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la guitare idéale




Pourquoi idéale ?

La guitare idéale n'existe pas. En effet, en toute objectivité, elle peut être idéale pour les uns et la pire des "pelles" pour les autres... Cependant, ayant eu en ma possession de nombreux instruments, ayant été tenté (par le look, une pub ou un banc d'essai) par l'essai de nombreuses guitares électriques, et toujours dans le souci de vous guider au mieux dans le choix/l'acquisition d'un instrument, je me suis posé de très nombreuses questions sur ce qui constituait la guitare idéale.

D'abord, l'éventail proposé s'élargit continuellement : crises obligent, la France n'a pas toujours été la patrie de prédilection des importateurs, ni même la nation de la musique. Il subsiste également une forme de "pression" culturelle ou de tradition locale qui veut que l'instrument ne vaille que pour accompagner les chansons (à textes, forcément !), et donc les modèles proposés dans les boutiques de nos villes et villages sont restés longtemps les mêmes jusqu'en 1990... une Takamine pas chère, une Strat invendable et l'éternelle copie Les Paul de couleur moche et très mal réglée... Pour le reste, fallait "aller en ville" pour ne pas dire à la capitale !

Ce serait encore le cas si la mondialisation n'était pas passée par là pour proposer de belles merdouilles copies des guitares qui nous faisaient rêver : elle n'a pas que du bon, les chaînes de distribution, Internet, le monde commercial de la musique est bel et bien embourbé dans cette ignoble substance. Ce qui nous a incités à essayer la pâle copie avant de ne commander via le réseau (de distribution classique, ou via le Web) l'instrument de marque (pas encore l'original, mais sa copie coréenne), pour nous amener, lorsque l'on a eu les économies suffisantes, à craquer pour le bon modèle made in USA ou Japan, voire France...

Comment les constructeurs orientent-ils leur gamme ? Qu'est-ce qui fait qu'il y ait des modèles signatures ? Pourquoi tant de différences au sein d'une même gamme ? Comment traduire son besoin en caractéristique de lutherie, d'accastillage ou d'électronique ?

Ok, au début, sorti de Fender et Gibson, on avait quelques Rickenbacker et puis ... Gretsch, peut-être ? Mais globalement, deux modèles ont retenu l'attention du monde guitarisitque : la Stratocaster et la Les Paul. Deux concepts différents, novateurs pour Fender, et traditionnels et qualitatifs pour Gibson (pour résumer et faire simple). De ces deux modèles, de nombreuses copies et déclinaisons ont été produites, et ce pour plusieurs raisons :

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Et la demande se faisait grandissante à cette époque, et de nombreux guitaristes en herbe ont rapidement su faire confiance en des sous-marques qui prenaient en compte l'innovation et qui ne travaillait pas pour le seul compte des professionnels. Et puis il subsiste encore de gros fossés culturels qui font que les principaux guitar heroes, même anglais, résident sur le sol américains et jouent des guitares US.

Gibson et Fender ont donc répondu aux demandes des vedettes nord-américaines en customisant l'instrument qu'ils jouaient (contraints ?) depuis parfois des décennies, alors que le reste du monde avait déjà mis en avant l'effet commercial d'associer star et marque, d'afficher un modèle signature.

Pour la fabrique d'instruments, de guitare en particulier, peu de marques ont su afficher une réelle originalité de conception, toutes ont été amenées à reconnaître la copie ou l'influence (l'inspiration ?) d'un modèle US... Pour les amplis, Marshall est bien l'exception qui confirme la règle, affichant encore la suprématie du légendaire son UK à lampes (construit pourtant par l'anglais sur des amplis Fender modifiés).

La recherche de la perle rare

L'innovation a donc été un vecteur de la déclinaison d'un des deux instruments phares, et bien qu'elle ne soit pas nécessairement partagée par tous les guitaristes, elle n'en reste pas moins liée à cette règle : pour le son d'une Strat (d'une Les Paul), autant acheter une Fender Strat (Gibson Les Paul), sinon aller voir ailleurs.

Et nombreux sont les guitaristes qui ont été contraints (distribution, coût) à acheter une copie en rêvant du modèle original... Et puis, ceux qui ont cherché à mettre en avant un côté de leur jeu, ceux qui ont souhaité expérimenter quelque chose, ... de manière générale qui ont su et souhaité prendre du recul et se risquer à autre chose ont contribué à la popularisation des modèles alternatifs.

Ibanez ou Jackson seraient-ils ce qu'ils sont sans les modèles signatures ? On peut pourtant aujourd'hui acheter une de ces deux marques sans pour autant aimer les guitaristes endorsés (en restant tout de même dans des styles relativement proches) parce que le constructeurs se sont servis de cette popularité boostant les ventes pour décliner des modèles moins typés, plus "passe partout".

Mais certains irréductibles comme EVH avaient pourtant bricolé leur Strat (souvent composés du manche d'un instrument, du corps d'un autre, etc...) avant qu'un constructeur ne s'intéresse à eux. Quid de la Number One de SRV, de la Frankeinstrat de EVH, des modifications d'Explorer de Randy Rhoads...

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J'insiste sur le fait que bien souvent les guitaristes de l'époque avaient eu recours (après une casse par exemple) à remplacer le manche de leur Strat par un autre, faire poser un micro de SG sur leur Les Paul ou Telecaster, et s'étaient amusés à modifier leur guitare inspirant alors les constructeurs dans la déclinaison du catalogue.

De plus l'un piquait des idées à l'autre : Fender n'a pas sorti de manche palissandre sans loucher sur son concurrent direct, vendant alors l'instrument concept pour une guitare proposant des sonorités plus chaudes reprochées aux Strats manche maple. Gibson a réintroduit les P90 (soapbar) pour décliner sa gamme de Les Paul dans l'optique de rechercher des sons plus "mordants" de simple bobinages chers à son concurrent direct.

J'explique par là que je me pose réellement la question du type "qui de l'œuf ou de la poule ?" à savoir : si ces guitaristes-là n'avaient pas cherché et raconté qu'ils avaient modifié leur guitare, les constructeurs auraient-ils fait évoluer leur gamme ? En regard de leur immobilisme historique, j'ai du mal à penser que ces constructeurs associés parfois à de grands distributeurs (Fender était promu par CBS dès 1965) aient fait évoluer leur gamme naturellement.

Leur catalogue s'en est vu modifié cependant, proposant pour l'un comme pour l'autre des variations plus ou moins réussies (rappelons le faible succès lors de leur sortie des Gibson Firebird ou Fender Jazzmaster , modèles qui connaissent un récent engouement par les amateurs de vintage) mais les déclinaisons restaient assez traditionalistes (inlays sur la touche, peintures ou coloris des sunburst, placage d'érable sur la table, forme et couleur de la plaque de protection)... Aucun de ces deux grands noms n'a su proposer la variété de la concurrence.

La tradition a contré l'innovation pendant longtemps, jusqu'à ce qu'on arrive à des aberrations "osées" par les guitaristes émérites qui restaient aussi rigide dans leurs choix d'instruments pour le rock comme pour le jazz. Le niveau de qualité de fabrication ne s'en voyait pas nécessairement amélioré, les préceptes commerciaux qui prévalaient en 1970 étaient liés à la démocratisation de l'instrument, donc à rentabiliser la production en économisant sur les matériaux ou l'électronique.

Il a fallu attendre le milieu des années 80, l'avènement des synthétiseurs et des sons numériques et la réelle mise en danger du marché fléchissant de la guitare par des industriels japonais pour voir bouger les choses : Yamaha et sa production de SG depuis la fin des années 60 commençait à séduire de plus en plus d'instrumentistes en recherche de qualité de fabrication, ce même Yamaha alors leader du marché du synthétiseur avec le DX7 !

En plus, les premiers guitar heroes qui sortaient le rock de ses carcans ancestraux jouaient les mêmes instruments que les Clapton ou Page : Malmsteen, Iron Maiden, Blackmore, Iommy, Young, ... tous avaient des instruments très proches des modèles Fender ou Gibson d'origine, à quelques particularités près décelable par les connaisseurs. Rien ne prédisposait alors au moindre changement.

Pourquoi tant de stabilité autour de ces instruments ? Leo Fender ou Les Paul auraient-ils alors très tôt (dès le début) tout inventé ? Aujourd'hui encore, malgré quelques folies B.C. Rich ou ESP, peu de constructeurs sortent des instruments de forme très originales, et même si la mode est au vintage voire aux guitares cheep des années 60/70 qui prenaient de réels risques sur les formes ou l'électronique (cf. Jack White), aucun constructeur ne se risque vraiment à une forme suffisamment différente, du moins pour des instruments de série.

