaux et d'exemples toujours de plus en plus difficiles.

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Pour "compiler" mes ressources pédagogiques théoriques, je créais des fichiers informatiques récapitulatifs informatiques au travers de ressources littéraires, de cassettes vidéo achetées et de morceaux sur cassettes audio ou CD (on est alors au milieu des années 90, Internet n'existe pratiquement pas en France !). Dès l'émergence de l'Internet, je pris plaisir, vers la fin de la décennie, à répertorier ces fichiers pour les mettre à disposition de mes collègues de travail guitaristes, puis rapidement, sur Internet.

À l'époque, les ressources pédagogiques sur l'instrument n'existent qu'en anglais et au format papier. Ces articles, ce site, firent partie des premiers écrits en français et qui abordaient ces points théoriques et techniques, qui plus est gratuitement sur Internet, les autres sites se voulant payants ou truffés de pub, et généralement en anglais.

Mes choix de vie pas toujours pertinents m'ont amené à prendre du recul de nombreuses années. La guitare paraissait pour moi un instrument diabolique qui offrait les clés d'une pseudo-notoriété (lucrative, même) à condition de jouer ce que les gens veulent entendre, c'est-à-dire tout ce que je n'ai jamais eu envie de jouer. Je me sentais trahi par l'investissement que représentait son apprentissage... d'autant que la mode aux styles musicaux qui m'intéressaient était passée, personne ne voulait plus entendre parler d'un guitariste technique, rapide et qui "se prend la tête", mais l'heure était soit à la démesure death ou néo-métal, soit au ska, soit au grunge/garage.

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Tout semblait être conçu pour dégouter les guitaristes de la guitare, les magazines sont devenus plus creux les uns que les autres, aujourd'hui un excellent ouvrage pour les débutant va vulgariser l'essentiel des notions harmoniques, théoriques et techniques sans prendre le temps de parler de l'essence même de la musique, du plaisir d'écouter, de jouer, de communier en groupe ou même avec le public. Tout n'est que raccourci, apparence et brûlage d'étapes. Tout le monde contribue aux forums sans ne rien savoir, juste pour exister virtuellement. Pire, les gens parlent du son d'un instrument (guitare ou ampli) non plus par rapport à leur ressenti ou leurs essais, mais par analogie auditive aux sons produits par le preset élaboré par les ingénieurs de Line6 ou Zoom !

Mes choix musicaux s'orientent alors vers les styles qui mettent la guitare électrique en valeur : le rock, le hard rock, le métal, la musique instrumentale et quelques intrusions jazz ou blues. Hormis la lecture de quelques magazines et le visionnage de concerts récents, je me tiens loin de l'actualité musicale, du tout-venant radiophonique et des phénomènes de people-isation des artistes. La mort de l'industrie musicale et la possibilité de trouver toute vidéo ou morceau en quelques clics a fini de parfaire mon côté sélecte... Dans mon entourage immédiat (les personnes que je croise tous les jours au boulot, dans l'immeuble, ma famille, mes copains, ...) je dois être le seul à acheter des DVD et des CD, commander des magazines et lire des méthodes papier...

Je propose toujours mes services pédagogiques, ainsi que mes prestations d'enregistrement, mais ne souhaite, pour des raisons familiales, m'inscrire à moyen ou long terme, dans un groupe représentatif, et n'envisage pas la musique de manière lucrative. Je mets un point d'honneur à trouver des sonorités et développer des techniques de jeu toujours grandissantes en tant qu'interprète ou compositeur (créateur ?). Ma philosophie musicale s'articule autour du fait que tout s'apprend de manière empirique, et que la découverte de la musique est en grande partie liée à une judicieuse combinaison d'erreurs, de rencontres, de curiosité et de travail.

Côté matos, j'ai eu la chance d'acquérir dès 1990 la guitare Ibanez Jem qui me suit depuis et bénéficier du prêt d'un Vox pour basse deux corps 100 watts à lampes de 1966. Puis j'investis dans un Laney VC50 + extended cabinet, d'un Ibanez TB100R, ... que du bon pour jouer en groupe. Pour les effets, je cumulais au début quelques pédales Boss (CS-1, DS-1, MT-2, CE-3, DL-5, DR-5) ou Dunlop (wha Cry Bayby CG95), une wha-wha Morley, une Digithech Whammy XP-100, un préampli Ibanez TK999 première version (boîtier doré), un pédalier Ibanez UE300, puis une Ibanez TS-5 et enfin un multi-effet Boss GX-700 et Ibanez VA-5.

