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L'avènement des multi-effets

Les multi' se sont développés depuis quelques décennies avec, vous en conviendrez, des hauts et des bas... L'avènement du numérique a sacrément apporté au guitariste, comme des delays, des réverbérations et des modulations de plus en plus réalistes au moindre coût, mais aussi des fonctionnalités spécifiques sur l'enregistrement et le rappel des réglages.

Il faut dire qu'au tout début, les premiers processeurs ont amené une "simplification" des traitements : dans des formats rack ou "de table" (module ni pédalier, ni pédale, ni rack), les effets chers et techniquement destinés à un usage professionnel ont été portés de manière assez convaincante dans des émulations numériques.

Les années 1980 foisonnent d'unité de traitement numérique d'écho, de delays (analogiques comme numériques) ... Globalement tous les effets de guitare existant séparément au format analogique sous la forme de pédales furent portés sur des modules de traitement numérique, et regroupés au sein d'un même module, tant qu'à faire.

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Le constructeur japonais Zoom sort le 9002 Pro en 1986. Une révolution sur le marché des instruments de musique destinés aux amatueurs.

Il faut dire que dans la technique de traitement, un chorus, un flanger et un écho sont relativement proches, seules les plages de temps de répétition et le doublage du signal diffèrent. Il semblait donc évident de proposer des modules permettant d'offrir les 3 traitements (par exemple) du simple fait que le signal était traité, à peu de chose près, de la même manière.

Les algorithmes permettaient alors de recevoir un grand nombre de paramètres, et une mémoire interne permettait le stockage dans des banques de données. Ce qui permettait également d'enregistrer ses propres réglages et de les rappeler manuellement ou via une pédale de contrôle (midi notamment). Cette évolution fut une réelle révolution pour le monde de la sonorisation, et particulièrement celui de la guitare électrique.

Les professionnels dans un premier temps (les particuliers étaient en fait peu nombreux à pouvoir se payer de tels modules multi-effets au tout début) utilisèrent ces modules, voire plusieurs de ces modules dans leur set de matériel, mettant en avant le fait de pouvoir disposer lors des concerts des sons équivalents à ceux sur lesquels ils ont enregistré leur album.

Comme les salles et les stades se remplissaient avec l'explosion du rock et hard-rock, les attendus sonores devinrent alors très forts, et, exigeants, les guitaristes pouvaient disposer de sonorités de qualité, d'une grande variété de réglages pré enregistrés pour un effet spécifique, et rappeler chacun des presets en "live" via un simple pédalier.

A cette époque, le rendu était assez disparate. Il était fréquent de cascader plusieurs modules numériques dans un rack, faire en sorte de chaîner, via le midi, l'ensemble des modules, et privilégier par exemple le chorus d'un certain module, les delays d'un autre, les réverbérations d'un troisième...

D'un point de vue de la restitution sonore, on s'approchait du son de l'album que le guitariste promotionnait et le public montrait un réel engouement à voir ces idoles sur scène et constater que ce qui était joué sur le disque était reproduit sur scène avec ce niveau qualitatif.

Dans les faits, il faut reconnaître que si les effets numériques apportaient réellement satisfaction, certains réfractaires continuaient à utiliser leurs vieux modules d'écho à bandes, les octavers et wah-wah de la décennie précédente, pour la seule raison d'un rendu sonore meilleur et probablement mieux maîtrisé.

En effet, les chorus et delays analogiques conservent leur charme, mais en ce qui concerne les traitements numériques, parfois jugés "assez froids", reproduisent ces traitements complexes avec brio, en apportant les fonctionnalités étendues de mémorisation des réglages, mais surtout en augmentant les plages d'action : le numérique reste le seul moyen bon marché d'obtenir un temps de retard d'une seule seconde.

Rapidement, dans la course à l'amélioration, les modules intégrèrent un maximum d'effets, permirent une combinaison de plusieurs effets (chorus + delay + reverb) et s'intéressèrent à une catégorie de sons particuliers : les crunches, overdrives et distorsions qui ne correspondent pas réellement à des effets à proprement parler...

Aidés par une innovation technologique importante dans le domaine, les microprocesseurs numériques permettaient d'intégrer une informatique embarquée de plus en plus complexe, programmable et pouvant traiter des traitements de plus en plus lourds. Assez rapidement, des modules comprenant plusieurs effets furent construits à faible coût, et furent alors destinés à un plus large public, les musiciens amateurs...

Evidemment, il résidait encore quelques améliorations dans les traitements, qui ont été limités par les mêmes technologies que l'informatique à l'époque. Les processeurs ne pouvaient pas traiter toutes les informations issues de l'imagination des guitaristes.

Les multi limitaient alors à une combinatoire de 3 effets, ou bien des mécanismes de compression réduisaient le signal en entrée du module afin de permettre de donner un peu de "respiration" à l'unité de traitement numérique : du coup, le son de la guitare n'était plus respecté.

On retrouve encore aujourd'hui beaucoup de ces limitations sur les matériels d'entrée de gamme. On constate aujourd'hui qu'un processeur a gagné en puissance de traitement, mais qu'il utilise en fait les mêmes mécanismes de compression pour "travailler" le signal entrant de la guitare et ainsi simplifier le comportement du module.

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Toujours le constructeur japonais Zoom qui propose le G2.1u avec convertisseur 24 numérique bits et un échantillonnage à 96 kHz. 54 effets et émulations dont 9 combinables en simultané ... une puissance de calcul terrible à la porté du grand public pour 120 €

Si ce procédé permet de gagner sur certains aspects (on peut traiter 7 effets simultanés) on se rend compte que l'on perd pas mal de la dynamique du signal, des nuances de jeu du guitariste, et que bien souvent, notamment pour les non effets de crunch ou de distorsion, une pédale externe donnera de bien meilleurs résultats.

Cependant, en utilisant un multi pour ses effets (modulation, delay, réverb), donc dans la boucle d'effets de l'ampli (et surtout si vous disposez d'un modèle d'ampli muni d'un FX loop), vous parvenez à gérer convenablement le rendu sonore. Tout n'est pas à jeter dans ces effets numériques.

Insatisfaits, les constructeurs ont poussé la démarche jusqu'à intégrer des processeurs et des mémoires toujours plus performants, ce qui les a orienté vers l'émulation des sons des amplificateurs et de pédales de distorsion ou d'overdrive. Là, les sons caractéristiques sont modélisés (on extrait les données mathématiques des composantes du son) pour être reproduits de manière plus ou moins convaincante.

