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Procéder à un achat aujourd'hui nécessite de faire preuve de beaucoup de vigilance : la typologie des points de vente a considérablement changé avec les boutiques en ligne et l'avènement des "supermarchés" de la musique. De plus, les prix sont entraînés par des vagues successives d'augmentation du coût des matières premières, des fluctuations de coût de main d'œuvre, de la délocalisation des sites de production, de l'effet yoyo des frais liés au transport (indexé sur celui du baril de pétrole ?) et des crises du pouvoir d'achat.

Aussi, dans une telle jungle, il est très difficile d'acheter quoique ce soit sans avoir le sentiment de s'être fait berner... Personne ne peut plus jurer avoir fait une bonne affaire, être garanti d'être livré à bon port du bon produit, en état et dans les délais.

"Avant", dans les années 1980 (je recommence ou continue à parler comme un vieux con !), il n'y avait pas de choix : il était possible d'acheter un instrument via un petit revendeur local ou bien il fallait "aller à Paris" ou à l'étranger pour chercher son bonheur !

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En effet, le marché était dicté par des règles simples et très saines : si la boutique disposait d'un petit stock, il était possible de faire "tomber" les prix en démarchant quelque peu, la fidélité payait, et tout ce qui devait être commandé parce que non disponible était réservé à l'élite... Ainsi, les boutiques étaient tenues par d'anciens musiciens fournissant d'excellents conseils techniques, reconvertis dans la vente sans grande conviction de vendre mais plus par passion et connaissance du milieu musical. Ils pactisaient avec les maisons de distribution, et faisaient tourner leur boutique avec les quelques groupes et disco-mobiles locaux... Si jamais ils pactisaient avec une salle de concert ou un studio d'enregistrement (on est alors dans un cas de figure privilégié, à proximité des grandes villes), c'était pour eux le jackpot !

Aujourd'hui, ces petites échoppes ne peuvent plus fonctionner car les marges que ces magasins étaient obligés de pratiquer sur les instruments sont triturées par des effets de masse : les magasins qui arrivent à s'implanter sont plus spécialisés dans un catalogue de moins de 5 marques et des déclinaisons en 2 ou 3 modèles d'une gamme très restreinte. En partenariat établi avec quelques (2 ou 3) distributeurs bien ciblés et pour des quantités et des prix fixés à l'avance, ils tentent de survivre comme le ferait un disquaire installé face à la Fnac. Au lieu de mettre à disposition les catalogues complets Fender, Gibson et Ibanez par exemple, une enseigne (digne de la grande distribution, souvent filiale, d'ailleurs, des grands groupes) ne proposera que 5 modèles des 3 marques dont elle disposera, par contre, de grandes quantités en stock.

Impossible de démarcher les prix indiqués. Impossible d'être original, et de souhaiter un modèle spécifique (sinon, à prix exorbitant). Il en découle une uniformité notoire des instruments liée au faible choix proposé : tout le monde dispose pratiquement du même matériel. En plus, les conseils de vente ne sont plus réellement adaptés aux besoins des demandeurs, mais aux quantités en stock, aux délais de commande, ... "Pourquoi ne prenez-vous pas celui-là, j'en ai plein en stock, il est certes plus cher, mais il est ... mieux !" Argumentaire convaincant s'il en est !

Autre phénomène, l'influence de certaines marques qui inondent le marché avec des produits ciblés, fabriqués pour répondre à un besoin très spécifique, que les enseignes peuvent exceptionnellement se procurer en quantité ... et qu'il faut écouler par la suite. Ainsi, on trouvera par exemple des marques spécifiques, comme Eagletone pour Woodbrass ou Elypse pour les chaînes de magasins Milonga, qui ne seront pas distribuées ailleurs : les guitares sont de faible qualité (mais la fabrication asiatique s'améliore), aucun comparatif n'est trouvé sinon dans les avis (plus ou moins objectifs) sur les forums Internet, tous les vendeurs estampillés du gilet bleu et du logo du magasin rétorqueront (consigne venant de "là haut") que ce sont les meilleures guitares du monde et leur prix sera sans concurrence... Et vous estimez qu'il ne s'agit pas de propagande ou d'invasion ?