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Je reste encore bluffé du son de cette pédale d'overdrive qui me semblait si bonne et apportait juste le grain à mon son pour jouer le blues ou le rock. Ce son qui répond à l'attaque et qui permet de jouer en riffs comme en rythmiques sans avoir à toucher quoique ce soit. L'égalisation du modèle Soundtank n'était certes pas magnifique, et la réédition de la mythique TS-9 des années 1980 me donne encore plus satisfaction aujourd'hui, mais il faut bien le reconnaître, cette pédale en plastoc acquise alors d'occasion pour trois ou quatre dizaines de francs (6 € de maintenant !) donnait un son assez réaliste dans de petits amplis à transistor, aussi bien avec les copies de Les Paul que de Strat, mais aussi avec ma guitare haut de gamme Ibanez Jem.

J'ai possédé par la suite la série Tone Lok d'Ibanez (TS-7, DS-7, CF-7, DE-7, ...) et j'ai même craqué pour de nombreuses copies Behringer (TO800, FD300, DD600, ...) comme les multi numériques de la marque dont le V-Amp 2. J'ai eu aussi un multi TC Electronic Nova System "trop bien foutu", une armada de guitares Ibanez Ergodyne avec micros EMG, copies Strat, folk, demi-caisse Ibanez jazz, ... mais tout me ramène à mon choix minimum et si polyvalent : la Jem, deux bons amplis et quelques pédales analogiques des années 1980 et deux préamplis à lampes.

J'ai également la chance d'essayer de nombreux instruments et du matériel prêté par des copains ou des magasins en échange d'un avis aiguisé, de petits travaux de réglages et d'entretien, ou tout simplement de conseils d'achat, voire d'une remise dont à la longue je peux bénéficier par le biais de mon réseau de connaissances.

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Les aléas de la vie font que j'ai investi et revendu pas mal de matériel, parfois par besoin d'argent, parfois pour réinvestir dans des configurations mieux adaptées aux nécessités ou pour cause de déménagement. Je n'ai gardé que ma fidèle Jem de toutes ces configurations successives, privilégiant un choix de marque et de "petits" amplis pour les cours, l'enregistrement et les répétitions. Mes prestations publiques commençant à dater un peu, le matériel n'est plus du tout adapté à la prestation scénique, et les rares occasions qui se sont présentées, j'ai toujours pu faire autrement en repiquant mes petits amplis ou en jouant des amplis prêtés ou loués.

J'ai fait, tout au long de ce périple, de nombreuses infidélités à ma Jem, en lui trouvant une compagne pour qu'elle se sente moins seule. D'abord avec une Aria Viper, puis deux Ibanez EDR470EX et AFR75. Mais la Jem est toujours restée sur le dessus du panier tant la qualité de fabrication est difficile à égaler et que la valeur sentimentale de cette guitare est aujourd'hui inestimable. Elle offre tellement d'atouts dans mes styles de prédilection, que je n'envisage pas de la remplacer.

Il m'arrive de rêver de la compléter par des modèles plus typés pour acquérir des sonorités veloutées (demi-caisse) ou étendues (7 cordes), pourquoi pas. Disposer d'un modèle hybride, également, afin d'enrichir encore mon set de ces sonorités artificielles caractéristiques des acoustiques repiquées par capteurs. Enfin, une qui me permettrait de bidouiller l'électronique, le montage de micros ou de filtres particuliers. Peut-être une qui disposerait d'un manche avec une touche érable et de micros puissants, pour l'inégalable son si caractéristique ... Mes souhaits s'orienteraient surtout vers un ampli haut de gamme qui me permettrait de ne pas être tributaire d'une location pour jouer en groupe, et qui garantirait de jouer sur un modèle dont les caractéristiques sonores seraient alors parfaitement maîtrisées.

Pourquoi cette orientation musicale : probablement par le biais des magazines et la recherche combinée de la technique de jeu et des sonorités sortant de l'ordinaire. Il est vrai, l'écoute complète d'un album instrumental garantit l'absorption d'une quantité de notes et d'effets musicaux très techniques, ce qui rend l'approche de cette musique assez difficile. C'est vrai, le néophyte aura l'impression d'écouter plusieurs fois le même morceau, alors qu'il n'y a pas un style proposant autant de musicalité, tans les mélodies sont simples et variées ! Lorsqu'on ne dispose pas de suffisamment de connaissance dans le domaine, les morceaux semblent assez obscurs, trop "construits" et assez peu inspirés, manquant de spontanéité.