Il faut dire qu'on ne peut pas traiter n'importe quoi avec le numérique. Le numérique s'illustre bien notamment, une répétition, une variation de la hauteur de la note, la mise en phase d'un signal dédoublé, la stéréo, ... Toutefois, dès qu'il s'agit de reproduire le rendu sonore d'un amplificateur à lampes poussé dans ses retranchements, ça devient compliqué.

D'autant que dans les paramètres, il faut prendre en compte la technique de jeu du guitariste (ses attaques, son phrasé, ... son toucher), mais aussi son type de guitare et particulièrement de micro, l'ampli et ses caractéristiques (quel canal ? quel type de baffle ? combien de lampes ?) et surtout, le réglage opportun (souvent à fort volume) de l'égalisation, du préampli, ... et enfin, il s'agit même de modéliser le type de prise de son au travers des micros et de leur positionnement.

Autant dire que la modélisation d'autant de paramètres nécessite une bonne puissance de calcul, ce qui techniquement affiche une limite. Il faut aussi numériser chaque comportement des éléments constituant la chaîne du son, et là encore, ce n'est pas rien ! Il a fallu attendre la moitié de la première décennie des années 2000 pour disposer des premiers modules à émulation sur le marché.

Et bien évidemment, si la partie effets s'avère complète (dans la plupart des cas), les émulations d'amplificateurs sont assez critiquées. Pour faire un résumé, les sons clairs ainsi que les sons métal sont assez réalistes. Entre les deux, les crunches, les overdrive, et les distorsions s'avèrent bien souvent moins convaincants.

Si les produits répondent aux besoins de polyvalence des débutants, il s'avère que de grandes disparités existent d'un matériel à l'autre, d'une philosophie à l'autre, sans apporter de réelle amélioration au rendu sonore.

Les constructeurs ont essayé de se rapprocher de l'inapprochable son des amplificateurs de légende, il semblerait que seul le haut de gamme apporte réelle satisfaction, mais en intégrant des microprocesseurs d'exception permettant un traitement très "lourd" (même comparés aux traditionnels PC ou Mac domestiques).

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Le constructeur/éditeur AVID a développé Eleven Rack, un préampli à émulation des plus rélistes complété d'effets de qualité exceptionnelle... cependant pour 700 €.

Si le son n'est pas au rendez-vous, c'est probablement parce que les modèles mathématiques sont encore incomplets. Toutefois, sans chercher à devenir défaitiste, il semblerait que le caractère d'un ampli ne puisse complètement être reproduit, même sur des modules luxueux disposant d'une puissance de traitement aujourd'hui inconcevable.

Mais on est là dans un niveau d'exigence qui dépasse l'entendement d'un guitariste moyen. Car à côté de ces imperfections, les modules numériques apportent pratiquement tous les sons de légende pour 200 €, ce qui séduit inévitablement les guitaristes débutants, les guitaristes qui font des "reprises" en groupe, ceux qui se satisfont de "jouer par-dessus le disque", .. c'est-à-dire 80% des gratteux.

Il ne faut pas décrier le système sous prétexte de ses imperfections, car elles ne sont même pas perçues par la majorité de ce sous-ensemble de "gratteux". Et ce n'est pas pour dénoncer le fait qu'ils (je suis dans le lot, n'ayez pas peur !) ne puissent réellement faire la différence, mais réellement pour évoquer qu'en fait, le numérique est une forme de pari technologique qui n'est, à l'heure où je vous écris, qu'à ses balbutiements.

Même si je fais partie de ceux qui pensent que l'on ne résoudra pas tout de l'énigme avec un microprocesseur, et qu'une bonne vieille disto me sera bien plus profitable, je ne veux en aucun cas freiner votre engouement pour cette avancée technologique certaine.

Pourtant, on voit bien que ça piétine : les modules de sol se sont généralisés, intégrant des pédaliers de commande pour le jeu "live" et des pédales d'expression permettant d'augmenter le contrôle de nombreux paramètres, et les traitements se sont complètement adaptés au monde informatique...

Les différentes approches ou "philosophies"

Au début, une "crise de propriété" s'est vue naître chez les constructeurs qui ne lâchaient que quelques programmes informatiques susceptibles d'importer et d'exporter les paramètres de son de chaque banque. Ainsi, on pouvait sauvegarder ses réglages sur un ordinateur, et échanger ces réglages avec d'autres au travers d'un simple échange de fichiers...

Mais aujourd'hui, il est commun de voir un constructeur travailler sur un module hardware (intégrant son microprocesseur) comme sur un module software (juste un programme informatique). Dans ce deuxième cas, la puissance de traitement est confiée à un ordinateur familial.

On pouvait s'attendre au fait que l'évolution du numérique vers l'informatique puisse résoudre les problèmes posés par les complexes modèles mathématiques qui alimentent les logiciels d'émulation d'amplificateurs... que nenni ! Il n'en fut rien, et même si cette évolution est relativement récente, et que l'on pourrait penser que les puissances de traitement des ordinateurs soient supérieures, il reste encore et toujours illusoire d'imaginer pouvoir égaler le rendu sonore et la dynamique d'un ampli à lampes de renom.

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Le module numérique haut de gamme Eventide Ultra Harmonizer H-3000 popularisé par Steve Vai, qui se chiffre très cher !

L'innovation est bien tombée dans une impasse : l'émulation atteint une limite que l'oreille, le guitariste, l'auditoire (tout ce qui est organique) perçoit, mais que le modèle mathématique à du mal à identifier. On parle encore des plus exigeants, bien sûr, beaucoup se satisferont de ces imperfections...

Il ne faut pas condamner pour autant l'exercice, et probablement tirer profit de l'ensemble des technologies. S'il est possible pour un guitariste moyen d'avoir à sa portée de bourse un multi numérique, il lui sera plus difficile d'investir dans 15 amplificateurs vintage qui composent la palette sonore polyvalente de la guitare électrique.

Et pour permettre de se rattraper sur ces "lacunes", les constructeurs ont intégré tout un tas de traitements et fonctionnalités complémentaires au multi, principalement un accordeur, un métronome ou des boucles et séquences de boîtes à rythmes (là encore, d'ici qu'on émule le rendu d'une vraie batterie ...), et un séquenceur ou loopeur, plus des effets de synthèse plus ou moins gadgets (souvent inexploitables).