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Où est la liberté de choisir losque l'on est conseillé par du personnel "acheté" par une marque ? Il n'y a plus de choix possible. Il n'y a plus besoin d'être compétent pour dérouler son argumentaire de vente (les vendeurs deviennent inutiles à ce moment-là). Et je nomme la marque, l'enseigne, mais c'est pareil avec d'autres groupes de distribution qui vont pratiquer les mêmes principes sur des enseignes plus modestes : La Boîte Noire, Mogar, ... Seules quelques marques osent faire face en se distribuant elles-mêmes (Fender), mais les approvisionnements en pâtissent, et les prix fluctuent en fonction du cours du dollar...

Ainsi, ces grands groupes ont envahi le marché, contraint les consommateurs à certains choix (c'est Line 6 ou tu crèves !), tiré les prix là où les approvisionnements étaient les plus sûrs (80% des produits sont fabriqués en Asie) et transformé les vendeurs en commerciaux qui ne savent même plus monter une corde convenablement, recommander un câble jack (sinon le plus cher) et prodiguer le moindre conseil ...

Mais c'est la loi du marché : pour faire face aux multiples boutiques en ligne françaises et internationales : en effet, les marges qui étaient couramment pratiquées sur les instruments par les "petits" commerçants compétents locaux dont je vous parlais plus haut, peuvent couvrir les frais d'une main d'œuvre peu compétente en matière de conseils, mais qui ne se contente que de gérer des flux logistiques et des paiements en ligne.

Ces enseignes ont commencé par distribuer un catalogue par la voie de presse afin de toucher un public national, voire francophone. Mais elles ont dû rapidement faire face à de nouvelles enseignes qui ont développé un service de vente à distance bien plus élaboré que celui de la vente par correspondance : les sites marchands en ligne.

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En effet, en plus de pouvoir disposer d'une clientèle encore plus élargie (internationale), les boutiques en ligne disposent souvent d'énormes stocks de matériel (donc d'énormes commandes et d'énormes remises en prix de revient) entreposés en dehors des villes, dans des entrepôts moins exposés aux risques (ce qui réduit d'autant les coûts). Le choix n'est pas plus vaste, les produits étant globalement peu variés, axés sur des types d'acheteurs (les guitaristes néo-métal, les DJ, les batteurs, ...) en fonction de modes et de tendances.

De plus, ces organismes brassant des chiffres d'affaires volumineux, les paiements en ligne dans différentes monnaies, se fiabilisant (en termes de sécurité et de rapidité des traitements et des transactions), et les internautes se multipliant pour le bonheur de tous, ils suivent les règles des sites marchants, bénéficiant de tarifications de frais de port dérisoires, de paiements garantis (souvent par Carte Bleu ou Visa), de facilités de paiement (moyennant crédit auprès d'un organisme agréé) que peu de magasins locaux pourraient proposer.

Les déboires sont nombreux mais là encore, la tendance va à l'amélioration : les produits commandés ne sont pas disponibles, problèmes d'approvisionnement, erreurs de livraison, problèmes de paiement via usurpation de carte bleu, casse durant le transport et livraison, ... Une multitude d'inquiétudes hante le guitariste qui fait ses achats par Internet : vais-je être livré du bon produit, dans les bons délais ? Quand sera débité mon compte ? À la livraison, à la commande ? Pourrais-je payer en plusieurs fois ? Pourrais-je réexpédier mon article si jamais il ne me satisfaisait pas ? Et serais-je remboursé le cas échéant dans quel délai ?

Pour autant, l'essai du matériel est complètement occulté. Il ne me viendrait pas l'idée d'acheter un instrument comme un ampli, dans cette catégorie de prix, sans l'essayer ? Me le faire livrer en Coliposte, avec les risques que cela comporte ? Et pourtant, l'imprudence actuelle conduit à penser que si... Ce qui développe encore plus ce type de marché qui, s'il est adapté au "consommable" du guitariste (jeux de cordes, câbles, médiators, produits d'entretien, ...) ne l'est pas pour un instrument aussi fragile soit-il ?