Je pensais la même chose il y a une vingtaine d'années, lorsque je ne "savais" pas sortir du modèle intro-couplet-refrain-couplet-refrain-solo-refrain-refrain ad lib. En plus, les similitudes dans les sons, les tempos, les instruments et les titres des morceaux n'aident pas beaucoup, j'en conviens. Par curiosité, et vraiment dans le but de voir ces icones "guitar heroes" se planter lamentablement en live, je me risquais à un live de Satrini en France histoire d'enterrer définitivement tout les à-côtés surfaits par les articles des magazines et les publicités qui se gargarisaient à coup d'endorsement très coûteux (ce qui était alors un très mauvais signe pour la musique).

Et là, quelle gifle ! Non seulement le son était fidèle à l'album, mais les écarts d'interprétation étaient bien plus musicaux que ceux espérés, quelques improvisations bien senties, et un peu de variété, juste assez pour ne pas laisser penser que les clowns remuaient les mains par-dessus un piètre playback. L'interprétation de maître et le mix formidable me donnaient la chair de poule, et de nombreuses fautes d'inattention jusque là vécues à l'écoute des premiers albums me firent l'effet d'une bombe : le batteur semblait plus qu'excellent et le bassiste prodigieux.

Là où seul le guitariste ressortait en studio, les musiciens s'avéraient exceptionnels en live : il n'y avait pas de miracle, ils n'étaient pas là uniquement pour la course au cachet d'une tournée internationale, mais aussi par fidélité, amour du genre et pour servir le besoins du jeu hypra-technique de leur employeur.

À la limite, chacun des membres de ces formations était à même de "porter" un album solo mettant en avant leur instrument, Stuart Hamm pour la basse ou Jeff Capitelli (musiciens de Joe Satriani) n'apparaissent plus comme les requins de studio mais comme des prodiges émérites, au même titre et au même niveau que Satriani lui-même ! La presse spécialisée pour leurs instruments respectifs en faisait également les couvertures et même si, à cette époque, le style avait du mal à se renouveler et commençait à "passer" (alors qu'il était une réelle découverte quelques années auparavant), il semblait que ces formations d'instrumentistes surdoués pouvaient traverser le temps dans leur bulle musicale au même titre que certains courants jazz moins populaires.

Le fait que ces guitaristes aient été rapidement décriés ("ils font de la branlette, de la démo, ...") les obligea à repousser les frontières très loin, à faire quelques intrusions dans des styles ou des genres particuliers, là où on ne les attendait pas vraiment (album blues ou électro pour Satriani, une période country pour Morse avant son entrée chez Deep Purple, ou même de se grouper pour des opérations de sauvetage du style comme dans les expériences du G3, des musiques de film pour Steve Vai, des multiples albums de Noël pour Gilbert, Satriani, Vai, ...).

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La fabrication de guitares électriques fut tirée vers le haut par ces monstres sacrés, puisque les constructeurs d'amplis, de guitares et d'effets ont développé des trésors d'innovation pour répondre aux besoins sans cesse croissants des meilleurs représentants du genre, et à une époque où le vintage et l'émulation (du réchauffé, donc !) ne représentait que la seule demande des guitaristes en mal de finances et de créativité.

Je pense que le style a surtout souffert de l'égo démesuré de ses représentants : la chemise à jabot de Malmsteen, les piercings, plumes et tatouages de Steve Vai, les plates-formes shoes et les lunettes de soleil de Satriani, et par-dessus tout, l'envie de repousser à chaque fois plus loin les limites de ce qui est techniquement possible avec du matériel standard et sans un minimum de 8 heures de pratique quotidiennes.

Comment ne pas tirer sur le pianiste ? Alors que les couvertures et interviews continuent à remplir les magazines, les publicités les montrent avec les matériels derniers cris produits par la fine fleur des constructeurs. Lequel n'a pas son modèle signature de guitare, d'ampli, de micros, de cordes, de distorsions ou d'effets... jusqu'au marchandising de petits accessoires (médiators, sangles ...) qui, dans tout les cas, ne permettra pas sinon psychologiquement, d'approcher le son du maître. Où trouvent-ils ces ressources, alors que cette musique intéresse peu, et, comme toutes les autres, se télécharge plus qu'elle ne se vend ? Hormis un fidèle public japonais, public étrange, aux choix souvent inexplicables, les shredders continuent de passer les âges, d'étonner et de vendre (des places de concerts, des accessoires, et ... parfois des disques).