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Et c'est à la fois parce que la demande n'est pas effective (tout au plus, population concernée peut toujours recourir au Custom Shop), que par volonté des constructeurs de ne pas "choquer" sa clientèle : un signe qu'ils se trompent de cible, comme si un amateur de Fender ou de Gibson pouvait être profondément déçu par le fait que son fabriquant préféré produise en série un modèle inesthétique...

Les mentalités ont évidemment du mal à bouger, mais il réside des contraintes techniques qui permettent de relativiser les évolutions de l'instrument. En fait, tout est question de culture ou de croyance, et dénote le manque de création et d'imagination du milieu (très industriel dans l'esprit) dévoué à ce monde d'artiste.

En effet, la technique de jeu, les sons ont pas mal évolué, et aujourd'hui, hormis quelques surdoués qui ont osé le fretless (Ron Thal) ou bien ont poussé un style dans de profonds retranchements sonores (Eric Sardinas), la variété (au sens réel du terme) n'est pas de ce monde de la guitare électrique. En fait, on est très formaté dans son jeu, son son, son image, ses écoutes, ses lectures, ... tout conduit à quelques points où convergent plusieurs tendances, ce qui peut encenser un artiste qui ne le mérite pas ou plus cruellement rendre inconnu quelqu'un qui le mérite (Michael Landau).

Eh oui, pour les instruments comme pour les effets ou pour les amplis, la tendance a été à la facilité et à l'accès direct : la même guitare que, le son qui émule l'équipement de, la prise de vidéo qui va directement en ligne sous YouTube, le T-shirt de, la même école que, ... Et les constructeurs ont bien compris qu'il fallait à la fois surfer sur le marché des riches nostalgiques prêts à débourser des sommes injustifiables pour une merde de Fender pourvu qu'elle date de 65, et sur le marché des pauvres débutants qui se contentent de la copie, pourvu qu'elle soit produite en Asie, parce qu'ils n'y comprennent pas plus !

Le pire a été sur les multi-effets, qui aujourd'hui en sont arrivés à un tel niveau d'opacité que tout instrument (une LesPaul de 59, comme une Elypse de 2010) sonnera rigoureusement pareil, quelque soit l'ampli ou le guitariste "aux commandes". Cependant, dès que ça touche à l'instrument, la différence se fait en direct dans l'ampli, à plein de niveaux :

Le manche

Pour le manche, il est des règles établies qui sont peu commentées par les internautes sur les forums, mais pour lesquels il est nécessaire de faire une mise au point : je l'ai dit dans cette page, le manche est à mon sens pour 70% de la composante du son, et les variations au sein de ces soixante-dix pourcents sont liées à de nombreux facteurs : son assemblage, la touche, les frettes, le diapason, le radius, le corps qu'il y a derrière.

Un manche en 5 pièces est moins fragile qu'un manche érable d'une pièce (accordages alternatifs, transports) et conduira le son de manière plus puissante mais aussi plus sonnante. Les harmoniques obtenues ne sont pas systématiquement souhaitées surtout en rythmique, et si la touche rapportée est en bois de rose ou palissandre, le son paraîtra moins sec, plus chaud et les imperfections du jeu ressortiront moins.

Les premières Fender au manche maple avaient un cahier des charges assez strict axé sur 2 points : le remplacement (impossible sans passer par un luthier pour les manches collés Gibson) et le coût de production (palissandre ou ébène coûteux). Le son des guitares s'en trouvait moins chaud et puissant que ce que proposait l'acajou de Gibson, cependant les rythmiques plus claquantes ont donné lieu à l'avènement des riffs rock saturés.

De même, les phrasés plus chantants sur l'érable maple manquent certes un peu de corps en son clair (pas de maple en jazz), mais sont extrêmement précis, au point de retranscrire toutes les nuances et imperfections du jeu. Les solistes seront donc naturellement détachés du mix, mais devront donc absolument être d'excellents virtuoses. Le son velouté des manches Gibson vaut autant de par le bois composant le manche que par le collage de la tête et du manche au corps.

Notons enfin qu'au niveau de la lutherie, un manche de Strat ou de Télé va afficher la rectitude des cordes du pontet à la mécanique (même si une légère courbure se rencontre après le sillet de tête, la corde étant plaquée artificiellement au bois de la tête). Cette droiture favorise la tenue de l'accord. Sur une Gibson, la corde est courbée deux fois au niveau du sillet, ce qui atténue la vibration en ce point et donne un rendu principalement lié à l'effet de conduction du manche collé au corps. Un manche acajou ne pourra sonner que dans un corps acajou, contrairement à Fender qui déclinera Aulne et Frêne pour ses corps ayant un rendu plus vibratoire que conducteur résonnant.

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L'assemblage, collé ou vissé, revêt une grande importance : il est dit qu'un manche collé confère plus de sustain (meilleure jonction en tout point du corps et du manche) qu'un manche vissé qui lui est plus facile à remplacer. Notez que c'est bien ce que j'ai vérifié, mais en insistant sur le fait que j'ai rarement rencontré de guitare à simple bobinage sur manche collé (hormis les P90 qui ne sont pas des humbuckers, mais qui sont aussi assez différents des simples bobinages) et que les micros doubles alors en place auraient en règle générale donné du sustain à n'importe quelle guitare à manche vissé...

Le phénomène s'explique par la physique, mais je n'ai pas ressenti d'élément flagrant dans la perte du sustain des guitares à manche vissé bien équilibrées et bien réglées. La note dure moins longtemps et surtout, dans la durée, avec moins de corps, de consistance, c'est ce qui est le plus révélateur. Mais on travaille sur un argumentaire qu'un commercial développera sans scrupule sur un instrument à 400 € alors que la différenciation n'a pas lieu d'être sur cette gamme de prix ! Je ne recevrai pas cet argument et le réfuterai s'il concernait un instrument à moins de 1500 € à manche collé...

Les éléments constituant la touche sont donc déterminants, autant que la forme et les caractéristiques d'assemblage du manche. Il en découle un choix précis de bois et même de micros qui laisse finalement peu d'espace à la variation, ce qui explique que les gammes aient été si peu variées avant de ne rencontrer de réelles évolutions technologiques ou de traitement des matériaux.

En plus de la touche, le diapason (longueur du manche) et la taille des barrettes ont également un caractère déterminant dans le rendu final. L'espacement des frettes répond à une règle physique dont Pythagore est l'instigateur, on ne peut donc la remettre en cause. La distance du sillet au chevalet est restée inchangée chez les constructeurs pendant des décennies (les plus communs sont 25.5 pouces chez Fender et 24,75 pouces chez Gibson) avant de remettre au goût du jour la guitare baryton (les styles musicaux font heureusement évoluer les constructeurs dans ce sens) au diapason de 27 pouces (accordage abaissé oblige).

Cependant les frettes et leur format ont aussi un impact sur le son et le jeu. Une frette fine donnera un fort rapprochement de la corde contre la touche et exigera beaucoup de précision. Pour faire simple, plus la frette est petite, plus on se rapproche du manche fretless, c'est-à-dire plus la note doit être façonnée pour sonner. Toutefois des variations plus subtiles dans les bends ainsi que la rapidité de jeu s'en voient accrues.

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Pour des frettes Jumbo, le son est moins façonné, le jeu semble plus ajusté directement sans avoir besoin d'être précis. Il est également plus confortable, mais le contact entre la corde et la frette est plus large et le sustain s'en voit légèrement diminué. La facilité de jeu obtenue conduit à plus de fluidité (de rapidité ?) dans les styles legato pull-off et hammer-on notamment. Les réglages de l'instrument sont tout aussi importants, mais le jeu avec des tirants plus lourds s'en voit simplifié. Enfin, elles sont plus résistantes que les frettes plus fines.

Le fait que le manche comporte 21, 24 ou même 27 frettes n'est pas réellement différenciant sur le rendu final sonore, mais plutôt sur la possibilité d'aller dans les extrêmes aigus. Les touches scalopées sont conçues pour que la pulpe du doigt n'écrase pas la corde et/ou que la corde ou le doigt n'entrent pas en contact avec la touche, ce qui donne plus d'ampleur, la note ne meurt pas aussi vite, la vibration n'étant pas amortie.