Imprudence ? Inconscience, oui ! Quand on voit le conditionnement des bagages dans les aéroports, on ne conçoit pas que notre dernière acquisition Martin D18 à 2500,00 € arrive dans un carton par La Poste... Surtout que le colis est visible et facile à identifier, donc à voler... Non seulement l'instrument risque de ne plus être dans l'emballage, mais en plus il risque fort de ne pas être en état. Il existe les clauses de rétractation de 7 jours pour un remboursement intégral lorsque la transaction est souscrite entre un site marchand de vente par correspondance et un particulier, ce qui est moins sûr pour des instruments "revendus" par e-Bay de particulier à particulier...

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Là encore, je concède volontiers que les boutiques "physiques" puissent constituer des showrooms exceptionnelles où il est possible d'essayer le dernier delay de Boss, la dernière demi-caisse Epiphone ou un des amplis à modélisation de Line6. Beaucoup se "servent" de la boutique pour essayer l'instrument qu'ils vont par la suite acheter sur Internet bien moins cher qu'en magasin (même avec le port !).

Encore faut-il que le matériel livré présente les mêmes caractéristiques que celui essayé. Là, encore une fois, mon désir de possession est bafoué : je ne suis pas convaincu que la guitare expédiée puisse "sonner" comme celle essayée, d'abord parce que deux guitares d'un même fabriquant ou marque, de même modèle et de même série peuvent "sonner" différemment (elles sonnent heureusement différemment sinon, c'est qu'elles n'ont aucun caractère !). De plus, il existe dans le circuit beaucoup d'instruments fabriqués sur deux sites de production (Japon et Corée par exemple) qui présentent les mêmes caractéristiques, mais qui sont loin d'être identiques...

Le problème, c'est que la vitrine est devenue numérique et que les sites de vente en ligne ont beau déployer des trésors de techniques en matières de zoom, de description des caractéristiques, permettre de télécharger les notices et guides explicatifs (autrefois payants !) ou de joindre les avis rédigés par les plus objectifs des utilisateurs (on se demande parfois ...) le choix n'est fait que sur photos et extraits mp3 ! Les instruments ne sont plus essayés, les personnes payées pour en parler (pas sur les avis des utilisateurs, les textes des gérants des boutiques en ligne) ne font qu'en vanter les mérites (pas fous, ils veulent vendre leur matos !) et ne donnent plus leur avis ou leur conseil !

Pire encore, des communautés se forment autour d'un produit, d'une nouveauté (souvent un nouveau concept, comme le POD de Line6) et utilisent les descriptifs et commentaires associés, pour indiquer par mail ou chat à leurs connaissances (attention par copier/coller, ces gens-là n'écriront pas 4 lignes de leur cru !) les qualités de ces produits. L'émetteur est préjudiciable, mais le récepteur (l'ami) qui croit en l'avis favorable de son conseilleur (n'étant pas le payeur) va tomber dans le même piège et communiquer autour d'un matériel sans même avoir pris la peine de l'essayer, ... et ainsi de suite se créent des buzz (bouche à oreille virtuel et intempestif) qui va populariser un article au point d'en faire un ustensile must-have incontournable...

Ce même "consommateur" (con ... tout court !) ne faisant pas la différence entre un Vox et un Marshall, va donc jusqu'à propager les mérites d'un "jouet" qui imite vulgairement très bien les sons des amplis de légende, pour la simple raison qu'un gérant de site de vente en ligne l'a encensé à la demande du fournisseur qui lui a graissé la patte pour qu'il revende un fort pourcentage de son stock ! Chapeau bas Messieurs les Internautes...

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En plus, il me semblerait logique d'acheter par exemple un ampli à lampes après l'avoir essayé et de repartir avec le modèle essayé sous le bras... C'est peut-être plus coûteux mais aussi plus immédiat, et c'est un avis tout personnel qui conditionne ce choix. Mais je crois que le con de base aime rouler dans la même voiture que celle que possède son voisin, même si c'est une m... !