Evidemment, je ne me ferme pas à Satrinai, Vai, Malmsteen, Gilbert et Pettrucci, restant fidèles aux premières amours bien plus roots, plus rock brut. Et je rajoute une fine couche de classique ou jazz (sources inépuisables d'inspiration pour ces guitaristes hors normes) pour finir le "gratin". Je donne la part belle à l'instrument, mais pas seulement au style : AC/DC, Steve Ray Vaughan, Eddie Van Halen, Mark Knopfler ou Bryan May ont su, par exemple, apporter leurs touchers inimitables à des styles plus variés. Django Reinhardt et Marcel Daddi sont (au même titre que Patrick Rondat) des fiertés nationales et ont inévitablement attiré mon attention.

Path Metheny ou Dweezil Zappa ont fait de magnifiques écarts créatifs dans leurs styles respectifs. Enfin, certains comme Eric Johnson, Gary Moore, David Gilmour, Nuno Bettencourt, The Edge, Tom Morello, ont mis leur technique et leur talent au profit d'un songwriting en taillant des morceaux d'anthologie dans les bases du rock et du blues mis en avant par les 4 Fantastiques Jeff Beck, Eric Clapton, Jimmy Page et Jimi Hendrix. Enfin, pour ma part, des sidemen exceptionnels comme Slash, Ron Thal, Richie Sambora ou Steve Lukather font indéniablement partie des plus grands.

Mark Knopfler a probablement été le guitariste qui m'a donné envie d'acheter une guitare électrique : en excluant les influences familiales et les incompréhensions expérimentales (et parfois "violentes") des écoutes qui s'y afféraient, la pop/rock des premiers albums de Dire Straits fut pour moi un gifle (Sultans Of Swing) assez puissant pour m'orienter vers un autre instrument qu'une folk ou un clavier numérique.

Je retrouve dans Dire Straits, à la fois l'intensité d'un songwriting sans faille, la mélodie rock et pas "nunuche", la virtuosité instrumentale et cette voix rocailleuse qui semble la seule à pouvoir se poser sur les solides suites d'accords. Ça parait efficace, mais loin d'être simple, le style qui n'a jamais été égalé m'a rapproché d'un son particulier, caractéristique du jeu aux doigts sur Stratocaster, celui de Hank Marvin des Shadows (Apache) ou même de Mike Oldfield, ... de la bonne pop.

Avec le recul, le gentil Mark qui a fait carrière solo un temps avant de disparaître, apparaît comme le Guitar Hero par excellence : d'abord, de son passé de journaliste, il aurait pu se consacrer à l'écriture, mais il a pris en main son destin, pour autant tumultueux, par passion (ce n'est pas un hasard si le groupe s'appelait Dire Straits, soit littéralement impasse, ou passe difficile). Ensuite, il a développé un phrasé reconnaissable entre mille, un toucher, un son Knopfler, ce qui reste le but ultime d'un guitariste : laisser une marque (chapeau Mark !). Enfin, non seulement il a imposé son style, mais il a aussi réussi à dominer les ventes d'albums, tourner dans les plus grands stades du monde, composer des musiques de films et même jouer avec les meilleurs de ses pairs (Chet Atkins).

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Toujours dans mes pérégrinations dans le monde des musiques "accessibles", Brian May de Queen m'est apparu l'un des plus grands guitaristes que le monde ait connu. Son style encore très affirmé (inimitable) n'a d'égal que la dimension du Groupe Roi. Queen m'a autant plu pour sa créativité, sa puissance vocale que sa dimension scénique. Comment ne pas attribuer une part du succès à son génial guitariste au son si typé.

Avant tout, un type comme lui ne laisse pas indifférent : diplômé d'astrophysique, il a également confectionné sa guitare sur la base de son propre cahier des charges et développé une technique de jeu si reconnaissable, empreinte de rock, de classique et d'influences tirées du folklore britannique. Il joue également avec une fine pièce de monnaie (ça doit sérieusement user les cordes à chaque frottement) sur la même guitare depuis le début de sa carrière (à quelques infidélités près).

Ensuite, le son est immédiatement reconnaissable, dès les premières notes : la présence, le sustain, la dynamique, l'attaque, les échos, et ce son si riche du Vox AC30 compressé naturellement, tranchant et si mélodieux, servi par un toucher virtuose, rapide et précis. Il a su composer pour le groupe, mais aussi compléter efficacement les vocaux qui sont loin d'être des plus évidents, tout en assurant une présence scénique très forte, dans un environnement musical où la guitare rythmique et solo provient d'un même musicien.

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Joe Satriani, qui est le guitariste instrumentiste qui m'a systématiquement bluffé dans ses choix de carrière : il aurait pu remplacer Blackmore au pied levé chez Deep Purple et assurer le rôle de guitar hero d'un groupe mythique. Mais il a préféré la voie la plus difficile en affirmant ses choix.