Si l'accordeur fut un réel plus, ils ne sont généralement pas de qualité enviables lorsqu'ils sont intégrés aux modules numériques. Je ne sais d'ailleurs toujours pas pourquoi un module dédié est toujours plus performant, mais ... bon, tant pis, de toute façon, pour vous comme pour moi, l'idéal, c'est de s'accorder à l'oreille sur un référentiel...

Le métronome a réellement été le premier élément qui collait le plus à la demande du guitariste qui ne voulait qu'un seul équipement et qui jouait dans sa chambre ou dans son salon. Le métronome est conseillé pour progresser, et il complète relativement bien le module avec des fonctions complètement exploitables. D'autant que bon nombre de multi intègre des paramètres variables en temps réel (tap tempo, pédale d'expression) et que le réglage est souvent calqué sur le tempo.

La grande évolution a été d'intégrer le looper, qui correspond réellement au besoin de jeu lorsqu'on est seul. En destinant le matériel à cette population de guitaristes sédentaires qui jouent et apprennent dans leur chambre, le looper permet de progresser en travaillant plusieurs sons de guitare d'un même morceau : le guitariste enregistre sa rythmique et joue son solo "par-dessus".

Mieux encore, il peut jouer aussi bien en intercalant son module numérique entre sa guitare et son ampli, qu'en raccordant un simple casque audio (et en ne dérangeant personne dans son voisinage immédiat), comme en connectant directement son module à une console d'enregistrement, une sono, une carte son, ... mais aussi sa chaîne hi-fi, son home cinema, ses baffles pour PC ou toute source d'émission sonore.

Et c'est également une réelle avancée que d'avoir pratiquement le même rendu sur toute source audio exploitable et ce quelque soit le volume. Les progrès sont possibles la nuit, au casque, là où les amplificateurs d'étude décevaient dans la restitution sonore au travers de la sortie "headphones".

Enfin, des fonctionnalités plus difficiles à dompter, permettant au guitariste de progresser également dans leur approche harmonique et leur phrasé. Les arpégiateurs intégrés aux fonctionnalités de synthèse ont été empruntés au monde des claviers et synthétiseurs. Ils produisent une séquence de note calée sur une ligne harmonique, une partie de gamme, pour permettre au guitariste de produire un rendu sonore virtuose et des effets ébouriffants particulièrement flatteurs.

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Le Korg AX3000G a longtemps été une référence en termes de traitement. On le trouve encore à moins de 200 € d'occasion.

Le multi numérique semble incontournable, en regard des prix et de la qualité des traitements basiques proposés. Un guitariste respectable doit, au cours de sa vie guitaristique, avoir disposé, sinon essayé, un tel multi, ne serait-ce que pour s'ouvrir à tout un monde sonore inexploré. Même si les attentes sont parfois assez hautes, les matériels de nos jours ne déçoivent pas autant qu'il y a quelques années.

Cependant, vous devez vous attendre à une approche différente de celle d'un ampli classique (pas à émulation) ou d'une pédale de disto : l'accès aux paramètres, les configurations, les réglages sont nombreux et fastidieux. Ergonomiquement, les modules se sont amélioré, mais présentent toujours une complexité qui mérite un "certain temps" d'adaptation, et une bonne documentation.

A ce propos, si les traductions sont parfois amusantes, et même si elles sont elles aussi de mieux en mieux faites (il faut parfois revenir à une documentation d'origine en anglais pour comprendre) il est indispensable de s'y référer avant, après et pendant la manipulation de ce type d'engin... elles regorgent de détails importants pour l'utilisation normale d'un multi.

Heureusement, elles sont relatives à des produits récents et les constructeurs ou les distributeurs sont généralement assez prolixes sur leur site Internet en proposant un "Manuel Utilisateur", un "Guide de démarrage rapide" ainsi que la "Liste des presets d'usine".

Enfin, ces sites web s'agrémentent de vidéos de review ou banc d'essai systématiquement flatteurs et de fichiers MP3 assez peu caractéristiques de ce que l'utilisateur moyen pourra reproduire dans sa chambre ou dans son salon. Méfiez-vous de l'argumentaire marketing autour de ces produits assez en vogue, et des vidéos YouTube réalisées par des inconnus qui ne feront que dire du bien de leur matériel.

Les essais

Prenez le temps d'essayer, car ce sont les produits les plus rentables du moment, donc ceux que l'on trouve le plus facilement en magasin. Notez que bien souvent, les gammes de produits sont échafaudées de la même manière d'un constructeur à l'autre avec 2 à 5 modèles de l'entrée de gamme au modèle le plus complet.

Il y a d'ailleurs pas mal de similitude entre le premier et le dernier modèle d'une même gamme, souvent les sons sont les mêmes, les effets et traitements parfois moins nombreux, et c'est soit la connectique, soit les commandes (pédale d'expression, multiswitches) ou les fonctionnalités add-ons (looper, carte audio, ...) qui changent. Evidemment, le plus gros et le plus complet sera le plus cher.

Notez que les petits modules se branchent sur pile, ce qui peut être un réel avantage des nomades. Les autres proposent en règle générale une alimentation externe (un transfo 9 volts), un câble de raccordement à l'ordinateur (interface audio, mise à jour, chargement et sauvegarde de presets, ...) et le CD ou DVD qui va avec.

Si le module est stéréo et que votre ampli dispose d'une entrée de type AUX IN, c'est là qu'il faudra envisager de le connecter au travers d'un câble spécifique (deux jacks mono vers un stéréo). La connectique au casque est présente sur tous les modèles. Enfin, les modules les plus pertinents, selon moi, disposent d'une boucle de préampli permettant un branchement spécifique d'une pédale ou d'un préampli externe (voire celui de l'ampli) avec 3 ou 4 câbles standards.

Pesez bien votre investissement, et, dans le cas de l'achat d'un module neuf, conservez bien l'ensemble du colis, boîte en carton d'emballage, CD d'origine, câbles, ... car vous serez probablement confrontés à revendre un jour ou l'autre votre multi pour évoluer vers une version plus actualisé, ou un set plus personnel.

En effet, si l'investissement dans la guitare, instrument qui fait corps avec le musicien, est empreint sentimentalement d'une tendance conservatrice (on garde la guitare avec laquelle on se sent bien, on conserve par nostalgie son premier instrument), il est un comportement humain assez différent avec ce "bout de plastique"... On le sait, comme pour son téléphone mobile, sa télévision ou son ordinateur, voué à une mort technologique prochaine, et qu'inévitablement, on en changera.