Alors pourquoi les manches ne sont-ils pas tous scalopés, dans ces cas-là ? Outre le problème de fabrication et d'usinage, il subsiste la sensation de jeu qui est rigoureusement différente, plutôt orientée solo, ampleur et rapidité. Ce que je constate, c'est que pour ma part, les dernières cases scalopées sur les cordes aigues de ma Jem donnent un son plus présent dans les aigus qu'un équivalent RG Prestige, même si la lutherie et l'électronique y sont pour beaucoup dans cette sensation de présence : je dirai que le volume constaté est supérieur et la plage de fréquences mieux restituée.

Enfin, la forme du manche est à la fois liée au confort du jeu, mais aussi au rendu sonore. Effectivement, un manche fin et plat conduit à un enchainement rapide de notes, mais également à un espacement entre les cordes qui réserve le manche aux grands doigts et une position du pouce à l'arrière du manche. Au contraire, les manches arrondis de la strat donnent un son plus franc, et le plus de matière y est pour quelque chose ! Le modèle signature Jeff Beck possède une vraie "poutre" pour une meilleure conduction du son probablement, ce qui le rend injouable à mes yeux.

Alors on a des manches en C, en D, en V, ... autant de problèmes d'identification que de formats qui peuvent réellement être plus ou moins confortables en fonction de la longueur de ses doigts, du style joué, ... Evidemment, si les shredders et autres métalleux cherchent un manche de type "autoroute", c'est-à-dire large et relativement plat pour favoriser le jeu rapide, il faut aussi qu'ils aient des mains adaptées... Pour le blues et le rock, les manches plus ronds sont privilégiés, la position basse de la guitare permet (en plus d'avoir le look) de jouer avec le pouce par-dessus, et le confort de jeu de ces manches est quand même bien meilleur, pour un rendu plus chaleureux en clair et overdrive.

La courbure de la touche respecte l'ergonomie des mains. Si elle ajoute un certain confort sur les Fender, elle est impossible à mettre en place pour l'accastillage d'une Gibson et encore moins avec un vibrato flottant dont les pontets doivent être réglés de manière homogène (pas de réglage individuel en hauteur).

Le corps

Le corps a une incidence à la fois sur le son mais surtout le confort de jeu. Il transmet les vibrations du manche, fixe les micros et comporte parfois des échancrures pour épouser la forme des bras, du ventre, des cuisses, ... Dans tous les cas, il est bien souvent conçu pour être fixé à une sangle et scier l'épaule d'un guitariste durant tout son set (de scène comme de répétition).

Plus il est lourd (densité), plus le rendu final est mat, et inversement... C'est assez flagrant, mais suffisamment intéressant pour que les curieux essaient plusieurs configurations. Il y a un réel rapport entre la densité des bois utilisés et la quantité de bois façonné. L'équilibre de l'instrument est aussi très important : on notera les guitares Hohner G3T qui étaient conçues à l'origine pour le voyage (sans tête et corps réduit) et qui présentent des particularités sonores très intéressantes.

Un détail qui a sa petite importance : la forme du corps qui doit permettre la position assise, ce qui n'est pas le cas de la Hohner G3T, ni des déclinaisons Explorer ou balalaïka de Gibson... À moins de ne souhaiter que jouer debout, ces guitares ne sont pas réputées pour leur extrême équilibre et ne permettront pas de s'entraîner autrement qu'avec la sangle.

Les corps acajou de Gibson ne favorisaient pas la projection sonore vers les cordes, amortissant un peu la vibration des cordes dans les quelques 4 cm d'épaisseur. Un placage en érable permit à la fois de rendre attrayant le look des guitares en bois apparent (effet bird's eye, ondé, zebré, ...) et de restituer le son de la vibration "à l'extérieur" du corps, vers les micros ou tout ce qui pouvait transcrire le son original et si riche de l'instrument.

Beaucoup de déclinaisons ont repris ce principe de placage en bois dur, à la fois pour masquer les défauts du bois de certaines guitares (et ainsi s'affranchir du coût induit par un bois sélectionné). Au-delà du concept économique, le côté visuel de l'instrument s'en trouve grandi, ce qui est important dans les instruments de milieu de gamme.

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Pour Fender, on a eu recours à un procédé de peinture pour masquer les imperfections nœuds et autres dessins inopportuns du bois. L'incidence sur le son étant principalement lié au nombre de pièces composant le corps, l'idéal étant un corps massif... Même si par ailleurs, une plaque trois plis en plastique vient "gâcher la fête" ! C'est un paradoxe que je n'ai jamais expliqué que par le fait que l'électronique était ainsi plus accessible, mais des micros vissés sur le bois du corps donnent certainement un meilleur rendement !

À croire que les grateux de tous poils jouent avec des socs de charrue en lieu et place de médiators, la plaque dite de protection est autant esthétique que fonctionnelle mais n'a pas à protéger de coups de sabot ou de hache ! Que celui qui a remplacé sa plaque de protection pour des raisons de rayures outrancières lève le doigt !

Subsiste au niveau du corps des caractéristiques qu'il est bon de souligner. Sans entrer dans les subtilités de manche conducteur, de poutre centrale, qui sont liées à la conception de la guitare, en règle générale, que le manche soit collé ou vissé, il est à la base dissocié du corps dans les deux cas, et contribue différemment à donner un rendu sonore. Je résumerai en disant que les guitares à manche collées ont généralement à vide un rendu plus consistant et plus épais que celles dont le corps est vissé au manche. Electrifié, le son d'une guitare de type Gibson est plus chaud, et l'atténuation de la note est moins marquée sur la durée que sur une Fender.

Les cordes traversant le corps et retenues par un œillet contre le bois ont-elle une incidence sur le son ? Pour certains modèles de cordiers et chevalets fixes, il existe la possibilité de fixer les cordes de l'autre côté du corps de la guitare, non pas au bloc de vibrato mais dans des œillets, le système présentant alors parfois un contact entre la partie vibrante de la corde et le corps... j'ai testé, et je n'ai pas vu de grand changement en regard des modèles Tune-o-matic propre à Gibson ou du Hardtail de Fender. La qualité du pontet qui va suivre impacte par contre la tenue de l'accord et le rendu sonore. Là encore, une innovation qui a fait un vrai argument commercial, mais qu'il est indispensable de tester. Pour moi, c'est un flop !

L'électronique

L'électronique, et l'on pense principalement aux micros, concerne aussi les réglages de type potentiomètres switches et sélecteurs, mais aussi évidemment le câblage. Et si globalement ces éléments comptent pour le tiers du coût de fabrication de l'instrument, on est quand même tenté de penser qu'ils comptent pour la même proportion dans le rendu final... Erreur.

Attention, la modification de l'électronique peut avoir une incidence majeure sur le son d'une guitare : refaire un blindage, remplacer un sélecteur ou un potentiomètre qui crachote... je suis d'accord. Cependant, quand on ne rencontre aucune panne et que l'on ne remplace pas un simple par un double, le rendu est quand même relativement nuancé, voire décevant.

Les constructeurs l'ont bien compris, un micro doit coûter 20 € au total entre matière première, fabrication et emballage est distribué pour 4 €, est vendu 50 € à l'enseigne et sort en rayonnage ou sur le web à 80 € ! Derrière, il suffit de rajouter un budget pub conséquent, le nom de la vedette à la mode et le tour est joué !

Si l'on constate des variations de puissance de sortie (notamment sur un double bobinage, entre alnico et céramique), ainsi qu'une propension à délivrer subtilement plus d'aigus, de graves ou de médiums, il ne faut pas non plus crier au miracle, vous devez relativiser : on parle de fil, de plastique et d'aimants...

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Beaucoup on misé sur un remplacement (souvent pour plus de puissance) en pensant approcher le son de. Je suis de ceux qui ont changé pour des raisons esthétiques et pour un gain de puissance : mon Tone Zone sonne à peine plus "musclé" que l'ancien PAF Pro de Dimarzio... je reconnais un gain d'harmoniques, mais une nette perte dans les aigus. Et c'est pour la Jem que j'ai fait ce choix, donc pas un modèle d'entrée de gamme, une lutherie reconnue et un rendu considéré par DiMarzio et Ibanez !

J'explique par là que le changement opportun n'est pas sans déception. Au risque de constater que ce n'était pas si mal avant, on regrette souvent la somme investie, surtout si l'on a payé son humbucker le quart du prix de la guitare ! Par contre, le bénéfice, c'est d'avoir ouvert le capot, remplacé un potard ou un sélecteur qui a vieilli... bref, que l'on ait appris par la pratique.