En mettant de côté une virtuosité évidente, Satch a toujours été un modèle de technique ou de son, très ancré au blues-rock et au hard rock, n'hésitant pas à produire quelques intrusions dans le métal (collaborations avec Alice Cooper, Spinal Tap), il fait tant preuve de polyvalence qu'on pressent chez lui la capacité à tout jouer. Dans de nombreux styles, au travers de tous ses albums (riche discographie), il a combiné l'influence évidente de Hendrix et Led Zeppelin à son style moderne et son toucher exceptionnel.

Au lieu de se cantonner au rôle de musicien de studio ou de sideman de luxe, il a aussi été le prof célèbre de Steve Vai ou de Kirk Hammet de Metallica, l'un des seuls à réussir des mariages osés entre électro et rock instrumental, entre blues et rock... Il a aussi contribué à l'évolution de la marque Ibanez, poussant les exigences sonores dans des retranchements qui ont tiré tous les constructeurs vers le haut, produisant des "superstrats" remarquées. Il collabore également avec les meilleurs constructeurs d'amplis à lampes hi-gain, Peavey et Marshall, ou avec Vox pour une série des pédales d'effets réussies.

Le legato caractéristique de son jeu rapide et précis constitue une véritable marque de fabrique, mais l'homme au crane rasé, au bob et aux lunettes noires continue de surprendre en s'associant aux meilleurs musiciens de la planète ou en "s'amusant" avec son super-groupe Chickenfoot.

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Satriani a forcé l'intérêt pour un alien qui, selon moi en 1989, n'avait pas lieu d'exister : Steve Vai est un vrai extra-terrestre de la guitare électrique. Une technique monstrueuse, un son là encore très identifiable, et des distorsions variées et riches, à laisser loin derrière les plus talentueux des métalleux.

C'est le guitariste d'exception, qui certes a du mal à innover, à se renouveler depuis l'écrasant "Passion & Warfare" dans lequel tout a été fait. Depuis, c'est avec plaisir que j'écoute les productions studio de celui que je considère le meilleur technicien du monde, car les compositions sont toujours aussi étranges que construites, mais c'est vraiment en live que ce type excelle avec une telle maitrise, une telle assurance...

Sous contrat avec les plus grands constructeurs de la planète (guitare et disto Ibanez, ampli Bogner, micros DiMarzio, Wah Morley, cordes Ernie Bal, effets Eventide ou TC Electronics ...), il a lui aussi contribué au développement de guitares hors normes, à la fabrication de micros surpuissants, et joué lui aussi avec les meilleurs techniciens invités sur scène ou sur ses albums. À mon avis le meilleur guitariste électrique rock depuis des années, et qui ne sera pas détrôné de sitôt.

Battle's guitar

Eddie Van Halen est probablement celui que je considère le plus "musical" : le toucher exceptionnel, un son finalement très organique, assez "root", et pourtant très très compliqué à reproduire du fait d'un toucher hors normes. J'apprécie son sens aigu de l'arrangement sur des compositions parfois critiquées (des bouts de riffs assemblés), ce qui me n'empêche pas de le situer très haut dans le classement du Meilleur Guitariste...

En plus de disposer du toucher et de la saturation la plus expressive de tous les guitaristes qu'il m'ait été donné d'écouter, EVH a énormément contribué à l'évolution de la construction des guitares, amplis et effets : des Marshall modifiés d'une 5ième lampe de préamplification au D-Tuna sur les vibratos flottants (qu'il aurait d'ailleurs imaginé avant que Floyd Rose ne dépose le brevet), du développement du tapping à deux mains (qui existait bien avant mais pas sous cette forme) à l'utilisation bien particulière d'un phaser ou de l'étage de puissance d'un ampli à lampes de 120 watts, Van Halen a su surprendre durant sa carrière, tant sur des expérimentations fun (période David Lee Roth) que dans un style hard-rock FM (période Sammy Hagar que je trouve paradoxalement meilleure).

Pianiste à la base, cet excellent technicien associé à son frère, batteur du même acabit, surmonte vieillesse et soucis de santé en jouant la carte de la nostalgie auprès de l'ancien chanteur du groupe. Il est même "responsable" de sa propre marque EVH qui commercialise guitares, amplis, cordons jack et basquets ou wha-wha à son effigie. Il aura marqué également par ses collaborations avec le Roi de la Pop Michael Jackson, le fait d'imposer un sublime solo instrumental de plus de 3 minutes sur un album (Eruption) et la participation à quelques Bandes Originales de Films.