Dernier fait évidemment pervers de ce système, la revente ou le marché de l'occasion. Autrefois, il était possible "d'hériter" d'une très belle guitare d'un parent ou d'un voisin. C'est sur le rapport de confiance que les choses s'établissaient : "Tonton te donne sa Fender Télé de quand il était jeune !". À présent, il y a un tel engouement pour les enchères et les vide- greniers ou brocantes en ligne que ce type de transaction n'existe plus. Tout se revend par Internet avec un lot énorme d'embrouilles et d'arnaques.

En effet, les musiciens astucieux qui achètent ou revendent via le web (par e-Bay, mais aussi via d'autres sites, leboncoin.fr, ...) parce que c'est "moins cher", en ont peut-être payé les frais. Les escrocs qui encaissent le chèque et n'expédient pas leur supposé bien, les photos qui sont issues du catalogue des marques (donc c'est le produit neuf qui est photographié) pour revendre un produit d'occasion abimé, usé, partiellement (voire totalement) cassé, ... Comment être sûr de l'état de l'électronique d'un ampli, de la droiture du manche d'une guitare, de l'usure des frettes (un refrettage coûte parfois bien plus que l'instrument lui-même !) ?

En plus des transactions frauduleuses, l'acheteur risque de tomber dans des pièges de contrefaçons (comme pour les polos Lacoste), voire de substitution des marques... le même site e-Bay permet à tout bon acquéreur de se procurer un décalco Fender reprenant le logo de 1954 pour appliquer sur la tête d'une belle strat coréenne achetée pour une bouchée de pain chez Cas$h-Converter$ pour qu'elle soit ainsi revendue 10 à 20 fois le prix !

Je ne parle même pas de composants ne supportant pas le transport comme les lampes de puissance pour les jolis amplis, et que l'on ne peut ni dater ni estimer correctement, ou encore des lots entiers de pédales modifiées à l'époque où l'on achetait certains matériels juste pour les composants. Ces "arnaques" sont difficiles à prévoir et peuvent atteindre le summum lorsque l'on a affaire, dans le descriptif et sur la photo à un modèle de guitare très recherché, et lorsqu'en regard d'une coquette somme, on finit par recevoir par la poste la reproduction fidèle à l'échelle 1/25e le reproduisant.

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Il est passé où le plaisir de pousser la porte d'un magasin enfumé d'où l'on pouvait distinguer de l'extérieur quelques notes malhabiles exécutées par un élève qui apprenait à déchiffrer la partition dans une salle de l'arrière boutique ? Cette odeur de colle et de lustrant à côté de l'atelier que le vieux vendeur avec une chemise bizarrement bariolée et un pantalon de cuir noir venait d'abandonner pour conseiller à une maman et sa petite fille un jeu de corde nylon pour acoustique. Ces partitions invendables et jaunies qu'il était rigolo de constater qu'elles étaient encore invendues depuis que le magasin a refait son inventaire il y a maintenant près de 7 ans.

Elle est où la chaleur dans le verbe de ce vieux vendeur vulgairement gominé qui semble terminer son set de reprises de balloches, et qui te demandait si tu voulais passer essayer la Gibson qu'il recevrait d'ici un mois parce qu'il venait de passer une commande pour un bon client ? Et pourquoi est-ce qu'il se mettait à sourire lorsqu'on lui demandait comment ils intégraient trois effets dans un boîtier alors qu'avec une bonne disto, on en avait déjà assez ... Sûrement parce qu'il n'en avait pas la moindre idée, par contre, un écho, il savait ce que c'était, il en avait eu quelques uns dans son échoppe qu'il avait essayés, et les meilleurs étaient à son avis ceux-là...

Notez que faire du shopping n'a plus non plus la même signification. Mais passer une heure à discuter dans son magasin, y boire parfois un café, revenir pour des cordes et repartir avec une pub et le numéro de téléphone d'un autre zicos, échanger avec l'apprenti luthier qui montait des cordes et rafistolait les violons, ... ça n'est plus possible. Aujourd'hui, on a le charme d'un joli PDF joint à la newsletter d'une boutique en ligne qui n'acceptera le code promo que si l'on passe une commande supérieure à 149 € d'achat et chez qui il ne nous viendrait même plus l'idée de demander le moindre conseil !