Il faut savoir que les montages électroniques sont en règle générale de véritables hérésies : Fender en tête, propose des strats sorties d'usine et dont le blindage est plus que sommaire, voire inexistant. Ibanez fournit des DiMarzio d'origine avec des sélecteurs fabriqués en Asie du sud, mais de piètre qualité et très bons marchés... Gibson, PRS ou Vigier soignent l'électronique de leurs instruments dont le coût est sans comparaison avec les instruments cités précédemment.

Je reste convaincu que les montages électroniques nécessitent une révision, un peu comme un réglage d'usine pour un certain tirant de corde. Le simple remplacement d'une sortie jack peut améliorer le niveau de sortie. Une mise à la masse correcte accompagnée d'un blindage efficace peut corriger un "hum" de micro simple. Il faut aussi comparer ce qui est comparable : remplacer un micro simple bridge par un humbucker format simple est une pratique courante sur une strat, mais qui ne mérite pas une comparaison sonore, on parle de deux univers...

En effet, en électronique guitare, c'est soit simple, soit double, soit un modèle intermédiaire style P90... Globalement, c'est un son claquant et mordant, moins puissant pour un simple, que l'on oppose à un modèle humbucker qui délivre un son plus puissant, sans "buzz" et plus "gras" ou plus chaud...

Mais se pose-t-on d'autres questions liées aux phénomènes physiques magnétiques ? le placement du micro : plus il est près du manche, là où la corde vibre avec le plus de débattement, plus le micro va retranscrire des basses et des médiums ; à contrario, plus il est près du chevalet ou du cordier, plus le son sera puissant (position solo) mais aussi aigu, du fait que la corde vibre moins lorsque l'on mesure à proximité d'un des points d'ancrage.

Alors pourquoi, notamment en jazz, les guitaristes qui affectionnent le son velouté d'un humbucker en position manche ne cherchent-ils que la chaleur et ne se posent pas la question physique de base : un gros aimant placé sous une masse métallique vibrante ne délivre-t-il pas une force réduisant cette vibration ? autrement dit, ce puissant humbucker en position manche ne constitue pas (activé ou non) un "coupe sustain" ? ... certainement !

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Lorsque les bricoleurs guitaristes modifiaient leur Frankeinstrat, ils ne conservaient qu'un micro chevalet parce qu'ils avaient oublié d'être cons et comprenaient l'incidence sur le sustain et qu'ils n'avaient pas besoin du son velouté du humbucker manche... Par souci de simplicité et recherche d'un max d'efficacité, ils branchaient même un seul micro en direct dans la sortie jack de la guitare !

Attention, je n'ai rien contre les jazzys qui ont privilégié les micros surbobinés mais à simple bobinage que l'on place uniquement en position manche sur les modèles signature... ça répond à leur demande et ils ne s'encombrent pas du reste ! Là encore, l'efficacité est de mise. Et en aucun cas elle ne freine la créativité sonore.

Alors pourquoi "garnir" les guitares de tant de micros? Ne pourrait-on pas ainsi jouer sur le prix de fabrication ? Je n'ai pas de réponse à ça, si ce n'est qu'on destine, aux yeux de l'utilisateur de base, l'instrument, à ne pas être polyvalent, ce qui semble être une qualité surfaite et en aucun ca crédible dès lors que l'on touche un manche depuis quelques temps !

Je n'ai en aucun cas de souci de sustain avec les 5 micros de la Jem et le bloc de vibrato musclé de 2 kg qui l'équipe... je suis donc l'heureux possesseur d'un instrument soi-disant polyvalent... Je pense surtout couvrir un spectre de fréquences dans un style de rock musclé, et ... c'est tout. C'était pas mal avant, c'est à peine mieux maintenant que j'ai remplacé mes deux micros double bobinage.

Pour l'électronique, pensez toujours à faire un rapprochement financier : évitez d'acheter une bombe à air pour 18 € permettant de ressusciter un potard de volume qui craque, alors qu'un composant de rechange souvent meilleur coûte 5 €... Où trouvent-ils des câbles non blindés chez Fender ? Pour 2 € le mètre de câble avec couleur dans un magasin d'électronique, on a du câble électronique de très bonne qualité. Les soudures, c'est pareil, un fil à soudure d'argent fait dans le pire des cas 7 € et le fer + la pompe 15 € !

Essayez-vous à remplacer les éléments de câblages et les potentiomètres ou le sélecteur avant d'envisager le remplacement radical du micro. D'autant que le son peut changer de manière plus flagrante avec une bonne électronique, les bons condensateurs et résistances internes, sans remplacer les micros.

Un détail qui a sa petite importance dans le choix d'un instrument et qu'il est difficile de modifier par la suite : la sortie jack qui ne permet pas toujours, sinon avec un jack coudé, de jouer assis sur un banc ou un lit. Pour une Les Paul, par exemple, le raccordement de l'instrument se fait sur la tranche du corps, orientée vers le bas, ce qui permet d'accueillir un Amplug de Vox, mais risque d'occasionner des prises de tête avec un bon jack droit. Fender donne une sortie sur la table, ce qui semble plus fonctionnel mais moins esthétique.

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Si vous avez peur de faire des conneries, cherchez un opérationnel pas loin de chez vous : j'ai même trouvé dans ma ville un atelier qui fait des forfaits, composants inclus, comme le forfait "potard de volume" qui consiste en son remplacement par un bon modèle Japan et le recâblage complet des fils internes pour 15 € (composants et câbles fournis) garanti 1 an.

Enfin, retenez que DiMarzio ou Seymour Duncan, leaders qui se disputent le marché et se refusent de travailler en exclusivité avec un fabricant de guitare, sont des services commerciaux avant d'être des techniciens. Ils comptent chacun de très bons ingénieurs et le niveau de fabrication n'est pas à remettre en cause pour l'un et l'autre, se partageant globalement la part du gâteau.

Attention, les plots des micros en face des cordes comportent des espacements différents selon les modèles de micros. Généralement, l'espacement typé "F" correspond aux micros destinés aux guitares équipées de Floyd Rose. Si un micro standard est monté à la place d'un type "F", les cordes ne seront pas exactement alignées sur les plots et les déperditions sonores seront rencontrées. On rencontre ce phénomène sur les micros peu puissants lors des bends un peu appuyés... Les micros à barrettes ne sont pas concernés par ces problèmes d'espacement.

On notera que Seymour Duncan a pas mal développé de micros typés pour le blues et le rock voire hard rock, et fait quelques incursions hard au métal, les micros ont été développés à l'origine pour remplacer sur Les Paul et Fender... DiMarzio au contraire a rapidement équipé les marques alternatives japonaises et donc les styles alternatifs, proposant le premier le micro le plus puissant du marché avant d'innover avec les technologies d'assemblage dans la constitution des aimants.

On notera également qu'un micro puissant ne peut pas répondre efficacement à la loi "qui peut le plus peut le moins" par le simple usage du bouton de volume... En effet, ces micros puissants ne donnent pas réellement satisfaction pour attaquer les styles plus vintage, les sonorités deviennent acides, et même en jouant sur le bouton de volume et l'artifice du treble bleed (résistance qui permet de ne pas perdre les aigus en baissant le volume il est difficile d'être conquis par le son direct de la guitare dans l'ampli, il faut un préampli, parfois un compresseur et même un égaliseur pour obtenir quelque chose de potable !

Il est également à noter au niveau des câblages internes à la guitare plusieurs éléments assez déterminants sur les sélecteurs et potentiomètres, voire les composants (résistances et condensateurs internes). En effet, dès qu'une guitare dispose d'au moins deux micros, deux simples pour une Telecaster, voire un seul humbucker en poussant à l'extrême le raisonnement, un switch ou un sélecteur est opportun...

Ne pas utiliser un sélecteur peut être un choix : le son du micro direct dans la sortie jack, pourquoi pas, il y a forcément moins de pertes du signal. Cependant, un switch va obligatoirement élargir les possibilités et rendre plus polyvalent l'instrument, permettant, entre deux micros au moins trois alternatives (par exemple micro1 ou micro2 ou micro1+micro2) sinon d'autres déclinaisons phase, hors phase assez intéressantes.

Battle's guitar

L'explication du câblage d'origine est assez obscure chez les constructeurs. Tous les possesseurs de Strat ont eu la joie de constater d'eux-mêmes l'utilité des deux tonalités... Mais c'est aussi la découverte sur des configurations avec seulement deux humbuckers et un sélecteur sur 5 positions : est-ce un split ou mise en parallèle des bobines sur cette position intermédiaire ?