Battle's guitar

Jimi Hendrix fut pour moi le météore le plus violent du monde guitaristique : en l'espace de 3 ou 4 ans, il a fait sa révolution-éclair en laissant une marque indélébile dans les esprits. Le son, l'attitude, la créativité, le toucher ont fait de lui un homme d'exception et un guitariste de renom ayant influencé de nombreuses générations.

Avant tout, le son Hendrix issu d'une Strat dans un ampli Sun (ou Marshall ... mais poussé à bloc !) est très caractéristique du blues-rock de la fin des 60's. Cette distorsion si chaude et naturelle, cette maîtrise du larsen, le jeu de wah-wah et la fuzz dévastatrice font de lui l'îcone de la guitare rock. Son attitude désinvolte et rebelle, cette impression que tout est joué si simplement lui donnaient ce côté rock'n roll sexy qui sublimait ses prestations scéniques.

Mais il y a aussi un côté expérimental dévastateur, pour lui-même comme pour son matériel, ses groupes, ses compositions qui me laissent un petit goût amer : l'attitude ne me séduit pas d'avantage que le côté rebelle et anticonformiste. Il faut avouer que sans ce trait de caractère, il n'aurait jamais révolutionné la guitare électrique et le son rock : il fallait passer par cette rage dévastatrice, ce côté "trop tout le temps" et l'éphémère carrière pour que l'influence soit encore plus affirmée.

Aujourd'hui tous se disent influencés par ce type qui a joué comme personne avec ce que lui dictait sa foi, en reprenant les plus grands du moment (Bob Dylan), en distillant un nombre incalculable de hits basés sur de solides références blues, et en sortant tripes et boyaux sur chacun de ses solos... finalement, c'est cette sincérité, cette vérité de mec qui ne triche pas, qui rendaient vivant son phrasé magique, mystique, vaudou, mythologique même, on s'rapproche des Dieux, non ?

Côté effets, Hendrix les a utilisés comme les Beatles en exploitant complètement ce pour quoi ils étaient construits et en extirpant ce pour quoi ils n'étaient pas faits, et de manière si géniale qu'on parle inévitablement d'un guru en matière de création sonore. Qui prétend avoir donné plus au travers de son overdrive ou de sa wah-wah ? de son toucher particulier (gaucher inversé) ou de ses larsens hurleurs ? Au bout du compte, c'est l'émotion qui transparait de ses prestations scéniques comme studio, un feeling qui permet d'aboutir avec splendeur des morceaux comme Little Wing ou Axis Bold As Love.

Battle's guitar

Yngwie Malmsteen est un guitariste métal virtuose qui sort réellement du lot de guitaristes qui ont révolutionné le genre. Dans l'ombre de celui que je pensais irremplaçable comme le fut Blackmore pour Deep Purple, le suédois a développé le genre d'inspiration classique avec une virtuosité qui m'a tout d'abord laissé froid avant de me rendre compte qu'il avait contribué à développer un genre nouveau.

Théâtral, caricatural même, le grand blond permanenté affiche aux primes abords une virtuosité qui laisse penser qu'il s'est fait plaisir avec une grande dose de "démonstration" scénique. Plans joués ultra-rapidement, sons accrocheurs, reprise des plus grandes pièces classiques, ... tout pour le rendre détestable. Il lutte encore d'ailleurs contre cette image qu'il véhicule depuis la fin des années 1980 sans pouvoir renouveler son approche pourtant si efficace en son temps.

Car s'il a énervé, il a aussi marqué les esprits, et ceux qui diront qu'il n'est capable que de "branlettes" de manches de guitare démentiront : il est celui qui est le moins ridicule lorsqu'il interprète Hendrix et fait preuve d'une sensibilité étonnante. Ses œuvres appuyées sur des compositeurs et des pièces classiques (pour violonistes virtuoses notamment) ne pouvaient être jouées que par un musicien virtuose au talent et à la personnalité affirmés.

Il combat contre vents et marées, tel un viking qui lutte contre le son surfait des doubles bobinages à haut niveau de sortie, avec la même combativité, les mêmes outils (Strat + Marshall) et la même dextérité qu'à ses débuts. C'est probablement un incompris, qui a surpris puis a été éclipsé par ses pairs dans les années 80, pour ne pas entrer dans la guerre commerciale de l'industrie du disque, des compilations et albums de reprise ou unplugged. Abandonné de tous, il a continué à produire avec conviction un style métal classique auprès du seul public qui l'accueillait, le Japon. En espérant qu'il sorte de l'alcoolisme et de ses extravagances et qu'il parviendra à faire évoluer son style autour de la musique classique pourtant immuable et inattaquable...