Non pas qu'il ne soit pas robuste, les pannes existent, mais les réparations équivalent le coût de l'investissement d'un module d'entrée de gamme neuf. Mais ces multi s'avèrent assez solides physiquement avec le temps. C'est plutôt du côté du rendu sonore qu'il perdra de sa superbe, les émulations d'ampli s'avérant rapidement (en 5 ans) dépassées.

Pourquoi ? C'est inexplicable, mais c'est un syndrome commun aux technologies de pointe que de chercher systématiquement à obtenir l'up to date, la dernière mise à jour, le modèle ou la configuration optimale. Alors que dans les faits, on n'exploite que très rarement ces évolutions et l'ancien modèle pourrait tout comptes faits présenter entière satisfaction...

S'il correspond à un coût important dans le set du guitariste (équivalent au coût d'une guitare entrée de gamme), l'achat d'un multi est déterminant puisqu'il se position logiquement au centre de l'équipement d'un guitariste. Il constitue la polyvalence de la palette sonore, l'équipement d'enregistrement, le module de mixage et de finalisation du son, l'élément idéal pour l'apprentissage, et le pivot de la construction sonore aux paramètres infinis (centre de la créativité pour certains).

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Le POD XT Live de Line6 est aujourd'hui une des machines de guerre des scènes du monde entier, dans le contexte de reprises, orchestres et "balloches". Du bon matos en tout cas...

Avec une bonne guitare, il me semble être une alternative intéressante au pack guitare-ampli de débutant. Plus ouvert sur la création sonore, plus riche en matière de polyvalence, il magnifie le son des mauvaises guitares et semble prendre de plus en plus de place dans le cœur des guitaristes qui sont de plus en plus nombreux à démarrer avec ça. Chose que je conteste quelque peu, mais... on ne se refait pas.

Si la version logicielle reste la solution la moins chère, je considère qu'elle ne substitue pas réellement, dans l'utilisation, à un module autonome sur lequel vous brancherez guitare et casque audio. Et même si un ampli d'étude me semble incontournable, je pense qu'un certain nombre d'entre vous se satisfait d'un kit composé d'une guitare, un câble et son module numérique.

Enfin, sans vous recommander un matériel plus qu'un autre, je vais vous aiguiller dans le choix. Principalement dans ce monde où la concurrence semble impitoyable et où les marques rivalisent les unes avec les autres à coup d'évolutions technologiques. On n'a jamais vu, en si peu de temps, une telle évolution de gammes et de séries pour un même produit ! ET à en voir les publicités sur Internet et dans les magazines, une simple fonctionnalité supplémentaire est exagérément et régulièrement présentée comme une "petite révolution".

Qu'il s'agisse de la technologie propriétaire de Korg (ou de Vox, c'est la même structure), avec son REMS (Resonant structure and Electronic circuit Modeling System) ou de Boss, avec son COSM (Composite Object Sound Modeling), on reste bien souvent sur des constructeurs nippon qui ont une sacrée réputation et représentant des marques associées à des valeurs sûres et polyvalentes.

D'autres japonais, comme Zoom par exemple, ont développé spécifiquement ce type de produit avec un grand succès, apportant généralement des matériels bien finis, économiques à l'achat, mais à l'interface assez peu intuitive et aux sonorités assez orientées gros son et métal. Les effets sont légions et les possibilités énormes.

Enfin, et surtout, dirais-je, le haut du pavé revient aux marques américaines, qui, par des procédés innovants à l'origine de l'émulation d'amplificateurs pour Line6 ou de constructeurs d'effets reconnus comme Digitech, développent des gammes au rendu sonore d'une grande qualité mais à l'exploitabilité assez contestable.

Une alternative low cost, le V-AMP existe chez Behringer avec des modèles inspirés des modules Line6. Mais il existe également un marché tout à fait intéressant pour les moins fortunés : l'occasion, avec des modèles récents (5 ans, c'est pas si vieux... ah si, dans ce type de secteur oui !). On trouve pour vraiment pas cher des modules sur eBay ou LeBonCoin, et on trouve surtout la documentation en français sur Internet (indispensable).

C'est ainsi que je peux conclure par le fait qu'il s'agisse d'un module indispensable, souvent décrié, rarement utilisé ou exploité à 100 % de son potentiel, avec lequel un guitariste normalement constitué progressera, ne serait-ce que d'un point de vue de la constitution d'une palette sonore personnelle ou d'un jeu de banques de presets correspondant aux sons des guitaristes d'anthologie.

La section preamp

On retrouve en premier lieu sur les multi une section définie par les terminologies DRIVE ou AMP. Elle désigne le cœur de préampli d'émulation proposant les différentes simulations d'ampli ou de pédales, tous les modules gérant la nature du son du clair au saturé.

Il est bien souvent présenté là parles constructeurs, comme le cœur du dispositif, mais je tempère le propos, argumentant qu'il est ainsi identifié ainsi à tort, puisque vous ne cherchez pas qu'un préampli, en règle générale. Cependant, il faut prendre conscience que c'est là que se trouve la concentration des avancées technologiques de ces dernières années.

Ne vous leurrez pas, dans les faits, il est rare d'exploiter pleinement plus de 3 ou 4 émulations, non pas en simultané (techniquement, c'et impossible) mais au total, dans l'utilisation du module... vous constaterez bien vite que seulement quelques sons vous sembleront correspondre à vos attentes.

Lors de l'essai du matériel, misez sur cette correspondance, car certains constructeurs mettent l'accent sur certains styles : Zoom et Line 6 sont assez typés gros sons et excellent en sons clairs et métal, alors que Boss et Korg (Vox) sont plus rock dans l'âme... Digitech est aussi typé gros son, mais les crunches et overdrives peuvent décevoir...

Le gros problème, c'est que les constructeurs n'ont pas le droit d'utiliser le vrai nom de l'ampli émulé, qui sont des marques déposées protégées dans la copie (et l'émulation est une forme de copie sonore, qui n'a pas le droit d'appeler un chat "un chat"). On tombe vite dans un jeu de devinettes qui est épuisant.

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La section preamp du Korg AX300G, un multi des plus réussi qui nous sert d'illustration.

Un petit exercice pratique devrait vous être utile, du moins pour les débutants :

Notez que la part belle est faite aux distorsions et autres overdrives, mais que les sons clairs sont souvent laissés pour compte. Les sons extrêmes sont généralement bien émulés, les sons clairs riches des amplificateurs Fender ou les gros sons compressés des amplis Mesa Boogie sont très souvent convaincants chez l'ensemble des constructeurs.