De même, des switches complémentaires permettent d'ouvrir encore de nouvelles possibilité, comme les courants push-pull sur la tonalité qui splittent le humbucker de la Strat SSH. Ainsi, l'instrument se prête réellement à des styles assez variés et permet d'attaquer un public aux attentes plus larges, des débutants indécis aux guitaristes confirmés.

Il est des standards et des modifications assez intéressantes rarement proposées en standard sur les guitares sorties d'usine. D'abord sur les standards : les potentiomètres de volume et de tonalité sont généralement de technologie logarithmique (type A, LOG ou Audio) et répondent à des résistances bien établies en fonction du style de micro : 250 kΩ pour les simples bobinages et 500 kΩ pour les humbuckers.

J'ai lu et essayé plusieurs configurations qui enfreignent ces règles : la plus intéressante étant de positionner un linéaire en volume pour une course plus progressive (Type B ou LIN) mais dans la même valeur de résistance. En combinant la modif à un treble bleed, je constate une réelle utilisabilité du début de la course du micro, chose moins évidente avec un LOG monté sans treble bleed.

Autre point, le treble bleed lui-même qui consiste au rajout d'une résistance de 100 kΩ et d'un condensateur de 0.002 mfd complémentaires sur le potentiomètre de volume de 250 kΩ. Pour un potentiomètre de volume de 500 kΩ, il faudra juste un condensateur de .015 mfd. Le coût des composants avoisine les 20 cents d'Euro et le temps de l'opération est proche de l'heure s'il vous faut changer les cordes, par contre il n'y a plus de pertes des aigus lorsque l'on abaisse le volume, et ça vaut souvent le coup de garder ces aigus bien présents... Après, il y a ceux qui jouent tout à fond, mais c'est une autre histoire (ont-ils besoin d'un bouton de volume ?).

Enfin, l'essai d'un potard d'un Méga-Ω (1000 kΩ) pour des micros humbuckers ou d'un potentiomètre de valeur supérieure (300 voire 500 kΩ en remplacement d'un 250 kΩ) pour les simples bobinages va donner un rendu plus agressif, conférer beaucoup de gain et d'aigus au rendu final, cruncher beaucoup plus tôt dans les distorsions.

C'est sympa pour un soliste, mais on dénature un peu tous ses réglages de préampli, on amène avec un flot de parasites qui n'apparaissait pas avec le potentiomètre d'origine et ... on se prive de la chaleur des sons clairs bien ronds, même en jouant sur la tonalité. À conseiller sur les guitares des solistes hard-rock jouant sur grosse disto avec le micro bridge (type EVH...) et surtout avec un humbucker vintage et un gros son à lampe... ça décoiffe pour 6 € de bidouille !

Pour conclure, je ferai quelques paragraphes sur les micros actifs (EMG) : ils sont exceptionnels tant en sons clairs que saturés (ce pour quoi on croit qu'ils ont été construits à l'origine). En fait, les micros actifs ne disposent pas d'un aimant mais d'un électro-aimant, de capacité supérieure à un aimant standard, et permettent d'éliminer tout bruit parasite au travers de l'efficace préampli indispensable à leur fonctionnement. Une pile garantit une autonomie de 1000 heures au dispositif silencieux, mais doit être logée dans la guitare ce qui implique bien souvent une défonce dédiée dans le corps.

Battle's guitar

La puissance de sortie des micros actifs est exceptionnelle, et on apprécie souvent les taux de saturation élevés et la propreté du signal de ces éléments. Loin de fournir un son froid comme certains l'on écrit dans les forums, ces micros sont d'une chaleur exceptionnelle et d'un sustain infini souvent artificiellement augmenté... De plus les plus subtiles nuances de jeu sont fidèlement retranscrites et je trouve personnellement les sons clairs claquants et très présents, les saturations étant plutôt riches en grain, mais difficiles à égaliser par la suite sans pertes.

Je n'ai pas fait ce choix pour des raisons de coût, mais aussi d'authenticité, car le rendu pour le moins original, est assez typé, reconnaissable et peut-être trop puissant pour mes besoins. De plus, les sons obtenus me semblent trop liés à l'électronique du préampli interne... Et dépendre d'une pile, d'un volume et d'un correcteur de tonalité actifs ne me mettaient pas en confiance et ne me semblait pas indispensable aux styles que j'affectionne et aime aborder.

Personnellement, mes styles de prédilection m'orientent plutôt vers des micros puissants dédiés aux sonorités modernes. J'ai remplacé des DiMarzio satisfaisants par des DiMarzio légèrement différents : les sons clairs sont assez convaincants mais les sons ultra saturés ne ressortent pas avec le relief escompté, sont brouillons dans les basses et mal définis dans les aigus ; la Jem n'est pas faite pour l'indus et le hard core... Par contre, avec une bonne disto en canal clair c'est un régal, la guitare est faite pour, contrairement à une Tele en config d'origine ou une demi-caisse jazz...

J'ai possédé une guitare "montée" avec des puissants Bill Lawrence (moins connus que DiMarzio) typés gros rock, et qui ressortent très très mal dans les multi numériques ou processeurs à modélisation... Il me fallait compresser le son pour que les notes puissent être correctement définies, sinon, les basses saturaient même en son clair (malgré le corps léger et le manche maple).

C'est juste pour expliquer que ces modules à émulation et caractéristiques intrinsèques de l'instrument et en particulier des micros ne font pas bon ménage... À quoi sert de toute façon un micro ultra puissant s'il est destiné à attaquer un multi-effet numérique qui compresse et égalise le signal d'entrée pour le transformer et avoir le "son de" ?

Et pourtant, je chéris personnellement ces micros à fort niveau de sortie car les attaques et les nuances de jeu sont plus que jamais retranscrites lorsqu'on entre dans une chaine de préamplification analogique... Je trouve au Tone Zone ou Air Norton un grain qui n'existe pas sur une Les Paul, une faculté à retranscrire l'attaque qu'un PAF Original n'a pas, et le fait de disposer d'harmoniques artificielles au bout des doigts. Par contre, pour jouer du Hendrix, c'est assez différent, et il faut miser sur le split du humbucker et l'association avec un simple pour supprimer le "hum". Enfin, ça correspond à mon style musical mais aussi au matériel qu'il y a derrière, car je n'aurai jamais un rendu équivalent si je jouais en direct sur la table ou dans une carte son branchée au PC.

L'accastillage

L'accastillage est une partie aussi coûteuse dans la fabrication d'un instrument que l'électronique ou la lutherie (corps et manche) de la guitare. Au niveau de l'assemblage, l'accastillage compte bien pour le tiers du coût final en équipement et usinage, perçages et ajustages.

Il faut savoir à l'origine qu'une guitare disposant d'un vibrato ne fonctionnera pas comme un modèle à chevalet fixe et le remplacement de l'un par l'autre sera compliqué (à faire réaliser, quand c'est possible par un luthier). De même, les expériences de montage d'un Floyd sur une Gibson se sont soldées par de rares succès et le rendu est souvent en-deçà des attentes, l'instrument présentant une valeur d'estime.

Pourtant le Floyd Rose comporte, à mon sens, énormément d'avantages, comme la tenue d'accord et les effets de jeu qu'il permet. Cependant, il nécessite un réglage précis, fausse les doubles bends et ne favorise pas la vibration organique de la corde... Il n'est pas non plus obligatoire dans de nombreux styles et finit parfois par gêner plus qu'arranger. D'autant qu'il contraint à l'utilisation d'un tirant de corde relativement léger, et il présente des problématiques de coûts et de maintenance (usure des couteaux) d'autant qu'il est rarement secondé par un back-stop ou un dispositif d'aide au retour des cordes en position initiale...

La Strat s'est mieux soumise aux remplacements d'accastillages, acceptant simples comme doubles bobinages, Floyd Rose ou chevalet fixe comme vibrato à couteaux ou classic tremolo, les superstrats avec mécaniques à blocage, vibrato flottant et humbuckers sont à présent légions et même sorties d'usine directe de Fender USA sans passer par les expérimentations Squier Japan ou Fender Mexico.

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Les mécaniques sont probablement les seuls éléments pouvant être remplacés par le guitariste lui-même. Les diamètres des trous situés sur la tête ne sont pas tout le temps standards, et le remplacement est difficile dès que l'on souhaite retenir un modèle à blocage ou à coupe corde... Car les fonctions ne sont pas seulement d'ajuster la tension de la corde, il y a aussi à prendre en compte la hauteur du trou dans lequel la corde est insérée qui détermine l'angle entre le sillet et la mécanique (qui a son importance), ou encore le modèle Fender, avec le trou sur le dessus, ...