Battle's guitar

Si je ne devais en retenir qu'un parmi les grands des 70's c'est Jimmy Page : la créativité au sein de Led Zeppelin m'a toujours donné le frisson, et ce n'est pas parce qu'il était accompagné de la superbe brochette que constituait Robert Plant, John Bonham et John Paul Jones, mais simplement parce que son influence blues mais aussi folklore oriental en ont fait un technicien formidable.

Ce n'est pas tant pour son jeu à l'archet ou ses expérimentations sur les Echoplex ou autres Variac, mais d'avantage sur le jeu en open tuning, les riffs syncopés et les distorsions aiguisées et son talent de producteur et d'arrangeur. Je n'ai jamais considéré Page comme un soliste novateur hormis dans les soli blues-rock où il excellait (Baby, Since I've Been Loving You). Par contre, c'est un songwriter époustouflant et un guitariste rythmique extrêmement innovant.

Je retiens du Dirigeable les prestations live, cet éternel ado au visage angélique qui, l'énorme chevelure trempée, jongle avec sa Gibson LesPaul ou sa SG double manche branchée en direct dans un Marshall poussé au delà des limites, ... un gars qui fait un terrible travail de question réponse avec tantôt le chanteur, le batteur ou le bassiste, qui prend des parties rythmiques à en tirer les larmes (The Song Remains The Same lors du live éponyme).

Enfin, c'est un son Gibson Marshall qui m'a marqué à jamais, que j'essayais d'approcher au tout début avec de pâles copies de LesPaul et un vilain Valvestate. Je me souviens aussi de ces morceaux méconnus où batteur et bassistes pouvaient trouver leur compte, et des variations interminables autour des thèmes devenus cultes (Whole Lotta Love, Mobby Dick, ...), pour moi autant que ceux des Stones.

Battle's guitar

C'est sur le tard, après plusieurs années de guitare (peut-être 15) que j'ai mis un terme cette considération toute personnelle du style des Beatles : je considérais à tort le groupe comme un groupe pop ou de variétés anglaises. En cela, Harrisson ou McCartney n'apparaissaient pas comme des musiciens hors pairs mais de géniaux songwriters sans intérêts pour la guitare.

Cependant, force est de constater que s'ils n'ont été des techniciens virtuoses de l'instrument (c'est même contestable dans une certaine mesure) ils ont énormément apporté à la composition et au développement du rock, et je me dois d'y joindre les deux autres membres du groupe que sont Lenon et Starr.

J'ai compris lorsqu'il m'a été donné de ne plus faire de simples reprises, mais d'arranger un peu le travail pour que le groupe sonne mieux, que The Beatles avaient tout inventé, en tout cas testé et produit la plupart des arrangements sur lesquels il m'était donné de travailler. Qu'il s'agisse de morceaux blues ou rock, d'harmonisation, d'arrangements indiens ou orientaux, ... les 4 gars de Liverpool avaient déjà balayé le sujet avec un talent inimaginable.

C'est malheureusement là que j'ai compris qu'un musicien complet ne se devait juste d'être un sideman exceptionnel ou un virtuose hors pair : un musicien comprend et joue de tous les instruments nécessaires au morceau, il sait comment les inclure ou les faire ressortir dans un mix, et par-dessus tout imagine les "ouvertures" possibles, envisage les arrangements opportuns et de la composition à la finalisation de chacun des morceaux d'un album.

En ça, McCartney continue à me captiver lorsqu'il se risque en live avec ses loopers sur tous les instruments du morceau, dans son rapport avec le public, avec la presse : c'est probablement ça la classe, le talent. Et il fait ça dans la décontraction la plus totale, non plus par besoin (il n'a plus à justifier sa fortune) ni par écrasante ambition (il n'a plus rien à prouver) mais par jeu. Ne dit-on pas jouer d'un instrument ?

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Clapton is not God ! c'est pourtant le contraire qui était écrit sur les murs de Londres à l'époque, mais qui ne m'a jamais convaincu. Les compositions de Clapton sont empreintes de blues et sont loin d'être novatrices, ses incursions reggae étaient des plus mal choisies et ses pillages de J.J . Cale les moins opportuns.

C'est pour moi un superbe interprète, un musicien de classe qui a un son personnel, mais en aucun cas un guitariste au toucher exceptionnel ou à l'énergie créatrice débordante qui lui permettent de se démarquer du lot. J'aime pourtant le son Cream, l'énergie du groupe, mais la contribution de Clapton sur les morceaux ne m'a jamais donné le frisson à la hauteur de ce que les médias ont bien laissé transparaitre.