Les sons plus "intermédiaires" des autres amplificateurs sont en règle générale le point faible de ces modules à émulation. La modélisation des Vox ou Marshall est assez éloignée de l'original, bien qu'elle reste pourtant caractéristique d'une grande période de la guitare électrique du milieu des années 1960 à la fin des années 1980... L'overdrive naturel des lampes est un comportement complexe, ne supportant pas les niveaux de compressions conventionnels nécessaires au traitement des modèles mathématiques complexes.

Certains constructeurs s'en sortent très bien, approchant un son particulier, mais la réponse de l'ampli (GAIN, TREBLE, MID, BASS) est toutefois mal respectée dès que l'on sort du réglage spécifique au preset d'usine... ce qui ne rend pas le module hyper exploitable.

Il faut également prendre en considération le son émulé en même temps que l'émulation du baffle de sortie. Envisager jouer une émulation d'un Marshall Plexi avec un baffle 1 x 12", c'est un son assez expérimental, qui ne donnera pas non plus de résultats probants. Tâchez, lors de l'essai, de mettre de côté ces expérimentations, et de ne pas sortir des sentiers battus.

De manière générale, cette section intègre les mêmes réglages qu'un préampli traditionnel, c'est-à-dire une égalisation en 3 bandes classique, souvent active (à 0 l'égalisation est neutre, et on creuse jusqu'à -12 et on fait une bosse jusqu'à +12) et très efficace. Elle permettra de "travailler" vos sons en les adaptant à votre niveau de sortie de la guitare, et en donnant un rendu flatteur au plus petit des amplificateurs.

Il faut nuancer les procédés se voulant très réalistes utilisés dans l'émulation. Pensant nous faire plaisir, non content d'émuler les pédales célèbres, les constructeurs ont vu juste de brider l'égalisation de ce réglage à un seul réglage médian, celui du bouton TONE caractéristique des pédales... On aurait peut-être aimé baisser les basses d'une DS-1, même émulée...

Le réglage de GAIN est souvent gérable indépendamment, comme s'il était un outil intéressant de commander ça de manière progressive avec une pédale d'expression. Je suis personnellement contre cette évolutivité en temps réel, d'autant qu'une vraie interaction existe entre le GAIN, l'égalisation et le niveau de sortie, ce qui peut engendrer de belles surprises.

Enfin, certains boîtiers ou pédaliers apportent une très bonne connectique, permettant de stacker un module externe, une pédale de distorsion ou d'overdrive, en amont de cette section d'émulation. On peut considérer cette "preamp loop" comme une bonne initiative, mais à l'usage, les combinatoires s'avèrent assez différentes que celles constatées avec un matériel réel.

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Le traitement du son suit un cheminement assez figé mais logique pour l'ensemble des multi-effets, quelques soient les constructeurs.

Et le résultat est différent de celui de faire précéder le boîtier à émulation d'une simple pédale, car l'entrée des modules numériques traite un algorithme de conversion Analogique / Numérique qui dénature le son en entrée du module. On y connectera une overdrive ou une disto, un flanger analogique (à la Van Halen) ou encore une wah-wah externe, pourquoi pas...

Le son de votre pédale placée avant risque alors de vous décevoir considérablement, étant en règle générale très compressée. Le placement dans cette boucle semble réellement adapté à l'utilisation combinée d'un module analogique et la compression ne se fait pas ressentir de la même manière.

Néanmoins, le stackage par la "pream loop" d'une vraie DS-1 avant une émulation de Marshall ou d'une vraie TubeScreamer avant l'émulation d'un ampli Fender Bassman (Tweed) peut donner des sonorités très intéressantes. Enfin, la mise en place d'un bon préampli à lampes en amont (un Marshall JMP1, un module Ibanez Tube King) renforce le rendu sonore en proposant un son réaliste complètement exploitable.

Envisagez toutefois de n'utiliser à 80% du temps que le module multi-effets seul, car la richesse et la polyvalence des sons proposés sans adjonction d'un module complémentaire est déjà complètement exploitable.

Les modèles d'enceinte (CABINET) sont associés généralement aux modèles d'amplis émulés. Cette section dépend donc des réglages retenus en amont... De plus, il ne s'active pas sur certains réglages d'émulation de pédales, où le constructeur propose d'office une amplification neutre, moins typée que celui de la modélisation d'ampli (équivalente à celle d'un ampli d'étude à transistors).

Si pour chaque émulation d'ampli, un modèle d'enceinte approprié est automatiquement sélectionné, il subsiste le paramètre permettant de changer cette association, ce qui ouvre pas mal de possibilités et d'expérimentations assez intéressantes, bien que parfois assez peu fructueuses.

On retrouvera les grands standards des baffles associés aux amplificateurs célèbres :

Il faut en fait considérer ce second étage de réglage comme un simple filtre sur le son et son rendu final, reproduisant là encore de manière plus ou moins fidèle, le rendu des haut-parleurs célèbres dans leur restitution et transformation du son.

Il faut cependant rester prudent, l'histoire montre que les composants (lampes comme haut-parleurs) étaient soigneusement sélectionnés pour mettre en avant certaines caractéristiques des amplificateurs célèbres, et que "jouer" avec des illogismes ne conduit pas forcément à des combinaisons heureuses !

Les effets placés avant la préamplification

Ils après dans la description, mais se placent avant la section preamp, car ils deviennent assez classiques pour les modules d'effet disposant généralement d'une pédale d'expression. En fait, il s'agit bel et bien de l'étage 0 dans le traitement du son, celui qui suit le convertisseur A/N qui fait directement suite à l'entrée de l'instrument.

Cet étage regroupe ce que l'on a coutume de brancher directement après la sortie de l'instrument, c'est-à-dire l'ensemble des effets qui nécessitent de traiter le signal le plus épuré possible et le plus direct, celui de l'instrument, comme la compression, la wah-wah vintage, ...

On y retrouve, en fonction des constructeurs des technologies de modélisations utilisées, plusieurs philosophies, que l'on va qualifier de PRE DRIVE (PRE FX, utilisé par est ambigu), non pas pour précéder l'effet, mais pour évoquer tout ce qui devrait précéder le préamp.

Autant préciser que cette section, si elle n'est pas indispensable, permet de modeler le son avant son traitement, et donc d'ouvrir encore de nombreuses possibilités, notamment avec la compression, COMP, qui est un effet classique de "réduction" des attaques du du signal qui, selon les réglages, est placé en amont d'un son clair pour son côté percussif, et en amont de la distorsion pour en augmenter le sustain.