Et puis parfois, pour le cas de mécaniques haut de gamme, le blocage par vis arrière plus ou moins efficace, et bien sûr le système d'engrenage, plus protégé et donc plus efficacement durable dans un carter serti rempli d'huile. Enfin, la course et la progression de l'enroulage ont aussi leur impact sur la précision du réglage.

D'autant que les pièces sont plus nombreuses et variées sur ce modèle de guitare, les possibilités offertes sans entrer dans des modifications du corps sont assez nombreuses, du changement de plaque, au simples pontets ou sillets, du remplacement des boutons de potentiomètres aux guides cordes, la Strat est globalement customisable et peut faire l'objet de nombreux délires.

Sur Gibson, le délire est beaucoup plus mesuré : d'abord, pourquoi modifier un instrument d'un tel prestige, payé assez cher qui perdrait sa valeur d'origine si les pièces de la marque n'étaient pas montées. Ensuite, la Gibson offre parfois la possibilité de monter un ancestral Bigsby, mais en aucun cas un Wilkinson qui la ferait alors ressembler à une PRS, berk ! Les modifications les plus courantes concernent les micros remplacés par EMG pour les fans de Zack Wylde, et le remplacement des attaches courroies.

À ce propos, les des attaches courroies d'origine des guitares, même les plus haut de gamme, sont souvent des modèles sur lesquels les constructeurs font de réelles économies. Rares sont ceux qui pratiquent la scène ou bien répètent en groupe et n'ont pas encore rattrapé l'instrument de justesse avant qu'il ne s'écrase sur le sol pour un "lâchage de sangle" !

Pensez à choisir des instruments dont les attaches courroies seront de toute façon remplacées rapidement, sinon au bout de quelques années... Les modèles disposant d'un système un peu alambiqué à la sortie d'usine ne m'inspirent pas confiance. Idem, l'attache de la SG au niveau de la jonction corps-manche me semble hasardeuse pour les profils ventrus et les nains sauteurs... Un remplacement par des straps locks (système que je ne trouve pas si pratique) est à prioriser.

Battle's guitar

Les tiges de vibrato se perdent et il est bien souvent impossible de trouver celle qui correspondra, tant les différences de diamètre (4.7 mm, 4.8mm ou 5mm) et de filetage, voire de courbure sont marquées. D'un modèle de vibrato à l'autre, les tiges ne sont pas les mêmes et il semble impossible à moins de disposer d'une référence exacte, de trouver la tige de remplacement par correspondance. Pour un Floyd ou un Wilkinson, c'est bon, mais pour un classic tremolo copié d'une copie de Fender, mieux vaut se rendre en boutique avec l'instrument pour n'avoir à dépenser que 8 €...

On compte des accessoires externes, comme des portes médiators (picks holder) ou des clés allen, des capodastres ou des slides que l'on regroupe dans l'accastillage. Ces accessoires sont parfois de près ou de loin liés à l'accastillage proprement dit, comme les clés allen dépendant (hormis celle de la truss-rod) du bloc de vibrato et/ou du sillet bloque cordes. Notez également la forme de la touche qui conditionne le capodastre et/ou celle du slide, mais nous entrons dans un niveau de détail à ne pas négliger, certes, mais qui revêt une toute autre importance.

Un détail important réside dans la protection de l'instrument, de l'accastillage en particulier durant le transport : une housse matelassée permettra d'éviter la casse d'un pontet soumis à plusieurs kilogrammes de tension sous la pression des cordes et qui cassera au moindre choc dans le coffre de la voiture ou dans les transports en commun... Misez sur le fait de disposer d'un pontet de remplacement (parfois compliqué à trouver), comme d'un bouton attache courroie.

Les cordes

Les cordes montées d'origine sont généralement mal montées (la guitare n'est pas réellement réglée) et déjà usées lorsque l'instrument est acheté en boutique, multiples essais, entreposage, différences de température, transport, humidité. De plus, des tirants relativement légers sont retenus pour des raisons économiques, ce qui ne met pas en valeur les sons de l'instrument.

En effet, Fender et Gibson, voire les déclinaisons, méritent au minimum et en standard un bon 10-46 à filet rond, ce qui est loin d'être le cas dans les copies. Plus on monte dans les gammes, plus les équipementiers se sont associés à des constructeurs de cordes pour les sorties d'usine. On aura du D'Addario sur l'entrée de gamme Ibanez, et les piètres cordes Gibson et Fender sur les marques correspondantes...

Mais un remplacement va devoir s'opérer dès la réception de la guitare c'est-à-dire au premier réglage, l'instant incontournable suivant les premières minutes de jeu. D'abord parce qu'un réglage peut convenir à l'un et pas à l'autre, ensuite parce que les guitares ne sont pas exceptionnellement bien réglées en sortant d'usine, et ensuite parce que l'instrument fraîchement acquis sonnera de toute façon bien mieux avec des cordes neuves...

Le choix des cordes se fait en rapport à l'instrument et au style souhaité. Cependant, je reste dans le doute quant au fait de prononcer une préférence pour l'un ou l'autre des procédés de fabrication ou bien mettre une marque devant une autre. Considérons objectivement que chaque je de corde a son caractère et que le son produit dépend du ressenti de chacun.

Des "pièges" tendent à dire que la corde Ernie Ball fait partie du son de Steve Vai, de Clapton ou de Page, la D'Addario de Satriani, la DR de Dime Darrel, ... autant de contrats purement commerciaux et hormis le fait que ce soit difficile à vérifier, il semble que comme les lessives, les cordes soient produites en définitive sur très peu de sites dans le monde en regard de la consommation qui devrait en être faite... il y a donc une arnaque quelque part.

Je reconnais cependant le pouvoir résistant des cordes gainées (DR ou Ernie Ball coated, Elixir, D'Addario EXP) qui de toute façon n'ont aucune brillance même dès le début et qui présentent une sensation particulière de glisse lorsqu'on n'est pas habitué. Je ne connais pas encore de guitaristes endorsés, mais ça va venir...

Evidemment, leur coût 2 à 3 fois supérieur à un jeu standard est largement compensé par le fait qu'elles durent réellement 3 à 5 fois lus longtemps. Et comme tous les constructeurs se tournent vers cette innovation depuis quelques années, les coûts vont inévitablement baisser et ce sont les cordes en acier et nickel non gainées qui vont augmenter ! Pire, il arrive que des magasins ne distribuent plus que ça, pour les vieux modèles, passez par Internet !

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Je ne saurais que vous recommander de travailler sur l'attaque des cordes, aux doigts, au médiator, ... mais de varier ces attaques et moduler sur le niveau de sortie et le grain sonore en fonction de ces variations. Ce n'est pas nécessairement contraire à la philosophie "tous les potards à fond" car ceux qui en sont partisans ont très tôt appris à varier l'attaque des notes.

Mais cette variation n'est possible qu'à compter du moment où la synchronisation main droite et main gauche est optimale et que les cordes permettent de retranscrire ces variations. C'est beaucoup plus délicat dans le toucher avec un tirant fort (à partir du 11-52), et plus simple avec du léger. Mais c'est un compromis et une exagération de l'attaque qu'il faudra mettre en avant.

De toute façon, la corde mérite qu'on lui rentre dedans pour révéler toute la puissance du jeu. On pense à tort que les micros, l'ampli ou les effets façonnent ce rendu de puissance, mais l'attaque et le toucher sont en grande partie à l'origine du son, et parmi les guitar heroes mondialement respectés, beaucoup ont un toucher immédiatement reconnaissable et n'hésitent pas à "rentrer dedans".

Le matos qu'il y a derrière

Le matos qu'il y a derrière résume un peu tout ce qui est à prendre en compte dans l'achat ou la modification de sa guitare. J'en parlais plus haut : pourquoi chercher des micros ultra puissants alors que le son va être numérisé et compressé avant d'entrer dans l'ampli ? Mais de la même manière, à quoi bon rêver d'une guitare à 3000 € pour jouer dans un ampli de 50 € ? Et le cas fréquent de la Gibson à 2500 € et du Marshall tout lampes à 3000 € raccordés par un câble à 7,50 € !

À quoi bon également monter une électronique de 300 € sur une guitare qui en vaut à peine 200 ? si ce n'est par obligation de remplacer des micros cassés, il ne faudra pas s'attendre à approcher le son d'une guitare valant 600 €... Et le même réflexe financier est à mettre en avant sur plein de points de la chaine d'effets ou même de prise du son.