Non, Slowhand a beau avoir des bends assez caractéristiques (comme BB King d'ailleurs) des sons crunch assez chaleureux (comme Hendrix !) et un phrasé pentatonique assez singulier (celui d'Albert King ?), je n'ai jamais reconnu le moindre talent de composition au créateur de Layla qui semble être le seul hit de sa propre veine.

Si Clapton ne m'a pas laissé sortir grandi de mon parcours initiatique de guitariste, bien qu'il dégage une certaine classe lorsqu'il joue, Jeff Beck, son contemporain, m'a par contre laissé quelques fois assez bouche bée. D'abord par son style assez novateur au début de sa carrière solo instrumentale et typée jazz rock (Blow by Blow, Wired, ...).

Le toucher (jeu aux doigts) et le son (harmoniques, distorsions identifiables) de Jeff Beck ont probablement eu raison de mes réticences à God, Jeff me donne vraiment l'impression d'un musicien à qui on a piqué le titre. Et s'il s'est trouvé dans le trio avec Clapton et Page des requins de studio, ayant été tour à tour embauché chez les Yardbirds puis dans les John Mayall's Bluesbreakers, il a développé son propre style et contribué à l'influence de nombreux guitaristes de renom.

D'autres, comme les regrettés Gary Moore ou Steve Ray Vaughan ont donné au blues ses plus belles lettres de noblesse en reprenant magistralement les standards du genre, en développant des morceaux magnifiques sublimant le genre. C'est le style d'expérience qui a permis de mettre au grand jour l'œuvre de grands guitaristes comme Albert Collins ou Freddy King, tout en apportant une touche personnelle, un feeling particulier destiné qui m'a semblé très intéressant d'observer durant le blues revival des 90's.

Battle's guitar

Il est d'autres guitaristes que je considère intéressants au regard de leur œuvre comme Steve Lukather, Steve Morse, Eric Johnson, John Petrucci ou Paul Gilbert. Ces techniciens qui ont un phrasé reconnaissable et une technique sans faille font partie de cette liste d'influences sans pour autant être cités parmi les meilleures, et pourtant, il m'arrive régulièrement de m'en remettre à ces références pour des raisons techniques évidentes.

C'est principalement pour des raisons sonores que j'y ai recours, Jonhson me semblant un perfectionniste assez rigoureux, ce qui le conduit à peu de productions, chacun extrêmement abouties. Son phrasé est assez rapide, naturel et pourtant très technique. Le son très fin, très travaillé est un modèle du genre. On arrive, à l'écoute des morceaux, à trouver des finalités intéressantes au travers des crunches, des delays et des reverbs omni présentes.

Steve Morse aurait pu devenir pilote, il a fait de la country, du classique pour finir par des instrumentaux assez typés métal avant de ne rejoindre Deep Purple. Son parcours est atypique et son jeu aussi. Aussi à l'aise avec les Dixie Dregs que lors de ses escapades solo, il conserve cette virtuosité et ce gros son qui en font un des meilleurs guitaristes sidemen (mais dans quel groupe !).

John Petrucci a la classe des Géants. Il semble pouvoir tout jouer avec une technique et un phrasé qui lui sont propres. Le son de Dream Theater, c'est un peu le sien, et sa technique n'a son pareil que sur quelques compositions. Il m'a surpris en solo (comme Morse) et semble pourtant si fidèle à lui-même que je considère qu'il n'a pas encore trouvé la voie au travers de laquelle il nous transcendera. À quand son "Passion & Warfare" perso ?

Paul Gilbert est assez impressionnant. Depuis Mr Big (avec le bassiste Billy Sheehan) dans lequel il sert magistralement le chant d'Eric Martin, jusqu'à ses sessions d'apprentissage en ligne, Paul Gilbert propose un son et un toucher vraiment singuliers. Virtuose, humble et finalement efficace, son style qui emprunte au classique et au hard-rock, ses riffs qui sont dans la lignée de ceux de Malmsteen ou de Van Halen, et son côté pédagogique déjanté qui ne laisse pas indifférent, ont fait de lui un guitariste à part.

Battle's guitar

J'ai donc donné plus d'attention aux guitaristes virtuoses car la prouesse technique comme leur univers finit par me parler et donner en plus du "frisson", l'envie de reproduire, ... de jouer, plus qu'aucun autre style. Mais ces choix sont personnels : en groupe, j'ai toujours eu une veine blues-rock bien installée dans les sons et les improvisations, parce que mon feeling premier est celui-là, celui avec lequel j'ai grandi et qui tombe naturellement sous mes doigts.