On y retrouve aussi l'effet de wah-wah ou d'autowah qui historiquement est placé très près du signal de base pour donner un meilleur rendement. Le placement de la wah-wah après la distorsion donne, à mon avis, un rendu plus moderne et plus agressif recherché dans certains styles (shred, métal) alors qu'en placement en début de chaîne, la wah apporte douceur et expressivité au jeu, le rendant plus "chantant" et parfois percussif.

En règle générale, sur les pédaliers disposant d'une pédale d'expression (ou bien en raccordant une telle pédale sur les modules "de table"), il est possible de régler la plage de couverture de l'effet de la wah de manière précise en fixant une intensité de l'effet lorsque la bascule est au talon, ou à la pointe du pied.

L'effet est donc généralement plus intense qu'une wah traditionnelle, et les nuances sont plus riches mais aussi plus complexes à "travailler". La sensibilité du pseudo potentiomètre est plus fine, et les possibilités sonores s'en voient étendues. Il est donc assez abusif de parler d'émulation de tel modèle Dunlop ou tel modèle Vox (marques de référence en la matière).

Des paramètres de réglages figurant sur les meilleurs modules Dunlop ou Ibanez apportent un réel plus, comme le fait de fixer la plage d'action de l'effet, le fameux bouton Q, qui est interprété numériquement de manière assez réaliste.

L'auto-wah va également proposer des réglages en fonction de l'intensié de l'attaque des cordes (et son placement idéal en début de chaîne semble alors le plus opportun) pour des rendus de qualité assez convaincants.

Battle's guitar

La section PreFX du Korg AX300G, un multi des plus réussi qui nous sert d'illustration.

Il existe dans cette section les effets vintage d'octaver, consistant à doubler le signal de la guitare d'une note équivalente 1 ou 2 octaves en dessous. Ce doublage donne une profondeur particulière au signal, profondeur que l'on aime retrouver dans les sons distordus, ce qui place cet effet logiquement à cet étage 0, avant la préamplification.

On retrouve aussi d'autres effets plus spécifiques, comme l'Uni-Vibe, cher à Jimi Hendrix et bien d'autres après, qui reproduit le célèbre effet de phase/vibrato, qui ne pouvait se placer qu'en amont de l'ampli dans les années 1960, et, de facto, se placerait logiquement aussi en début de chaîne avant le préampli, pour un son plus creusé, très intéressant.

On trouve fréquemment un effet de Voyeliser ou de TalkBox, qui reproduisent, au même titre que la wah-wah, des effets de filtre et d'enveloppe sur le signal initial, donnant un caractère humain au phrasé de guitare, variant à la pédale d'expression ou automatiquement, des sons apparentés à "u", "o", "a" et "i".

Là encore, on rencontrera des effets généralement placés en amont de la distorsion, notamment ceux construits sur la modulation en anneau et la réplication exponentielle d'harmoniques du signal de base, le ring modulator, ou bien d'autres effets de simulation d'instruments exotiques, comme le sitar, ou le synth-guitar.

Loin d'être indispensables, ces effets sont de réels gadgets qui ne sont en rien importants dans la panoplie du guitariste. Difficiles à maîtriser, peu répandus, ces effets font bien souvent inutilement grimper le prix du multi-effet, pour des résultats amusants, expérimentaux, mais loins des préoccupations premières...

C'est également ici qu'un réglage Acoustic permettra de traiter la transformation du signal de votre guitare électrique, un peu à la manière de la pédale Boss Acoustic Simulator. C'est en fait en début de chaîne que le traitement semble le plus opportun, à condition de le coupler avec l'émulation de l'amplificateur électro-acoustique de la section préamp.

Les réglages du type de corps et de capteur apportent plus ou moins de réalisme, certains constructeurs poussent même le vice jusqu'à reproduire le larsen caractéristiques de ces guitares... On dira que le son intéressant est pleinement exploitable et ne devient bluffant que pour quelques mesures, dans les styles ballades hard-rock des années 1980.

Au-delà, la sensation de jeu virtuel sur une guitare dépourvue de caisse est assez déstabilisante et ne convaincra pas nécessairement l'auditoire. C'est pour dépanner, ne pas brancher une seconde guitare et c'est tout... d'autant que les réglages sont bien souvent plus réalistes dans une sono qu'un ampli de guitare électrique dont les plages de restitutions sonores sont "réservées" à un rendu plutôt distordu.

Enfin, il existe parfois (en fonction des constructeur, une émulation qui là encore donne des résultats peu probants mais rigolos et parfois intéressants à creuser : l'émulation des micros de guitare. Si vous disposez d'une guitare de type Telecaster ou Stratocaster équipée seulement de micros simple bobinage, cette fonction peut s'avérer utile pour ouvrir considérablement le spectre d'action aux sons habituellement obtenus par des humbuckers.

Dans ce sens, les sons obtenus sont assez bluffant, même si ils gagnent en puissance et même en définition dans les médiums, les humbuckers sont relativement bien reproduits en conservant un peu de la lutherie et des caractéristiques acoustiques du modèle de guitare. Mais en revanche, dans l'autre sens, de humbucker vers single, il semble qu'il n'y ait pas vraiment de réglage convainquant.

On ajustera probablement mieux par la suite avec l'égalisation, qu'en amont de la préamplification. En notant qu'une transformation d'un signal développé par un micro double bobinage peut être "grossi" en le transformant virtuellement en un autre humbucker, générant larsen et attaques surpuissantes... à expérimenter.

La section de modulation et de variation de la hauteur de la note

C'est une très bonne chose de dissocier clairement et distinctement les modulations des répétitions, et des effets de réverbération. Beaucoup de constructeurs ont amalgamé ce type de traitement pendant des années, dans la mesure où les processeurs n'avaient pas grand chose de plus à traiter que des déclinaisons de delay et du doublement du signal

Car même si les effets de modulation sont issus du delay (paramètre d'une ligne de retard particulière), ils constituent des traitements à part entière, notamment sur la consistance du signal, qu'il est intéressant de gérer de manière indépendante du delay ou de la réverbération.

On y retrouve des grands classiques de la modulation, généralement la reproduction d'effets construits au départ au format pédale, avec des fonctionnalités complémentaires, comme le jeu sur la stéréo :

La variation de la hauteur de la note est un effet plus récent, qui n'existe pas au format analogique, sinon dans le cas de l'octaver qui traite un doublement du signal à l'octave (ou deux octaves) inférieur(s).