Mais il n'y a pas que la rentabilité qu'il faut "peser" dans ses combinaisons hasardeuses, il faut également écarter le rapport qualité/prix de chaque choix pour se pencher sur des ratios techniques ou acoustiques plus adéquats. Le premier en tête est numérique/analogique, mais il y a aussi le débat des lampes/transistors, puis celui de l'émulation/original, tous les trois dictés par des règles purement financières, les technologies étant arrivées à maturité dans chacun des domaines (... et la guitare ressemble toujours à une guitare d'il y a 60 ans !).

Sur le rapport qualité/prix, on peut débattre des heures, lorsque l'on pense que des pédales Behringer copies de Boss, Electro Harmonix ou MXR sont commercialisées entre 3 et 5 fois moins cher, de nombreuses questions se posent : est-ce le même rendu sonre ? où est réalisée l'économie ? quid de la solidité du produit et de son SAV ?

Le rendu sonore des copies de distorsions ou de delay, je l'ai personnellement testé pour répondre, et dans la grande majorité des cas, je peux avancer qu'il reste légèrement en-deçà de celui produit avec un équipement original. Mais s'il n'est pas besoin de le "pousser dans ses retranchements" à quoi bon payer 5 fois plus cher ?

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Par exemple, la TO800, overdrive du constructeur allemand copie la TS808 du Japonais Ibanez, mais si de prime abord l'approche est rigoureusement identique dans la conception, certains composants ne donnent pas le même rendu pour certains réglages... L'économie est aussi réalisée sur les composants, et le premier reproche à formuler est celui du boîtier en plastique relativement plus fragile que le modèle Boss ou Ibanez d'origine.

Mais ça n'explique toujours pas l'écart de prix, Behringer (ou un autre) aurait pu vendre 15 € plus cher son produit avec un boîtier métal, le prix aurait bien été 2 à 4 fois moins cher... mais là encore à quoi bon proposer un contenu pas exactement identique constitué de composants compatibles ou de qualité moindre (juste un petit cran au dessous) et un boîtier en fonte d'alu juste équivalent ?

Si ce n'est pas sur le rendu sonore que la différence existe, c'est bien sur la qualité des composants utilisé pour les copies que l'économie est réalisée. À copier une référence, le seul moyen de percer dans le marché, c'est de positionner le produit à un prix nettement inférieur. Et c'est le cas pour Behringer par exemple qui reste assez agressif dans sa politique tarifaire et propose des produits à prix plancher destinés au débutant qui un jour craquera pour l'original !

Mais économiquement, le modèle DIY d'une Boss présentait déjà une sacrée différence de prix de revient comparé à la distorsion originale, par exemple... C'est donc aussi sur la main d'œuvre ? non car la marque originale comme la copie fonctionnent sur des chaines de production quasi identiques et une main d'œuvre payée exactement pareil !

Si ce n'est pas sur le façonnage et le coût de fabrication, c'est effectivement sur le marketing que l'économie est faite : le packaging du produit, sa notice, la pub faite est souvent loin derrière, car le produit original ne pourra être détrôné par sa copie, mettant en avant l'invention, la tradition, la précédence sur la part du marché... Pourquoi Behringer ferait de la pub alors que son positionnement dans le catalogue permet à tout commercial de proposer une alternative économique à un client qui jusqu'alors serait sorti bredouille de son magasin.

Et là encore, un procédé commercial simple mais efficace fait en sorte de proposer une large gamme de produits (tous copiés), pour lesquels la référence à l'effet original doit être sans équivoque, et qui constitue une solution de remplacement forcément rentable pour celui qui voudra juste essayer et n'aura pas définitivement entériné son choix.

Enfin, l'économie étant faite en amont (marketing, packaging, publicité, ...) il est malheureusement pratiqué en aval, lorsque le produit dysfonctionnant est retourné en SAV, car en regard des sommes investies (25 € la pédale de disto), personne n'osera faire appel si le produit tombe en panne pour la simple et bonne raison qu'il en sera pour 20 € de frais de port pour un retour chez le constructeur, que la pédale soit garantie ou non. À ce prix-là, l'effet sera purement et simplement remplacé...

Toute cette chaîne économique est parfaitement bien huilée et pensée, ce qui fait que rien ne peut être laissé au hasard, hormis le fait qu'un guitariste qui prendra le risque de brancher une guitare haut de gamme dans un ampli haut de gamme n'aura pas à prendre le risque d'intercaler un module bas de gamme dans la chaîne... Et là, les arguments commerciaux se "cassent la gueule", pour des raisons de cohérence, de tradition, de combinaison efficace, ...

Sur les arguments techniques, faisant abstraction du rapport qualité/prix qui de toute façon refera surface à tout moment, nous avions évoqué plus haut la guerre de puristes qui oppose (je ne vois pas pourquoi) le numérique à l'analogie... C'est en effet une guerre entre constructeur qui a émergé dès que le numérique a prétendu remplacer l'analogique, dès que la technologie a permis au numérique de réellement rivaliser avec l'analogique.

On entend par là la différence de rendu sonore qui existe principalement sur les effets d'entrée de gamme, mais on oublie souvent de préciser que les constructeurs ont plus de facilité à produire du numérique que de l'analogique, car aujourd'hui, les possibilités étendues, la compétence des environnements numériques est diffuse partout sur la planète, que les composants (circuits imprimés, processeurs, mémoire) sont plus courants que les circuits électroniques, voire moins coûteux à réaliser...

Là encore, je nuance, il existe du très bon comme du très mauvais dans l'analogique comme dans le numérique. L'oreille, de surcroît, ne s'y trompe pas ! et jusqu'au début des années 2000, il faut bien reconnaitre que les sons numériques, notamment les distorsions, affichaient de flagrantes contreperformances. Aujourd'hui encore (et je pense à jamais) les distorsions ne seront pas vraiment convaincantes, mais les finalités se précisent...

Battle's guitar Battle's guitar

En effet, si les effets analogiques présentent de grands avantages sonores en condition de live par exemple, leur format en pédale nécessite un raccordement complexe et les réglages ne peuvent être sauvegardés et rappelés simplement, sans temps de latence. Je ne parle même pas du prix qui est assez différent, les modules analogiques présentant une fâcheuse tendance à se raréfier ou ne plus être produits en série, les coûts augmentent...

Mais c'est en fait pour répondre à un autre besoin que l'analogique et le numérique sont conçus et fabriqués : l'analogique correspond à la guitare de "grand papa" qui ne joue que live ou presque, ne connait pas le copier/coller d'une séquence, et ne s'enregistre (et ne s'enregistrera jamais sinon à son insu) dans une carte son. Le numérique comble économiquement comme techniquement (à quelques bonnes nuances près) les lacunes de l'analogique en apportant tout le reste. Résolument moderne, le numérique prône également la miniaturisation, la connexion directe au PC, des outils d'enregistrements et d'export/import de réglages, des mises à jour et des évolutions régulières, ...

On voit bien que l'on a affaire à deux mondes avec des panachages assez intéressants : les multi-effets numériques peuvent se contenter d'une simple raccordement en console ou table de mixage sans passer dans un ampli compliqué à repiquer, donc présentent des prédispositions au live. Dans un autre registre, une réverb numérique peut figurer dans la boucle d'effet d'un somptueux stack à lampes sans que le rendu sonore ne choque quiconque, bien au contraire...

Les dispositifs numériques s'interfacent complètement aux amplis guitare traditionnels, mais lisez la doc, donnent un rendu optimal (et stéréo) aux connections RETURN de la boucle d'effet ou les LINE IN destinés à encaisser les signaux mixés MP3 et autres entrées CD... sur des amplificateurs modernes, particulièrement les petits, ou de gros 100 watts de conception récente pour intégrer une telle connectique.

C'est de là que vient la confusion, et elle est devenue telle que personne ne sait plus quel est le meilleur des deux mondes... Je rappelle qu'une boîte de direct est un outil utilisé principalement dans un studio d'enregistrement et en sonorisation afin d'adapter l'impédance d'une source (micro capteur d'un instrument de musique, synthétiseur, etc.) à l'entrée micro ou l'entrée ligne d'une console. Je rappelle aussi que tous les dispositifs multi-effets numériques présentent l'avantage d'une sortie casque et ne délivrent bien souvent que ces signaux "adaptés".