Battle's guitar

La section modulation du Korg AX300G, un multi des plus réussi qui nous sert d'illustration.

C'est sur le même principe que le glissement de hauteur de la note a été possible, permettant un traitement plus intelligent que le simple doublage de la note, et surtout une possibilité d'harmoniser sur l'ensemble des notes sur 4 octaves (deux en dessous, deux au-dessus).

On trouve ainsi la possibilité d'harmoniser un phrasé, produisant l'effet que le passage est joué par deux guitares harmonisées, une unisson, ou bien à la quinte, à la tierce, ... Ces modules numériques "intelligents" sont en mesure de trouver la déclinaison opportune en fonction de la tonalité entrée en paramètres.

De même, il se décline des modes d'arpégiateurs, jouant une fraction voire la totalité d'une gamme autour de chaque note jouée par le guitariste. Ce jeu rapide produit un effet assez caractéristique, apprécié des claviéristes. Il est souvent affublé d'un réglage random, paramètre qui "tire au hasard" la note dans le registre harmonique (la gamme) précisé, afin de donner un côté moins synthétique au jeu, et qui évidemment réserve de nombreuses surprises très déroutantes.

Mais la fonction souvent appréciée sur les multi-effets, c'est de retrouver l'effet de Whammy, resté longtemps l'exclusivité de Digitech, qui consiste à piloter la variation de la note au pied, avec la pédale d'expression. L'effet produit est un peu différent de celui des Whammy d'origine, car l'effet est placé après la section de préamplification.

La variation de la hauteur de la note est un effet intéressant de reproduction du son obtenu avec une barre de vibrato sur un modèle Floyd Rose, ou un slide dans les hyper aigus, là où il n'y a plus de frettes sur le manche, au-dessus des micros.

Ces ultra-aigus et surtout la fluidité de la variation entre deux notes ont été des effets prisés dans les années 1990 par des guitaristes comme Tom Morello, Steve Vai ou Joe Satriani, mais également dans les extrêmes graves, dans des styles plus métal, voire gore ou death metal.

Les effets de répétition

Là encore, il est opportun de séparer cette section des effets de modulation et ceux de répétition (ou de réverbération) compte tenu du nombre de sons standards de la musique comportant de la guitare électrique, composés de compression + distorsion + chorus + delay + réverb.

De plus, les variétés d'écho et de répétitions (delay) sont nombreuses, d'un matériel à l'autre, d'une technologie à l'autre, de subtiles nuances sont présentes et apportent réellement une grande richesse au signal. L'apport de cet étage, principalement à l'avant dernière place de la chaîne du son, garantit des effets de spacialisation et de panoramique qui sont possibles sur les effets numériques et donnent un résultat saisissant.

De plus, les pédales de contrôle, soit un simple switch, soit la pédale d'expression, permettent de jouer sur le temps de retard. Le tap tempo fixe le retard en fonction du battement de la mesure sur un switch. Sur scène, il n'est plus possible d'obtenir un temps de retard qui ne soit plus en phase avec le tempo du morceau.

La pédale d'expression permet d'ajuster ce temps de retard, variateur qui permet bien de fois de suive le batteur au plus près et proposer un rendu musical que les effets analogiques ne pouvaient égaler. On retrouvera cependant les caractéristiques vintage des effets de retards analogiques, principalement sur la dégradation et les imperfections du signal des répétitions.

On va trouver, donc, une grande variété de delays, des plus basiques (mais toujours et encore prisés) aux plus complexes et plus aboutis :

Il existe évidemment de nombreuses déclinaisons de delays, je vous présente les plus utilisées à ce jour, mais une fonction particulière attire mon attention, notamment sur la coupure des répétitions. Jusqu'ici, les pédales permettaient de désactiver les effets de manière asynchrone, or dans le monde numérique, on parle d'un son pour désigner un preset ; en changeant de preset, on coupe inévitablement les répétitions (à moins d'avoir un preset de transition, ce qui complique le jeu au sol et conduit le guitariste à faire des claquettes).

Battle's guitar

La section Delay du Korg AX300G, un multi des plus réussi qui nous sert d'illustration.

Les dernières innovations permettent de conserver les répétitions d'un preset alors qu'un nouveau vient d'être enclenché, ce qui garantit une transition particulière entre solo et rythmique, et donne un bien meilleur résultat qu'une coupure abrupte et parfois inopportune.

Le traitement des lignes de retard implique de mémoriser le signal initial avant de le répéter. Et si cette fonction de mémorisation (HOLD) est utilisée différemment par le processeur numérique, on peut travailler sur un looper.

Un multi affiche donc cette fonction de looper ou non, mais les plus performants permettront de stocker le signal correspondant à plusieurs mesures (jusqu'à 16 secondes par exemple) et de le restituer. Lors de la restitution, il est alors possible de "jouer par-dessus", permettant ainsi que distiller rythmique et solo au sein d'un même morceau.

La répétition infinie d'une petite phrase donne un effet saisissant, comme les harmoniques répétées jusqu'à la fin du morceau dans With or Without You de U2 par exemple, qui constitue un cas d'échantillonnage les plus populaires du style pop/rock.

Effets de réverbération

Avec l'avènement du numérique, les sons très riches des réverbérations ont pu s'appliquer au guitariste jusqu'alors cantonné à un écho (souvent à bandes), une réverbération à plaques ou à ressorts intégrée à l'ampli, ou dans un cas très luxueux, un module à lampes, capricieux, complémentaire à la tête d'ampli, et évidemment réservé à l'élite par son prix.

La simulation des ambiances de réverbération a donc conduit à proposer plusieurs types de réverb et de réglages au sein d'un même matériel, chose également complexe à obtenir dans les années 1970 à moins de disposer de plusieurs amplis.

On y retrouvera les effets assez caractéristiques de la réflexion et réverbération naturelle, qui se rapproche d'un effet d'écho sans en être vraiment un :

Battle's guitar

La section Reverb du Korg AX300G, un multi des plus réussi qui nous sert d'illustration.

Les réverbérations restent toutefois typées pour un rendu optimal du son de la guitare. Utiliser un tel module pour une voix peut apporter quelques insatisfactions. Complétée au delay, elle apporte une réelle dimension supplémentaire au son, mais est devenue si utilisée qu'elle semble parfois en trop. Comme il reste toujours possible de débrancher l'effet...