Et les différences de rendu proviennent principalement du fait que dans leur conception, les modules numériques ne sont pas nécessairement conçus, à la base, pour être transformés par un préampli et un ampli puis un baffle, mais pour être raccordés en direct. Soit... oui mais si c'est bien pour une réverbération ou même un chorus, c'est déjà moins convaincant pour une wah et nettement en dessous des espérances pour une distorsion, un overdrive, un léger crunch ou un fuzz...

Et les "panachages" vont bon train, et s'ils sont heureux dans quelques cas, ils sont parfois bien malheureux comme le fait de trouver un meilleur rendement à un Line6 connecté en direct à un JCM800 ou un AC30 (quel gâchis !). On trouve pareil avec une guitare PRS et un multi G-Force raccordés en chaîne en direct dans un ampli... de Home Cinema !

Il ne subsiste qu'un seul recours : se laver les oreilles en profondeur, et essayer des combinaisons cohérentes en repartant des basiques (la guitare puis l'ampli, quelque chose au milieu, quelque chose dans la boucle d'effets, ...).

La confusion est d'autant plus grande qu'il subsiste encore une ancienne source de tensions dans deux domaines : la guerre lampes transistors et celui de pré-prod/post-prod dilemme qui n'avait pas été évoqué ni perçu au tout début de cet article, car il est arrivé en même temps que les évolutions technologiques ont émergé.

Battle's guitar

En effet, s'il est des combinaisons heureuses comme une pédale de distorsion DS-1 dans un stack à lampes, il en est des malheureuses comme un POD dans le même ampli. Et cette confusion date de plusieurs décennies, alors que les puristes ne considéraient que le couple guitare ampli à la AC/DC, d'autres souhaitaient aller plus loin en insérant un composant à transistors (ô sacrilège) comme une pédale de distorsion sans germanium (là, dis donc !). Oh bonheur, les harmoniques, les sonorités étaient débridées sans perte de dynamique puisque les lampes étaient juste attaquées par un circuit qui réinjecte bien les nuances du jeu de guitare et reste asses transparent sur les notes et les fréquences sans compresser artificiellement...

La combinaison transistors en préampli puis lampes fonctionnait autant que lampes puis lampes... et de manière étrange, les premiers amplis hybrides ont été construits à l'envers : la lampe en pré-amplification et le transistor en puissance ! Et de là vient le fait que tout est possible avec plus ou moins de résultats probants. Aussi, se sont par la suite déclinés des effets numériques qui manquaient cruellement de présence en distorsion (compression outrancière, pré-égalisation du signal à la Zoom, un son juste correct au casque).

Et voilà-t-y pas que la même erreur de conception a pointé son nez avec une lampe sensée "réchauffer" les processeurs numériques traitant la distorsion des multi-effets du marché : de Vox à Zoom, tous s'y sont planté. Sans pour autant retrouver le son lampes puisque ce qui importe dans l'amplification à lampes, c'est le fait de porter à très haute tension les 12AX7 ou ECC83 du préamp avant d'attaquer la section d'ampli avec un signal porté à 200 ou 300 volts !

Aucun multi de sol comportant une alimentation commune à la lampe et à l'ordinateur distillant les quelques 80 effets n'ont permis d'intégrer dans leur compartiment une section de pré-amplification à lampes digne de celle d'un ampli ou même d'un préamp dédié (Blackstar en tête). La lampe tout au plus éclaire un peu l'écran LCD, dans le meilleur des cas réchauffe un peu le sol...

Par contre, à l'opposé, le meilleur des deux mondes est obtenu avec une disto analogique et des modules numériques comme Digitech ou TC Electronics ont proposé. Et les mélanges et panachages ont encore eu bon dos, car il ne s'agit pas de mélanger n'importe quoi, mais la réussite du duo Line6/Bogner sur les amplis Spider Valve ont mis en avant une bonne émulation numérique dans un ampli de puissance conçu pour et à lampes, accompagné d'effets numériques de choix...

Les combinatoires hasardeuses existent bien, et comme il serait une faute de goût de jouer une Telecaster de 61 dans un ampli transistor Behringer, alors que le fait de dépenser 500 € pour disposer d'un bon multi-effet de sol, et de jouer ça avec une Cort à 200 € et un petit Bugera à lampes de 5 watts à 150 € serait par contre déroutant d'un point de vue sonore...

Enfin, la confusion vient (encore une fois) du "tout en un" avec ces objets préfabriqués qui font à la fois ampli, préampli, multi-effet, accordeur, carte son et boîte à rythmes. Les utilisateurs déroutés peuvent, en y mettant le prix tomber sur une station heureuse, simple d'utilisation (hum !) et finalement plus économique que si chaque élément avait été acheté séparément (je vous avais dit que...), ...mais avec les distorsions un peu en deçà de ce qui se fait ailleurs, et une programmation complexe (Boss/Roland JS-8). Et là, la concession ne gène plus personne !

Alors pour éviter les mariages malheureux, misez sur des choix simples, progressivement, en y mettant le prix puisque la qualité est bien souvent au bout des billets, mais s'il vous plaît lentement !

Les recommandations de configurations

La guitare (sa lutherie, son accastillage) et ses micros (et leur configuration) ont une importance capitale. C'est sur l'instrument que se développe la technique de jeu, le toucher, ... le rapport est "corporel" fusionnel, elle doit devenir le prolongement de vos doigts, de vos idées et de vos émotions.

Une bonne pédale d'overdrive et/ou une de distorsion ne seront jamais de trop, et là encore, misez sur la modularité, le fait de pouvoir acheter les boîtes en plusieurs temps. Qu'elles soient analogiques à lampes et/ou à transistors, et qu'elles permettent surtout et avant tout de jouer les styles qui vous plaisent plutôt que les styles qu'on vous suggère d'aimer...

Un bon ampli vient par la suite, quelle que soit sa technologie de conception (les prix des petits à lampes ont considérablement baissé, soit dit en passant !) sa puissance doit correspondre à votre besoin, et ne misez sur ses multiples canaux que si vous y mettez le prix, la disto d'un bas de gamme restera ce qu'elle est !

Achetez un bon accordeur lumineux et intuitif, et s'il n'est pas indispensable dans le chainage des effets, c'est plus pratique en situation de jeu... il remplacera celui à LEDs en plastique des débuts, ou encore la pince inutilisable parce que bon marché ! S'il dispose d'une alimentation sur transfo, ce sera en plus si la pile est réquistionnée pour un autre module...

Généralement, après la bonne disto analogique robuste au stomp-switch digne de ce nom, il est fréquent de craquer sur un effet incontournable du rock : la wah. Les choix se portent assez souvent vers un des deux standards du marché Dunlop ou Vox, avec une sonorité assez vintage et l'excellent rendu en son clair.

Battle's guitar

Misez par contre sur des modules qui respectent votre son original et qui puissent être assez transparent sur les sonorités et les tonalités originales de la guitare, car c'est le gros défaut des wah-wah que de ne pas proposer de "True Bypass"... Les Morley sont plus difficiles à dompter, mais plus neutres sur ce point tout en étant aussi fiables et robustes.

Personnellement j'aime le son de la wah mais n'aime pas trop la pratiquer. Non pas que je souffre de problèmes de coordination, mais qu'il m'est toujours paru le fait qu'elle soit réservée à l'Elite. Ce n'est pas pour moi le synonyme de "gros son" ni de soliste... Elle est néanmoins indispensable pour les reprises et abondamment utilisée chez mes idoles.

Enfin, misez sur un simple multi-effets numérique comportant les basiques (chorus, delay, réverb, phaser et flanger). Ils sont peu coûteux pour démarrer et de toute façon la pléthore d'autres effets ne sera pas utilisée régulièrement ! Les sites de ventes de particulier à particuliers (leboncoin.fr) regorgent de vieux multi Korg ou Zoom amplement suffisants.

S'il vous reste un peu d'argent, misez sur une bonne interface audio, et les softs feront le reste ! Dans le meilleur des cas, un bon multi-effets à émulation avec sortie USB fera votre bonheur, mais pensez aussi à jouer de la guitare !

Lorsque vos oreilles iront mieux, passez à un ampli digne de ce nom, et mettez au goût du jour le multi-effets numérique. Faites-vous plaisir avec un delay analogique et un préampli à lampes, misez sur des valeurs plus sûres, et au-delà ce sera du matos pro, peut-être inutile si vous jouez dans votre chambre... à moins que la passion ne vous ait déjà détruit, démoli, rongé jusqu'au dernier sang et que le matériel ou la recherche de son ne vous préoccupe plus que de raison (sinon, que fouttriez-vous sur ce site si peu fun !).