Le volume et la connectique

Les multi-effets numériques ne peuvent pas être pourvus de "true bypass", car la technologie est réservée aux modules analogiques. C'est ce même convertisseur analogique / numérique qui fait office de "buffer" électronique très efficace (peut-être plus qu'un true bypass) dans la mesure où le signal passe par des filtres qui éliminent les bruits parasites en entrée du module.

Ne pas confondre avec les traitements de Noise Reduction (NR) ou Noise Gate qui agissent en sortie, notamment sur les bruits générés par les distorsions. Le niveau du NR est bien sûr réglable mais un léger souffle typique sur les modulations, répétitions et réverbérations numériques reste parfois présent sur les modules d'entrée de gamme.

Le réglage du NR est un des derniers paramètres de traitement avant l'OUTPUT (il y a la simulation de baffle pour la sortie LINE), le signal numérisé à l'intérieur de l'unité de traitement, devant être converti par la suite en analogique pour pouvoir alimenter un amplificateur, un casque ou une table de mixage. S'il est efficace pour éliminer les parasites sonores, il coupe le sustain, hache le signal et bloque le larsen si le taux est poussé à fond. Utilisez-le avec parcimonie !

Sur les multi numériques, on ne retrouve plus les 2 entrées caractéristiques HI et LOW de certains amplificateurs et préamplis. Il faut dire que dès son arrivée dans le module, le signal direct (si possible) de la guitare est traité par un convertisseur analogique / numérique qui "lisse" le niveau de sortie de l'instrument (ou d'entrée du module) afin qu'il soit traité par le processeur numérique.

Les boucles de préamplification utilisent le même mécanisme pour insérer une pédale d'effet ou un préamplification dans le circuit du module numérique, entre l'étage 0 des PRE FX et l'étage 1 de l'émulation d'amplificateurs (ou de pédales) et des enceintes.

La gestion du volume et du rendu général est un point faible des multi-effets. D'abord parce que se voulant compatible avec toutes les sources d'émission audio, le module doit garantir une homogénéité sonore dans un ampli de guitare, une sono, au casque et dans les baffles d'un système amplifié pour ordinateur.

Et l'on rencontre de grandes disparités dans le rendu sonore... notamment des variations de volume, qui sont corrigées, éventuellement avec la pédale d'expression qui a la fonctionnalité d'une pédale de volume par défaut.

Mais il existe de réelles différences dans le rendu final, principalement par le fait qu'un multi puisse faire saturer un kit de baffles pour PC alors que le son sera radicalement différent sur un ampli, et même en fonction de différents amplis.

Il existe donc, pour corriger au plus près ces variations, des typologies de sortie en fonction de la connectique. Notamment, beaucoup de modules numériques intègrent une seule entrée, mais 3 sorties :

La bonne maîtrise de cette connectique est importante, car la sortie au format jack, si elle nécessite 2 jacks et 2 amplis, se destine aussi au raccordement en console de mixage. Et le problème se pose : le son à destination d'un ampli dédié à la guitare et celui destiné à une console de mixage est radicalement différent.

Battle's guitar

C'est pourquoi, je recommande de bien consulter la doc et le typage des sorties qui sont spécifiées dans la documentation afin de paramétrer le meilleur réglage et obtenir un rendu sonore correct. On a souvent affaire à 2 ou 3 réglages destinés aux types d'amplificateurs :

En effet, si la sortie casque est souvent de plus en plus au format mini-jack stéréo, on se demande comment réutiliser les jacks standard (mono) de la guitare pour les branchements :

Le réglage de ces paramètres est primordial, dans la mesure où la restitution sonore en dépend : les amplificateurs combo (notamment à transistor) manquent de médiums, et le réglage apporte une correction, alors qu'à l'inverse, les stacks favorisent cette fréquence et en fonction du volume, on perd des basses ou des aigus et là encore, le réglage permet d'apporter une bosse dans les fréquences qui font défaut.

De plus, le réglage LINE qui semble standard risque de manquer de corps dans votre amplificateur, ce qui implique de ne l'utiliser que pour l'enregistrement ou le raccordement à une entrée spécifique d'un ampli (AUX IN).

Un réglage général (OUTPUT LEFT et RIGHT, et HAEDPHONES) du volume est souvent proposé, agissant sur l'ensemble des presets ou programmes. Toutefois, il complète le réglage unitaire spécifique à chaque preset, complété par quelques éléments de présence et de brillance du son (on retrouve ces réglages sur les modules du haut de la gamme).

Un autre type d'entrée permet d'accueillir une entrée mixée, soit un lecteur MP3 ou un lecteur CD, soit la sortie stéréo d'un ordinateur. Le tout permet de jouer par-dessus le source audio, et donc permettre le réglage du mis des deux sources.

D'une manière générale, le raccordement d'un casque à la touche HEADPHONES coupe la sortie sur les fiches OUTPUT, au même titre que cela coupe la sortie sur haut-parleur pour votre ampli d'étude. Le volume de sorti dans le casque doit être géré avec prudence, ce type d'écoute devant être limité dans le temps. Optez pour un bon casque fermé car les petits écouteurs auriculaires ou intra-auriculaires ne donnent généralement pas satisfaction.

D'autres sorties peuvent coexister avec les traditionnelles OUTPUT ou HEADPHONES, notamment des sorties S/P DIF qui sont des sorties numériques que l'on peut raccordes aux systèmes d'amplification numériques (enregistrement, et même certains appareils de home cinéma) avec un câble spécifique.

Enfin, des connectiques MIDI et USB complètent les panneaux arrières de ces dispositifs, pour un raccordement destiné au pilotage d'autres sources MIDI, comme au paramétrage logiciel de certains paramètres d'effets cachés ou non réglables en façade.

Notez que les technologies de numérisation de plus en plus performantes permettent d'intégrer depuis quelques temps de réelles interfaces audio, c'est-à-dire, la possibilité de raccorder directement le module à l'ordinateur via un port FireWire ou USB 2, ce qui permet de faciliter l'enregistrement numérique sur disque, et/ou de proposer des programmes embarqués annexes (versions portables comme sur une clé USB) de séquenceurs et autres plug-ins.

L'ouverture des multi au monde du home studio est évidente, mais fait l'objet d'une autre préoccupation que celle évoquée dans ce site. Je manque cruellement d'expérience dans ce domaine qui évolue bien trop vite pour moi. Je précise juste que ces fonctionnalités fort utiles se paient inévitablement, et que si vous n'êtes pas intéressés, il vaut mieux, bien souvent, miser sur le modèle juste en-dessous dans la gamme.